Les histoires de fantômes font partie
intégrante de la littérature japonaise depuis
l'époque de Heian (794-1185), et l'horreur japonaise
moderne est plus accessible que jamais aux lecteurs.
Privilégiant l'horreur psychologique et intégrant
fréquemment des éléments de religion populaire tels que les
exorcismes shintoïstes, les phénomènes surnaturels
et les yōkai, les romans d'horreur japonaise
(J-Horror) sont des récits terrifiants qui
hantent le lecteur longtemps après la lecture. Ils ont été
souvent adaptés au cinéma et en jeu vidéo.
Ces
romans
se divisent en différents
courants.
Le surnaturel
et les malédictions
(Kaïdan
et technohorror)
sont inspiré
du folklore
des esprits
vengeurs
(Yūrei),
ce sous-genre mise sur une terreur lente, tenace et souvent liée à
la technologie
moderne
(cassettes vidéo, téléphones, objets du quotidien). Les œuvres
phares sont Ring
(1991) de Kōji
Suzuki,
une malédiction qui se repend par les réseaux modernes, suivi de
Spirale
(1995), une réinvention de sa propre malédiction sous un angle
biologique et génétique,
et Dark
Water
(1996),
sept nouvelles horrifiques
qui tournent toutes autour du thème de l'eau dans la baie de Tokyo,
et
le classique Parasite
Eve
(1995) d’Hideaki
Sena,
où l’horreur porte sur la biologie et sur la
technologie médicale.
Pour le Kaïdan
ce sont Le
Réparateur de jouets
(1995) de Yasumi
Kobayashi, une
relecture moderne de Faust
sur une femme
mystérieuse capable
réparer les jouets, et Another
(2009-2010, 2 romans) de Yukito
Ayatsuji,
une malédiction dans un collège après que des élèves
ont feint de ne pas avoir vu la mort d’une
élève
et le rôle central de Mei
Misaki
dans tout cela, sans oublier Je
veux mourir en paix
(Bogiwan
ga Kuru)
de Ichiho
Sawamura
(2015),
le roman a relancé la J-Horror
moderne au Japon. L'histoire suit un jeune
père de famille
harcelé par une entité folklorique sanguinaire et invisible appelée
le "Bogiwan".
Puis,
le
thriller
psychologique noir
(Iyamisu
/ noir
japonais) avec les
auteurs
qui
décortiquent
la noirceur, l'hypocrisie et les dérives de la société,
de la famille
et du monde
scolaire japonais.
La violence y est d'autant plus glaçante qu'elle paraît ordinaire.
Les
œuvres phares sont Audition
(1997), un drame social lent et mélancolique qui bascule abruptement
dans un huis clos de torture psychologique et physique avec son
héroïne Asami,
et In
the Miso Soup
(1997) de Ryū
Murakami,
une plongée claustrophobique au cœur des
bas-fonds de Tokyo avec un tueur en série américain, Out
(1997), un thriller social d'une noirceur absolue sur
la
routine macabre qui s'installe chez ces femmes
ordinaires, et Grotesque (2003) de Natsuo Kirono,, une
critique féroce de la société japonaise, de la pression de
la réussite, du patriarcat et de la jalousie féminine, ou
encore Confessions
(2008) de Kanae
Minato
sur la cruauté scolaire et la toxicité des
relations parents-enfants, et de la même autrice
Expiation (2009),
une
étude psychologique impitoyable sur le poids de la culpabilité
imposée et la façon dont un traumatisme d'enfance peut briser et
pervertir toute une vie, voire La
Leçon du mal
(2010) de Yūsuke
Kishi, un mélange
glacial entre le suspense sociologique et un slasher
psychologique, dressant une critique acide et noire du système
scolaire japonais.
Ensuite,
l'horreur
architecturale
et le mystère
interactif
qui est une tendance
très populaire portée par des auteurs modernes, elle mêle enquête
policière, plans de maisons truffés d'anomalies spatiales et
secrets de famille
macabres. Les
œuvres phares sont Maisons étranges
(Strange
Houses
(2021), où on passe sa
lecture à observer les moindres détails des illustrations à la
recherche des incohérences graphiques (une ombre mal placée, un
détail anatomique impossible) qui servent d'indices, Strange
Pictures
(2023), où le lecteur
scrute les schémas en même temps que les personnages
pour tenter de comprendre la logique macabre des lieux avant que la
solution ne soit révélée, et Strange
Buildings
(2023), le
prolongement de son travail à l'échelle supérieure. L'intrigue
tisse des liens à travers les plans et les structures de 11
bâtiments différents, mêlant récits croisés et énigmes
architecturales globales)
d'Uketsu.
Enfin,
la
survie
et le Splatterpunk
/ Death
Game
qui sont des
récits
oppressants où la jeunesse
est placée dans des situations extrêmes de violence
institutionnalisée ou de huis clos mortel,
dont l’œuvre phare est
Battle
Royale
(1999) de Kōshun
Takami,
qui explore la paranoïa, la rupture des amitiés
enfantines, le sadisme de certains élèves et le courage
désespéré des autres, Goth (2002) de
Otsuichi, construit comme un recueil d'histoires
interconnectées, le livre offre une plongée clinique
et poétique dans l'esprit de personnages totalement
déconnectés de la morale humaine ordinaire, ou encore King's
Game
(Ousama
Game)
de Nobuaki
Kanazawa,
lancé au début des années 2010, est
un phénomène du light
novel
centré sur un jeu mortel où des lycéens
reçoivent des ordres macabres par SMS qu'ils sont obligés
d'exécuter sous peine de mort, et Signal
(Shigunaru)
de Keisuke
Makino
(2012),
avec un groupe
de lycéens
se retrouve enfermé dans une pièce et soumis aux règles d'un jeu
psychologique sadique via des écrans. Chaque infraction ou mauvaise
réponse entraîne des châtiments corporels immédiats et mortels.
Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://heyimreading.com/2023/02/15/japanese-horror-books/, https://uketsu.fr/, https://www.bibliosurf.com/+-Kishi-Yusuke-+.html, https://www.erikastravelventures.com/weird-scary-and-surreal-japanese-books/, https://www.goodreads.com/shelf/show/japanese-horror, https://www.penguinrandomhouse.com/the-read-down/want-read-japanese-horror-heres-start/, et https://www.seuil.com/actualite/le-thriller-japonais-phenomene-duketsu.
Merci !





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