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lundi 26 octobre 2026

La j-horror, se faire peur au cinéma

Historiquement, le cinéma japonais a intégré le fantastique de manière naturelle : les récits de fantômes («kaidan») et les créatures surnaturelles («yurei» et «yokai») peuplent le folklore et les contes locaux, et l’une des pièces les plus célèbres du théâtre kabuki (Yotsuya Kaidan) narre la vengeance d’un fantôme sur une série de personnages qu’il parvient à influencer. Autant de thèmes que l’on retrouve dans les films d’horreur nippons des années 1940-1950, les «kaidan eiga» qui font la célébrité de Nobuo Nakagawa, le Mario Bava japonais (Le Manoir du chat fantôme, 1959). Un classique se dégage Kwaïdan (Masaki Kobayashi, 1964) qui est un classique intemporel du film à sketches fantastique et folklorique. Longtemps, ces films de fantômes classiques resteront cloisonnés dans leur pays d’origine : les seuls films d’horreur (physique ou psychologique) à acquérir une réputation hors du Japon le sont d’abord pour leur érotisme, qu’il s’agisse d’Onibaba en 1964 et ses vrais-faux démons, ou de L’Empire des sens dans les années 1970, qui voit une comédie horrifique totalement psychédélique et expérimentale, House de Nobuhiko Ōbayashi en 1977, devenir culte. 

 

Une Nouvelle Vague, commence en 1991 par une anthologie de Norio Tsuruta : Histoires Vraies (Honto ni atta kowai hanashi), qui avaient dans le but de moderniser la figure du fantôme japonais grâce à ces nouveaux kaidan avec une génération de cinéastes autodidactes qui émerge. Tournant au départ de petits films en Super-8, puis des scènes érotiques, Hideo Nakata perce dans le monde entier avec Ring, l’épouvantable histoire d’une image maudite qui tue tous ceux qui la voient, sept jours plus tard. Son succès s’explique en particulier par le mélange qu’il fait entre les effets du cinéma d’horreur occidental (jump-scare en particulier), les hantises japonaises traditionnelles, et surtout des trouvailles personnelles. Les plans d’apparitions de personnages fantomatiques, quasi subliminaux, auront une influence durable sur les films d’horreur tournés à la suite. Lui-même, avec Dark Water, produira un deuxième long-métrage reconnu pour son horreur, et rendra aux histoires de fantômes un très bel hommage avec Kaidan. À ceux-ci s’ajoutent Ju-on: The Grudge de Takashi Shimizu en 2002 sur une maison maudite et une malédiction implacable liée à la violence domestique. 

 

La solitude, l’isolement dans un monde de gratte-ciel et de densité urbaine, la santé mentale des jeunes générations… Les films J-Horror illustrent des thèmes de société marquants au Japon, souvent par le biais de cinéastes marginaux et punk, équivalents d’écrivains modernes comme Ryu Murakami. Un auteur qu’adapte d’ailleurs Takashi Miike, cinéaste très prolifique et multigenre, en 1999 avec Audition, film extrêmement marquant par son scénario et surtout par ses dernières minutes, qui a influencé tout un pan du cinéma d’horreur des années 2000, le torture-porn – Miike fera d’ailleurs un caméo dans le film Hostel, d’Eli Roth. Audition, par son regard sur les hommes, les femmes et l’exploitation des corps, a gardé intact – à l’ère post-MeToo – son pouvoir d’édification. Volontairement destroy et pleine d’humour noir, la filmographie de Miike, qui comprend aussi le polar ultra-gore Ichi the Killer, fait le pont entre le film culte de la J-Horror underground Tetsuo, horrifique œuvre cyberpunk sortie en 1989, et l’un des artisans actuels du genre au Japon, Sono Sion, autre bourreau de travail qui, depuis Suicide Club en 2001 (et son prequel Noriko’s Dinner Table) a montré que le cinéma d’horreur et de genre japonais parvenait à mêler mise en scène virtuose et propos sociétaux marquants. À cela s’ajoute Kairo / Pulse (Kiyoshi Kurosawa, 2000) avec une vision glaciale et mélancolique d'Internet où les fantômes envahissent le monde des vivants.

 

De nos jours, Shiraishi Kōji est surtout connu pour ses films avec acteurs adaptés de dessins animés tels que Impossibility defense (2018) et Hell Girl (2019), ou encore Sadako vs. Kayako (2016), qui dressait l’une contre l’autre deux icônes de la J-horror. Il est aussi l’un des créateurs phares du label «J-horror». Mais à l’origine, Shiraishi était une figure de proue de la catégorie faux documentaire («mockumentary» ou «found footage» [séquences trouvées]) du cinéma d’horreur. Il a tourné plusieurs films, tels que Noroi : The Curse (2005), Occult (2009) et Cult (2013), qui ont été acclamés par les fans de l’horreur au Japon et à l’étranger. Shiraishi a sorti neuf films dans la série Files entre 2012 et 2015 (la plupart directement en vidéo). Tout au long de la série, l’intrigue tourne autour d’une équipe de tournage qui enquête sur des phénomènes surnaturels bizarres liés aux histoires de fantômes et au folklore japonais. À partir des années 2010, les maîtres de la J-Horror classique cherchent à conclure ou à réinventer leurs thématiques (Cold Fish en 2010 de Son Shiono), les œuvres s'intéressent aussi aux traumatismes familiaux, au harcèlement et au suicide des jeunes en lien avec Internet (comme Kyōfu / The Sylvian Experiments en 2010). Et le genre flirte volontiers avec la comédie noire, le splatter gore décomplexé (Helldriver, Mutant Girl Squad) ou le survival inattendu comme le phénomène mondial Ne coupez pas ! de Shin'ichirô Ueda (2017), et les productions récentes de la décennie 2020 s'éloignent des technologies maudites (cassettes VHS, téléphones) pour explorer le malaise de la société vieillissante du Japon et l'horreur folklorique avec Best Wishes to All (2023), le premier film de Yūta Shimotsu, Six Singing Women (2023) de Yoshimasa Ishibashi, Dolhouse (2025) de Shinobu Yaguchi et Never After Dark (2026) de Dave Boyle. 

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://japanization.org/le-top-10-des-films-dhorreur-thriller-japonais-par-mr-japanization/, https://leclaireur.fnac.com/article/cp67157-j-horror-comment-le-japon-a-reinvente-le-cinema-dhorreur/, https://www.allocine.fr/film/meilleurs/genre-13009/pays-5021/decennie-2010/, https://www.aucoeurdelhorreur.com/histoire-j-horror-cinema-japonais/, https://www.avoir-alire.com/le-cinema-japonais-au-surnaturel-les-spectres-de-la-j-horror, https://www.guimet.fr/fr/activites-visites/journee-j-horror, https://www.allocine.fr/film/meilleurs/genre-13009/pays-5021/decennie-2010/, https://www.nippon.com/fr/japan-topics/c030232/, et https://www.journaldujapon.com/2016/05/17/j-horror-theatre-series-quand-tous-les-themes-de-lhorreur-nippone-se-rassemblent/.

 

Merci !

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