Chaque année, le 18
février en France et le 16 avril dans le monde entier comme c’est
le cas en Corée, l’Église catholique
honore sainte Bernadette Soubirous,
la jeune voyante de Lourdes à qui la Vierge
Marie serait
apparue en 1858.
En
1858, la jeune Bernadette Soubirous, fille aînée d'une
famille nombreuse, pauvre, malade, analphabète, élevée dans
la foi chrétienne, et ayant reçu une éducation très simple,
raconte avoir vu une mystérieuse «Dame blanche»
apparaître dans une grotte de Massabielle, près de Lourdes, dans
les Pyrénées, 18 fois de février à juillet 1858, bien aidée par
l’ascendant sur elle de l’abbé Ader, fervent admirateur
du curé d’Ars, dont les visions sont connues, et un dévot
des (fausses) apparitions de La Salette, avec son catéchisme
qu’elle suivait avec enthousiasme. C’est une Vierge
souriante, qui ne profère aucun avertissement menaçant, ses
"secrets" dont elle se dit la dépositaire ne
concernent qu'elle, et non le destin de l'humanité, et il y a un
appel au repentir. Dans d'autres messages, la dame demanda la
construction d'une église à cet endroit afin que les prêtres
puissent y venir en procession. Celle-ci aurait dit à la jeune
fille le 25 mars : «Que soy era Immaculada Councepciou»
(en occitan, «Je suis l'Immaculée Conception»). Cependant
Bernadette n’était pas ignorante de ce dogme sans pour
autant en comprendre le sens, après la promulgation du dogme en 1854
par Pie IX, l'expression Immaculée Conception se
répandit comme une traînée de poudre, et dans certains villages,
comme à Lourdes, on fêta l'événement et on sortit même les
lampions. De plus, de nouvelles Congrégations prirent ce
titre, comme, et l'iconographie religieuse s'enrichit d'une multitude
d'images qui passèrent entre toutes les mains aussi à Lourdes.
C'est le début de la célébrité internationale pour la petite
bourgade de Lourdes, qui va se trouver complètement transformée par
l'événement. Très vite en effet, beaucoup sont persuadés que
c'est la Vierge Marie qui est apparue à l'adolescente. Qui
plus est, lors d'une de ces apparitions, Bernadette aurait
creusé le sol de la grotte pour y trouver de l'eau : cette
dernière va bientôt acquérir la réputation d'être miraculeuse.
Mais Bernadette déclare ne pas avoir vu de miracles et ne pas
y croire. Alors que certains parlent de miracle, les journaux
anti-cléricaux ne cachent pas leur scepticisme et crient à la
mystification. Bernadette Soubirous affrontera l'incrédulité
et les questions de tous : proches, autorités
civiles, médicales et religieuses. On la croira
folle, complice d'une escroquerie. Elle répond avec sobriété et
clarté, ne se contredit jamais, refuse de bénir, récuse tous les
cadeaux. À travers elle, deux France s'opposent, l'une républicaine
et laïque, l'autre ultramontaine et religieuse. Mais
les premiers miracles se produisent. Les contradicteurs se raréfient.

Et
«L’affaire» prend une dimension nationale quand Louis
Veuillot publie dans l’Univers du 28 août 1858 le
compte rendu de sa visite à Lourdes. Lourdes, très vite, voit
affluer les foules. Même après l’extinction du «feu
visionnaire» dans son expression directe, à la fin de l’été
de 1858, lorsque l’institution ecclésiastique reprend le
contrôle et que Bernadette est progressivement éloignée,
puis cachée de la vision publique, la dévotion à Lourdes continue.
Après quatre ans d'enquêtes et que le préfet des Hautes-Pyrénées,
Oscar Massy, a fait fermer et vider la grotte de Massabielle
de tous les objets de culte en 1860, le faisant devenir le bouc
émissaire du clergé, menant sa mutation à Grenoble, où il
meurt quelques mois plus tard, l'Église reconnaît
l'authenticité des apparitions après avoir interdit en 1861 de
parler du village d’Arnaud-Guilhem en Haute-Garonne qui connaît en
1859 une longue série de manifestations mariales et les quatre
filles qui y ont eu droit sont confiées à des religieuses
du Dorat, en Haute-Vienne, afin de na pas concurrencer Lourdes. Mais
les rumeurs de guérison n'ont pas attendu, les pèlerins non
plus. Dès 1866, une première basilique est construite, le train
arrive. Le business des cierges et de l’hostellerie devient
rapidement très lucratif. Le Sanctuaire fait face à l'afflux des
fidèles, des malades et des guérisons, que
contrôle le Bureau des constatations médicales. Échappant à
la curiosité publique et au photographes qui se disputent dès 1862
le privilège de pouvoir prendre des photos de la jeune femme, puis
de les vendre, Bernadette dont la présence détournait
l’attention du sanctuaire, de la grotte et de la Vierge à
cause du comportement des foules à son encontre comme en mai
1866, elle fut contrainte de partir et trouva refuge au couvent des
sœurs de la Charité à Nevers où elle prit le voile à
vingt-deux ans. Malade, devant renoncer même à exercer son
dévouement, durement traitée par la mère supérieure et par
la maîtresse des novices, elle accepte tout, sereinement
soumise jusqu'à sa mort, à trente-cinq ans, imprégnée sans doute
des paroles que lui avait dites la dame de Massabielle : "Je
ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais dans
l'Autre." Quand elle fut canonisée, en 1933, Lourdes était
déjà, après Paris, la ville française la plus connue du monde.
Marc
Hallet, Les apparitions de la Vierge Marie et la critique
historique, éditions de l’auteur, 1988, Jean-Pierre
Albert, Sacrifice et prophéties dans la France du XIXe
siècle, Séminaire de Clara Gallini,
Université La Sapienza, 1998, Anne
Bernet, Bernadette Soubirous, Perrin, 2008,
Élisabeth Claverie, Le monde de Lourdes,
Gallimard, 2008,
https://francearchives.gouv.fr/fr/pages_histoire/39664,
https://histoirebnf.hypotheses.org/12460,
https://lempaille.fr/linvention-de-lourdes,https://theconversation.com/how-lourdes-became-a-byword-for-hope-174574,
https://www.retronews.fr/religions/echo-de-presse/2018/07/30/les-apparitions-de-lourdes-en-1858-un-miracle-tres-polemique,
et http://www.zetetique.ldh.org/bernadette.html.
Merci
et bonne sainte Bernadette !