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lundi 17 août 2026

L’enfer du travail en Corée du Sud


Sorti en Corée du Sud dans le courant du mois de février 2026, About Kim Sohee, nouveau long-métrage de July Jung (A Girl at My Door) qu’elle a présenté lors du dernier Festival de Cannes, est arrivé sur les écrans français, le mercredi 5 avril. Son histoire, inspirée d’un fait divers survenu en 2016, nous plonge dans l’enfer du monde de l’entreprise en Corée du Sud, pays à l’économie florissante.

 

De 1960 à 1995, l’économie de la Corée du Sud a crû de manière exponentielle et le pays multiplie son PIB par habitant par 10 environ. Tirée par les chaebols, ces conglomérats concentrés sur l’exportation, cette croissance est aussi possible grâce aux sacrifices de travailleurs qui acceptent de faire passer le développement collectif avant leur confort individuel. La culture du travail qui se met alors en place est largement inspirée de principes militaires : décision centralisée, verticale du pouvoir et dévouement total à l’entreprise qui, comme une armée, fait office de «seconde famille». Importants «chaebols» ou start-up débutantes, les entreprises coréennes restent aujourd’hui régies par cette culture rigide et autoritaire. Avec une moyenne de plus de 2000 heures travaillées en 2017 – soit environ 30% de plus qu’en France sur la même année -, les salariés sud-coréens travaillent bien plus longtemps que leurs collègues d’autres économies développées. Il y avait déjà des luttes de longue date de syndicalistes et d’ouvriers pour améliorer les conditions de travail. Dans la bande dessinée coréenne, appelée manhwa, ces sujets avaient déjà été abordés comme dans Le Parfum des hommes, de Kim Su-bak en 2014. Cette œuvre raconte comment les employés des usines de microprocesseurs de Samsung ont développé des leucémies et la manière dont le groupe a tenté d’étouffer les morts. Comme dans le film de July Jung, il s’agissait de jeunes filles sorties du lycée issues de milieux plutôt pauvres et ruraux. Au vu de cela, le Hell Joseon est un terme utilisé par la jeunesse sud-coréenne pour critiquer la situation sociale du pays. Il aurait émergé sur la toile aux alentours de 2015. C’est une contraction du mot Joseon, qui désigne le dernier royaume, ayant duré de 1392 à 1897, et du mot anglais hell«l’enfer» – pour parler de cette modernité sud-coréenne considérée comme infernale. Comme le montre cette expression, cette modernité est tiraillée entre la tradition, issue du Joseon, et l’enfer de notre économie mondialisée qui crée des situations de vie particulièrement complexes. Naître en Corée du Sud équivaut à pénétrer un enfer où l’on est immédiatement asservi par un système hautement réglementé, dictant tout un parcours de vie. Une éducation onéreuse et un service militaire obligatoire au sein d’une armée abusive sont la norme.

 

Le rayonnement de la Corée du Sud en tant que modèle d’enseignement tend à éclipser les pans négatifs du système. Il maintient que seules les personnes riches et célèbres parviennent à contourner ce système en mettant à profit leur richesse et leurs contacts, tandis que les personnes du tiers-état moderne n’ont d’autre choix que de travailler comme des esclaves dans une entreprise, ou de «se réfugier dans la forteresse des bureaucrates en passant l’examen de fonctionnaire». Ceux qui n’y parviennent pas sont condamnés à une vie de chômage ou à une existence en marge de la société. D’autres encore vont jusqu’à quitter leur terre natale dans l’espoir de pouvoir trouver la liberté à l’étranger.  Les jeunes, qui ont vu leurs parents vivre dans ces conditions, sont de plus en plus nombreux à refuser ce système voire à oser faire quelque chose d’impensable jusqu’ici : démissionner. Selon une récente enquête du ministère du Travail de Corée du Sud, leur temps de travail idéal serait de 42 heures par semaine. D’ailleurs, en 2017, Directeur Kim, un feuilleton sur les affres de la vie au bureau, a rencontré un succès inattendu en Corée du Sud, sur la chaîne nationale KBS, c’est l’histoire d’un employé qui a pour projet d’arnaquer son entreprise pour ensuite partir pour le Danemark et son État-providence ! Les conditions de travail en Europe font, en effet, rêver, et beaucoup de Sud-Coréens cherchent à s’expatrier. tandis qu’une BD intitulée C’est une allergie au travail fait un carton en librairie. Elle montre de jeunes employés en apparence souriants, actifs, mais qui, en réalité, ne rêvent que de démissionner et de dire leurs quatre vérités à des patrons infects. Les œuvres qui moquaient les travers de la vie en entreprise existaient déjà, mais dans cette BD, c’est l’essence même du travail qui est critiquée et présentée comme absurde et aliénante. Dans un long article sur le sujet, le quotidien Korea Times note aussi que se multiplient les livres qui ont pour sujet comment démissionner. En Corée du Sud, la relation au travail est, peu à peu, en train de changer, là où tout sacrifier à son emploi a longtemps été la norme. Il n’est pas rare aussi de tomber sur des posts de forums rédigés par des Coréens faisant part d’un sentiment de lassitude : ils se sentent comme coincés au sein d’une économie impitoyable où seul un petit nombre de chanceux peut prétendre à une place dans une université d’élite, et plus tard à un emploi stable et correctement rémunéré au sein d’une entreprise prestigieuse.

 

La Corée du Sud, qui est une grande puissance mondiale, est pourtant très mal classée aux niveaux des indicateurs de qualité de vie de l’OCDE et a un des taux de suicide les plus élevés au monde. En Corée, il y a un système de contrôle social, influencé par les valeurs du néoconfucianisme, dans lequel on est positionné dans la société en fonction de sa classe d’âge et, particulièrement, de son année de naissance. On ne peut véritablement se nommer «amis», s’appeler par le prénom et se tutoyer qu’avec ceux qui sont nés la même année. Cela va créer des relations de pouvoir qui aggravent le poids de la hiérarchie dans la société coréenne. La Corée du Sud est déjà l’un des pays où l’on travaille le plus au monde, plus de 1900 heures par an en moyenne. Près de 400 de plus que la France et 300 de plus que le voisin japonais. Les journées au bureau sont littéralement interminables : certaines grandes entreprises disposent même de dortoirs où passer la nuit, et travailler le wee-kend est loin d’être rare. C’est le secret de la croissance économique spectaculaire du pays depuis cinq décennies : des générations de Sud-Coréens ont sacrifié toute vie personnelle et n’ont pris que quelques jours de congés par an pendant toute leur carrière. D’ailleurs, selon une étude menée par Gapjil 119, une association qui milite contre les abus de pouvoir et les mauvais traitements au travail, 59 % des personnes interrogées ont déclaré ne pas avoir été payées pour les heures supplémentaires qu’elles avaient effectuées. Le surmenage qui en découle engendre des problèmes de santé, qui vont du mal de dos à la dépression et pire encore : “Des heures de travail excessives ont été associées à un risque accru de suicide en Corée du Sud. C’est la première cause de décès chez les personnes âgées de 10 à 39 ans.” Mais les jeunes générations, elles, tolèrent de moins en moins bien ces horaires impossibles, les humiliations quotidiennes, la très forte hiérarchie, ou encore l’obligation d’aller prendre une cuite le soir avec son patron quand celui-ci l’ordonne, alors qu’en même temps, la précarité et le risque d’être, de toutes façons, licencié, ont beaucoup augmenté. Selon un récent sondage, 83 % des Sud-Coréens se sentent déprimés sur le lieu de travail !

 

Les grands conglomérats coréens, tels que Samsung ou Hyundai, restent toujours les entreprises les plus recherchées par les jeunes diplômés, en raison des salaires élevés, et aussi du prestige social attaché à de tels emplois. Mais en même temps, on observe un nombre croissant de jeunes qui refusent de tels choix de carrière. Ce refus s’exprime par exemple dans l’extraordinaire boom des startups depuis quelques années : créer son entreprise est devenu à la mode, alors que c’était un choix autrefois mal vu socialement. Bon nombre de jeunes diplômés préfèrent être leur propre patron. En mars 2024, le gouvernement a voulu étendre ces plages pour instaurer la semaine de 69 heures, suscitant la protestation des syndicats et des jeunes. Face à la contestation, le gouvernement a retiré son projet et travaillé sur d’autres propositions pour la fin de l’année. Les inquiétudes étaient toujours vives. En 2025, la Corée du Sud s’inquiète pour ses jeunes qui décident de faire une pause dans leur vie professionnelle et arrêtent volontairement de chercher un emploi. Malgré leurs très bons diplômes, ils sont maintenant des centaines de milliers dans cette situation. Déçus par leur dernier travail et épuisés à l’idée de passer des entretiens pour un nouveau poste, ils expliquent qu’ils sont en pause pour un temps indéfini. Ils pointent surtout les très mauvais salaires, la pression de la hiérarchie ou alors le climat entre collègues de travail. Une forme de burn-out pour ces jeunes coréens qui estiment également ne pas être récompensés de toutes ces années passées dans un système éducatif coréen ultra-compétitif, où ils ont dû bachoter à l’école puis dans les cours de soutien tous les soirs et même le week-end. Pour les sociologues, c’est presque une rébellion passive. 

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://asialyst.com/fr/2018/04/06/coree-du-sud-fin-culture-obsessionelle-travail/, https://bonjour-coree.org/hell-joseon/, https://www.courrierinternational.com/article/surmenage-en-coree-du-sud-la-semaine-de-69-heures-ne-passe-pas, https://www.franceinfo.fr/replay-radio/bientot-chez-vous/en-coree-du-sud-des-centaines-de-milliers-de-jeunes-arretent-de-travailler-epuises-par-les-mauvais-salaires-et-la-pression-hierarchique_7596341.html, https://www.huffingtonpost.fr/culture/article/about-kim-sohee-fait-bouger-les-choses-pour-les-stagiaires-en-coree-du-sud_216202.html, https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20170227-coree-sud-travail-emploi-jeunes-sacrifier-serie-tele-bd-horaires-allergie-ex, https://www.rfi.fr/fr/podcasts/grand-reportage/20231107-en-cor%C3%A9e-du-sud-une-vie-au-travail, et https://www.telerama.fr/television/comment-about-kim-sohee-illustre-la-violence-symbolique-et-le-controle-social-en-coree-du-sud-7017731.php.

 

Merci 

samedi 15 août 2026

La journée nationale de la libération de Corée et l’Assomption, des fêtes qui coïncide en Corée

Le 15 août est un jour férié dans de nombreux pays. En Corée du Sud, il symbolise le jour de l'indépendance (Gwangbokjeol) qui célèbre la victoire sur le Japon qui a libéré la Corée de 35 ans de domination coloniale japonaise le 15 août 1945 et le retour à la démocratie du pays du matin calme avec l'indépendance de la République de Corée, dont la capitale est Séoul, est proclamée le 15 août 1948 en présence de Syngman Rhee et du général Douglas MacArthur.

 

Le 15 août 1945, la nation fut libérée, mais ce ne fut pas un moment de joie absolue. Les deux bombes atomiques ayant précipité la défaite du Japon, la nation perdit l'occasion d'accéder à son indépendance. Les résistants coréens, se préparant à la bataille finale, tant sur le plan intérieur qu'extérieur, furent libérés sans avoir la possibilité de contribuer à la guerre mondiale. Par conséquent, les Coréens devaient se battre à nouveau pour achever l'indépendance nationale et l'unification de la péninsule coréenne divisée, éradiquer les vestiges de l'impérialisme et du féodalisme japonais et établir une nation démocratique. Le répit fut pourtant de courte durée. Après trente-cinq ans d’occupation, l’opposition entre Washington et Moscou va se substituer à la domination japonaise avant même la capitulation de l’Empire, le 2 septembre 1945. Dès le mois d’août, le General Order No. 1, approuvé par le président américain, Harry Truman, contraint les troupes japonaises de la partie septentrionale de la péninsule coréenne, au nord du 38e parallèle, à remettre leurs armes aux forces soviétiques, et celles de la partie méridionale aux forces américaines. À la colonisation succéda la partition et les querelles idéologiques. Après l’échec de la transition vers une péninsule unifiée – pourtant officiellement proposée lors de la conférence de Moscou de 1945, qui la prévoyait après un protectorat conjoint de quatre puissances durant cinq ans (États-Unis, Union soviétique, Chine et Royaume-Uni) – et face à l’incapacité de Moscou et de Washington à se mettre d’accord, la division de la péninsule s’institutionnalise. Les Coréens étaient extrêmement divisés entre la droite, partis nationaliste et démocrate, et la gauche, partis communiste et socialiste. Dès 1946, les maladresses de l’administration d’occupation américaine, permettent d’observer des violences internes en Corée du Sud. Fin août 1947, les États-Unis soumirent la question coréenne à l’ONU. En septembre, l’Assemblée générale (AGNU) inscrivit cette question à son ordre du jour. L’URSS demanda le retrait simultané des forces soviétiques et américaines; les États-Unis répliquèrent en proposant la tenue d’élections générales au nord comme au sud. La proposition américaine l’emporta. 

 

En 1947 et surtout en 1948, des révoltes, en partie d’inspiration communiste, furent réprimées sévèrement par les forces de sécurité sud-coréennes et une police qui n’avait jamais été purgée de ses éléments pro-japonais. Avec la constitution de foyers de guérillas au sud, puis avec la guerre de Corée, des dizaines de milliers de Coréens, suspectés d’appartenir à la guérilla ou d’entretenir des sympathies pour la Corée du Nord, furent exécutés sommairement. Les partisans communistes et l’armée populaire du nord commirent également leur part d’exactions contre certains sudistes réputés «ennemis de classe» ou «ennemis du peuple». En avril 1948, une insurrection agita la grande île de Cheju-do à la suite d’une série d’incidents marqués par l’opposition entre forces de gauche et de droite, sur fond de crise économique et de «bavures» répétées commises par des forces de police, où les violences policières firent entre 30 000 et 80 000 morts sur 300 000 habitants pour arriver à pacifier l’île en 1949. En novembre, l’AGNU confia à une commission de huit États membres (Australie, Canada, Chine, France, Inde, Philippines, Salvador, Syrie) le soin d’organiser des élections dans toute la Corée, d’ici au 31 mars 1948. Mais l’URSS refusa à la «Commission temporaire des Nations unies pour la Corée» l’accès en zone soviétique, si bien que les élections, sous contrôle international, ne purent se tenir qu’en zone américaine, le 9 mai 1948. L’Assemblée élue se réunit le 31 mai; elle adopta une Constitution le 12 juillet; la République de Corée fut proclamée le 15 août, avec Syngman Rhee à sa tête. La République de Corée est proclamée le 15 août 1948, avec pour capitale Séoul, et la République populaire démocratique de Corée est quant à elle proclamée le 9 septembre 1948, avec pour capitale Pyongyang. Pour la première fois depuis des siècles, la péninsule coréenne est divisée.

 

La plupart des musées et lieux publics sont ouverts gratuitement aux descendants de militants indépendantistes pendant les vacances, mais ils peuvent également voyager gratuitement dans les transports publics et les trains interurbains. Certains parents coréens nomment même leurs fils «Gwangbok» lorsqu'ils naissent ce jour-là. Les rues de tout le pays sont recouvertes de drapeaux. L'allocution présidentielle est suivie de défilés militaires et civils. En Corée du Nord, la fête est souvent célébrée par un défilé militaire sur la place Kim Il-sung les années de jubilé (ex: 25e, 40e, 50e, 60e, 70e anniversaire) avec la présence du président de la Commission des affaires d'État et du commandant en chef des forces armées. Le premier défilé a eu lieu en 1949 devant la gare de Pyongyang. Il a été réitéré en 1953, puis organisé chaque année jusqu'en 1960, puis n’a plus eu lieu jusqu'au début des années 2000.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Laurent Quisefit, Guerre civile et violences idéologiques en Corée, 1945-1953, dans La violence : Regards croisés sur une réalité plurielle sous la direction de Lucien Faggion et Christophe Régina, CNRS Éditions, 2010, p. 231-244, David Cumin, Retour sur la guerre de Corée, dans Géopolitique de la péninsule coréenne, dans Hérodote n° 141, La Découverte, 2011/2, Pages 47 à 56, Jo Han-seong, Trois ans après la Libération : La bataille finale pour l'établissement de la nation, Saeng-gagjeong-won, 2015, et https://product.kyobobook.co.kr/detail/S000001861372, Antoine Bondaz, La péninsule coréenne, entre autonomie et dépendance, dans Les deux Corées, dans Pouvoirs N° 167 Le Seuil, 2018/4, Pages 95 à 106, https://lepetitjournal.com/seoul/jour-ferie-celebre-15aout-coree-391160, https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve/21, https://www.bibliomonde.fr/lalmanach/15-aout-coree-jour-de-l-independance-1945-gwangbokjeol, et https://www.routard.com/guide_agenda_detail/10019/jour_de_l_independance_(de_la_liberation)_en_coree_du_sud.htm

 

La fête de l’Assomption en ce jeudi 15 août coïncide en Corée du Sud avec le jour de la libération nationale. Comme le Jour de la Libération et le Jour de la Fondation nationale de la République de Corée coïncidaient avec la fête de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, la croyance s'est répandue parmi les croyants que ces réalisations étaient dues à l'aide de la Vierge Marie, sainte patronne de l'Église coréenne, et la dévotion à la Vierge Marie s'est encore développée. C’est un moment qui doit être vécu avec beaucoup de spiritualité et de dévotion par les fidèles. La fête permet aussi à l’archevêque de Séoul d’appeler au dialogue et à la paix entre la Corée du Nord et la Corée du Sud à l’occasion. Avec la fête de l’Assomption on se demande : Qu'est-il advenu de Marie, la mère de Jésus, après la Pentecôte, où les Actes des apôtres mentionnent sa présence avec les disciples ? Aucun écrit canonique ne le rapporte, mais à partir les conciles d'Éphèse (431) et de Chalcédoine (451), on voit naître en Orient comme en Occident toute une littérature dite «apocryphe» parlant du Transitus Mariae (= «transfert de Marie», c'est-à-dire son sort final), et s’inspirent à l'origine des fêtes commémorant la Dormition une fête au VIe siècle de la Mémoire de la Théotokos, célébrant la maternité divine de Marie, puis vinrent celles de la Dormition (Marie qui s’est «endormie» dans la mort) au VIe siècle en Orient à partir de traditions littéraires entre le Ve et VIIe siècle arrivée en Occident au VIIe siècle, devenue celle de l’Assomption (la mort et de l’enlèvement du corps et de l’âme de la Marie) en Occident au VIIIe siècle.

 

En décembre 1838, l'évêque Imbert Beom, deuxième évêque du diocèse de Joseon, demanda au Vatican de désigner la «Bienheureuse Vierge Marie, conçue sans péché originel» comme sainte patronne de l'Église de Joseon. Jusqu'alors, l'Église de Joseon vénérait saint Joseph, patron du diocèse de Pékin, comme son saint patron. Le pape Grégoire XVI approuva cette demande en août 1841, à condition que saint Joseph soit également vénéré comme saint patron. Les saints patrons de l'Église coréenne sont saint Joseph et la Vierge Marie. Cependant, depuis lors, la dévotion à la Vierge Marie est devenue plus courante que celle à saint Joseph dans l'Église coréenne, et ce jusqu'à nos jours. La cathédrale de Myeongdong, qui représente aujourd'hui l'Église coréenne, a également été consacrée à l'Immaculée Conception en 1898. Plus tard, pendant la période coloniale japonaise, les cathédrales de Yongsan (1926), de Janghowon (1930) et de Gongju (1937) ont également été consacrées à la Vierge Marie. Par ailleurs, le premier ordre religieux de Corée, la Congrégation de Notre-Dame du Perpétuel Secours, a été fondé en 1932 avec Notre-Dame du Perpétuel Secours comme sainte patronne.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Simon Claude Mimouni, Dormition et Assomption de Marie. Histoire des traditions anciennes, Éditions Beauchesne, 1995, https://www.archivioradiovaticana.va/storico/2013/08/14/un_15_ao%C3%BBt_plac%C3%A9_sous_le_signe_de_la_paix_en_cor%C3%A9e/fr1-719676, https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2024-08/assomption-message-paix-esperance.html, https://www.la-croix.com/Religion/Larcheveque-Seoul-lance-appel-dialogue-entre-deux-Corees-15-aout-2020-08-13-1201109015, et http://www.maria21.net/?document_srl=5930&ckattempt=1.

 

Merci, bonne journée nationale de la libération de Corée et fête l’Assomption ! 

vendredi 14 août 2026

Le Green Day, l’amour en vert

Le 14 août, c’est le Green Day. L'une des façons les plus populaires de célébrer cette Journée est de passer du temps en plein air. Les couples peuvent se voir autour d'une nappe dans un parc, ou bien aller crapahuter sur les chemins de promenade. C’est l’occasion de boire (avec modération) avec sa ou son bien-aimé, car c’est le jour pendant lequel le Soju est à l’honneur, car la tradition de boire des boissons vertes. Green Day en référence à la couleur verte des bouteilles de Soju. Cette journée est souvent rythmée par les chants de chanteurs coréens et la musique K-pop. En plus de la musique, les couples pourront savourer de la restauration rapide coréenne.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://french.korea.net/NewsFocus/HonoraryReporters/view?articleId=236106, https://wanghouse.in/how-korea-celebrate-green-day-with-street-food-and-culture/, et https://www.krispykoreanchicken.com/post/amourtousles14dumois.

 

Merci et bon Green Day !

mercredi 12 août 2026

L’Odyssée, un récit mythique à partir d’éléments réels

Christopher Nolan, dont L’Odyssée est l’un des films les plus ambitieux, a choisi de transformer certains aspects du récit afin de livrer son interprétation personnelle portée par Matt Damon, Anne Hathaway, Tom Holland, Robert Pattinson, Zendaya et compagnie, portant sur les «peuples de la mer» que seraient Ulysse et ses hommes pour Sparte et Ithaque perpétuant le cycle de violence commencé à Troie. Certaines choses manquent comme les Phéaciens, d’autres ont été ajoutées comme Sinon qui se trouve dans l’Énéide, d’autres encore ont été fusionnées comme l'île de Calypso et les Lotophages, et la transition à Ithaque, ou modifiées comme les Lestrygons, Calypso, Circé, les Sirènes, la ruse avec laquelle il a triomphé du Cyclope, les dieux montrés de façon subtile et distante malgré la présence d’Athéna, le personnage d’Antinoos, et le retour d’Ulysse Pourtant, l’Odyssée comme le montre ce film repose sur un récit mythique qui a des bases historiques et c’est ce que nous allons voir aujourd’hui.

 

Il était une fois... Ulysse, alias Odysseus (en grec), l’un des héros victorieux de la guerre de Troie. Après dix années loin des siens et de sa patrie, il décide de regagner son île natale d’Ithaque. Un retour jalonné de rencontres avec des créatures fabuleuses et sans cesse retardé par de nouvelles épreuves dues à la haine du dieu Poséidon contre «l’homme aux mille ruses», coupable d’avoir aveuglé son fils, le géant monstrueux Polyphème. Voilà près de 2800 ans que le récit de ce périple merveilleux irrigue l’imaginaire et les représentations artistiques de l’Occident. L’Odyssée – c’est-à-dire un poème attribué à Homère, dont les spécialistes ne s’accordent toujours pas sur la manière dont L’Odyssée a été composée, puisque certains pensent qu’elle résulte d’un processus progressif, au cours duquel différents aèdes ont apporté leur propre style aux récitations, jusqu’à ce que le récit soit finalement rassemblé et mis par écrit, et d’autres estiment que la cohérence de l’ensemble suppose un auteur unique, le poète Homère, traditionnellement présenté comme aveugle, même si rien ne garantit qu’un tel homme ait réellement existé, composé sans doute au VIIIe siècle avant notre ère et dont l’action se déroule encore 500 ans plus tôt – n’a cessé au fil des siècles de susciter les interrogations sur la part respective du mythe, des traditions, de l’histoire et de la fantaisie poétique… Dans les années 1870, l’Allemand Heinrich Schliemann, homme d’affaires et pionnier de l’archéologie, inscrivit les poèmes homériques dans l’histoire en identifiant les vestiges du site d’Hissarlik en Turquie comme étant la légendaire cité de Troie. En 1912, l’helléniste et géographe français Victor Bérard s’embarquait pour un voyage en bateau avec le photographe suisse Frédéric Boissonnas, persuadé que l’Odyssée était une description fidèle de la Méditerranée à l’âge du bronze et qu’il pourrait dresser une cartographie des aventures d’Ulysse. Il dut en rabattre un peu.

 

Plus généralement, il semble que les étapes du voyage d’Ulysse sur fond d’aventures mythologiques nous éclairent sur la Méditerranée de l’âge du bronze (entre le IVe et le Ier millénaire avant notre ère), une période qui voit les différentes civilisations de la région entrer véritablement en contact, s’allier ou s’affronter. C’est aussi l’époque où l’une des plus puissantes d’entre elles, la civilisation mycénienne (à laquelle appartient Ulysse), se lance à la recherche de métaux (notamment le cuivre et l’étain, qui entrent dans la composition du bronze) et établit des routes commerciales vers la principale source d’approvisionnement, la mer Noire, contrôlée par… la cité de Troie ! Des couches préservent les preuves de destruction, y compris le feu dans Troie VIIa vers 1225 avant J.-C. et certains restes humains. En 2025, des pelleteuses ont également fait état d'un tas de pierres de fronde de l'âge du bronze devant un palais de Troie VI détruite vers 1250 avant J.-C. La guerre de Troie fut possible, car des sources de l’époque mentionnent l’existence d’une confédération mycénienne regroupée sous le nom de royaume d’Ahhiyawa dans des textes hittites produits vers 1400-1220 av. J.-C. et de Tanaja dans des sources égyptiennes du 15e siècle avant notre ère. Les sièges sont aussi bien documentés à la fin de l'âge du bronze, et des documents diplomatiques du XIIIe siècle avant notre ère provenant de l'empire hittite semblent attester de l'implication mycénienne en Anatolie occidentale, ce qui conforte l'hypothèse d'une guerre composite. Il faut dire que la société mycénienne se basait sur le prestige qui s'acquiert par le succès militaire, la réputation et la loyauté des compagnons. Et l’histoire du cheval de Troie circulait certainement très tôt : un pot trouvé sur Mykonos, daté du VIIe siècle avant J.-C., montre déjà des soldats emballés à l'intérieur d'un cheval en bois à roues. Il y a quelques théories de premier plan pour ce qui a inspiré le cheval. Était-ce une machine de siège surnommé d'un animal, comme les armées de l'époque l'ont souvent fait ? Ou, plus métaphoriquement, représentait-il un tremblement de terre ? Poséidon n’était pas seulement dieu de la mer, mais aussi de tremblements de terre et des chevaux. Peut-être qu’un tremblement de terre a détruit la ville, et que le cheval est devenu une sorte de raccourci mythique – l’animal symbolique de Poséidon se tenant debout pour une ligne de faille ? Cependant, l'écrivain espagnol Alfonso Mañas apporte aujourd'hui un éclairage révolutionnaire sur ce mystère, ce dernier Spécialiste de l'Antiquité, sort le livre "L'Odyssée : La réalité derrière le mythe" (disponible seulement en espagnol pour le moment) et dans celui-ci nous dit que les Grecs auraient ainsi abandonné sur le rivage un navire marchand de type "hippos", qui présentaient une caractéristique particulière : leur proue était ornée d'une tête de cheval sculptée, apparemment rempli de marchandises en signe de soumission, mais dissimulant des soldats. Les Troyens, habitués à ces navires à tête de cheval, l'auraient tiré dans leurs murs pour s'emparer du butin. 

 

Des découvertes archéologiques ont mis en avant la possibilité d’un tel voyage. En juin 2025, le ministère grec de la Culture annonce la découverte d'un sanctuaire dédié à Ulysse sur l'île d'Ithaque, l’actuelle île de Paliki. Ulysse a inspiré un culte spirituel qui a perduré pendant mille ans. Les fouilles archéologiques suggèrent que le culte du héros homérique a débuté vers le IXe siècle avant J.-C., lorsque son périple tumultueux fut narré oralement, et semble avoir pris de l'ampleur après la mise par écrit de l'Odyssée à la fin du VIIIe siècle avant J.-C. À la fin de l'âge du bronze, la Grèce était composée de nombreux royaumes relativement petits, organisés autour de palais fortifiés tels que Mycènes, Pylos, Tirynthe et Thèbes. Un souverain contrôlant Ithaque et les îles voisines s'intégrerait aisément dans ce vaste monde mycénien. Une épave découverte en 2024 confirme les descriptions de navigation astronomique de l'Odyssée, remettant en question le commerce côtier et validant directement les descriptions de navigation astronomique de l'Odyssée. Ces découvertes suggèrent que l'Odyssée pourrait refléter des réalités géographiques et historiques de l'Âge du Bronze. Les Mycéniens entretenaient des réseaux commerciaux qui s'étendaient sur toute la Méditerranée orientale. Des découvertes archéologiques attestent de contacts avec Chypre, l'Égypte, le Levant, la Sicile et le sud de l'Italie. Bien qu'Homère agrémente ces voyages de rencontres avec des monstres et des enchanteresses, le propos sous-jacent est réaliste : les dirigeants de l'élite voyageaient beaucoup par mer et s'attendaient à ce que les contacts avec l'étranger soient porteurs d'opportunités comme de dangers notamment en Italie du Sud et en Sicile qui ont reçu la plus grande quantité de produits mycéniens en Occident, où des sites côtiers et des comptoirs ont servi de relais pour les navigateurs égéens dès le Bronze récent, en Sardaigne qui est une île clé pour l'approvisionnement en métaux, notamment le cuivre, où des objets d'inspiration égéenne ont été mis au jour, et des traces en péninsule ibérique plus limitées mais bien réelles de contacts et de céramiques mycéniennes attestent d'une navigation audacieuse bien avant l'expansion phénicienne. Et pour l’île de Corfou où on situe le pays des Phéaciens, voit dans la tombe à tholos de Parga, le témoignage d'une activité mycénienne régionale plus proche. Et des études publiées dans Basin Research et Current Biology suggèrent que deux des monstres les plus célèbres du texte, Charybde et Scylla d'un côté dans le détroit de Messine, entre la Calabre et la Sicile, qui seraient deux systèmes de failles qui se font face de part et d'autre du détroit, et leur interaction provoque une sismicité élevée, un enfoncement continu du plancher marin, et des courants tidaux atteignant 3 m/s, amenant des conditions de navigation extrêmement dangereuses pour un navire à rames antique, le Cyclope de l'autre qui serait inspiré de crânes d'éléphants nains (Elephas falconeri) de l'Âge de glace, pourraient avoir eu une réalité géologique et paléontologique. Les Sirènes, dont le chant attire les marins à leur mort, ont été interprétées comme des récifs perfides et des hauts-fonds de la Méditerranée qui ont coulé beaucoup d'un navire égaré. Aucune de ces découvertes ne prouve qu'Ulysse a existé. Ensemble, elles indiquent qu'Homère semblait décrire un monde réel.

 

L'Odyssée, transmise oralement pendant quatre siècles avant d'être fixée par écrit vers le VIIIe siècle av. J.-C. selon les travaux fondateurs du philologue Milman Parry (L'Épithète traditionnelle chez Homère, Les Belles Lettres, 1928), encode des réalités géographiques, maritimes et naturelles du monde méditerranéen de l'Âge du Bronze. Ce que les aèdes chantaient depuis des générations n'était peut-être pas une invention — c'était une mémoire. Au vingtième siècle, le roman moderne s'empare du mythe d'Ulysse, et des œuvres se dégagent, Ulysses de James Joyce (1922), Naissance de l'Odyssée de Jean Giono (1930), Strändernas Svall d'Eyvind Johnson (1946), Le Mythe de Pénélope d’Alain Peyrefitte (1949), L’Ignorance de Milan Kindera (2005), L’Odyssée de Pénélope de Margaret Atwood (2005), et Beaucoup de Jours de Philippe Forest (2011), qui sont une relecture du récit homérique. À la télévision, la série d'animation franco-japonaise Ulysse 31 (1981-1982) transpose les aventures d’Ulysse dans l’espace, alors que la série Odysseus (2013) montre le retour d’Ulysse. Avant le film de Christopher Nolan, L'Odyssée avait déjà été adaptée au cinéma plusieurs fois. La toute première date des débuts du cinéma, en 1905. C’était un film muet de quatre minutes qui s’appelait L’Île de Calypso ou Ulysse et le géant Polyphème. Mais l’adaptation d’Ulysse qui est celle qui a, pour la première fois, cartonné, est sortie en 1954, Kirk Douglas jouait le rôle-titre, ou encore la mini-série plus sombre L’Odyssée du réalisateur italien Franco Rossi en 1968 avec Irène Papas. La dernière adaptation est récente, en 2024, et s’appelait "The Return, Le Retour d’Ulysse", avec, entre autres, Juliette Binoche.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Gert Jan van Wijngaarden, Use and Appreciation of Mycenaean Pottery in the Levant, Cyprus and Italy : (ca. 1600-1200 BC), Amsterdam University Press, Janvier, 2002, Andrea Vianello, Late Bronze Age Mycenaean and Italic Products in the West Mediterranean: A Social and Economic Analysis, Unversity South Florida, 2005, Selene E. Psoma, Corcyra: a city at the edge of two Greek worlds, Meletemata, 83, Brepols, 2022, Alexandra Barbot et Jean-Luc Guidoin, Le voyage d’Ulysse en Méditerranée, du mythe à la science, France 5, 2025 (documentaire), et https://www.francetelevisions.fr/et-vous/notre-tele/les-programmes-a-ne-pas-rater/science-grand-format-le-voyage-dulysse-en-mediterranee-51611, https://nouvelles.univ-rennes2.fr/article/lodyssee-voyage-dun-mythe-cinema, https://www.bbc.com/future/article/20260717-the-cult-that-worshipped-odysseus, https://www.esquire.com/entertainment/movies/a73246708/is-the-odyssey-a-true-story/, https://www.historyextra.com/period/ancient-greece/odysseus-real-history-odyssey-matt-damon/, https://www.historyextra.com/period/ancient-greece/odyssey-true-story-historical-accuracy-christopher-nolan/, https://www.linternaute.com/actualite/id/10994030-.../, https://www.nationalgeographic.fr/histoire/culture-etats-unis-la-prohibition-visait-a-proteger-les-femmes-elle-leur-a-permis-de-s-emanciper, https://www.science-et-vie.com/science-et-culture/lodyssee-comment-homere-sest-inspire-du-monde-reel-pour-ecrire-son-texte-transformant-les-failles-geologiques-en-imposants-cyclopes-249390.html, et https://www.vanityfair.fr/article/lodyssee-differences-film-christopher-nolan-livre.

 

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Ce blog s'intéressera avant tout à la question de l'historicité du roi Arthur durant les Dark Ages, une période de grands changeme...