
Partout,
les États
dépensent des fortunes pour enrayer la chute des naissances, souvent
en vain. La Corée du Sud, longtemps lanterne rouge de la fécondité,
voit pourtant ses berceaux se remplir. Un tel redressement défie la
réputation du pays, longtemps le plus stérile de la planète malgré
des centaines de milliards de wons investis pour relancer la
fécondité. Ce rebond de la natalité coréenne doit peut-être
moins aux aides publiques qu'à un héritage du passé. La natalité
coréenne intrigue d'autant plus que sa remontée pourrait tenir à
une génération
née dans les années 1990,
aujourd'hui en âge d'avoir des enfants,
plus qu'aux politiques familiales. Cette hausse s'explique aussi en
partie par un rattrapage après la pandémie.
"Les
mariages repartent et la perception de la parentalité s'est
légèrement améliorée",
explique-t-elle. Les naissances hors mariage, longtemps très mal
vues, elles aussi progressent. Elles représentent désormais 5,8 %
des naissances, contre 4,7 % l'année précédente. En Corée du Sud,
avoir un enfant
hors-mariage
devient de plus en plus accepté. Une petite révolution dans cette
société
très conservatrice
où le mariage était jusque-là un prérequis pour fonder une
famille. Le moteur de ce changement : le coût important des mariages
qui freine les envies matrimoniales des jeunes
couples.
Les origines sur cette baisse des mariage et de la natalité trouvent
d’autre origines.
D'après un rapport
du Fonds
des Nations unies pour la population
de 2025, 58
% des Sud-Coréens interrogés
indiquaient par ailleurs que des "limitations
financières"
faisaient partie des facteurs les conduisant à avoir moins
d'enfants
que souhaités. Se rajoutent à ces contraintes une forte compétition
scolaire engendrant de nombreux coûts ainsi que des inégalités de
genre marquées, diminuant d'autant plus la volonté des femmes
d'avoir des enfants.

Il
faut dire que la Corée du Sud est confrontée à l'une des crises
démographiques les plus sévères au monde, avec une population
qui vieillit rapidement et commence à décliner. Le vieillissement
pèse déjà lourd sur l'économie, les retraites et le système
de santé
dans un pays où le nombre de décès dépasse celui des naissances
depuis 2020. D'après la Banque
mondiale,
le pays affichait encore en 2023 le taux de fécondité le plus bas
de la planète. Donc, la récente hausse des mariages en Corée du
Sud, est lueur d’espoir dans un pays au moral sapé par le plus
faible taux de natalité de l’OCDE
(0,8 enfant par femme en 2025). L’an passé, les unions ont
augmenté pour la troisième année consécutive, de 8,1 %, après un
bond à plus de 14 % en 2024. La courbe des naissances suit, et
reprend un peu de vigueur. Cependant, la durabilité de cette hausse
reste incertaine, une politique
migratoire
pourrait être nécessaire pour maintenir la population
à long terme. Ainsi, même si le taux de fécondité remontait à
1,27, comme l'espère le gouvernement,
la population
totale pourrait chuter de 10
millions d'habitants
d'ici 2067. Le gouvernement
a mis en place une batterie de mesures
pronatalistes
pour inciter ses citoyens
et augmenter le taux de natalité : aides financières mensuelles
pour les parents,
certaines
municipalités
offrent même des bonus supplémentaires pour un deuxième
ou un troisième
enfant,
des déductions fiscales, allocations mensuelles pour les
nourrissons,
ainsi que des chèques dédiés aux frais de garde, congés parentaux
élargis, incitant davantage les pères
à les prendre, développement des crèches publiques, soutien au
logement et à la procréation médicalement assistée… Si
ces mesures ne suffisent pas à inverser totalement la tendance
démographique, elles semblent toutefois contribuer au léger rebond
observé depuis deux ans.

Enfin,
il y aussi comme au Japon, une épidémie de solitude et cela peut
aider. C'est particulièrement vrai dans les grandes
villes
comme Séoul. À Séoul, quatre logements sur dix sont habités par
une personne
seule,
soit près de 1,7
million d'adultes,
et ce chiffre n'arrête pas d'augmenter. Cette solitude concerne
beaucoup
de personnes âgées,
bien sûr, mais aussi de plus
en plus de jeunes
qui vivent en retrait de la société. Il
y a trois ans, une étude,
commandée par la ville, avait montré que plus
de 130 000 jeunes adultes,
âgés de 19 à 39 ans, vivaient presque totalement reclus. La
mairie
est donc contrainte de multiplier les services
publics
dédiés à ces millions
de personnes
qui peinent parfois à affronter le quotidien comme la location d’une
sorte d'assistant
personnel
pour quelques heures. Cela peut être pour une visite à l'hôpital,
une séance chez le kinésithérapeute
ou des examens dans un laboratoire. Un peu comme le ferait un ami ou
un membre de la famille,
l'assistant
prend la personne
en charge devant chez elle et l'aide tout au long de son parcours,
parler avec le médecin,
remplir les papiers d'assurance
ou récupérer les médicaments. S’y ajoute aussi l'accompagnement
au déménagement.

La
trajectoire démographique du pays reste inlassablement négative. En
cause, un désamour de la parentalité. La précarité de l'emploi,
le coût élevé du logement, la concentration urbaine et la pression
sociale poussent les jeunes
à retarder, voire à renoncer, au mariage et aux enfants.
Sans changement structurel, préviennent les experts,
la Corée du Sud devra s'adapter à une société
plus âgée,
plus petite, et sans doute plus ouverte à l'immigration.
Heureusement que ce n’est pas la Corée du Nord, cette dernière ne
fait pas exception au phénomène de baisse des naissances, qui
touche les pays d'Asie de l'Est. Pour tenter d'inverser cette
tendance, le régime
de Kim Jong-un
a trouvé une méthode radicale. Les couples
qui divorcent sont maintenant envoyés en camp de travail pour être
rééduqués. Le divorce n’était jusqu’ici pas techniquement
interdit en Corée du Nord. Mais, pour divorcer, il fallait
absolument obtenir le consentement de l’État
devant un tribunal.
Et souvent, le tribunal
refusait de valider la séparation du couple,
car c’était vu comme un acte anti-socialiste, donc hostile à la
nation.
Pour
aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup
aidé :
https://www.bfmtv.com/economie/international/la-coree-du-sud-est-elle-en-train-de-gagner-la-bataille-de-la-natalite-le-pays-le-moins-fecond-au-monde-enregistre-un-rebond-des-naissances-depuis-deux-ans-et-ce-n-est-pas-seulement-une-question-d-argent_AN-202602260553.html,
https://www.franceinfo.fr/replay-radio/bientot-chez-vous/pour-lutter-contre-la-baisse-des-naissances-la-coree-du-nord-expedie-les-couples-qui-divorcent-en-camp-de-travail_6951662.html,
https://www.franceinfo.fr/replay-radio/bientot-chez-vous/a-seoul-face-a-l-isolement-des-assistants-municipaux-accompagnent-les-personnes-seules_7907882.html,
https://www.geo.fr/geopolitique/la-demographie-coreenne-est-en-chute-libre-alors-pourquoi-les-cliniques-de-fertilite-sont-prises-d-assaut-227575,
https://www.geo.fr/geopolitique/demographie-la-natalite-remonte-legerement-en-coree-du-sud-mais-cela-ne-sera-pas-suffisant-231067,
https://www.liberation.fr/international/asie-pacifique/echo-boomers-rattrapage-post-covid-envie-dune-famille-pourquoi-les-sud-coreens-se-marient-beaucoup-plus-depuis-trois-ans-20260418_2QH3EEH5VFBDTND6AUKI2IOUYE/,
https://www.rfi.fr/fr/podcasts/%C3%A0-la-une-en-asie/20250528-cor%C3%A9e-du-sud-le-co%C3%Bbt-exponentiel-des-mariages-ralentit-les-d%C3%A9sirs-matrimoniaux-des-jeunes-couples,
et
https://www.science-et-vie.com/societe/hausse-des-naissances-depuis-20-mois-la-coree-du-sud-est-elle-en-train-de-vaincre-son-effondrement-demographique-253627.html.
Merci !