Marie-Antoinette
était guillotinée à Paris, le 16 octobre 1793. De
son vivant et au-delà, la personnalité de Marie-Antoinette
n'a cessé de susciter légendes, suppositions et calomnies.
Elle
est détestée parce qu’on la pense frivole et lubrique. Arrivée
d'Autriche à seulement 14 ans, où la cour
était plus intime, elle est jetée sans préparation dans les pièges
de la cour
de France. Elle refuse d'entrer dans le moule des reines
sacrifiées ou de pactiser avec les favorites.
Face à un mariage qui met sept ans à être consommé, elle fuit la
solitude dans les bals, les jeux et la mode. Devenue
reine en 1774, elle change de comportement et cherche à fuir la
prison dorée de Versailles. Les lettres
à sa mère Marie-Thérèse
(1770-1780) sont celles d'une jeune fille terrorisée par le
protocole,
qui doit constamment se justifier et subir les reproches politiques
de Vienne.
Elle veut choisir ses amis,
et vivre pour elle-même. Sa
retraite au Petit Trianon à partir de 1780, pensée pour vivre une
vie privée normale
et une tentative d'échapper à une étiquette de cour
devenue obsolète et asphyxiante,
blesse la haute
aristocratie
et alimente les pires rumeurs de frivolité, du fait qu’elle
s'isolait avec quelques privilégiés qui mêlait
compagnons de fête (le comte d’Artois), figures
protectrices (Besenval), ordonnateurs des plaisirs (Vaudreuil)
et son unique grand amour (Fersen),
certains ont profité de son influence pour obtenir des pensions et
des
postes, ruinant définitivement la réputation de la reine
auprès du peuple,
avec la
bascule affective entre la douce jalousie de la Princesse
de Lamballe
et l'ascendant immense — et financier — du clan mené par la
Duchesse
de Polignac.
C'est aussi le lieu de sa complicité artistique avec
son portraitiste officielle, Élisabeth Vigée Le Brun. Cela
signera sa perte politique, car elle a
cristallisé sur son nom toutes les haines d'un peuple
déjà affamé, précipitant la chute définitive de l'Ancien
Régime.
Ce
repli n'est pas une simple coquetterie, c'est un acte de rébellion
contre le système
versaillais.
Cependant avec la naissance du Dauphin,
Louis-Joseph
de France
en 1781,
la succession est assurée.
Les
lettres
(1780-1789) deviennent plus personnelles, plus libres, notamment avec
Axel
de Fersen,
la seule véritable passion de la reine, un
attachement d'une fidélité indéfectible qui survivra aux tempêtes
politiques,
révélant une femme qui choisit ses affections. Bien
qu'innocente dans l'Affaire
du Collier
(1785),
elle devient le bouc émissaire de la crise financière et la cible
de pamphlets
haineux. Elle commence alors à s'impliquer activement en politique
auprès de Louis
XVI.
Entre 1787
et 1788, c’est
crise
financière et politique majeure, et Louis
XVI
tente des réformes de l'impôt avec ses ministres (Calonne,
Brienne)
mais se heurte au refus de la noblesse,
Marie-Antoinette
fait face avec lui à cette faillite structurelle.

Le
4 juin 1789, avec la
mort
du Dauphin
Louis-Joseph
(à l'âge de 7 ans), le couple
royal
est terrassé par le deuil au moment exact où la monarchie
absolue
s'effondre face au Tiers
état.
Durant
la Révolution,
elle devient la véritable "tête
politique"
du couple
royal
à partir de 1790, orchestrant des réseaux
diplomatiques secrets
prenant en main la
correspondance
secrète
(notamment avec Axel
de Fersen)
avec les puissances
étrangères
(notamment l'Autriche) et des intermédiaires comme Mirabeau
ou Barnave.
Elle
refuse tout compromis qui viderait la monarchie
de sa substance, quitte à mener une double politique souterraine
d'une grande complexité.
Le
ton de ses lettres
(1789-1793) devient grave, stratégique, crypté. L'encre et le
papier sont ses dernières armes pour tenter de sauver sa famille
et sa propre vie. Des Tuileries au procès,
dépouillés du faste versaillais et de l'étiquette qu'ils
détestaient tous les deux (chacun à leur manière), Louis XVI
et Marie-Antoinette forment enfin une famille unie, bourgeoise
et soudée, entièrement dévouée à l'éducation de leurs enfants.
De
la
fuite de Varennes
en1791, la déclaration
de guerre à l’Autriche
le 20 avril 1792 où le le couple est
soupçonné de haute trahison en faveur des armées étrangères,
la chute de la monarchie le 10 août 1792 lors de la prise des
Tuileries, l’incarcération
de la famille
royale
à la Tour du Temple
à
partir du 13
août 1792, où Louis XVI et Marie-Antoinette
forment toujours une famille unie après que les épreuves les ont
durablement rapprochés à partir de 1791, à
son procès
à la Conciergerie
en 1793, elle fait preuve d'une dignité héroïque après la mort de
son mari devenant la «Veuve Capet»
face
à sa déchéance physique et à son exécution le 16
octobre 1793 malgré
deux tentatives d’évasion.
Enfin, face
à l'isolement
de la prison du Temple,
au procès
au Tribunal révolutionnaire
et à l'échafaud, Marie-Antoinette
déploie une dignité
théâtrale et politique
qui figera son statut d'icône tragique quand
elle fait
face à des accusations ignobles avec une dignité
immense qui frappe l'auditoire, mais cela ne l’empêchera pas
d’être condamnée pour complot contre la sûreté de l’État.

Ensuite,
vient un mouvement de réhabilitation, au moment de la Restauration.
Elle est présentée comme une sainte, une mère dévouée. On va
aussi la dépolitiser. Puis elle apparaît au XIXe
siècle comme une figure plus romantique, quand on pense au Trianon
ou à cette reine qui se déguise en bergère. En 1932, Stefan
Zweig
va avoir l’idée de parler de la femme en quête du bonheur
individuel.
Et la
vie et le destin tragique de la dernière reine de France ont inspiré
des dizaines d'œuvres cinématographiques et télévisuelles. Les
adaptations de la vie de Marie-Antoinette
varient
grandement, allant du grand mélodrame classique hollywoodien
Marie-Antoinette
de W.
S. Van Dyke (1938) à
la relecture
pop avec Marie-Antoinette
de Sofia
Coppola
(2006) et féministe avec la série télévisée Marie-Antoinette
(2022), sans oublier la
perspective des coulisses : Les
Adieux à la reine
de Benoît
Jacquot
(2012), sans oublier le film d’époque Marie-Antoinette,
reine de France
de
Jean
Delannoy
(1956) et L'Affaire
du collier
de Charles Shyer (2001),
les mangas
et bandes
dessinées
La
Rose de Versailles
(ou Lady
Oscar)
de Riyoko
Ikeda
(1972-1973) qui va donner une série animée culte (1979 – 1980),
un film live-action japonais (1979) et un film d’animation (2025),
Marie-Antoinette,
la jeunesse d'une reine et Marie-Antoinette
de Fuyumi
Soryo
(2016),
Carnet
secret d'une reine
par Benjamin
Lacombe
(2014), et Mémoires
de Marie-Antoinette
par Noël
Simsolo
et Isa
Python
(2017).
Pour
aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup
aidé : Joël
Félix,
Louis
XVI et Marie-Antoinette : un couple en politique,
éditions Payot
& Rivages,
2006, Emmanuel
de Valicourt,
Les
favoris de la reine : Dans l'intimité de Marie-Antoinette,
Éditions
Tallandier, 2019, Cécile
Berly,
Marie-Antoinette,
PUF 2020, Charles-Éloi Vial,
Marie-Antoinette,
Perrin, 2023,
et
https://www.historia.fr/personnages-historiques/biographies/charles-eloi-vial-marie-antoinette-etait-un-personnage-enigmatique-que-ses-contemporains-peinaient-deja-a-comprendre-2073397,
et Simone
Bertière,
Les
Reines de France - Volume 3 : Le crépuscule des lumières,
Éditions Perrin, 2024.
Merci !