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vendredi 17 juillet 2026

La très longue histoire de la Corée (partie 4)

Le 17 juillet, la Corée célèbre sa constitution. En 1919, avec le mouvement pour l’indépendance, la Corée du Sud avait tenté de proclamer sa première constitution, avec un gouvernement provisoire, en vain, en raison de l’occupation japonaise. C’est donc sous la présidence de Syngman Rhee que la constitution de 1948 s’est établie. Mais la Constitution de la République de Corée n’a pas échappé à quelques révisions. C’est en 1952, toujours sous Syngman Rhee qu’elle connaît sa première modification. Pas très nette, cette première modification a toutefois encouragé le pays à adopter un modèle plus capitaliste et à revoir le nombre possible de réélections présidentielles. C’est quelques années après le conflit que la deuxième république de Corée, en 1960 est inaugurée. Toutefois, avec le coup d’État de Park Chung Hee en 1961 et son assassinat en 1979, la Corée du Sud connaît un nombre croissant de changements de politiques. C’est en 1988 que la sixième république de Corée voit le jour, plus démocratique, sous Roh Tae Woo, à partir d’un référendum populaire. La Corée du Sud a eu un régime autoritaire jusqu'au début des années 1990 ce qui ne l'a pas empêché de toujours célébrer sa constitution démocratique promulguée le 17 juillet 1948, soit trois ans après sa libération de l'occupation japonaise. Depuis 2008, le 17 juillet, Jour de la constitution ou Jeheonjeol n’est plus un jour chômé, ce qui signifie que les bureaux du gouvernement et les entreprises ne ferment plus pour l'occasion, mais il reste une fête nationale (la seule à ne pas être chômé), les Coréens sont néanmoins très attachés à leur régime démocratique, même si celui-ci a été quelque peu chahuté, par un président souhaitant renouer avec la dictature. Ce dernier a fini par être destitué. Depuis, de nombreux députés militent pour que le 17 juillet soit de nouveau chômé.

Pour aller plus loin , je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé :https://fr.yna.co.kr/view/AFR20250717002800884, https://www.bibliomonde.fr/lalmanach/17-juillet-la-coree-du-sud-la-constitution-jeheonjeol, et https://www.c-k-jpopnews.fr/2019/07/17/culture-le-jeheonjeol-lorsque-la-coree-du-sud-voit-enfin-le-jour-le-17-juillet-1948/.

La population coréenne a farouchement résisté à la colonisation japonaise, la mort de Gojong en 1919 et de Sunjong en 1926, ont été accompagnés de plusieurs rumeurs d'empoisonnement déclenchèrent le mouvement du 1er mars 1919 commencées à Pyongyang et Séoul qui s’étendirent dans tout le pays, mais aussi aux Coréens résistants en Mandchourie, aux provinces maritimes de la Sibérie, aux États-Unis, en Europe et même au Japon, et prirent une telle ampleur que la répression japonaise fut impitoyable avec 7500 morts et 46 000 arrestations, et du 10 juin 1926, mené par des militants de gauche dans un mouvement par l’indépendance échoue à cause de l’étroite surveillance des autorités japonaises, mais la mort de Sunjong laissa trois fils et une fille lui survécurent : Yi Un qui épousa la princesse Masako de Nashimoto, plus tard connue sous le nom de Yi Bangja, membre de la famille des Shinnōke (branche cadette de la maison impériale du Japon), Yi Kang, dont les activités étaient limités par les Japonais, et la princesse Tokhye dont la vie est visible dans The Last Princess (2016), épousa en 1931 le seigneur de Tsushima, So Takeshi, puis elle retourna en Corée en 1962, cinq autres fils et une fille moururent en bas âge. Les princes de la famille impériale coréenne servirent comme officiers dans l'armée impériale japonaise, ce qui leur fit du tort. À cela s’ajoute l’exemple de Yu Gwan Sun, participante à la manifestation du 1er mars 1919 pour l’indépendance de la Corée, qui organise le soulèvement populaire de Byeongcheon avant d’être arrêtée, emprisonnée puis assassinée le 28 septembre 1920. Cela poussa dans les années 1920, le gouvernement japonais réagissant aux critiques concernant sa domination sévère en Corée à assouplir certaines de ses politiques restrictives, en autorisant la publication de livres et de magazines en coréen et a commencé à investir dans l'éducation, les routes et les bâtiments gouvernementaux, ainsi les Japonais prétendaient moderniser la Corée et offrir des opportunités commerciales. Face à la répression, les militants des Lumières changèrent leur méthode de mouvement par la Fondation de la Société d’étude de la langue coréenne en 1921, l’Association des femmes coréennes en 1924, le Mouvement pour l'indépendance des étudiants de Gwangju entre 1929 et 1930 qui déclenche des manifestions et des grèves scolaires dans cette ville et ailleurs dans le pays, l’immigration des Coréens dont la vie était difficile ont immigré dans des endroits comme Gando, où les Japonais commirent un massacre en 1920, et Hawaï, où s’établirent également des rebelles à la domination japonaise, l’instauration par des jeunes motivés qui ont choisi Shanghai comme scène du mouvement d'indépendance en 1919 où s’est formé le gouvernement provisoire avec Syngman Rhee à leur tête qui plaide la cause de son pays à la SDN en 1932 et Kim Ku, et le Parti communiste coréen (PCK) a été fondé à Séoul en 1925, des insurrections qui forcèrent les Japonais à mener des campagnes anti-insurrectionnelles meurtrières mais efficaces fit tomber à quelques milliers au milieu des années 1930 les forces nationalistes et communistes, et des «armées indépendantistes» opérant depuis la Mandchourie voisine à partir de 1931 lorsque le Japon a envahi la Mandchourie voisine en 1931, les guérilleros coréens et chinois ont uni leurs forces pour combattre l'ennemi commun, où les principaux dirigeants communistes ont été dominés par un groupe central ayant combattu les Japonais et l’un des chefs de la guérilla était Kim Il-sung (1912-1994), que les Japonais considéraient comme l'un des plus efficaces et des plus dangereux formant une unité spéciale de contre-insurrection pour traquer Kim et y intégrer des Coréens dans le cadre de leur tactique de division pour mieux régner, menant des batailles victorieuses contre le Japon à Qingshanli en 1920, et à Pochonbo en 1937, en Chine, ainsi que depuis la Russie où un petit nombre d'unités militaires coréennes sous contrôle soviétique furent organisées à Irkoutsk dès 1921 comme le montre les dramas Inspiring Generation (2014), The Hymn of Death (2018), et Song of the Bandits (2023), et les film Far Away : Les soldats de l'espoir (2011) et The Age of Shadows (2016), puis le gouvernement provisoire déménagea en 1932 à Hangzhou, puis à Zhenjiang, après les attentats menés par les résistants Yi Bong-chang et Yun Bong-gil du Groupe des patriotes coréens puis à partir de 1937 à Changsha, Canton, Liuzhou et Qijiang, et jusqu'en 1939, plusieurs petits groupes militaires nationalistes et communistes utilisaient des tactiques de guérilla pour harceler les Japonais en Corée et en Mandchourie (nom donné au nord-est de la Chine à l'époque).

Face à cela dans les années 1930 visibles dans Capital Scandal (2007), et Bridal Mask (2012), le gouvernement japonais de plus en plus sous le contrôle de l'armée, profita de l'assassinat de fonctionnaires modérés, tant en Corée qu'au Japon, pour chasser ceux qui prônaient des mesures clémentes en Corée, et alors que le Japon entamait sa conquête de la Mandchourie et de la Chine, il percevait de plus en plus l'indépendance coréenne comme une menace, ainsi les Coréens, proclamait le gouvernement, faisaient partie de l'empire japonais; leur langue, leur religion et leur culture devaient donc être identiques à celles des Japonais, il furent bien aidés par des centaines de milliers de Coréens qui ont travaillé pour le colonisateur, comme fonctionnaires, soldats, enseignants ou policiers, certains des plus gros conglomérats du Sud furent fondés pendant l'ère coloniale, et 76 hommes politiques et responsables reçurent divers des titres de noblesse ainsi que des pensions de retraite valant l'équivalent de millions d'euros, puis durant la période allant 1937 à 1945 visible le drama Chicago Typewriter (2017), Tale of the Nine Tailed 1938 (2023), et Gyeongseong Creature (2023- ?), ou les films ou Battleship Island (2017), et Mal-Mo-E: The Secret Mission (2019), le Japon a employé des Coréens dans ses efforts militaires et les a enrôlés dans son armée ou contraints de travailler dans des conditions dangereuses, proches de l'esclavage, des milliers de jeunes filles et de femmes coréennes sont enlevées et on les a forcées à servir comme «femmes de réconfort», violées par les soldats japonais, et ce n’est qu’en mai 1940, au terme de huit années d’errance à travers la Chine, que le gouvernement provisoire put s’établir et demeurer à Chongqing pour y former l’Armée de libération de la Corée en septembre, alors que le Japon impose en 1940, une japonisation des noms de famille et des prénoms à tous les Coréens, tandis que cette période vit Chun Bong Joon un révolutionnaire et modernisateur coréen tenter de renverser le féodalisme et de résister à la colonisation japonaise. Cependant, fin 1940, l'armée impériale japonaise avait anéanti la majeure partie de la résistance organisée le long de la frontière coréenne avec la Chine, et de nombreux communistes coréens ayant appartenu à ces groupes rejoignirent l'Armée révolutionnaire populaire du Nord-Est du Parti communiste chinois. Mais un retournement de situation s’opère en 1941, lorsque le Japon a attaqué la base navale américaine de Pearl Harbor le 8 décembre, le gouvernement provisoire a déclaré la guerre au Japon deux jours plus tard, cherchant à participer à la guerre en tant que pays allié et ce, afin d’obtenir plus tard le statut de pays vainqueur, avec la publication des principes généraux pour la fondation de l'État coréen s'appuyant sur les trois principes d’égalité (samgyun juui) de Jo So-an, il envoya des hommes au front en Inde et au Myanmar pour se battre aux côtés des forces alliées, certains jeunes Coréens reçurent même une formation spéciale d'une unité militaire spéciale des États-Unis afin de mieux les préparer à l'attaque des forces japonaises en Corée, tandis qu’en octobre 1942, c’est l’affaire de la Société de la langue coréenne (Joseoneo hakhoe), avec l’arrestation de 33 de ses membres qui sont jugés pour haute trahison, et en 1943 pousse plus loin sa colonisation avec la suppression des cours de coréen et l’intégration d'un entraînement militaire dans le cursus scolaire, puis en août 1943, c’est l’application du système de conscription après la révision de la loi relative à la Défense nationale avec laquelle plus de 184 000 jeunes Coréens sont incorporés dans l’armée japonaise et mobilisés lors de la guerre du Pacifique, tandis qu’en novembre 1943 avec la conférence du Caire qui est la première reconnaissance de l'indépendance de la Corée, et en le 15 août 1945, lorsque le Japon a capitulé et que la Corée a enfin été libérée, les membres du gouvernement provisoire ont décidé de retourner en Corée, ce qu’ils ont pu accomplir en novembre 1945. Mais entre 1945 et 1948, ce fut l’installation des gouvernements militaires américain et soviétique en Corée, séparés par le 38e parallèle.

Au début de 1949, l’URSS et les États-Unis retirent leurs troupes. Au Nord, le régime de Kim Il Sung, soutenu par Moscou, procéda à des exécutions massives de collaborateurs. Au Sud, le gouvernement de Syngman Rhee, soutenu par les États-Unis, a recruté de nombreux officiers et responsables de l'ère coloniale, afin de s'appuyer sur leur expertise pour diriger le pays. La Corée est divisée arbitrairement en deux moitiés opposées en 1945 avec la fixation de la frontière au 38e parallèle dans un état de grande improvisation, le Nord, et le Sud, où le refus des autorités américaines en 1950 de tenir compte des aspirations du peuple coréen crée un régime démocratique représentatif des partis politiques existants en Corée du Sud, après la Seconde Guerre mondiale, et depuis juillet 1953, tout cela après un conflit dévastateur inspirant des dramas comme The Legend of Patriots (2010) et des films comme Memoory of War (2016), La Bataille de Jangsari (2019), ou Heroes - The Battle at Lake Changjin (2022), démarré en 1950, lorsque le Sud est envahi par le Nord armé et équipé par l'Union soviétique, prenant Séoul et repoussant les troupes américaines et sud-coréennes qui leur faisaient face sur place et les menaçant d'une défaite totale ce qui conduit à l'intervention des États-Unis et de l'ONU pour aider le premier, avant que les forces chinoises n'interviennent pour aider le second repoussant les forces de l'ONU dirigées par le général américain Douglas MacArthur jusqu'à Séoul après une riposte spectaculaire menée par les débarquements américains à Inchon qui a repoussé les envahisseurs au-delà du 38e parallèle, les forces des Nations Unies étant à leurs trousses, et les Nord-Coréens s'étaient retirés presque jusqu'au fleuve Yalu, conduisant à l'escalade rapide au point de considérer l'utilisation d'armes nucléaires. Le conflit dura trois ans même si en juin 1951, le front est stabilisé non loin du 38e parallèle, là où se trouve l'actuelle Zone démilitarisée (DMZ), jusqu'à l'armistice de juillet 1953 après deux ans de pourparlers et 158 réunions, et les tensions restent vives aujourd'hui. Après la perte de millions de Coréens, le résultat final fut l'officialisation de la frontière et un état de détente précaire entre les deux Corées qui perdure encore aujourd'hui. 

La Corée du Sud connaît le clientélisme de Syngman Rhee (président de 1948 à 1960), qui autorise l’autoritarisme pour se maintenir au pouvoir (1952-1960), et cette période se termine par des manifestations généralisées, la révolte étudiante de 1960, et un an de flottement politique du cabinet Chang Myŏn, qui voit venir en 1961, le coup d’État du général Park Chung-hee (1917-1979), ancien collaborateur des autorités japonaises occupantes, qui ouvre un processus de modernisation de la Corée du Sud. Le régime militaire est animé par des idéaux de réforme et de lutte contre la corruption. Pourtant, anti-communisme et routine aidant, cette réforme forcée aboutit à la mise en place d’un régime conservateur reproduisant les vices du système de Syngman Rhee comme le montre le film L’Homme du président (2020) amenant les étudiants et les citoyens à s’engager dans un mouvement de démocratisation. Malgré la perte des libertés individuelles, le volontarisme économique du général Park crée les bases du «miracle économique» coréen. Aussi, les sentiments à l’égard de cette dictature sont-ils ambivalents : rejet viscéral par les intellectuels citadins, quasi adulation dans certains milieux modestes ou ruraux. Freiné par les chocs pétroliers, le développement économique et la modernisation des campagnes, qui fondent la puissance économique de la Corée d’aujourd’hui, dessinent le bilan ambivalent d’une dictature parfois féroce, dont le contexte de guerre froide explique certains travers. Dans le long terme, la dictature militaire qui continuait avec Chun Doo-hwan (1979-) qui tenta de museler de force l’opposition dont l’exemple le plus notable est quand la population, manifestant en masse à Gwangju en 1980 pour la démocratie, s'est heurtée à la répression des parachutistes déployés sur les ordres de ce dernier comme le montre le drama You of May (2021), ne prend fin qu’en 1987 avec l'adoption de réformes démocratiques et avec en 1988 une nouvelle Constitution, approuvée par référendum. Encore faut-il attendre 1993 pour voir élu le premier président civil. Le modèle démocratique sud-coréen persiste au fil des ans, malgré des scandales comme celui entraînant la destitution de la présidente Park Geun-hye en mars 2017, et les manifestants déferlant sur les places du pays avaient alors démontré au monde entier la puissance de la démocratie en Corée du Sud. En 2024, la proclamation de la loi martiale par le président conservateur Yoon Suk-yeol, en décembre, a entraîné une vaste mobilisation populaire qui a permis de sauvegarder la démocratie, ce dernier a fini par être destitué par le parlement en avril 2025. Mais cet épisode révèle les errements d’un système social qui n’a pas su entendre la voix de tous. Le dirigeant de centre gauche Lee Jae-myung a confortablement gagné la présidentielle du mardi 3 juin 2025 en Corée du Sud, marquée par une participation massive des électeurs désireux de tourner la page après six mois de chaos politique consécutifs à l’éphémère proclamation de la loi martiale. Le nouveau président devra faire face à une crise économique qui s’aggrave, tandis que le taux de natalité reste l’un des plus bas au monde et que le coût de la vie augmente

Tandis que les règnes de Kim Jong-il, Kim Il-sung et Kim Jong-un, qui, depuis 1945, se sont succédé de père en fils à la tête de la République démocratique populaire de Corée, ont engendré ce paradoxe inouï : la transformation d'un système communiste en monarchie absolue avec une culture dynastique, comparable avec ce que les historiens appellent “l’Ancien Régime”, avec un mélange de nationalisme coréen et de marxisme dans sa lecture léniniste, voire stalinienne. Fondée sur le juche«un mélange d’idéologie et de religion» –, «l’idée, c’est que les gens doivent regarder tous les Kim comme des dieux». Imposant leur idéologie et leur volonté à la Corée du Nord, les trois Kim ont mis en place un des régimes les plus impitoyables de la planète, bâti sur un nationalisme exacerbé, un culte du chef frénétique et l'usage systématique de la terreur concentrationnaire, sans oublier une économie chancelante dont les rendements ne suffisent pas à satisfaire les besoins essentiels de la population amenant une famine dévastatrice qui sévit notamment au cours des années 1990. Kim Il-Sung visible dans le drama de propagande nord-Coréen «Nation et Destin» (1992-2002), s’impose en 1945 avec le soutien des Soviétiques pour devenir le nouveau leader du pays en 1948. Immédiatement, il s’est attaché à renforcer son leadership dictatorial sur tout le pays. Mais, à la chute de l’URSS en 1991, la Corée du Nord a décidé de devenir autonome. Visible dans le film Spy Gone North (2018),Kim Jong-Il au pouvoir en 1994, en plus de subir une crise économique, fait face à une série de catastrophes climatiques et à une importante famine et doit aussi beaucoup à la chute de l’URSS. Pour réduire la pauvreté de son pays coupé du monde, il autorise la création d’une économie de marché. Pendant que leurs maris continuent à travailler dans des usines, des Coréennes peuvent soutenir leur famille en important des denrées de Chine. Au pouvoir depuis 2011, Kim Jong-un a succédé à son père Kim Jong-il pour asseoir son pouvoir il fait arrêter et exécuter son oncle Jang Song-thaek, en décembre 2013 et assassiner son demi-frère, Kim Jong-nam, en février 2017. Celui-ci a une volonté de moderniser le pays, de l’ouvrir aux nouvelles technologies. Chef du dernier régime stalinien du monde, il brandit régulièrement la menace de l’arme nucléaire, provoquant de vives tensions, notamment avec les États-Unis, tout en continuant de menacer la Corée du Sud, enchaînant les tirs de missiles et les essais nucléaires, qui amènent l’ONU à durcir un peu plus les sanctions imposées à la Corée du Nord. Dernier exemple en date le 5 janvier 2024, avec le lancement par la Corée du Nord de plus de 200 obus en mer jaune, près des îles sud-coréennes de Yeonpyeong et Baengnyeong.

Aujourd'hui, les deux Corées sont radicalement différentes : la Corée du Nord, nation fermée au monde, en proie à une dictature héréditaire qui condamne son peuple au sous-développement, alors que le taux de croissance fut dans les années 50-60 nettement plus favorable à la Corée du Nord avant de s’essouffler, et la Corée du Sud, puissance économique et créative parmi les économies les plus avancées de la planète et centre de la démocratie asiatique, dont le démarrage fut plus capricieux, et malgré des débuts difficiles, elle est devenue l’une des économies les plus dynamiques du monde, portée par des conglomérats comme Samsung ou Hyundai, et son soft power, la musique K-pop, son cinéma ou ses séries. Son développement spectaculaire s’accompagne toutefois d’une pression sociale intense : surmenage, crise du logement, taux de natalité en chute libre et taux de suicide élevé, notamment chez les jeunes, les avancées des droits des femmes et leur rejet des hiérarchies traditionnelles se heurtent aux résistances d’une frange «masculiniste» plus ou moins soutenue jusqu’au sommet de l’État, 50 % des personnes LGBT+ en Corée du Sud sont victimes de discrimination en raison de leur sexualité, cette culture est marquée par l’ordre, le devoir et une quête de perfection, dans une société à la fois conservatrice et tournée vers la performance. Cette société compétitrice reçoit des critiques dans les films Dernier Train pour Busan (2016), Default (2018), Black Money (2019) Parasite (2019), et No Other Choice (2025), et le drama Squid Game (2021), et le féminisme touche aussi les dramas coréens comme Search WWW (2019) Hyena (2020), et Extraordinary Attorney Woo (2022), tout comme les questions LGBT dans Life is Beautiful (2010), Where Your Eyes Linger (2020), To My Star (2021), Nevertheless (2021), et Semantic Error (2022). Des rapprochements entre les deux Corées sont esquissés au cours des années 70, et elles joignent les rangs de l'ONU en 1991, suscitant des espoirs d'unification, cependant des tensions durables continuent tout de même avec la Corée du Nord, alimentant même les inquiétudes quant à un éventuel conflit entre les voisins de la péninsule, malgré des tentatives de dialogue entre les gouvernements de Séoul et de Pyongyang qui ont toutefois été menés, aboutissant notamment à une rencontre historique, le 27 avril 2018, entre le président sud-coréen Moon Jae-in et le leader communiste nord-coréen Kim Jong-un. Un rapprochement qui peut expliquer la création de dramas comme Crash on Landing You (2019). Endoctrinement fanatique à Pyongyang, libéralisme triomphant à Séoul; aujourd’hui, on ne parle plus de la Corée qu’au superlatif : modèle ou repoussoir, miracle ou tragédie.

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé à faire ces 4 parties : Michel Klen, Le jeu trouble de la Corée du Nord, Études, 2004/3, Tome 400, mars 2004, Pages 309 à 318, et https://shs.cairn.info/revue-etudes-2004-3-page-309?lang=fr, Michel Soutif, Chapitre 18. La Corée, dans Fondements des civilisations de l'Asie : Science et Culture, EDP Sciences, 2009, Pages 329 à 340, et https://stm.cairn.info/fondements-des-civilisations-de-l-asie--9782759803378-page-329?lang=fr, Andrea De Benedittis, Corée du Nord, Corée du Sud : la guerre sans la guerre, L’Esprit du temps : Atlas géopolitique des royaumes coréens, Outre-Terre n° 39, février 2014, Pages 29 à 34, et https://shs.cairn.info/revue-outre-terre2-2014-2?lang=fr, Jacopo Bassi, Carlos Hudson et Matteo Tomasoni, Le dittature militari: fisionomia ed eredità politica, dans Diacronie n° 24, avril 2015, Pascal Dayez-Burgeon, La dynastie rouge, Perrin, 2016, Pascal Dayez-Burgeon, Histoire de la Corée. Des origines à nos jours, Tallandier, 2019, et https://www.campus.uliege.be/cms/c_10068622/en/pascal-dayez-burgeon-histoire-de-la-coree-des-origines-a-nos-jours, Michael J. Seth, A Brief History of Korea: Isolation, War, Despotism and Revival: the Fascinating Story of a Resilient but Divided People, Tuttle Publishing, 2019, Juliette Morillot, Le renouveau religieux en Corée du Nord, dans Le capitalisme est-il réformable ?, dans Études 2021/3 Mars, pages 7 à 18, Pascal Boniface, La guerre de Corée (1950-1953), dans Atlas des relations internationales : 100 cartes pour comprendre le monde de 1945 à nos jours, Armand Colin, 2022, page 67, Romain Icard, Corée du Nord : la dynastie nucléaire, Production Tohubohu, 2022 (documentaire), Eugene Y. Park, Corée : une histoire, Stanford University Press, 2022, https://asianreviewofbooks.com/korea-a-history-by-eugene-y-park/, et https://pacificaffairs.ubc.ca/book-reviews/korea-a-new-history-of-south-and-north-by-victor-d-cha-and-ramon-pacheco-pardo/, https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/aujourd-hui-l-histoire/segments/entrevue/57233/kim-il-sung-kim-jong-il-kim-jong-un-dynastie-coree-du-nord-juliette-morillot, https://irfa.paris/presence-des-missions-etrangeres-en-coree-1836-1990-reperes-historiques/, https://jejudo.fr/mariage-gay-coree-du-sud/, https://jhm.fr/la-coree-une-histoire-brillante-et-tragique-en-conference/, https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMPays/KOR (la poltique intérieure de Corée du Sud), https://www.cernuschi.paris.fr/fr/collections/collections-coreennes (Histoire de la Corée depuis le néolithique jusau’aux années 1980), https://www.challenges.fr/monde/l-ombre-de-la-collaboration-avec-le-japon-plane-sur-la-coree-du-sud_646583, https://www.coree-culture.org/IMG/pdf/catalogue_memoire_de_1919_wep_xs.pdf, https://www.courrierinternational.com/article/analyse-la-crise-politique-en-coree-du-sud-revele-les-failles-d-un-systeme-social-a-bout-de-souffle_226134, https://www.focus.it/cultura/storia/storia-della-corea-del-nord-e-della-corea-del-sud, https://www.geo.fr/histoire/les-moments-cles-de-la-guerre-de-coree-un-conflit-inacheve-201029, https://www.koreasociety.org/images/pdf/KoreanStudies/Monographs_LessonPlans/High_School/5%20The%20Japanese%20Occupation%20of%20Korea%201910-1945.pdf, https://www.lemonde.fr/international/article/2024/08/28/en-coree-du-sud-la-guerre-des-sexes-bat-son-plein_6297326_3210.html, https://www.lemonde.fr/international/article/2025/06/03/presidentielle-en-coree-du-sud-lee-jae-myung-le-candidat-progressiste-remporte-le-scrutin-selon-de-premieres-estimations_6610358_3210.html, https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20241027-cor%C3%A9e-du-sud-une-messe-chr%C3%A9tienne-g%C3%A9ante-organis%C3%A9e-contre-les-droits-des-personnes-lgbt, et https://www.roots.gov.sg/stories-landing/stories/the-legacy-of-joseon-korea/story.
 
Merci et bonne fête de la Constitution !

mercredi 15 juillet 2026

Le Silver Day, ou comment envisager l’avenir du couple

Hier a eu lieu le Silver Day. Pendant qu’on célèbre la fête nationale en France, le 14 juillet est synonyme en Corée d’argent : les couples s’offrent généralement une bague en argent et profite de cette période pour envisager leur future vie de couple. Le Silver Day est une fête qui a une double fonctionnalité avec ces bagues qui représentent leurs engagements et leurs sérieux dans leur relation. C’est aussi à ce moment que beaucoup officialisent leur mariage. Cela ne s'applique que lorsque la relation est plus sérieuse, évidemment, et les cadeaux à échanger peuvent aller des bagues aux colliers en passant par tout autre bijou que l’on juge nécessaire. C'est un signe que la relation est prête à passer au niveau supérieur !

 

Pour aller plus loin, je vous mets ces lectures qui nous ont beaucoup aidé : https://creatrip.com/en/blog/6481, https://french.korea.net/NewsFocus/HonoraryReporters/view?articleId=236106, et https://www.krispykoreanchicken.com/post/amourtousles14dumois.

Merci et bon Silver Day !

mardi 14 juillet 2026

1792-1794, la révolution sociale, communautaire et guerrière

Ce 14 juillet, un grand événement est organisé au Centre de congrès Gabit (2e étage) sur l'île de Sebit à Séoul pour célébrer le 140e anniversaire des relations diplomatiques entre la Corée et la France et le 40e anniversaire de la création de la Chambre de commerce française en Corée. Depuis longtemps, les célébrations du 14 juillet en Corée symbolisent l'amitié entre la France et la Corée à travers des festivals mettant en vedette la cuisine, les boissons et les spectacles traditionnels français. Continuons à voir comment évolué la Révolution française après une première partie où cette dernière était contrastée entre 1789 et 1792 hésitant entre modération et radicalité (https://taigong788.eklablog.com/2025/07/1789-1792-la-revolution-entre-reussites-malentendus-et-crise.html). 

 

La République française émerge dans le chaos de la Révolution, débutant avec l'abolition de la royauté le 21 septembre 1792. La France se retrouve de fait en Première République, mentionnée le 22 septembre, «une et indivisible» le 25. L’Assemblée de 749 députés comprend près de 20 % de «Girondins» (autour de 130 élus), près de 270 «Montagnards  et une Plaine, au centre. La direction est assurée au début par la Gironde (Brissot, Vergniaud, Condorcet). La Gironde, ancienne gauche de la Législative est devenue la droite de la Convention. L’insurrection du 10 août s’était faite sans eux et malgré eux. Ils voulaient mettre un terme à la Commune de Paris, où dominaient leurs adversaires. Après avoir armée les «sans-culottes», ils dénonçaient leurs violences. Exclus des Jacobins, les Girondins se réunissaient dans le salon de Madame Roland. Leurs têtes de file sont Brissot, Vergniaud, Louchet, Roland, Condorcet. Les Montagnards, qui formaient la gauche de la Convention, acceptaient le pouvoir de la Commune de Paris comme un moyen d’action. Ils avaient pour eux les clubs jacobins et des Cordeliers. Appuyés par les sans-culottes, ils étaient partisans des mesures d’exception en faveur des classes pauvres. Les plus populaires d’entre eux étaient Robespierre, Danton et Marat. Quant à la masse de l’assemblée, la plaine ou le Marais, elle oscillait entre les groupes extrêmes, Girondins et Montagnards. Le nouveau régime républicain, mis en place le 21 septembre 1792, étend le suffrage à tous les hommes, mais aux hommes seulement. Cette relégation des femmes déçoit le mouvement populaire féminin, qui durcit ses positions. Il s’organise à travers la Société des citoyennes républicaines révolutionnaires, fondée notamment par Pauline Léon et Claire Lacombe en mai 1793. Cette société marque une rupture dans l’histoire du mouvement proto-féministe. S’écartant des salons littéraires et des clubs politiques de la bourgeoisie, il ouvre ses portes à des femmes issues de couches sociales intermédiaires et populaires. À l’inverse, Olympe de Gouges qui se propose comme avocate de Louis XVI à son procès, et Théroigne de Méricourt devenue girondine, refusent la radicalisation démocratique et sociale de la Révolution. La poursuite de la guerre, la victoire de Jemmapes le 6 novembre 1792 – qui permet de passer en Belgique et la rive gauche du Rhin – et le procès du roi en décembre visant la transformation de la France en République démocratique mobilisent les énergies bien aidé le 20 novembre 1792 par la découverte aux Tuileries, dans une armoire secrète («l’armoire de fer»), de documents prouvant que le roi avait été en relations avec les souverains étrangers et les émigrés décida la Convention à juger elle-même Louis Capet, et au cours du procès, qui dura plus d’un mois, le roi essaya de se justifier et fut défendu par trois avocats. Presque à l’unanimité, il fut déclaré coupable de conspiration contre la liberté publique et la sûreté de l’État. Les Girondins essayèrent néanmoins de lui sauver la vie, tout en défendant le libre commerce des grains en décembre, cependant la majorité de l’Assemblée le condamne à mort le 18 janvier 1793, parmi cette majorité Louis-Philippe-Joseph, duc d’Orléans (1747-1793), plus connu sous le nom de Philippe Égalité, cousin du roi et du groupe Montagnard, ce qui conduit le 20 janvier à l’assassinat du député régicide Le Peletier de Saint Fargeau, et le lundi 21 janvier 1793, vers 10 heures 30 minutes du matin, l’exécution de Louis XVI a lieu au milieu de 100 000 hommes en armes sous les ordres de Santerre, chef de la garde nationale. Le roi, accompagné de son confesseur, l’abbé Edeworth, monta courageusement à l’échafaud. Cette nouvelle résonne comme un coup de tonnerre dans l’Europe entière. La guerre s’aggrave. Les tensions politiques entre Girondins et Montagnards s’exacerbent. L’invasion de la Hollande en novembre 1792 et l’annexion de la Savoie le 27 novembre 1792 et de la Belgique le 30 mars 1793 fait passer la France de défensive à conquérante. Cependant, la radicalisation s’accélère avec la mort de Louis XVI et l’invasion de la Belgique qui provoque l’entrée en guerre de l’Angleterre et des Provinces-Unies dans la coalition en janvier-février 1793 et sont bientôt rejointes par l’Espagne, le Portugal et plusieurs états de la péninsule italienne : le royaume de Sardaigne, les duchés de Parme et de Modène, le grand-duché de Toscane, les États pontificaux et le royaume de Naples. 

 

Girondins et Montagnards n’ont de cesse de s’accuser les uns et les autres afin de discréditer l’autre aux yeux du peuple et de s’emparer du pouvoir commençant l’affrontement des factions. L’intervention des sections dans les débats de la Convention à partir de février 1793 ne fait alors qu’envenimer la discorde. La levée en masse décrétée en février 1793 afin de gonfler les effectifs de l’armée qui est confrontée à de plus en plus d’adversaires en Europe amène la résistance des populations locales en Vendée en mars. Les luttes de pouvoir au sein de la Convention ont éloigné, un temps, le spectre du complot royaliste : Girondins, Montagnards, sectionnaires, Commune de Paris et sociétés populaires usent chacun de leurs armes pour influencer les débats, faire pression sur les comités et y obtenir une place. Libelles, délégations pétitionnaires, manifestations comme celle du 26 février 1793 lorsque les Parisiennes prennent d’assaut les boutiques alimentaires, il faut dire qu’en pleine crise des subsistances, les femmes jouèrent un rôle crucial dans la lutte contre les spéculateurs, tout en continuant à lutter pour obtenir le droit des femmes à s’armer et leur accès à la citoyenneté, parasitent l’activité de la Convention et participent d’une surenchère politique dans laquelle toute modération devient suspecte. Cette course à la surenchère qui masque mal une course aux places divise la Convention et la pousse à accéder à certaines revendications populaires et mesures répressives exigées par de agitateurs quasi professionnels émanant de la Commune ou des sections tels Hébert, Roux ou Chaumette. Parallèlement à cette pression exercée sur elle, la Convention tente de réorganiser les pouvoirs et renforcer son autorité sur les pays grâce à une centralisation administrative. Les menaces sont alors nombreuses : insurrection vendéenne en mars d’abord organisée en bandes nombreuses, elle composent vite des armées, mal équipées avec des chefs comme Cathelineau, La Rochejaquelein, d’Elbée, mais possédant quand même des canons, des fusils, un groupe important de soldats permanents et ils contrôlent une région, du printemps à l'automne 1793, de Cholet à La Roche-sur-Yon et à Nantes, pour ne parler que de grandes villes connues, défaites militaires comme à Neerwinden le 18 mars, amenant la France à la défensive au printemps 1793 surtout quand les Anglais assiègent Dunkerque, les Autrichiens attaquent le nord, les troupes du roi de Sardaigne envahissent la Savoie et les Espagnols traversent les Pyrénées. Le soulèvement de la Vendée aggrave la situation, tandis que de nombreux coins de France se soulèvent début 1793 notamment la Bretagne en mars, mais la répression y est plus sévère et plus rapide. La guerre civile menée dans les territoires justifie la mise en place de cartes, titres et autres certificats pour circuler dans l’espace public. Georges Jacques Danton souligne alors le 9 mars la nécessité d'une justice «terrible pour dispenser au peuple de l’être», pour prévenir la vengeance populaire. La poussée des sans-culottes pousse les Girondins qui se retrouvent en fâcheuse posture avec la trahison de Dumouriez le 5 avril 1793, à se rapprocher des Montagnards surtout après l’échec d’une insurrection des Enragés à Paris le 10 mars ce qui conduit à une remise en cause du libéralisme, par le premier maximum départemental des grains, du 4 mai 1793, mal appliqué. La Commune et les sections parisiennes jouent le rôle décisif dans le bras de fer entre la Montagne et la Gironde qui a eu le tort de s’en prendre à Marat, acclamé lors de son procès durant lequel il est innocenté le 24 avril, ces dernières réclamant une Terreur impulsée par le tribunal révolutionnaire réclamé et obtenu par Danton (mars 1793),  ce dernier disposant d'une imprimerie, publie les résultats de ses audiences pour affirmer sa transparence et dissuader les complots, et les comités de surveillance, comme par les premiers représentants en mission (mars 1793), et le premier Comité de salut public le 6 avril 1793, dominé par la Plaine, à l’exception de Danton, montagnard, qu’acceptent encore les Girondins pour calmer la Commune et les sections parisiennes. De son côté, si Théroigne de Méricourt a participé à la journée du 10 août, elle s’est ensuite rapprochée des Girondins. Cette prise de position lui a valu d’être victime d’une violente agression par des partisanes de Pauline Léon le 15 mai 1793 – qui devait l’écarter définitivement de la vie publique. «Le coup d’État» des 31 mai et 2 juin 1793, lorsque la Convention décrète l’arrestation de 29 députés girondins sous la pression des sections parisiennes et de la Commune de Paris voulant se venger d’eux après l’arrestation et la libération d’Hébert et de Varlet le 24 et le 27 mai 1793 suite à la création le 18 mai de la Commission des Douze, réclamée par les Girondins pour lutter contre les attaques de la Commune, considérées comme trahison, marque un tournant dans le processus de radicalisation. Marat et Danton cherchent absolument à en préserver l’unité après la disparition des Girondins. Cela donne lieu à la sédition de  nombreuses villes entre le 2 juin et le après que quelques-uns des Girondins battus sont partis qui à en Bretagne, Normandie notamment à Caen, qui se soulèvent et où les Girondins lèvent une armée de 4000 hommes, à Bordeaux qui expulse les représentants et tente de lever une armée contre la Convention, où des mouvements d’opposition au Paris des sans-culottes se développent, et au même moment, à Lyon où le représentant en mission Chalier est exécuté le 16 juillet, à Marseille qui est reprise par les troupes de la Convention le 25 août, Dijon, Toulouse ou à Toulon livrée aux Anglais le 27 août, dans des conditions très complexes, des révoltes anti sans-culottes naissent également rejoignent le mouvement fédéraliste soutenant les Girondins, amalgamant des royalistes heureux de jeter de l’huile sur le feu. Paoli livre la Corse aux Anglais et Montauban se soulève aussi. La Constitution de 1793 (ou de l’An Un) est adoptée le 24 juin 1793 par la Convention qui décide de la soumettre à la ratification populaire. Cette Constitution, presque bâclée tant il est urgent de rassurer les esprits en leur montrant que la Montagne ne veut ni l’anarchie ni la dictature, est aussi brève et aussi simple que le projet de Condorcet qui était confus et compliqué. L’essentiel de sa portée idéologique est dans la nouvelle Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui la précède; moins audacieuse que le projet de Robespierre en avril, elle est pourtant bien plus sociale que celle de 1789.

 

Danton s'attire l'hostilité, d'abord sourde, des robespierristes (Marat et Saint-Just appellent le comité Danton «Comité de la perte publique»). On lui reproche de négocier avec l'envahisseur. Il se voit, en outre, attaqué à la Convention à propos de défaites vendéennes (le général Westermann, plusieurs fois mis en déroute, est un de ses amis). Lors du renouvellement du Comité, il n’est pas réélu (10 juillet 1793). Marat est assassiné le 13 juillet 1793 par Charlotte Corday favorable aux Girondins destitués, alors qu’il favorise le rapprochement des Montagnards et des sans-culottes, voulant concilier Paris et les départements, que les Girondins en fuite tentent de soulever et va jusqu’à s’opposer aux révolutionnaires les plus radicaux tout en reprenant une partie de leurs revendications sociales. L’événement attise les rancœurs contre les Girondins, accroît la suspicion entre révolutionnaires, et fait l’objet de nombreuses récupérations. Hébert parvient à s’inscrire en successeur aux yeux des sans-culottes. Les luttes rurales qui continuent sont réglées le 17 juillet 1793 pour que la Convention nationale vote un décret abolissant pleinement et définitivement tous droits des seigneurs. Le 27 juillet 1793 : Robespierre est élu au comité de Salut public. En juillet et août le Comité de Salut public est entièrement renouvelé. Le Comité montagnard eut bientôt à lutter contre une double opposition, celle des Hébertistes et celle des Dantonistes. Pour l’instant, en août et septembre, Danton défend avec faconde les revendications des sans-culottes et se retrouve du côté d’Hébert. La fête de l'Unité, célébrée le 10 août 1793, marque l'anniversaire de la chute de la monarchie. Elle symbolise à la fois la fin de la monarchie et le début de la Commune insurrectionnelle, c’est une fête de la Régénération et de la destruction des symboles de la féodalité comme de l’inauguration du musée public du Louvre. Paris se rêve en creuset d'un nouvel ordre, mais fait face à des défis de guerre extérieure, de guerre civile, et de répression. Les journées de septembre (4 et 5), animées par les sans-culottes, les Enragés (Jacques Roux) et les Citoyennes républicaines révolutionnaires (Claire Lacombe) ne mettent pas la Terreur à l’ordre du jour de la Convention le 5 septembre 1793, la Convention n’accepte que la création de l’armée révolutionnaire le 9 septembre. La période qui s’étend de l’automne 1793 au 9 Thermidor marque la période la plus sombre de la Révolution. Le comité de salut public joue un rôle prépondérant et la notion de gouvernement d’exception, de gouvernement révolutionnaire l’emporte. À l’automne, sous la pression des Enragés, la Convention doit accepter des mesures d’exception. Les Hébertistes réclameront toujours ce qui leur permet de peupler les nouvelles institutions de leur partisans et de s’ériger comme un pouvoir concurrent à celui de la Convention. La loi des suspects du 17 septembre 1793 jette les bases de la soit disant Terreur politique. Le pouvoir sans-culotte est alors encore complémentaire du pouvoir montagnard, par les sociétés populaires, les comités de surveillance et les sections. La Terreur judiciaire est définie par la loi des suspects et le tribunal révolutionnaire; la politique d’exception économique par le maximum national des denrées de première nécessité (29 septembre 1793), et l’action des armées révolutionnaires, la démonétisation de l’or et le cours forcé de l’assignat. La Révolution finit par l’emporter sur ses adversaires extérieurs et intérieurs, ainsi à partir d'octobre 1793, après une lourde défaite à Cholet, les Vendéens franchissent la Loire pour aller à la recherche d'alliés, et notamment des Anglais, vont jusqu'à Granville en Normandie. L'expédition, appelée Virée de Galerne, est un échec militaire grave, qui s'achève par une déroute en décembre 1793, mais elle permet que les ruraux mécontents dans toute cette zone se soulèvent, car, au nord de la Loire, des bandes paysannes s'étaient déjà insurgées en mars 1793, mais avaient été aussitôt dispersées. Jusqu’en septembre 1793, les armées françaises sont partout sur la défensive, mais les victoires de Hondschoote, Wattignies et du Geisberg (septembre-décembre 1793) ne permettent pas d’occupation de territoires européens, même si les Piémontais et les Espagnols sont chassés. La politique d’exception de la Convention s’accompagne d’une grande vague de déchristianisation. La justice révolutionnaire à Paris, incarnée par le Tribunal extraordinaire, est marquée par son caractère d'exception ce qui permet d’éviter la violence des sections parisiennes voulant une justice vengeresse à l’image de Exagérés et les Enragés. Les premiers se reconnaissent dans le journal radical de Jacques-René Hébert, le Père Duchesne. Les seconds dans le prêtre rouge Jacques Roux. Tous deux reprochent aux Montagnards leur timidité en matière sociale. Le premier finit par appeler, de nouveau, les sans-culottes à se soulever contre l’Assemblée. Le second prononce des discours humiliants pour les Conventionnels montagnards, qu’il confronte à leur train de vie bourgeois. Robespierre parvient à faire mettre en place le Gouvernement Révolutionnaire le 10 octobre 1793 qui doit permettre au pouvoir central d’encadrer la politique d’exception sans la violence des comités de surveillance et de reprendre l’initiative. La Convention poussée par les sans culottes et la frénésie vengeresse d’Hébert élimine Marie-Antoinette exécutée après 28 heures d’audience le 16 octobre 1793, place de la révolution (ancienne place Louis XV, actuelle place de la Concorde), elle incarne alors le martyr de la monarchie déchue, suivront, le 31 octobre, une vingtaine de Girondins alors que 72 de leurs sympathisants sont gardés en prison par la volonté de Robespierre afin déviter qu’Hébert puisse s’en prendre à eux, le 3 novembre, Olympe de Gouges, le 7 novembre, Philippe d’Orléans, le 8 novembre, Manon Roland, le 12 novembre, Jean-Sylvain Bailly, le 23 novembre, Claude Antoine Capon de Château-Thierry, le 29 novembre, Barnave, le 8 décembre, Madame Du Barry, et Étienne Clavière préfère se suicider, et le 28 décembre, Lebrun parmi 177 victimes… Tandis que les partisans de Robespierre matent la révolte fédéraliste. Les armées républicaines font le siège de Lyon, Toulon, Bordeaux qui finissent par capituler. À Toulon, la répression, terrible, y est menée par Fouché et Collot d’Herbois. À Bordeaux, Tallien fait régner la terreur. Les chefs Girondins sont obligés de se suicider (Roland le 10 novembre 1793, Clavière le 8 décembre 1793) ou à s'enfuir en Gironde, où, après des mois de traque, certains sont capturés et exécutés (Grangeneuve le 21 novembre 1793, Élie Guadet, et Jean-Baptiste Salle le 19 juin 1794, Barbaroux le 25 juin 1794), tandis que d'autres mettent fin à leurs jours (Buzot, et Pétion le 24 juin 1794). Rentré d’Arcis-sur-Aube, Danton demande un relâchement de la politique d’exception, le 22 novembre en demandant «l’économie de sang d’homme» et le 1er décembre le «compas de la raison» pour «consolider l’édifice de la société», dénonçant un mouvement sans-culotte appuyé par les Cordeliers et les Hébertistes.

 

Entre le 22 septembre 1793 et 21 septembre 1794, c’est une année décisive de la Révolution française qui marque l'importance du rôle révolutionnaire de Paris. Elle est visible à travers la «déchristianisation» de l’automne 1793 (abdications, fermetures des églises au culte, «vandalisme» antichrétien) et l’imposition d’une fête de la Raison le 10 novembre qui choque Robespierre qui défend la liberté de culte le 21 novembre et Danton, parallèle à la «régénération» : calendrier républicain (le 24 octobre 1793), fêtes républicaines, prénoms révolutionnaires, tutoiement obligatoire… Le secteur culturel parisien, notamment le théâtre «de par et pour le peuple» et la musique, reste dynamique. Des institutions comme l’École de musique municipale façonnent l'univers sonore de la République, tandis que les spectacles de marionnettes sur le marché jouent un rôle essentiel dans la diffusion des idées révolutionnaires. Les commémorations succèdent aux célébrations, les théâtres central dans le quotidien parisien font le plein, le débat d’idées est plus animé (et plus féroce) que jamais. Jacques-Louis David qui joue un rôle clé en utilisant l'art pour forger un nouvel esprit républicain. D’un point de vue artistique, des figures comme Hubert Robert, ancien peintre de la Reine, sont fascinées par le bouleversement civilisationnel porté par la Révolution. Ce dernier peindra ainsi les ruines d’églises démolies, ou encore la violation des caveaux royaux de la basilique Saint-Denis. Incarcéré en 1793-1794, il continuera à peindre son temps, immortalisant ce mélange de mélancolie et de défi. La place du Carrousel se transforme en un lieu symbolique de fraternité, tandis que le télégraphe de Claude Chappe révolutionne les communications. Des institutions émergent : ouverture du Musée des arts, le futur Louvre, du Musée des monuments français. La volonté de rupture est forte : amise en place d’une politique d’éducation populaire grâce au Recueil des actes héroïques et civiques des républicains français, tiré à plus de 200 000 exemplaires ou avec des romans comme Les aventures de Jérôme Lecocq. Le péril extérieur conduit à une mobilisation littéraire pour célébrer les principaux événements de la révolution. Afin de former de bons citoyens, l’école devient publique, gratuite et obligatoire grâce à la loi Bouquier du 19 décembre 1793. 1793 marque d’ailleurs l’apparition d’écoles de la République, publiques, gratuites et obligatoires. En 1794, plus de 13 500 garçons et filles sont scolarisés à Paris. Dans un effort d’uniformisation et de régénération de la Nation, c’est également à cette époque que sont redéfinis les poids et mesures avec l’apparition du système métrique (24 novembre 1793). Les femmes, bien que participant activement au mouvement révolutionnaire, voient leur liberté d'action restreinte. Le 21 septembre 1793, la Convention fête l’anniversaire de la République en autorisant le port de la cocarde, symbole de citoyenneté, pour toutes les femmes. C’est pourtant en octobre de cette même année que l’Assemblée décrète finalement l’interdiction des clubs féminins. Cette décision obéit en partie à une logique politicienne : pour les montagnards, il s’agit de freiner une sans-culotterie de plus en plus radicale, à laquelle le mouvement populaire féminin s’était largement associé. Catherine Pochetat qui a participé à la prise de la Bastille avant de rejoindre l’armée républicaine en se faisant passer pour un homme, s’illustre ensuite dans les combats au point de devenir officier. Généralement reconnues une fois arrivées au front, les femmes n’en ont pas été immédiatement renvoyées, bénéficiant d’une tolérance qui n’a pris fin qu’après la victoire française de Jemmappes… à laquelle Catherine Pochetat a contribué. La présence des femmes parmi les combattants fut finalement interdite à la fin de l’année 1793. On en vint même à exclure les femmes du domaine des activités artistiques. La garde nationale émerge comme un symbole de la Révolution, alors que la carmagnole, cette veste coupée en arrondi, qui tire son nom de la célèbre chanson, devient un vêtement politique : populaire, en laine et chanvre, elle se distingue de l’habit et de la culotte des nobles et bourgeois et symbolise une rupture avec l'ancien ordre. Les rumeurs et les faux récits prolifèrent, nourrissant des peurs et des espoirs contradictoires. Les années révolutionnaires deviennent ainsi le théâtre d'une lutte pour la vérité, où la propagande et la désinformation sont utilisées pour discréditer l'opposition et maintenir le pouvoir. Plus triste est la vie du jeune Louis Charles, héritier du trône devenu, pour certains, Louis XVII à la mort de son père, est incarcéré à la tour du Temple avec sa famille dont il est finalement séparé en juillet 1793, confié au cordonnier Simon qui doit en faire un citoyen. En 1794, Louis XVII est mis à l'isolement total voyant son état de santé physique et psychologique se dégrader. À lui-seul, il est le symbole des malheurs de la monarchie

 

Décembre 1793 (frimaire an II) marque les succès du Comité de salut public : défaites vendéennes et reprise de Toulon, libération du pays et l’Alsace est reprise, remontée de l’assignat. Ces succès accompagnent une reprise en main politique par le décret du 4 frimaire (14 décembre) qui place les municipalités sous la surveillance du gouvernement et suspend les élections. Les Montagnards dominent la scène politique et commencent à se déchirer entre factions au moment de la parution du Vieux Cordelier (15 frimaire-5 décembre 1793), en plein démantèlement du mouvement sans-culotte. Entre décembre 1793 et janvier 1794, Camille Desmoulins y dénonce les excès de la Terreur et appelle à l’ouverture des prisons où ont été emprisonnés arbitrairement des milliers de citoyens. Dés l’hiver, Robespierre aidé par Danton enraye la déchristianisation menée par certains représentants en mission hébertistes qui, par leurs excès, discréditaient la Révolution. La prochaine étape de la Convention consiste à centraliser en ses deux comités, l’essentiel du pouvoir afin d’amorcer une fin des violences. C’est cette idée de justice mais aussi de légalité que tente de réhabiliter progressivement la Convention montagnarde au cours de l’année 1794. Des événements marquants comme l'abolition de l'esclavage le 4 février 1794 ont lieu, car il a fallut pourtant attendre l'été 1793 pour que deux commissaires de la République Santhonax et Polverel suppriment l'esclavage à Saint-Domingue, qui envoie au mois de janvier 1794 trois députés antiesclavagistes du nord de Saint-Domingue représentant les trois couleurs de la colonie, Louis Dufaÿ (Blanc), Jean-Baptiste Mills (Métis), et Jean-Baptiste Belley (Noir) à Paris «change la donne, et semble justifier la politique des commissaires», des girondins supposés, Sonthonax et Polverel, envoyés en juillet 1792 à Saint-Domingue pour appliquer la loi du 4 avril 1792 relative à l’égalité des Blancs et des hommes de couleur libres et le mois de février 1794 pour que la Convention montagnarde décrète l'abolition soutenue par Danton. Cependant, elle est impossible dans une Martinique occupée par les Anglais ou personne ne veut la mettre dans les îles de l’Océan indien, limitée en Guadeloupe par l’émissaire de la Convention qui l’avait proclamée et plus ou moins contournée à Saint-Domingue par Toussaint-Louverture. La diplomatie française s’en trouve affectée, dans la variante montagnarde (de Salut public) de respect des alliances et des accords, d’abolition de l’esclavage, de soutien idéologique aux peuples en lutte. La France, redevenue un carrefour des réfugiés politique de l’Europe «révolutionnaire», prépare l’expansion de la Révolution, dans ses dimensions universelles et nationales. Cependant, elle ne peut offrir de soutien à l’insurrection polonaise qui a débuté le 24 mars 1794 à Varsovie. Le 5 février 1794, Robespierre lie terreur et vertu, le despotisme de la liberté, empêche que les Sans-Culottes utilisent la terreur. Saint-Just est également hostile à la terreur… À partir du printemps 1794, les victoires posent la question de la poursuite du régime d’exception. Débute la phase de pacification car la Vendée où Kléber et Marceau balayent les blancs au Mans et à Savenay. n’est plus un enjeu essentiel et la Convention doit faire oublier qu’elle a chargée le redouté général Turreau d’écraser la révolte, avec ses “colonnes infernales”, qui mènent une politique de la terre brûlée, les responsables des atrocités, Carrier à Nantes, Turreau, général en chef des armées, étaient déplacés et désavoués; quelques seconds couteaux, fusillés ou guillotinés pour leurs actes désormais qualifiés comme des crimes. Une politique d’apaisement religieux, judiciaire et économique voit le jour. Cependant, la Chouannerie, une forme de guérilla, a progressivement gagné tout l’Ouest bocager à partir de l’hiver 1793-1794, elle naît lors qu’expire l’insurrection des Vendéens. Si ces derniers avaient constitué de véritables armées paysannes avec à leur tête des états-majors nobles, les chouans sont avant tout des bandes de quelques individus, paysans pour la plupart, qui ont pour technique de combat l’embuscade suivie de la dispersion immédiate. Les discours des députés changent en même temps que les conflits extérieurs et intérieurs marquent une pause. Le relâchement de l’économie dirigée est évident, malgré l’utopie des décrets de ventôse (février-mars 1794), Saint-Just devance les sans-culottes en annonçant que la confiscation des biens des contre-révolutionnaires servira à aider les indigents. Cette révolution silencieuse de la Convention est stratégique, elle a pour objectif d’isoler les sans-culottes des masses populaires urbaines. Ces chefs sans-culotte, dont les discours, eux, n’ont pas changé, sont accusés de diviser le peuple et donc de complots contre-révolutionnaires, sont éliminés Jacques Roux (10 février 1794) jeté en prison, il se donnera la mort, et les Hébertistes ou Exagérés le 24 mars 1794, leur chef Hébert arrêté en compagnie des meneurs exagérés, sera quant à lui guillotiné… À l’opposé de l’échiquier politique, les Indulgents, montagnards plus modérés souhaitant mettre fin au gouvernement révolutionnaire, sont suspectés de corruption dans le cadre du scandale financier de la Compagnie des Indes suite au le rapport d’Amar, du Comité de Sûreté générale contre «la faction de l’étranger» comprenant Chabot, Basire, Delaunay d’Angers, Jullien de Toulouse et Fabre d’Églantine et leur comparution au Tribunal révolutionnaire, qui mène à l’arrestation de Danton, Philippeaux, Delacroix et Desmoulins dans la nuit du 30 au 31 mars 179. Les accusés étaient empêchés de parler, sans doute par crainte de la célèbre éloquence de Danton. Le 5 avril 1794 (16 Germinal), ils furent conduits à l'échafaud. Robespierre qui avait défendu Danton et Camille Desmoulins à plusieurs reprises s’est résolu à l’unité de la Révolution. La jeune femme de Camille Desmoulins, Lucille le suit huit jours plus tard. Les factions rivales, ultra-révolutionnaires de la rue et modérés de l’Assemblée, sont alors hors-course, mais les rivalités subsistent, dans le feutré; elles sont juste mises en sourdine par la peur de l’échafaud.

 

Une fois les hébertistes et Danton exécutés, la Terreur ne disparaît pas, le décalage entre les principes et la politique de terreur s’accentue. Cependant, à la mi-1794, la guerre de Vendée fut stabilisée et les Montagnards restèrent seuls détenteurs après l’échec des sans-culottes de tous les leviers politiques. L’utopie l’emporte. On le voit avec la Fête de l’Être suprême, le 8 juin 1794 qui montrent les aspirations d'une nouvelle religion civique et l'impact des luttes sociales et politiques sur la vie parisienne, elle s’ajoute au culte des martyrs de la Liberté et à celui de la Raison. C’est le moment où Robespierre centralise la Terreur à Paris, puis procès de le 10 mai à l’arrestation de Pache, maire de Paris, remplacé par un Robespierriste, Jean-Baptiste Fleuriot-Lescot, mais il n’est pas à l’abri d’une tentative d’assassinat à Paris contre lui et Collot d’Herbois le 23 et 24 mai 1794. Son aura est telle qu’il est élu le 4 juin 1794, à l’unanimité, président de la Convention. Robespierre est très populaire dans Paris. Se distinguant des autres révolutionnaires, il donne clairement une unité à cette révolution morale et vertueuse. Il apparaît alors comme le garant de la liberté des cultes. Mais certains députés athées le perçoivent comme un danger. D’une part, tous les pouvoirs parisiens sont dans les mains de ses proches (la mairie, la commune, la Garde nationale…). L’apogée du Comité de salut public dirigé par Robespierre se concrétise avec la victoire de Fleurus le 14 juin, du Chant du départ (le 15 juin) : la voie de la conquête est à nouveau ouverte en Belgique, Hollande, Rhénanie. Parallèlement, le maximum des salaires est défavorable aux ouvriers, le 24 juillet 1794. Des députés rentrant de mission et ayant appliqués des mesures dites terroristes sont plongés dans l’incertitude face à ce retournement de politique de la Convention sous l’impulsion de Robespierre et Saint-Just. Cette inquiétude grandit lorsque Couthon, ami de Robespierre, lance la loi du 22 prairial (10 juin) qui étend le champ des suspects tout en réduisant les formalités de jugement accélérant ainsi les procédures menant à l’échafaud. C’est cette incertitude mêlée à l’inquiétude qui assaillent ces députés de l’aile gauche de la Convention et les poussent à sortir de l’ombre. Robespierre vide progressivement les prisons à ce moment-là. Mais les députés redoutent que les comités opérant les sélections préalables soient sous son contrôle. C’est pourquoi, dès juin-juillet 1794, certains conventionnels conspirent, manipulant clairement l’opinion publique contre lui; ils fomentent des révoltes dans les prisons; des prisonniers sont envoyés à l’échafaud, et en imputent la responsabilité à Robespierre. Craignant une épuration orchestrée par Robespierre et ses amis, ils se décident à attaquer en l’accusant de comploter pour restaurer la monarchie. Robespierre fut victime d’un mécanisme implacable, celui qui s’est enclenché depuis la chute de la monarchie, celui qui ne conçoit la lutte politique que comme une élimination. Ce mécanisme est né dans cette crainte voire hantise du complot contre-révolutionnaire. Durant la période révolutionnaire qui culmine en Mai, Juin, Juillet 1794, Robespierre est au cœur des polémiques violentes. Dans son discours du 8 thermidor, il dit qu’il est hostile au système de la terreur et accuse ses ennemis d’avoir mis en place la terreur. Le 9 Thermidor (27 juillet 1794) on l’accuse, le 10 thermidor, on le guillotine avec 110 personnes, les deux journées les plus meurtrières de la Révolution (on guillotine par exemple 20 hébertistes !…) ceux qu’on appelle les robespierristes…  C’est ce fameux 9 Thermidor (27 juillet) qui donne une réalité à cette Terreur à la fois omniprésente et insaisissable…en lui donnant un visage, celui de Robespierre. En fin de compte, le 9 Thermidor (27 juillet) marque la fin de la soit disant Terreur. La chute de Robespierre marque la fin de la politique d’exception, mais les problèmes économiques subsistent. Cependant, ceux qui ont conduit Robespierre et ses acolytes à l’échafaud n’en tirent aucun avantage, bien au contraire. Ils sont alors victimes d’un retour de balancier: les prisons s’ouvrent, les anciennes victimes deviennent les nouveaux accusateurs, c’est ainsi que le représentant Carrier après un procès est guillotiné en décembre 1794 devenant le deuxième bouc émissaire de cette violence des années 1793-1794. Certains, plus habiles, parviennent à en réchapper tels Barras, Tallien ou Fouché.

 

Pour alller plus loin, je vous conseilles ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Jean-Clément Martin, La Terreur, part maudite de la Révolution, Gallimard, Découvertes, 2010, https://clio-cr.clionautes.org/la-terreur-part-maudite-de-la-revolution.html, et https://books.openedition.org/efr/49669?lang=fr, Robespierre : la fabrication d'un monstre, Perrin, 2016, et https://journal.ccas.fr/robespierre-le-grand-mensonge/, La révolution n’est pas terminée, Passés Composés, 2022, et https://clio-cr.clionautes.org/la-revolution-nest-pas-terminee.html, Penser les échecs de la Révolution française, Tallandier, 2022, Les Vendéens, PUF, 2022, https://www.lemonde.fr/archives/article/1993/06/29/debats-un-entretien-avec-jean-clement-martin-le-bicentenaire-des-massacres-de-vendee-permet-de-s-interroger-sur-l-histoire-et-sa-transmission_3954358_1819218.html, Nouvelle histoire de la Révolution française, Perrin, 2024, et La Révolution française – 50 objets racontent, Editions Eyrolles, 2025, et https://clio-cr.clionautes.org/la-revolution-francaise-50-objets-racontent.html, et https://www.marianne.net/politique/la-revolution-entachee-par-la-guerre-civile, Frédéric Bluche, La Terreur dans la Révolution jacobine, p. 29-37, dans Justice et politique : la Terreur dans la Révolution française Sous la direction de Germain Sicard, Presses de l’Université Toulouse Capitole, 1997, Serge Bianchi, Des révoltes aux révolutions : Europe, Russie, Amérique (1770-1802). Essai d'interprétation, Presses universitaires de Rennes, 2004, Jean-Pierre Jessenne, Révolution et Empire 1783-1815, Hachette, 2013, Marisa Linton, Choosing Terror. Virtue, Friendship and Authenticity in the French Revolution, Oxford, 2014, Gregory Jarry et Otto T., Petite histoire de la révolution française, FLBLB, 2015, Michel Biard et Hervé Leuwers (dir.), Danton : Le mythe et l'histoire, Armand Colin, 2016, https://rodama1789.blogspot.com/2024/04/the-robespierre-danton-duel-reconsidered.html, et https://www.agentsdentretiens.com/entretiens/histoire/michel-biard/, Annie Jourdan, Nouvelle histoire de la Révolution, Flammarion, 2018, et https://clio-cr.clionautes.org/nouvelle-histoire-de-la-revolution.html, Claude Quétel, Crois ou meurs ! – Histoire incorrecte de la Révolution Française, Tallandier- Perrin, 2019, et https://clio-cr.clionautes.org/crois-ou-meurs-histoire-incorrecte-de-la-revolution-francaise.html, Christine Le Bozec. Les femmes et la Révolution 1770-1830, Passés composés/Humensis, 2019, https://shs.cairn.info/revue-annales-historiques-de-la-revolution-francaise-2020-1-page-I, et https://reussirlegalitefh.fr/images/Christine_Le_Bozec_Les_femmes_et_la_Revolution_CC.pdf, Michel Biard et Marisa Linton, Terreur ! La Révolution Française face à ses démons, A. Colin, 2020, et https://journals.openedition.org/framespa/9297, Marc Bélissa (dir), La Révolution française et les colonies, La Fabrique, 2023, Michel Biard, et Pascal Dupuy, La Révolution française - 4e éd. : 1787-1804, Armand Colin, 2024, Paris 1793-1794 : Une année révolutionnaire, Musée d’histoire de Paris Carnavalet, Exposition du 16.10.2024 au 16.02.2025, https://cmhn.hypotheses.org/10747, https://www.art-critique.com/2025/02/exposition-revolution-francaise-musee-carnavalet/, https://www.beauxarts.com/produit/paris-1793-1794-une-annee-revolutionnaire/, https://www.lescarnetsdigor.fr/post/exposition-paris-1793-1794-une-annee-revolutionnaire-au-musee-carnavalet, Aux armes, citoyennes ! : Les femmes dans la Révolution française, ARTE France, Capa Presse, 2025 (documentaire), et https://lvsl.fr/aux-armes-citoyennes-les-femmes-oubliees-de-la-revolution/, Olivier Grenouilleau, La Révolution française, éditions du cerf, septembre 2025, Olivier Ritz, Une histoire littéraire de la Révolution française, Gallimard, Folio n° 359, 2026, https://venividisensivvs.wordpress.com/les-articles-en-pdf/la-revolution-francaise/chronologie-de-la-revolution-francaise/, https://www.amis-robespierre.org/?21-janvier-1793-le-jugement-et-la-condamnation-de-Louis-Capet-a-mort, https://www.amis-robespierre.org/?Biographie-Au-Comite-de-Salut-Public-An-II, https://www.amis-robespierre.org/?Robespierre-et-Danton-l-eternel-duel, https://www.amis-robespierre.org/?Jean-Clement-Martin-a-Arras-Robespierre-un-revolutionnaire-comme-les-autres, https://lvsl.fr/marat-derriere-la-legende-noire-retour-sur-lami-du-peuple/, et https://lvsl.fr/la-terreur-premiere-revolution-sociale/.

 

Merci  et bon 14 juillet !


Qu'allons nous voir ici ?

Ce blog s'intéressera avant tout à la question de l'historicité du roi Arthur durant les Dark Ages, une période de grands changeme...