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vendredi 16 octobre 2026

Marie-Antoinette, derrière le mythe, une femme-enfant devenue une femme politique

Marie-Antoinette était guillotinée à Paris, le 16 octobre 1793. De son vivant et au-delà, la personnalité de Marie-Antoinette n'a cessé de susciter légendes, suppositions et calomnies.

 

Elle est détestée parce qu’on la pense frivole et lubrique. Arrivée d'Autriche à seulement 14 ans, où la cour était plus intime, elle est jetée sans préparation dans les pièges de la cour de France. Elle refuse d'entrer dans le moule des reines sacrifiées ou de pactiser avec les favorites. Face à un mariage qui met sept ans à être consommé, elle fuit la solitude dans les bals, les jeux et la mode. Devenue reine en 1774, elle change de comportement et cherche à fuir la prison dorée de Versailles. Les lettres à sa mère Marie-Thérèse (1770-1780) sont celles d'une jeune fille terrorisée par le protocole, qui doit constamment se justifier et subir les reproches politiques de Vienne. Elle veut choisir ses amis, et vivre pour elle-même. Sa retraite au Petit Trianon à partir de 1780, pensée pour vivre une vie privée normale et une tentative d'échapper à une étiquette de cour devenue obsolète et asphyxiante, blesse la haute aristocratie et alimente les pires rumeurs de frivolité, du fait qu’elle s'isolait avec quelques privilégiés qui mêlait compagnons de fête (le comte d’Artois), figures protectrices (Besenval), ordonnateurs des plaisirs (Vaudreuil) et son unique grand amour (Fersen), certains ont profité de son influence pour obtenir des pensions et des postes, ruinant définitivement la réputation de la reine auprès du peuple, avec la bascule affective entre la douce jalousie de la Princesse de Lamballe et l'ascendant immense — et financier — du clan mené par la Duchesse de Polignac. C'est aussi le lieu de sa complicité artistique avec son portraitiste officielle, Élisabeth Vigée Le Brun. Cela signera sa perte politique, car elle a cristallisé sur son nom toutes les haines d'un peuple déjà affamé, précipitant la chute définitive de l'Ancien Régime. Ce repli n'est pas une simple coquetterie, c'est un acte de rébellion contre le système versaillais. Cependant avec la naissance du Dauphin, Louis-Joseph de France en 1781, la succession est assurée. Les lettres (1780-1789) deviennent plus personnelles, plus libres, notamment avec Axel de Fersen, la seule véritable passion de la reine, un attachement d'une fidélité indéfectible qui survivra aux tempêtes politiques, révélant une femme qui choisit ses affections. Bien qu'innocente dans l'Affaire du Collier (1785), elle devient le bouc émissaire de la crise financière et la cible de pamphlets haineux. Elle commence alors à s'impliquer activement en politique auprès de Louis XVI. Entre 1787 et 1788, c’est crise financière et politique majeure, et Louis XVI tente des réformes de l'impôt avec ses ministres (Calonne, Brienne) mais se heurte au refus de la noblesse, Marie-Antoinette fait face avec lui à cette faillite structurelle.

 

Le 4 juin 1789, avec la mort du Dauphin Louis-Joseph (à l'âge de 7 ans), le couple royal est terrassé par le deuil au moment exact où la monarchie absolue s'effondre face au Tiers état. Durant la Révolution, elle devient la véritable "tête politique" du couple royal à partir de 1790, orchestrant des réseaux diplomatiques secrets prenant en main la correspondance secrète (notamment avec Axel de Fersen) avec les puissances étrangères (notamment l'Autriche) et des intermédiaires comme Mirabeau ou Barnave. Elle refuse tout compromis qui viderait la monarchie de sa substance, quitte à mener une double politique souterraine d'une grande complexité. Le ton de ses lettres (1789-1793) devient grave, stratégique, crypté. L'encre et le papier sont ses dernières armes pour tenter de sauver sa famille et sa propre vie. Des Tuileries au procès, dépouillés du faste versaillais et de l'étiquette qu'ils détestaient tous les deux (chacun à leur manière), Louis XVI et Marie-Antoinette forment enfin une famille unie, bourgeoise et soudée, entièrement dévouée à l'éducation de leurs enfants. De la fuite de Varennes en1791, la déclaration de guerre à l’Autriche le 20 avril 1792 où le le couple est soupçonné de haute trahison en faveur des armées étrangères, la chute de la monarchie le 10 août 1792 lors de la prise des Tuileries, l’incarcération de la famille royale à la Tour du Temple à partir du 13 août 1792, où Louis XVI et Marie-Antoinette forment toujours une famille unie après que les épreuves les ont durablement rapprochés à partir de 1791, à son procès à la Conciergerie en 1793, elle fait preuve d'une dignité héroïque après la mort de son mari devenant la «Veuve Capet» face à sa déchéance physique et à son exécution le 16 octobre 1793 malgré deux tentatives d’évasion. Enfin, face à l'isolement de la prison du Temple, au procès au Tribunal révolutionnaire et à l'échafaud, Marie-Antoinette déploie une dignité théâtrale et politique qui figera son statut d'icône tragique quand elle fait face à des accusations ignobles avec une dignité immense qui frappe l'auditoire, mais cela ne l’empêchera pas d’être condamnée pour complot contre la sûreté de l’État.

 

Ensuite, vient un mouvement de réhabilitation, au moment de la Restauration. Elle est présentée comme une sainte, une mère dévouée. On va aussi la dépolitiser. Puis elle apparaît au XIXe siècle comme une figure plus romantique, quand on pense au Trianon ou à cette reine qui se déguise en bergère. En 1932, Stefan Zweig va avoir l’idée de parler de la femme en quête du bonheur individuel. Et la vie et le destin tragique de la dernière reine de France ont inspiré des dizaines d'œuvres cinématographiques et télévisuelles. Les adaptations de la vie de Marie-Antoinette varient grandement, allant du grand mélodrame classique hollywoodien Marie-Antoinette de W. S. Van Dyke (1938) à la relecture pop avec Marie-Antoinette de Sofia Coppola (2006) et féministe avec la série télévisée Marie-Antoinette (2022), sans oublier la perspective des coulisses : Les Adieux à la reine de Benoît Jacquot (2012), sans oublier le film d’époque Marie-Antoinette, reine de France de Jean Delannoy (1956) et L'Affaire du collier de Charles Shyer (2001), les mangas et bandes dessinées La Rose de Versailles (ou Lady Oscar) de Riyoko Ikeda (1972-1973) qui va donner une série animée culte (1979 – 1980), un film live-action japonais (1979) et un film d’animation (2025), Marie-Antoinette, la jeunesse d'une reine et Marie-Antoinette de Fuyumi Soryo (2016), Carnet secret d'une reine par Benjamin Lacombe (2014), et Mémoires de Marie-Antoinette par Noël Simsolo et Isa Python (2017). 

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Joël Félix, Louis XVI et Marie-Antoinette : un couple en politique, éditions Payot & Rivages, 2006, Emmanuel de Valicourt, Les favoris de la reine : Dans l'intimité de Marie-Antoinette, Éditions Tallandier, 2019, Cécile Berly, Marie-Antoinette, PUF 2020, Charles-Éloi Vial, Marie-Antoinette, Perrin, 2023, et https://www.historia.fr/personnages-historiques/biographies/charles-eloi-vial-marie-antoinette-etait-un-personnage-enigmatique-que-ses-contemporains-peinaient-deja-a-comprendre-2073397, et Simone Bertière, Les Reines de France - Volume 3 : Le crépuscule des lumières, Éditions Perrin, 2024.

 

Merci ! 

lundi 12 octobre 2026

Supōtsu no hi, le jour où le sport est roi

Le Supōtsu no hi, ou Jour du sport, est un jour férié national au Japon qui a lieu chaque année le deuxième lundi d'octobre, ce 12 octobre en 2026. Créé en 1966 sous le nom de Taiiku no Hi (la journée de la gymnastique), le jour du sport commémorait à l’origine l’ouverture des Jeux Olympiques de Tokyo 1964, organisés exceptionnellement au mois d’octobre pour éviter les fortes chaleurs de l’été japonais. Depuis la réforme des Happy Mondays ayant pour but de favoriser la création de jours fériés et week-ends prolongés en 2000, il est célébré chaque deuxième lundi d’octobre, offrant aux Japonais un long week-end placé sous le signe de l’activité physique. C’est en 2020 que la fête a adopté son appellation actuelle, Supotsu no Hi. 


Il a pour but de mettre en avant les bienfaits du sport, de l’activité physique et d’un mode de vie sain tout en offrant un week-end prolongé à la population. Chez les écoliers, les fêtes du sport undokai sont organisées à cette période, dans lesquelles on trouve des courses, des relais, des chorégraphies et de l’aérobic, ainsi qu’un jeu appelé kôhaku tama-ire, dans lequel deux équipes (rouge et blanche) s’affrontent pour lancer le plus grand nombre de sacs de fèves dans un panier, tandis que les quartiers et entreprises privilégient des tournois amicaux, marches ou mini-marathons. Le but de ce jour du sport est d’encourager la pratique du sport et un mode de vie actif, de promouvoir la santé et le bien-être de la population, et de rappeler l’importance du développement physique et mental à travers l’exercice. 

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://ichiban-japan.com/supotsu-no-hi/, https://www.nippon.com/fr/guide-to-japan/gu051006/, https://www.bonplantokyo.com/249-jour-ferie-japon-sport, et https://www.kanpai.fr/societe-japonaise/taiiku-supotsu-no-hi.

 

Merci et bon jour du sport !

dimanche 11 octobre 2026

Au Japon, on se fait peur en été

Comme Halloween commence tôt au Japon. Je vais parler de leur tradition de se faire peur en été. Au Japon, l'été est historiquement la saison de l'horreur. Liée à la fête des morts (O-Bon) en août, la tradition veut que l'on se raconte des histoires de fantômes (kaidan) ou que l'on visite des maisons hantées (obakeyashiki). Selon la croyance populaire, les frissons provoqués par la peur aident à supporter la lourde chaleur estivale. On considère que les âmes des ancêtres reviennent dans l'autel de leur foyer à l'occasion de la fête de l'Obon, qui a lieu à la mi-août. 

 

La tradition de se raconter des histoires effrayantes en été remonterait à l’ère Edo (1603-1867), ces histoires de fantômes appelées «kaidan» sont devenues très populaires et la tradition de se faire peur en été s’est perpétuée jusqu’à nos jours. C’est sous cette période qu’est née la tradition du Hyaku Monogatari, un événement où l’on se rassemblait autour de 100 bougies pour se raconter des histoires d’épouvante. Chaque bougie était éteinte après une histoire, plongeant peu à peu la pièce dans la pénombre… pour le plus grand plaisir des amateurs du genre. Depuis, on dit que les frissons provoqués par la peur aideraient à se rafraîchir durant l’été caniculaire. C’est pourquoi de nombreux événements liés à l’horreur fleurissent au Japon à cette période de l’année.

 

Les anciennes formes de théâtres traditionnelles comme le kabuki ou le nô abordent déjà le sujet de l’au-delà et des esprits. Puis, dans les années 60-70, les «kaidan monogatari» et autres contes sont portés sur grand écran, puis sur petit écran, effrayant de nouvelles générations de jeunes Japonais. Les mangas ne sont pas en restes et de nombreux auteurs horrifiques incroyables existent au Japon (comme le maître Junji Ito). L’horreur japonaise s’est même exportée à l’étranger grâce à certains films et œuvres vidéoludiques, regroupées sous le nom de J-horror.

 

Les maisons hantées y sont aussi considérées de saison du fait de leur climatisation et des frissons qu'elles provoquent, dans ce pays où s'abattent en été une chaleur et une humidité étouffantes. Les maisons hantées éphémères (Tokyo) effraient les passants lors de leur virée shopping. Installées aux entrées des centres commerciaux ou dans les parcs d’attraction, les maisons hantées éphémères (dites Obakeyashiki) sont somme toute plus amusantes que effrayantes. Articulées autour d’une thématique spécifique, elles proposent un défi ou une histoire à suivre pour trouver le chemin de la sortie. Que vous soyez amené à traverser toutes les pièces en y faisant des rencontres saugrenues ou que vous deviez résoudre une énigme sous forme d’escape game pour mettre fin a l’horreur, ces maisons vous feront frissonner de plaisir. 

 

Pour aller plis loi, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://cours-de-japonais.com/ete-horreur-japon/, https://www.geo.fr/voyage/japon-a-tokyo-les-maisons-hantees-font-oublier-la-chaleur-estivale-221633, et https://www.japan-experience.com/fr/preparer-voyage/savoir/comprendre-le-japon/ete-japon-yokai-folklore.

 

Merci !

dimanche 4 octobre 2026

La Saint François d’Assise, une fête importante chez les catholiques japonais

La fête de saint François d'Assise est célébrée le 4 octobre par la communauté catholique au Japon, à l'instar du reste de l'Église universelle. Ce dernier est le fils aîné d'une riche famille de drapiers né en 1181/1182. Après une jeunesse dissipée durant laquelle il fait le coup de poing contre la noblesse locale, connaît la prison, entonne des chansons provençales, commet le péché de chair, il finit par tout abandonner pour répondre à la voix entendue à Spolète, qui lui demande de «réparer son Église en ruine» en 1205. Devenu mendiant en 1206, il fonde l'ordre franciscain en 1209, et applique à la lettre la règle qu'il s'est fixée : «Vivre dans l'obéissance, sans rien en propre et dans la chasteté.» Contrairement aux moines traditionnels (bénédictins ou cisterciens) qui s'isolaient dans des monastères à la campagne, François choisit la ville comme premier terrain d'action. Il apporte une réponse à la nouvelle société marchande : face à la montée de l'argent et des riches, il oppose une pauvreté absolue et prône la paix au milieu des conflits civils urbains. Les chercheurs soulignent sa spiritualité novatrice de l'initiative et du renouveau. Il se qualifie lui-même de «nouveau fou dans le monde». Au lieu de l'austérité et de la tristesse, il valorise la jubilation, la spontanéité du rire (hilaritas) et la «joie parfaite». De plus, il refuse toute hiérarchie stricte au sein de son ordre (les Frères mineurs) et fait une place inédite aux laïcs en 1221, aux femmes (comme sainte Claire) en 1212 et aux enfants. À travers le célèbre Cantique des créatures composé entre la fin de l'année 1224 et le printemps 1225 , il ne sépare pas le monde de Dieu et proclame la présence divine en toute créature (animaux, nature), ce qui en fera le saint patron des écologistes. En pleine cinquième croisade (1219), il part rencontrer le sultan d'Égypte Al-Kamil à Damiette, pour ce qui est la substitution de la «propagande pacifique» et du dialogue à la guerre sainte menée par l'Église. De retour en Ombrie, le poverello constate, non sans un certain malaise, le rôle croissant des clercs issus des écoles au sein de «sa propre création qui commence à lui échapper». Il est stigmatisé dans l’ermitage de La Verna. Il meurt en 1226. 

 

Arrivés en 1593 des Philippines, des frères mineurs espagnols avaient réussi à établir des couvents et à construire une léproserie près de Nagasaki. Mais injustement soupçonnés de fomenter des plans d’invasion espagnole, ils sont arrêtés avec d’autres missionnaires. Le régent (Taikō) Hideyoshi prononce à leur encontre vingt-six condamnations à mort : Pierre Baptiste et cinq franciscains espagnols (dont Philippe de Jésus, né à Mexico de parents espagnols), trois jésuites japonais (dont Paul Miki), et enfin dix-sept tertiaires franciscains japonais, parmi lesquels deux jeunes garçons de onze et treize ans, Louis et Antoine. Rassemblés à Kyoto, les condamnés parcourent un long chemin de croix de 800 km, en plein hiver. Le 5 février 1597, ils sont crucifiés face à la mer — face à l’occident — sur une colline dominant Nagasaki. Trois siècles plus tard, l’histoire franciscaine du Japon va renaître de ses cendres de manière assez inattendue : un Français, Maurice Bertin (1870-1968), polytechnicien devenu enseigne de vaisseau, entre dans l’Ordre (1896), après que son navire a fait escale à Nagasaki, où il avait ressenti un appel aussi mystérieux qu’impérieux : restaurer l’ordre de saint François au Japon. Après son ordination, il appartient à la cohorte de religieux expulsés (1903), et se retrouve au Québec, où il fonde le couvent de Trois Rivières. En 1906, enfin, il part pour le Japon, à Sapporo, où il vient prêter main forte à des frères allemands venus de Thuringe. Il est bientôt rejoint par d’autres Canadiens. En 1921, Rome confie aux franciscains venus du Québec un territoire bien à eux, la mission de Kagoshima, au sein du diocèse de Nagasaki. Mais le Japon, toujours méfiant à l’égard des étrangers, confie leur mission au clergé autochtone. Les frères se retirent autour d’Urawa (au nord de Tokyo), et fondent couvents et paroisses. Ils cherchent à former des franciscains japonais et à implanter une vie franciscaine féminine. En 1936, un commissariat provincial est érigé, puis en 1977 une province, qui compte alors 118 religieux japonais et 108 étrangers. 

 

Les paroisses catholiques du pays, à l'image de celle de Hamamatsu dans la préfecture de Shizuoka, connue pour ses communautés linguistiques et culturelles bien intégrées autour de la paroisse : japonaise, anglophone et latino-américaine, le plus grand groupe étant celui des Brésiliens, marquent cette journée par des messes et la bénédiction traditionnelle des animaux, en hommage au saint patron de l'écologie et des bêtes.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Virgil Tanase, Saint François d'Assise, Gallimard, 2015, https://www.historia.fr/guide-culture-loisirs/cinema-television/comment-francois-dassise-saint-patron-de-litalie-a-t-il-bouleverse-la-pratique-religieuse-au-moyen-age-2254560, https://www.infoans.org/fr/component/k2/item/11365-japon-la-paroisse-de-hamamatsu-celebre-st-francois-d-assise, https://www.ktotv.com/video/00304660/saint-francois-xavier, https://www.messagerdesaintantoine.com/content/le-japon-une-epopee-franciscaine, et https://www.rfi.fr/fr/connaissances/20261002-3-octobre-1226-mort-de-fran%C3%A7ois-d-assise-nouveau-fou-dans-le-monde.

 

Merci et bonne Saint François d’Assise !

jeudi 1 octobre 2026

Koromogae, ou le changement de garde-robe

Le Koromogae est une tradition japonaise qui consiste à changer sa garde-robe en fonction des saisons. Le terme Koromogae signifie littéralement "changement de vêtements". À l’époque Heian (784-1185), la tradition du Koromogae existait déjà. Il s’agissait de ranger ses habits d’hiver et de sortir des tissus plus légers afin de mieux supporter la chaleur de l’été, et inversement. Ce changement vestimentaire saisonnier avait lieu cinq fois dans l’année. 

 

Le 1er octobre, c’est le passage aux vêtements d’hiver (Fuyu-fuku) et il s’adapte au climat des différentes régions du Japon. Symbole de l'arrivée de l'hiver et donc la fin de l'Automne. Cette pratique reste visible dans trois contextes principaux : les écoles, avec un changement officiel de l’uniforme scolaire, les entreprises, pour les tenues professionnelles des «salaryman», les foyers, à travers le rangement saisonnier des vêtements et le changement de literie, notamment le passage à un futon plus léger ou plus chaud selon la saison. 

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé :https://universdujapon.com/blogs/japon/koromogae, https://www.bonplantokyo.com/126-changement-saisonnier-de-garde-robe, et https://www.konjaku.fr/blog/2026/08/28/koromogae.html.

 

Merci et bon Koromogae !

mercredi 30 septembre 2026

Les saint archanges et les feuilles rouges, entre fête chrétienne et de saison au Japon

Hier, le 29 septembre a marqué la fête des saints archanges (Michel, Gabriel et Raphaël), qui est également célébrée par la communauté catholique au Japon, où saint Michel est historiquement considéré comme un protecteur ou patron de missions depuis l'arrivée de saint François-Xavier.

 

À l'origine, le 29 septembre était exclusivement dédié à Saint Michel Archange. La fête de Saint Michel remonte au Ve siècle, lorsque la dédicace d'une basilique en son honneur fut établie sur la Via Salaria, près de Rome. Avec le temps, la fête a été élargie pour inclure les autres archanges, Saint Gabriel et Saint Raphaël, afin de souligner l'importance de ces messagers célestes dans l'histoire du salut. Le Concile Vatican II a introduit cette modification dans le calendrier liturgique, faisant du 29 septembre une fête commune aux trois archanges. Saint Michel est invoqué comme défenseur contre le mal, Saint Gabriel comme messager divin, et Saint Raphaël comme guérisseur et guide spirituel. Saint François-Xavier a débarqué au Japon en 1549 et a placé son œuvre et le pays sous le patronage de l'archange Saint Michel. Des documents historiques de l'Église au Japon, comme ceux de la Cathédrale de Sekiguchi à Tokyo, rappellent l'importance de cette date pour les missions catholiques locales. L'église de Kawagoe considère saint Michel comme son saint patron et célèbre donc le dimanche le plus proche du 29 septembre comme une fête spéciale en son honneur.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lecture qui m’ont beaucoup aidé : http://catholic-kawagoe.net/church_news/word/17_09.html, https://nominis.cef.fr/contenus/saint/978/Saint-Michel.html, et https://www.la-boutique-des-chretiens.com/blog/537-la-fete-des-archanges-a-travers-le-monde.html.

 

Et au Japon, le terme kōyō (litt. «feuille rouge») désigne le changement de couleur des feuilles en automne, tandis que momiji désigne plus particulièrement les érables japonais aux feuilles rouges éclatantes, emblématiques de la saison. C’est, avec la floraison des cerisiers, l’une des meilleures périodes de l’année pour parcourir le Japon, paré de ses plus beaux atours. La contemplation des feuillages d’automne porte d’ailleurs un nom, momijigari. C’est une tradition très appréciée des japonais. Cette pratique consiste à se rendre dans les parcs, les montagnes, les temples et les vallées pour admirer les couleurs de la saison.

 

En fonction des régions du Japon, leur climat et leur altitude, le feuillage d’automne ne commence pas à la même période. Les premières feuilles rouges apparaissent à Hokkaido, l’île la plus au nord, et dans les Alpes japonaises à partir de fin septembre, suivies ensuite à la mi-octobre par le reste du Japon, où les feuillages atteignent leur pic dans de nombreuses régions montagneuses et dans le nord du pays . Mais dans les zones les plus touristiques, il faut attendre mi-novembre, comme à Tokyo, Kyoto, Osaka, et Nara qui offrent souvent leurs plus beaux paysages d’automne, et dans les régions plus chaudes comme Kyūshū, Shikoku ou les zones côtières, les couleurs peuvent se prolonger jusqu’en décembre.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé :https://keikaku.fr/aide/informations-japon/erables-automne, https://www.japan-experience.com/fr/voyager-au-japon-guide-et-conseils/voyager-au-japon-en-automne, et https://www.passeportjapon.fr/pratique/quand-partir-au-japon/guide-koyo-japon/.

 

Mercin bon kōyō !

lundi 28 septembre 2026

La Mémoire des 16 martyrs du Japon, l'aggravation des persécutions au Japon

L'Église catholique japonaise célèbre le 28 septembre la mémoire des Seize martyrs de Nagasaki, un groupe de missionnaires et de fidèles mis à mort au Japon entre 1633 et 1637 en haine de la foi chrétienne.Le groupe a été béatifié en 1981 à Manille et canonisé en 1987 à Rome par le pape Jean-Paul II. La fête des Seize martyrs a été célébrée, rassemblant de nombreuses personnes venues de partout pour prier ensemble. Elle était organisée par l'archidiocèse catholique de Nagasaki et gérée par le Conseil catholique du district sud de Nagasaki.

 

L’édit «antichrétien» de Tokugawa Ieyasu (1614) qui fut suivi à la lettre puisque les missionnaires et certaines de leurs ouailles japonaises de haut rang se résignèrent cette fois-ci à l’exil. L’édit de 1616 fut le premier d’une longue série : de manière à contrôler les arrivées des étrangers, et notamment des missionnaires interdits de séjour depuis 1614, on restreignit cette année-là les ports d’accès au Japon à Nagasaki et Hirado; l’idée était probablement d’inspiration chinoise, puisqu’autrefois l’Empire du Milieu avait imposé aux Japonais le port de Ningbo comme unique porte d’entrée à son territoire. En 1624, tout commence avec l’expulsion des Espagnols, désormais interdits de séjour au Japon, constitue une étape importante de la politique de «fermeture» du pays. Puis en 1628, ce sont le premiers fumie à Nagasaki (cérémonies au cours desquelles les Japonais devaient poser les pieds sur des icônes chrétiennes pour prouver leur orthodoxie religieuse). Et dans les années 1630, c’est le renforcement du contrôle des Tokugawa sur la société à tous les niveaux: le commerce international (édits interdisant l’accès libre aux ports japonais); les grands féodaux (adoption définitive du principe d’une «résidence alternée» entre les fiefs et Edo une année sur deux); les institutions bouddhiques (constitution d’un réseau national hiérarchisé de temples).

 

À cette époque, le nombre de missionnaires présents dans le pays diminuait de jour en jour. En effet, cette même année 1626, le père Gaspar de Castro mourut de mort naturelle, tandis que quatre autres Jésuites, parmi lesquels le provincial Francisco Pacheco, furent exécutés au mois de juin. De façon générale, l’incapacité de la Compagnie et de l’Église elle-même à rénover le corps missionnaire au Japon causa la disparition du clergé et rendit plus difficile encore la résistance des laïcs. À partir de 1633, le pays se ferme aux étrangers dans un isolationnisme radical qui durera deux cents ans. Se succède alors une traque impitoyable des chrétiens, avec sa suite de martyrs, de vrais ou faux apostats, et ces «chrétiens cachés». Le coup fatal porté à la résistance de Nagasaki eut lieu en 1633 par une série de mises à mort jusqu’en 1637 d’un groupe de missionnaires de la province philippine de l'ordre dominicain (neuf prêtres dominicains, deux frères dominicains, deux vierges consacrées et trois tertiaires dominicains) qui furent massacrés pour avoir refusé de renier le Christ et par l’apostasie de Cristovão Ferreira (v. 1580-1650).

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Nathalie Kouamé, Quatre règles à suivre pour bien comprendre le «siècle chrétien» du Japon, dans La première évangélisation du Japon XVIe-XVIIe s. : Perspectives japonaises, et João Paulo Oliveira Costa et Martin Nogueira Ramos, Le jésuite Juan Batista Baeza et la communauté chrétienne de Nagasaki pendant la persécution des shoguns Tokugawa, dans Histoire et missions chrétiennes n°11, 2009/3, Pages 9 à 38, et Pages 109 à 130, Nathalie Kouamé, L’impossible colonisation du Japon pendant son «siècle chrétien», dans L’Asie, la mer, le monde au temps des compagnies des Indes Sous la direction de Gérard Le Bouëdec, Presses universitaires de Rennes, 2014, p. 135-155, https://ewtn.co.uk/article-the-japanese-martyrs-for-christ/, et https://www.nagasaki.catholic.jp/archives/2224.

 

Merci et bonne mémoire des Seize martyrs de Nagasaki !

samedi 26 septembre 2026

Tsukimi, ou comment remercier la lune

Hier, le 25 septembre a lieu la fête de la mi-automne, Tsukimi. C’est une fête de gratitude envers la nature. A cette période, la moisson de riz vient en effet de s’achever. On remercie la lune qui a éclairé les nuits de labeur dans les champs, et plus largement la nature pour ses bienfaits. Le Tsukimi tirerait son origine du festival de la mi-automne chinois, festival de moisson devenu rite annuel sous la dynastie Tang (VIIe-Xe siècle). Si la période Heian, qui s’étend de la fin du VIIe siècle à la fin du XIIe siècle marque le renforcement de l’identité culturelle japonaise, l’aristocratie reste encore influencée par la Chine et ses traditions. Nobles et poètes se retrouvaient sur des bateaux afin de contempler la lune : ils composaient des poèmes tout en appréciant la beauté de l’astre se reflétant dans l’eau et lui donnaient en offrande des boulettes de riz gluant, appelées Tsukimi dango, et du saké. Ils priaient alors pour des récoltes abondantes. Ce festival deviendra un temps fort des manifestations culturelles de cette époque et le restera encore plusieurs siècles après. 

 

Cette tradition poétique, observée depuis plus de mille ans, mêle contemplation nocturne, offrandes et plats spéciaux, et une invitation à l’observation poétique de la lune. On décore les maisons avec des roseaux de Chine (susuki) et l'on prépare des offrandes de boulettes de riz rondes appelées tsukimi dango, pour honorer la lune et prier pour de bonnes récoltes. Les tsukimi dango, ces boulettes de riz blanches empilées en pyramide, sont le symbole culinaire de cette célébration lunaire. Selon le folklore japonais inspiré d'une légende ancienne, on aperçoit dans la forme de la pleine lune un lapin blanc qui prépare des gâteaux de riz (mochi) au pilon.Beaucoup de temples et sanctuaires à Kyoto restent ouverts plusieurs nuits à cette période, avec des performances artistiques traditionnelles et des cérémonies ouvertes au public. Certains temples comme le Daikakuji ou encore le Chishakuin offrent même des cérémonies du thé privées et des tours en bateau, ce sont des attractions populaires. 

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://blog.lemarchejaponais.fr/culture-culinaire-japonaise/saisons-cuisine-japonaise/cuisine-automne-hiver-japon/tsukimi-fete-lune-automne, https://blog.umamiparis.com/coutumes/tsukimi-la-fete-de-la-lune-9912.html, https://www.bentoandco.com/blogs/bento/tsukimi-ou-la-contemplation-de-la-lune-des-moissons, https://www.kanpai.fr/tsukimi-contemplation-lune, et https://www.maisondumochi.fr/magazine/tsukimi/.

 

Merci et bon Tsukimi ! 

Qu'allons nous voir ici ?

Ce blog s'intéressera avant tout à la question de l'historicité du roi Arthur durant les Dark Ages, une période de grands changeme...