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mercredi 21 octobre 2026

Les histoires de fantômes ou comment se faire peur au Japon

Le premier ouvrage portant le nom de hyakumonogatari fut publié en 1677 et s'intitulait Shokoku Hyakumonogatari (Cent contes de nombreux pays). Bien que l'origine exacte de cette pratique soit incertaine, elle a été observée de l'époque de Kamakura (1185-1333) jusqu'à l'époque d'Edo (1603-1867), servant notamment aux familles de samouraïs de moyen pour mettre leur courage à l'épreuve. Comme son titre l'indique, il rassemblait des récits mystérieux provenant de divers pays, affirmant qu'ils étaient authentifiés par leurs auteurs. À l'instar du fantôme d'Oyuki, l' aspect «inspiré de faits réels» de ces recueils constituait un argument de vente majeur, séduisant le public avide de contes kaidan et yūrei authentiques comme Sara-yashiki (Le Manoir de l’assiette) le fantôme d’Okiku, Oiwa (Oiwa-san) le fantôme de la lanterne, Kohada Koheiji, le spectre de l’acteur de kabuki, Warai-hannya, la démone rieuse, et Shūnen (Obsession), l’Anniversaire du Souvenir.

 

Tous les kaidan-shu prétendaient être des histoires vraies, et l'existence du surnaturel ne faisait aucun doute pour les Japonais de l'époque d'Edo. Les récits de yūrei et de yōkai étaient pris au pied de la lettre. Nombre d'entre eux expliquaient un phénomène local, comme un rocher à la forme étrange ou un arbre menaçant près du sanctuaire local, qui refusait de plier ou de se balancer sous les vents violents. Les kaidan des recueils de kaidan-shu étaient souvent très courts, sans début ni fin, relatant simplement un événement étrange dont ils avaient été témoins ou dont ils avaient entendu parler. Après le Shokoku Hyakumonogatari, de nombreux ouvrages similaires virent le jour au XVIIIe siècle, tels que le Shokoku Shin Hyakumonogatari (Cent nouveaux contes de nombreux pays), l'Osogi Hyakumonogatari (Cent contes d'Osogi), le Taihei Hyakumonogatari ( Cent contes de la paix) et le Bansei Hyakumonogatari (Cent contes de l'éternité). Tous reprenaient le terme «hyakumonogatari» dans leur titre et espéraient tous tirer profit de la fascination et de l'engouement du public pour ce genre littéraire. Les écrivains parcouraient le Japon à la recherche de légendes et de contes populaires macabres, gravissant les plus hautes montagnes, traversant les forêts les plus sombres, explorant les villages les plus reculés en quête d'horreur, s'efforçant d'être les premiers à les publier. Les artistes de yūrei-e fournissaient les illustrations. Cet engouement a également conduit à la représentation des monstres issus de ces récits dans les nishiki-e (estampes polychromes). La grande majorité des histoires et images de yūrei et de yōkai connues aujourd'hui proviennent de cette période, et elles constituent encore l'épine dorsale du récit d'horreur japonais. Ce fut l'âge d'or du kaidan.

 

Vers le début de l'ère Tenpō (1831-1845), Katsushika Hokusai a réalisé des estampes ukiyo-e sur le thème du Hyaku-monogatari (les «Cent contes») en signant sous le nom d'«Iitsu». Bien que le concept implique cent récits, Hokusai a interrompu la série après seulement cinq œuvres. Sur ces illustrations se dessinent les personnages bien connus des amateurs de yōkai, ces esprits malins qui viennent hanter les vivants. Personnages incontournables des contes et légendes japonais, ils se déclinent en de multiples formes : animaux menaçant, monstres ou objets prenant vie à la nuit tombée. Hokusai représente par exemple Oiwa, une des plus célèbres histoires de fantômes de l’archipel. Cette femme, tuée par son mari qui souhaitait en épouser une plus jeune et séduisante, se réincarne, lors de la nuit de noces de son ancien époux, dans une lanterne de papier qui vient hanter le jeune couple. Ou encore l’histoire – basée sur un évènement réel – de Kohada Koheiji que l’on voit revenir d’entre les morts pour tourmenter sa femme et son nouvel amant, sous les couleurs du maître de l’estampe.. En 1865, l'artiste d'ukiyo-e Tsukioka Yoshitoshi (1839-1892) a publié le Wakan Hyaku-monogatari. Il s'agit d'un recueil d'histoires de fantômes inspirées de récits étranges issus du Japon, de la Chine et d'ailleurs.

 

Les histoires de fantômes continuent à travers les légendes urbaines qui occupent une place importante dans la culture populaire et prennent racine dans le folklore ancien et les croyances ancestrales. Ces histoires mystérieuses et souvent effrayantes continuent de fasciner, qu'elles soient racontées à voix basse entre amis ou partagées sur les réseaux sociaux. Parmi ces créatures féroces on trouve Hachishakusama, l'entité maléfique de 8 pieds de haut qui enlève les enfants, Teke Teke, la femme sans jambes qui reflète une peur de la mort brutale et inattendue qui peut survenir à tout moment, Rokurokubi, la femme au long cou, met en garde contre les apparences trompeuses et rappelle que tout le monde a un côté sombre, Hanako San, l'esprit des toilettes réputée pour hanter le troisième cabinet de toilette du troisième étage des écoles, ce qui correspond dans la plupart des cas, aux toilettes pour filles, l'enfer de Tomino, le poème qui tue qui met en avant la peur du pouvoir des mots et de la superstition, Ako Manto, le meurtrier à la cape rouge, Hitobashira, le sacrifice humain au château de Maruoka, reflète la croyance ancienne en la nécessité de sacrifices pour apaiser les dieux ou les esprits et sert également de rappel de l’histoire sombre et violente du Japon féodal, les Jinmenken, chiens à tête d’homme, ou encore Kuchisake Onna, la femme à la bouche fendue, une critique de la pression sociétale exercée sur les femmes pour qu’elles soient belles, et Okiku, la poupée aux cheveux qui poussent.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://dailygeekshow.com/japon-legendes-urbaines/, https://hyakumonogatari.com/what-is-hyakumonogatari/, https://melanyneveur.com/postit/histoires-de-fantomes/, https://pen-online.com/fr/arts/art-fine-arts/le-royaume-des-fantomes-de-hokusai/, https://ryojin.fr/blogs/japon/top-7-des-legendes-urbaines-japonaises-les-plus-effrayantes-et-mysterieuses, https://tenko.fr/blogs/infos/legendes-urbaines-japonaises-histoires-effrayantes-et-mysteres-sombres, et https://www.ndl.go.jp/en/imagebank/column/kimodameshi.

 

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dimanche 18 octobre 2026

Luc, de l’Évangile au Japon

La fête de saint Luc l'évangéliste est célébrée le 18 octobre, y compris au sein de l'Église catholique au Japon. La figure de Saint Luc fait l'objet de recherches approfondies, car il est traditionnellement considéré comme l'auteur du troisième Évangile et des Actes des Apôtres. Ces deux textes forment une œuvre monumentale (l'œuvre lucanienne) qui représente à elle seule près du quart du Nouveau Testament. Pour la science biblique, le personnage de Luc n'est pas le secrétaire de Paul (il ne l’a pas intimement connu, mais il a utilisé un journal de bord ou des récits de voyage préexistants pour écrire les Actes) ou le médecin de voyage que l'on imaginait autrefois (son vocabulaire est simplement celui d'un homme très cultivé). C'est un intellectuel brillant d'origine grecque très probablement un converti qui avant de devenir chrétien, était sans doute un «Craignant-Dieu», c'est-à-dire un païen fasciné par le judaïsme qui fréquentait les synagogues, cela explique sa connaissance encyclopédique de la Bible hébraïque (traduite en grec) et sa volonté constante de jeter des ponts entre la culture juive et l'Empire romain, un théologien de génie et le premier grand historien de la foi chrétienne, qui a su jeter un pont culturel entre le monde juif et l'Empire romain. Il n’est pas un simple compilateur, mais un théoricien qui réorganise l'histoire pour faire face au retard de la parousie (le retour du Christ), créant ainsi le concept d'«Histoire du Salut». Face au manque de preuves de martyre dans les écrits les plus anciens, la majorité des historiens de l'Église primitive (tels que Jérôme, Épiphane de Salamine, ou le Prologue anti-marcionite du IIe siècle) privilégie la thèse d'une fin de vie paisible. 

 

Ce n'est pas un jour férié. Elle est uniquement observée au sein des paroisses catholiques, des églises orthodoxes et des communautés anglicanes du pays à travers des messes ou des offices dédiés à la dimension de la guérison et du soin. Par ailleurs, dans le martyrologe romain, une autre figure portant ce prénom est commémorée au Japon : saint Luc-Alphonse Gorda, un prêtre dominicain martyr mis à mort à Nagasaki le 19 octobre 1634. Saint Luc étant le saint patron des médecins et des professions médicales, sa figure est particulièrement respectée au Japon à travers une institution de premier plan : l'Hôpital International Saint-Luc (Sei Ruka Kokusai Byōin), situé dans le quartier de Tsukiji à Tokyo. Fondé au début du XXe siècle par un missionnaire médical anglican américain, cet établissement est l'un des hôpitaux les plus prestigieux et modernes du Japon. Pour l'anecdote, le nom du saint y est prononcé "Sei Ruka" (Ruka étant la translittération japonaise de Luc). Dans l'Église orthodoxe du Japon : Luc y est vénéré avec ferveur comme le premier iconographe (peintre d'icônes). La cathédrale de la Résurrection de Tokyo (communément appelée le Nikolai-do) commémore également l'apôtre à cette date selon son propre rite.

 

Pour aller plus loin, je vous mets aujourd’hui ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Daniel Marguerat, LUC, pionnier de l'historiographie chrétienne, dans Pour une écriture théologique de l’histoire du christianisme : Recherches de Science Religieuse, Tome 92, Facultés Loyola de Paris, 2004/4, Pages 513 à 538,https://hospital.luke.ac.jp/eng/about/philosophy/index.html, https://www.levangileauquotidien.org/FR/display-saint/c1caee90-e156-4811-a623-ffd964944251, https://levangileauquotidien.org/FR/display-saint/b91e1e3e-af4b-457d-8902-1f2c210e1afb, https://saltalas.com/wp-content/uploads/2024/12/Salt2with_cover_for_web.pdf, et https://www.interbible.org/interBible/ecritures/exploration/2012/exp_120904.html.

 

Merci et bonne Saint Luc !

vendredi 16 octobre 2026

Marie-Antoinette, derrière le mythe, une femme-enfant devenue une femme politique

Marie-Antoinette était guillotinée à Paris, le 16 octobre 1793. De son vivant et au-delà, la personnalité de Marie-Antoinette n'a cessé de susciter légendes, suppositions et calomnies.

 

Elle est détestée parce qu’on la pense frivole et lubrique. Arrivée d'Autriche à seulement 14 ans, où la cour était plus intime, elle est jetée sans préparation dans les pièges de la cour de France. Elle refuse d'entrer dans le moule des reines sacrifiées ou de pactiser avec les favorites. Face à un mariage qui met sept ans à être consommé, elle fuit la solitude dans les bals, les jeux et la mode. Devenue reine en 1774, elle change de comportement et cherche à fuir la prison dorée de Versailles. Les lettres à sa mère Marie-Thérèse (1770-1780) sont celles d'une jeune fille terrorisée par le protocole, qui doit constamment se justifier et subir les reproches politiques de Vienne. Elle veut choisir ses amis, et vivre pour elle-même. Sa retraite au Petit Trianon à partir de 1780, pensée pour vivre une vie privée normale et une tentative d'échapper à une étiquette de cour devenue obsolète et asphyxiante, blesse la haute aristocratie et alimente les pires rumeurs de frivolité, du fait qu’elle s'isolait avec quelques privilégiés qui mêlait compagnons de fête (le comte d’Artois), figures protectrices (Besenval), ordonnateurs des plaisirs (Vaudreuil) et son unique grand amour (Fersen), certains ont profité de son influence pour obtenir des pensions et des postes, ruinant définitivement la réputation de la reine auprès du peuple, avec la bascule affective entre la douce jalousie de la Princesse de Lamballe et l'ascendant immense — et financier — du clan mené par la Duchesse de Polignac. C'est aussi le lieu de sa complicité artistique avec son portraitiste officielle, Élisabeth Vigée Le Brun. Cela signera sa perte politique, car elle a cristallisé sur son nom toutes les haines d'un peuple déjà affamé, précipitant la chute définitive de l'Ancien Régime. Ce repli n'est pas une simple coquetterie, c'est un acte de rébellion contre le système versaillais. Cependant avec la naissance du Dauphin, Louis-Joseph de France en 1781, la succession est assurée. Les lettres (1780-1789) deviennent plus personnelles, plus libres, notamment avec Axel de Fersen, la seule véritable passion de la reine, un attachement d'une fidélité indéfectible qui survivra aux tempêtes politiques, révélant une femme qui choisit ses affections. Bien qu'innocente dans l'Affaire du Collier (1785), elle devient le bouc émissaire de la crise financière et la cible de pamphlets haineux. Elle commence alors à s'impliquer activement en politique auprès de Louis XVI. Entre 1787 et 1788, c’est crise financière et politique majeure, et Louis XVI tente des réformes de l'impôt avec ses ministres (Calonne, Brienne) mais se heurte au refus de la noblesse, Marie-Antoinette fait face avec lui à cette faillite structurelle.

 

Le 4 juin 1789, avec la mort du Dauphin Louis-Joseph (à l'âge de 7 ans), le couple royal est terrassé par le deuil au moment exact où la monarchie absolue s'effondre face au Tiers état. Durant la Révolution, elle devient la véritable "tête politique" du couple royal à partir de 1790, orchestrant des réseaux diplomatiques secrets prenant en main la correspondance secrète (notamment avec Axel de Fersen) avec les puissances étrangères (notamment l'Autriche) et des intermédiaires comme Mirabeau ou Barnave. Elle refuse tout compromis qui viderait la monarchie de sa substance, quitte à mener une double politique souterraine d'une grande complexité. Le ton de ses lettres (1789-1793) devient grave, stratégique, crypté. L'encre et le papier sont ses dernières armes pour tenter de sauver sa famille et sa propre vie. Des Tuileries au procès, dépouillés du faste versaillais et de l'étiquette qu'ils détestaient tous les deux (chacun à leur manière), Louis XVI et Marie-Antoinette forment enfin une famille unie, bourgeoise et soudée, entièrement dévouée à l'éducation de leurs enfants. De la fuite de Varennes en1791, la déclaration de guerre à l’Autriche le 20 avril 1792 où le le couple est soupçonné de haute trahison en faveur des armées étrangères, la chute de la monarchie le 10 août 1792 lors de la prise des Tuileries, l’incarcération de la famille royale à la Tour du Temple à partir du 13 août 1792, où Louis XVI et Marie-Antoinette forment toujours une famille unie après que les épreuves les ont durablement rapprochés à partir de 1791, à son procès à la Conciergerie en 1793, elle fait preuve d'une dignité héroïque après la mort de son mari devenant la «Veuve Capet» face à sa déchéance physique et à son exécution le 16 octobre 1793 malgré deux tentatives d’évasion. Enfin, face à l'isolement de la prison du Temple, au procès au Tribunal révolutionnaire et à l'échafaud, Marie-Antoinette déploie une dignité théâtrale et politique qui figera son statut d'icône tragique quand elle fait face à des accusations ignobles avec une dignité immense qui frappe l'auditoire, mais cela ne l’empêchera pas d’être condamnée pour complot contre la sûreté de l’État.

 

Ensuite, vient un mouvement de réhabilitation, au moment de la Restauration. Elle est présentée comme une sainte, une mère dévouée. On va aussi la dépolitiser. Puis elle apparaît au XIXe siècle comme une figure plus romantique, quand on pense au Trianon ou à cette reine qui se déguise en bergère. En 1932, Stefan Zweig va avoir l’idée de parler de la femme en quête du bonheur individuel. Et la vie et le destin tragique de la dernière reine de France ont inspiré des dizaines d'œuvres cinématographiques et télévisuelles. Les adaptations de la vie de Marie-Antoinette varient grandement, allant du grand mélodrame classique hollywoodien Marie-Antoinette de W. S. Van Dyke (1938) à la relecture pop avec Marie-Antoinette de Sofia Coppola (2006) et féministe avec la série télévisée Marie-Antoinette (2022), sans oublier la perspective des coulisses : Les Adieux à la reine de Benoît Jacquot (2012), sans oublier le film d’époque Marie-Antoinette, reine de France de Jean Delannoy (1956) et L'Affaire du collier de Charles Shyer (2001), les mangas et bandes dessinées La Rose de Versailles (ou Lady Oscar) de Riyoko Ikeda (1972-1973) qui va donner une série animée culte (1979 – 1980), un film live-action japonais (1979) et un film d’animation (2025), Marie-Antoinette, la jeunesse d'une reine et Marie-Antoinette de Fuyumi Soryo (2016), Carnet secret d'une reine par Benjamin Lacombe (2014), et Mémoires de Marie-Antoinette par Noël Simsolo et Isa Python (2017). 

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Joël Félix, Louis XVI et Marie-Antoinette : un couple en politique, éditions Payot & Rivages, 2006, Emmanuel de Valicourt, Les favoris de la reine : Dans l'intimité de Marie-Antoinette, Éditions Tallandier, 2019, Cécile Berly, Marie-Antoinette, PUF 2020, Charles-Éloi Vial, Marie-Antoinette, Perrin, 2023, et https://www.historia.fr/personnages-historiques/biographies/charles-eloi-vial-marie-antoinette-etait-un-personnage-enigmatique-que-ses-contemporains-peinaient-deja-a-comprendre-2073397, et Simone Bertière, Les Reines de France - Volume 3 : Le crépuscule des lumières, Éditions Perrin, 2024.

 

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lundi 12 octobre 2026

Supōtsu no hi, le jour où le sport est roi

Le Supōtsu no hi, ou Jour du sport, est un jour férié national au Japon qui a lieu chaque année le deuxième lundi d'octobre, ce 12 octobre en 2026. Créé en 1966 sous le nom de Taiiku no Hi (la journée de la gymnastique), le jour du sport commémorait à l’origine l’ouverture des Jeux Olympiques de Tokyo 1964, organisés exceptionnellement au mois d’octobre pour éviter les fortes chaleurs de l’été japonais. Depuis la réforme des Happy Mondays ayant pour but de favoriser la création de jours fériés et week-ends prolongés en 2000, il est célébré chaque deuxième lundi d’octobre, offrant aux Japonais un long week-end placé sous le signe de l’activité physique. C’est en 2020 que la fête a adopté son appellation actuelle, Supotsu no Hi. 


Il a pour but de mettre en avant les bienfaits du sport, de l’activité physique et d’un mode de vie sain tout en offrant un week-end prolongé à la population. Chez les écoliers, les fêtes du sport undokai sont organisées à cette période, dans lesquelles on trouve des courses, des relais, des chorégraphies et de l’aérobic, ainsi qu’un jeu appelé kôhaku tama-ire, dans lequel deux équipes (rouge et blanche) s’affrontent pour lancer le plus grand nombre de sacs de fèves dans un panier, tandis que les quartiers et entreprises privilégient des tournois amicaux, marches ou mini-marathons. Le but de ce jour du sport est d’encourager la pratique du sport et un mode de vie actif, de promouvoir la santé et le bien-être de la population, et de rappeler l’importance du développement physique et mental à travers l’exercice. 

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://ichiban-japan.com/supotsu-no-hi/, https://www.nippon.com/fr/guide-to-japan/gu051006/, https://www.bonplantokyo.com/249-jour-ferie-japon-sport, et https://www.kanpai.fr/societe-japonaise/taiiku-supotsu-no-hi.

 

Merci et bon jour du sport !

dimanche 11 octobre 2026

Au Japon, on se fait peur en été

Comme Halloween commence tôt au Japon. Je vais parler de leur tradition de se faire peur en été. Au Japon, l'été est historiquement la saison de l'horreur. Liée à la fête des morts (O-Bon) en août, la tradition veut que l'on se raconte des histoires de fantômes (kaidan) ou que l'on visite des maisons hantées (obakeyashiki). Selon la croyance populaire, les frissons provoqués par la peur aident à supporter la lourde chaleur estivale. On considère que les âmes des ancêtres reviennent dans l'autel de leur foyer à l'occasion de la fête de l'Obon, qui a lieu à la mi-août. 

 

La tradition de se raconter des histoires effrayantes en été remonterait à l’ère Edo (1603-1867), ces histoires de fantômes appelées «kaidan» sont devenues très populaires et la tradition de se faire peur en été s’est perpétuée jusqu’à nos jours. C’est sous cette période qu’est née la tradition du Hyaku Monogatari, un événement où l’on se rassemblait autour de 100 bougies pour se raconter des histoires d’épouvante. Chaque bougie était éteinte après une histoire, plongeant peu à peu la pièce dans la pénombre… pour le plus grand plaisir des amateurs du genre. Depuis, on dit que les frissons provoqués par la peur aideraient à se rafraîchir durant l’été caniculaire. C’est pourquoi de nombreux événements liés à l’horreur fleurissent au Japon à cette période de l’année.

 

Les anciennes formes de théâtres traditionnelles comme le kabuki ou le nô abordent déjà le sujet de l’au-delà et des esprits. Puis, dans les années 60-70, les «kaidan monogatari» et autres contes sont portés sur grand écran, puis sur petit écran, effrayant de nouvelles générations de jeunes Japonais. Les mangas ne sont pas en restes et de nombreux auteurs horrifiques incroyables existent au Japon (comme le maître Junji Ito). L’horreur japonaise s’est même exportée à l’étranger grâce à certains films et œuvres vidéoludiques, regroupées sous le nom de J-horror.

 

Les maisons hantées y sont aussi considérées de saison du fait de leur climatisation et des frissons qu'elles provoquent, dans ce pays où s'abattent en été une chaleur et une humidité étouffantes. Les maisons hantées éphémères (Tokyo) effraient les passants lors de leur virée shopping. Installées aux entrées des centres commerciaux ou dans les parcs d’attraction, les maisons hantées éphémères (dites Obakeyashiki) sont somme toute plus amusantes que effrayantes. Articulées autour d’une thématique spécifique, elles proposent un défi ou une histoire à suivre pour trouver le chemin de la sortie. Que vous soyez amené à traverser toutes les pièces en y faisant des rencontres saugrenues ou que vous deviez résoudre une énigme sous forme d’escape game pour mettre fin a l’horreur, ces maisons vous feront frissonner de plaisir. 

 

Pour aller plis loi, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://cours-de-japonais.com/ete-horreur-japon/, https://www.geo.fr/voyage/japon-a-tokyo-les-maisons-hantees-font-oublier-la-chaleur-estivale-221633, et https://www.japan-experience.com/fr/preparer-voyage/savoir/comprendre-le-japon/ete-japon-yokai-folklore.

 

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dimanche 4 octobre 2026

La Saint François d’Assise, une fête importante chez les catholiques japonais

La fête de saint François d'Assise est célébrée le 4 octobre par la communauté catholique au Japon, à l'instar du reste de l'Église universelle. Ce dernier est le fils aîné d'une riche famille de drapiers né en 1181/1182. Après une jeunesse dissipée durant laquelle il fait le coup de poing contre la noblesse locale, connaît la prison, entonne des chansons provençales, commet le péché de chair, il finit par tout abandonner pour répondre à la voix entendue à Spolète, qui lui demande de «réparer son Église en ruine» en 1205. Devenu mendiant en 1206, il fonde l'ordre franciscain en 1209, et applique à la lettre la règle qu'il s'est fixée : «Vivre dans l'obéissance, sans rien en propre et dans la chasteté.» Contrairement aux moines traditionnels (bénédictins ou cisterciens) qui s'isolaient dans des monastères à la campagne, François choisit la ville comme premier terrain d'action. Il apporte une réponse à la nouvelle société marchande : face à la montée de l'argent et des riches, il oppose une pauvreté absolue et prône la paix au milieu des conflits civils urbains. Les chercheurs soulignent sa spiritualité novatrice de l'initiative et du renouveau. Il se qualifie lui-même de «nouveau fou dans le monde». Au lieu de l'austérité et de la tristesse, il valorise la jubilation, la spontanéité du rire (hilaritas) et la «joie parfaite». De plus, il refuse toute hiérarchie stricte au sein de son ordre (les Frères mineurs) et fait une place inédite aux laïcs en 1221, aux femmes (comme sainte Claire) en 1212 et aux enfants. À travers le célèbre Cantique des créatures composé entre la fin de l'année 1224 et le printemps 1225 , il ne sépare pas le monde de Dieu et proclame la présence divine en toute créature (animaux, nature), ce qui en fera le saint patron des écologistes. En pleine cinquième croisade (1219), il part rencontrer le sultan d'Égypte Al-Kamil à Damiette, pour ce qui est la substitution de la «propagande pacifique» et du dialogue à la guerre sainte menée par l'Église. De retour en Ombrie, le poverello constate, non sans un certain malaise, le rôle croissant des clercs issus des écoles au sein de «sa propre création qui commence à lui échapper». Il est stigmatisé dans l’ermitage de La Verna. Il meurt en 1226. 

 

Arrivés en 1593 des Philippines, des frères mineurs espagnols avaient réussi à établir des couvents et à construire une léproserie près de Nagasaki. Mais injustement soupçonnés de fomenter des plans d’invasion espagnole, ils sont arrêtés avec d’autres missionnaires. Le régent (Taikō) Hideyoshi prononce à leur encontre vingt-six condamnations à mort : Pierre Baptiste et cinq franciscains espagnols (dont Philippe de Jésus, né à Mexico de parents espagnols), trois jésuites japonais (dont Paul Miki), et enfin dix-sept tertiaires franciscains japonais, parmi lesquels deux jeunes garçons de onze et treize ans, Louis et Antoine. Rassemblés à Kyoto, les condamnés parcourent un long chemin de croix de 800 km, en plein hiver. Le 5 février 1597, ils sont crucifiés face à la mer — face à l’occident — sur une colline dominant Nagasaki. Trois siècles plus tard, l’histoire franciscaine du Japon va renaître de ses cendres de manière assez inattendue : un Français, Maurice Bertin (1870-1968), polytechnicien devenu enseigne de vaisseau, entre dans l’Ordre (1896), après que son navire a fait escale à Nagasaki, où il avait ressenti un appel aussi mystérieux qu’impérieux : restaurer l’ordre de saint François au Japon. Après son ordination, il appartient à la cohorte de religieux expulsés (1903), et se retrouve au Québec, où il fonde le couvent de Trois Rivières. En 1906, enfin, il part pour le Japon, à Sapporo, où il vient prêter main forte à des frères allemands venus de Thuringe. Il est bientôt rejoint par d’autres Canadiens. En 1921, Rome confie aux franciscains venus du Québec un territoire bien à eux, la mission de Kagoshima, au sein du diocèse de Nagasaki. Mais le Japon, toujours méfiant à l’égard des étrangers, confie leur mission au clergé autochtone. Les frères se retirent autour d’Urawa (au nord de Tokyo), et fondent couvents et paroisses. Ils cherchent à former des franciscains japonais et à implanter une vie franciscaine féminine. En 1936, un commissariat provincial est érigé, puis en 1977 une province, qui compte alors 118 religieux japonais et 108 étrangers. 

 

Les paroisses catholiques du pays, à l'image de celle de Hamamatsu dans la préfecture de Shizuoka, connue pour ses communautés linguistiques et culturelles bien intégrées autour de la paroisse : japonaise, anglophone et latino-américaine, le plus grand groupe étant celui des Brésiliens, marquent cette journée par des messes et la bénédiction traditionnelle des animaux, en hommage au saint patron de l'écologie et des bêtes.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Virgil Tanase, Saint François d'Assise, Gallimard, 2015, https://www.historia.fr/guide-culture-loisirs/cinema-television/comment-francois-dassise-saint-patron-de-litalie-a-t-il-bouleverse-la-pratique-religieuse-au-moyen-age-2254560, https://www.infoans.org/fr/component/k2/item/11365-japon-la-paroisse-de-hamamatsu-celebre-st-francois-d-assise, https://www.ktotv.com/video/00304660/saint-francois-xavier, https://www.messagerdesaintantoine.com/content/le-japon-une-epopee-franciscaine, et https://www.rfi.fr/fr/connaissances/20261002-3-octobre-1226-mort-de-fran%C3%A7ois-d-assise-nouveau-fou-dans-le-monde.

 

Merci et bonne Saint François d’Assise !

Qu'allons nous voir ici ?

Ce blog s'intéressera avant tout à la question de l'historicité du roi Arthur durant les Dark Ages, une période de grands changeme...