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samedi 24 octobre 2026

Les mangas de l’automne

Commençons les mangas de l’automne avec Notaru no Yomeiri (Firefly Wedding), un manga d’Oreco Tachibana prépublié depuis janvier 2023 sur le site Ura Sunday et l'application MangaONE (Shōgakukan), le manga s'est achevé fin 2025 au chapitre 78 (12 volumes au total). En pleine ère Meiji, Satoko Kirigaya n’a qu’un seul souhait : se marier pour l'honneur de sa famille et ce, même si ses jours sont comptés. Mais alors qu'un assassin tente de la tuer, elle lui propose de l’épouser ! Une proposition qui pourrait bien se retourner contre elle… Un jeu de dupes s'installe, mais l'assassin prend la promesse du "jusqu'à ce que la mort nous sépare" un peu trop au sérieux. Avec ce nouveau shōjo, Oreco Tachibana prouve combien elle maîtrise le shōjo et les relations tortueuses. Outre sa 9e place dans le prestigieux prix Kono Manga des lectrices, Les Noces des lucioles a également reçu le grand prix “Minna ga Erabu!! Denshi Comic Taisho 2024”. Elle réussit même l'exploit d'avoir dépassé le million d'exemplaires de ventes au Japon, en à peine trois volumes. Une série addictive avec une héroïne bien décidée à survivre à l'assassin qu'elle doit épouser. Le succès est là. Enfin, La série animée produite par le studio David Production (connu pour JoJo's Bizarre Adventure et Fire Force) et réalisée par Takahiro Kamei débutera le 9 octobre 2026 sur Fuji TV et sera diffusée sur Crunchyroll. 

 

… avec Dreamland, un manga français écrit et illustré par Reno Lemaire, un artiste français. Il est publié par Pika Edition depuis janvier 2006. Dans celui ci, Terrence est un jeune lycéen timide. Il veut séduire Lydia, la fille qu’il aime depuis toujours. Une nuit, sa vie bascule dans un cauchemar, il surpasse sa peur de toujours... Le feu. À partir de ce moment, il mène une double vie : lycéen banal le jour et “contrôleur du feu” la nuit dans Dreamland, le monde des rêves. L'histoire de cette bande-dessinée est basée sur la dualité entre deux mondes, l'un réel et l'autre fictif avec un message simple : "Faire de sa peur une force". En 2017, Tokyo Trip nous montre la bande de voyageurs qui explore Dreamland depuis le Japon, et l'Artbook Dreamland a débarqué le 14 octobre 2020 en librairie. Une édition Remaster, reprenant notamment les premiers volumes avec des modifications graphiques et narratives, est également publiée depuis 2022. Et en 2026 est sorti Dreamland le Mook, un ouvrage de 288 pages tout couleur entièrement consacrées aux coulisses de sa création et à son incroyable parcours. La série est par ailleurs publiée au Japon depuis 2024. Une adaptation en série animée, produite par Ellipse Animation et La Chouette Compagnie, est programmée pour octobre 2026 en France (sur Animation Digital Network) et au Japon sur sur le réseau ABC/ TV Asahi. En 2026, la série compte alors vingt-quatre volumes et s'est vendue à près de 800 000 exemplaires. 

 

… avec Overgeared, franchise sud-coréenne débutée en tant que light novel par Park Saenal et est édité par MAYA & MARU le 16 juin 2013 sur Munpia, avant une reprise officielle en web novel le 14 novembre 2014, puis sur KakaoPage le 10 décembre 2014, il s’est terminé le 26 avril 2024, avec un total d’environ 2060 chapitres (96 volumes) nous fait suivre Shin Yougwoo est ce qu’on appelle un loser “IRL”, un bon à rien "dans la vraie vie", car il enchaîne les petits boulots et peine à rembourser ses dettes, cependant quand il se connecte au jeu VR "SATISFY", jeu de réalité virtuelle auquel il est accro, ce n’est pas plus glorieux, car Youngwoo devient “Grid”, un guerrier au niveau terriblement médiocre… Jusqu’au jour où il tombe sur un livre regroupant l’ensemble des connaissances du plus légendaire des forgerons, mais en activant cet artefact, les statistiques durement acquises de Grid retombent à zéro…, sauf que ses nouvelles capacités vont lui permettre de se forger un équipement de tout premier ordre, pour espérer devenir un héros, un vrai, puis adaptée en WEBTOON à 2 reprises avec la première produite en 2017 par Yun Jun s'arrêta néanmoins au bout de 24 chapitres tandis que la seconde débutée en 2020 est toujours en cours et est produite par la Team Argo, ce dernier est actuellement publié par Pika Wavetoon, il faut dire que ce soit en light novel et en manhwa l’histoire est saluée pour sa progression réaliste : Grid ne devient pas un dieu du jour au lendemain par pur talent, mais par un travail acharné de forgeron et une compréhension pointue des mécaniques du jeu. Son influence grandissante l’amènera même à fonder sa propre guilde et à tisser des liens profonds (allant jusqu’au mariage) avec des personnages emblématiques, tant joueurs que PNJ, et en série animée Crunchyroll produite par le studio J.C.Staff et réalisé par Ayako Kono, avec une diffusion lancée en octobre 2026. Avec cet anime l’équipe créative cherche à captiver une audience friande de nouveautés. 

 

… avec Fool Night, un manga de science-fiction dystopique écrit et illustré par Kasumi Yasuda. Prépubliée au Japon depuis novembre 2020 dans le magazine Big Comic Superior, l'œuvre rencontre un vif succès critique. En France, la série est éditée par Glénat Manga. Le récit nous montre que depuis cent ans, un épais nuage empêche le soleil d’éclairer la Terre. Avec une nuit et un hiver prolongés à jamais, et face à des végétaux en déliquescence, l’Humanité a placé ses espoirs dans la technique de “transfloraison”, consistant à transformer un humain en plante. Bien évidemment, ces opérations sont limitées aux personnes en fin de vie, pour une raison éthique… Mais, lorsqu’une prime de dix millions de yens est accordée aux volontaires, certains n’hésitent pas à contourner les règles pour s’inscrire sur les listes. Toshiro est l’un d’entre eux : sans aucun avenir et fatigué de la vie, il va choisir de se transformer en plante. Cette opération va lui accorder des talents qu’il ne soupçonnait pas… Fool Night est un récit d'anticipation dystopique où le jeune auteur Kasumi Yasuda a su créer un univers original, où humains et végétaux se confondent. Avec un graphisme rappelant parfois Otomo ou encore Urasawa, le titre a été plébiscité par des auteurs comme Sui Ishida (Tokyo Ghoul) et Shuzo Oshimi (Les Liens du sang), qui admirent ce jeune talent. Le manga fait l'objet d'une adaptation à travers une collaboration inédite entre deux studios légendaires, Sunrise (Gundam) et SHAFT (Madoka Magica, Monogatari), réalisé par Atsuyuki Yukawa, avec un scénario supervisé par Jin Tanaka (Oshi no Ko) dont tous les épisodes seront disponibles le jeudi 26 novembre 2026 avec une diffusion mondiale sur Netflix.

 

… avec Magic Knight Rayearth, est un manga de magical girl, écrit et dessiné par le collectif CLAMP. Sorti en 1993 au Japon et en 1996 en France, avec une suite, Magic Knight Rayearth II, a été prépubliée entre 1995 et 1996. Pika a décidé de remettre ce titre important au goût du jour dans une belle édition, toujours pour fêter les 20 ans de l’éditeur en 2020 en librairie avec 6 tomes. Trois collégiennes (Hikaru, Umi et Fū) sont transportées depuis la Tour de Tokyo vers le monde magique de Céphiro. Elles doivent y devenir des guerrières légendaires pour sauver la princesse Emeraude et sauver ce monde menacé par le mage Zagato. Dans la suite en 3 volumes, le manga explore les conséquences sombres de leurs actions à la suite d'un twist scénaristique culte, alors que Cephiro perd ses fondations et subit l'invasion de planètes voisines. C'est un mélange précurseur de magical girl, de mecha (avec des géants de métal) et d'isekai (voyage dans un autre monde). C'est l'œuvre charnière où le studio fusionne le shōjo (grands yeux, émotions, fleurs) et le shōnen / mecha (combats, armures, monstres), créant une esthétique baroque, dynamique et d'une richesse ornementale rare. CLAMP y instille son fameux style de dessin par des armures complexes qui évoluent au fil de l'histoire, des capes aux mouvements fluides et des chevelures texturées très denses, des compositions asymétriques chargées de motifs (plumes, flammes, fleurs), et des robots géants aux allures de divinités. Dans les années 1990, la franchise a été déclinée en plusieurs RPG et jeux de stratégie par Sega et Tomy sur Game Gear, Game Boy, et Saturn. Plus récemment, les héroïnes et leurs robots géants ont fait des apparitions notables dans la célèbre saga de jeux de rôle tactiques Super Robot Wars (notamment Super Robot Wars T). Le manga a été adapté en un anime entre le 17 octobre 1994 et le 27 novembre 1995 pour un total de 49 épisodes. La première saison reste globalement fidèle au premier arc du manga, hormis l'introduction du personnage original Inouva et de nombreuses intrigues secondaires. La seconde saison, en revanche, s'en éloigne rapidement. Réalisé par Toshihiro Hirano, il a popularisé la franchise à l'international, notamment grâce à son premier générique légendaire "Yuzurenai Negai". Une OAV de 3 épisodes, sobrement appelée Rayearth, a également vu le jour en 1997 et l'histoire diffère sensiblement du manga original, même si les personnages sont les mêmes, les relations, les lieux et les événements ont été radicalement modifiés. C’est une histoire alternative beaucoup plus sombre, mature et apocalyptique où les dieux-runes sont divins et les filles lévitent nues à l'intérieur de l'esprit divin, et chaque blessure reçue par le monstre inflige de réels dégâts physiques sanglants à leur propre corps, les motivations de personnages sont réécrites et le ton est résolument violent puisque les combats sont sanglants, l'atmosphère à Tokyo est pesante et le design des personnages est plus élancé, agressif et adulte. L'OAV fait l'unanimité sur sa qualité d'animation spectaculaire. Bénéficiant du budget conséquent des formats vidéo de l'époque (l'âge d'or des OAV), la réalisation profite de designs très soignés signés Megumi Kadonosono et d'une bande-son orchestrale grandiose composée par Toshihiko Sahashi. En juillet 2024, un projet de nouvelle adaptation animée est annoncé. La série connaît une grande actualité avec l'arrivée d'un nouveau projet d'adaptation en anime produit par E&H Production, dont la sortie est fixée au 7 octobre 2026. Il bénéficie d'un nouveau casting prestigieux (Ayane Sakura, Rumi Ōkubo, Rie Takahashi) et de musiques composées par Yuki Kajiura. En France, le manga a bénéficié de rééditions soignées chez Pika Édition.

 

… avec Toaru Anbu no ITEM, qui est une série de light novels, le spin-off de la célèbre franchise To Aru Majutsu no Index créée par Kazuma Kamachi. L'histoire est centrée sur ITEM, une organisation d'élite secrète qui opère dans l'ombre et les bas-fonds de la Cité Académique. Le groupe est exclusivement composé de quatre jeunes filles aux compétences redoutables : Shizuri Mugino, la leader du groupe, une esper de niveau 5 capable de manipuler des faisceaux d'électrons destructeurs (Meltdowner), Frenda Seivelun, une spécialiste du combat au corps à corps, experte en explosifs et en pièges, Saiai Kinuhata, une esper capable de manipuler l'azote pour s'en servir de bouclier ou augmenter sa force, et Rikō Takitsubo, une traqueuse capable de détecter et suivre les flux d'énergie (AIM) des autres espers. Cette série sert de préquel aux événements majeurs de la franchise. Elle explore les débuts et le quotidien d'ITEM au sein du «Dark Side» (le côté obscur) de la Cité Académique avant qu'elles ne croisent la route de Mikoto Misaka dans Railgun S ou de Tōma Kamijo dans Index. L'histoire se concentre sur les relations internes du groupe, l'accueil d'une nouvelle recrue nommée Hanano Chōbi, et la manière dont une mission en apparence routinière bascule dans une conspiration souterraine majeure. Contrairement à la série principale qui change constamment de point de vue, le light novel se consacre exclusivement aux dynamiques sombres de la Cité Académique à travers des intrigues ciblées. Le manga Toaru Anbu no ITEM de KAMACHI Kazuma (scénario) et strelka (dessins) a débuté en 2023 aux éditions ASCII Media Works et dénombre actuellement 3 tomes au Japon. Le style graphique de strelka s'avère particulièrement adapté à l'atmosphère poisseuse et violente du "Dark Side". Le manga permet de visualiser de manière très dynamique : les combats stratégiques et brutaux d'ITEM contre les autres factions criminelles, les expressions faciales intenses de Shizuri Mugino lorsqu'elle perd son sang-froid et déchaîne son Meltdowner, et l'intégration visuelle immédiate des gadgets et des peluches explosives de Frenda. L'adaptation en série animée, produite par le réputé studio J.C.Staff et réalisée par Tatsuyuki Nagai (déjà derrière le succès de To Aru Kagaku no Railgun), débute sa diffusion officielle le vendredi 9 octobre 2026. 

 

… avec Romalia Senki, qui est une franchise de fantasy militaire japonaise écrite par Ryō Ariyama, le récit a débuté en web roman a débuté en ligne en 2019. Publié physiquement par Shogakukan (label Gagaga Books) en 2020 et illustré par Kamito qui a remplacé Kodama dès le volume 2, il compte actuellement 6 volumes principaux. L'œuvre suit l'histoire de la comtesse Romelia qui, après avoir été publiquement rejetée et humiliée par son fiancé le prince Henri juste après la défaite du Roi Démon, décide d'utiliser son intelligence, son sens des affaires et son pouvoir mystérieux appelé «Grâce» pour lever sa propre armée et reconstruire sa province en ruine. Dans cette œuvre, on prend le contre-pied des clichés habituels, on y explore de manière réaliste les conséquences d'une guerre mondiale : un royaume ruiné, des seigneurs locaux corrompus, et des armées de démons éparpillées mais toujours extrêmement féroces, et durant sa quête avec le prince, l’héroïne s'est forgé des compétences uniques en gestion des ressources, négociation de traités, finance et espionnage, enfin la progression de Romelia suit une logique de jeu de stratégie en temps réel (RTS). Une adaptation en manga, également dessinée par Kamito, est prépubliée depuis avril 2021 chez Mag Garden. Kamito a insufflé un style beaucoup plus militaire, sombre et détaillé à l'œuvre. Son travail a tellement séduit les fans et l'auteur qu'il a été choisi dans la foulée pour dessiner l'adaptation en manga officielle de la franchise. Il maîtrise parfaitement les designs des personnages, la structure des armures et le rendu de la région dévastée de Cashu. L'actualité majeure de la franchise est l'adaptation en anime produite par le studio Atra, dont la diffusion a débuté le samedi 3 octobre 2026 sur Chrunchyroll. 

 

Enfin, avec PSYREN, qui est un manga de type shōnen d'action et de science-fiction créé par Toshiaki Iwashiro, initialement prépublié au Japon dans le magazine Weekly Shōnen Jump entre 2007 et 2010. On suit Ageha Yoshina, un lycéen ordinaire, trouve une mystérieuse carte de téléphone rouge qui le propulse dans un jeu de survie mortel au milieu d'un monde en ruines peuplé de monstres appelés Taboo. Ce monde dévasté est en réalité la Terre dix ans dans le futur. L'apocalypse a été provoquée par W.I.S.E, une organisation de fanatiques dotés de super-pouvoirs psychiques, le PSI. Éveillés à leur tour au PSI (force, vitesse, télépathie), Ageha et ses alliés doivent utiliser les voyages temporels pour enquêter dans le présent et combattre dans le futur afin de réécrire l'histoire et empêcher la fin du monde. L'œuvre complète compte 16 volumes reliés (édités en France chez Éditions Kana). Bien que salué pour son intrigue mystérieuse mêlant voyage temporel et pouvoirs psychiques, le manga a souffert des exigences du système de vote du Weekly Shōnen Jump. Victime d'une baisse d'audience dans le magazine, l'auteur a dû accélérer son scénario sur les derniers arcs. Malgré cette fin un peu précipitée, l'histoire reste cohérente et résout ses intrigues majeures, évitant l'écueil d'une annulation brute sans conclusion. C'est précisément cette qualité narrative qui lui a valu son statut de classique sous-estimé (ou underrated) des années 2000. L'univers papier s'est enrichi de deux light novels intitulés PSYREN -Siren- another call, écrits par SOW et illustrés par Toshiaki Iwashiro : Guren no Seitan (Le Sacre de l'Écarlate), et Mirai wa Kimi no Te no Naka ni (L'avenir est entre tes mains). Ces romans développent le passé de certains personnages (notamment les antagonistes de W.I.S.E) et proposent des histoires parallèles inédites qui n'ont pas pu être intégrées dans le manga principal. Longtemps considéré comme un classique culte après sa fin abrupte, la franchise connaît une actualité majeure avec la diffusion de son adaptation en anime. L'adaptation en anime de PSYREN est un événement historique pour la communauté des mangas des années 2000. Très attendu, elle voit sa diffusion commencer le 5 octobre 2026 à la télévision japonaise (sur Tokyo MX et BS11).

 

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vendredi 23 octobre 2026

Les fantômes et le théâtre japonais, un lien ancien

La représentation des yokai ne se limite néanmoins pas à des récits littéraires et populaires : les créatures surnaturelles occupent une place de choix dans le théâtre japonais, d’abord le théâtre nō, mêlant la culture folklorique japonaise du surnaturel à la croyance shintoïste en l'omniprésence des esprits qui utilise des masques fixes et une mise en scène minimaliste pour évoquer un effroi psychologique profond, puis le théâtre kabuki dès le XVIIIe siècle qui mettent en scène des histoires de revenants transformait les histoires de fantômes en un divertissement estival spectaculaire et misait sur des effets spéciaux spectaculaires, du maquillage outrancier et une action dynamique pour choquer et divertir son public. Ils captivent depuis longtemps le public par leurs représentations du monde surnaturel et des esprits tourmentés. L’une des histoires de fantôme japonais les plus connues vient ainsi du théâtre kabuki : Yotsuya kaidan, Histoire du fantôme de Yotsuya (1825) de Nanboku Tsuruya IV, qui met en scène la malheureuse Oiwa, défigurée et assassinée par son mari, et revenue d’entre les morts pour le hanter. "On va au théâtre kabuki pour se faire peur. Les pièces finissent souvent par la violence et par un féminicide. C'est un théâtre de l’horreur avant tout.", explique François Lachaud.

 

Puis, dans les années entre la restauration de Meiji en 1868 et la fin de l'ère Taisho en 1926, la société japonaise a connu une transformation rapide durant ces décennies, l'urbanisation rassemblant des populations diverses issues de différentes régions. La technologie a connecté les individus comme jamais auparavant, et cette nation insulaire, autrefois isolée, a connu un contact transformateur et durable avec l'Occident. Durant ces années de bouleversements culturels et sociaux généralisés, le public s'est passionné pour le surnaturel; les fantômes étaient perçus comme des explications commodes aux complexités de la vie moderne. Le théâtre nō et le kabuki, qui s'est développé en parallèle – un style de théâtre et de danse aujourd'hui surtout connu du public occidental pour le maquillage blanc distinctif de ses acteurs – ont tous deux utilisé des fantômes dans leurs productions, le nō s'adressant à un public plus élitiste tandis que le kabuki était conçu comme un divertissement de masse.

 

Et en été, de nombreux théâtres de kabuki adaptent des pièces horrifiques pour le plus grand plaisir des amateurs du genre. Appelées Suzumi Shibai (littéralement «pièces pour se rafraîchir»), ces représentations s’inspirent du folklore traditionnel. Parmi les plus célèbres, on trouve Yotsuya Kaidan, une histoire de fantôme sur fond de trahison conjugale (oui, encore une !) qui se serait déroulée dans le quartier tranquille de Yotsuya, à Tokyo.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://universdujapon.com/blogs/japon/yurei, https://www.japan-experience.com/fr/preparer-voyage/savoir/comprendre-le-japon/ete-japon-yokai-folklore, https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/yurei-yokai-mononoke-inquietantes-creatures-japonaises-6489639, et https://www.thebulwark.com/p/gory-glory-of-japanese-ghost-tales-kabuki-noh.

 

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jeudi 22 octobre 2026

Le festival du feu de Kurama, ou comment rendre festif des rites durant toute une soirée

Le festival du feu de Kurama — Kurama no Hi-matsuri en japonais — se tient le jeudi 22 octobre 2026 à partir de 18h au sanctuaire Yuki-jinja, dans le village de Kurama au nord de Kyoto. Les origines de la fête remontent à l'an 940, sous le règne de l'empereur Suzaku, lorsque les divinités du sanctuaire Yuki furent transférées depuis le palais impérial de Kyoto jusqu'à leur demeure actuelle à Kurama. Le cortège qui accompagna le palanquin divin jusqu'au col fut éclairé à la torche afin d’éclairer le passage de la divinité et accompagner la procession impériale, car le nord était alors considéré comme la porte d'entrée des démons et autres esprits malfaisants, et les habitants de Kurama commémorent ce trajet chaque année depuis lors. Sur dix siècles, cet acte de mémoire collective s'est développé en une séquence rituelle qui se déploie pendant toute une soirée. 

 

C’est l'un des trois plus grands festivals de Kyoto, et attire des milliers de visiteurs venus assister au défilé et à diverses cérémonies religieuses. Des bûchers, ou kagaribi sont allumés devant les maisons du village, dont les occupants exposent des trésors de famille pour l’occasion. Les participants, habillés en vêtements traditionnels, allument des torches de pin, les taimatsu, et les transportent sur leurs épaules à travers le village, tout en criant en japonais "festival, bon festival !" Les enfants portent de petites torches, tandis que les adultes portent des torches pouvant atteindre jusqu'à trois mètres de long. Un dicton affirme que ces torches enflammées sont utilisées pour guider les esprits de l'enfer jusqu'au royaume des humains. À la fin des festivités, un sanctuaire portatif, ou mikoshi, qui héberge plusieurs divinités est porté au cœur du village. 

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé :https://fr.japantravel.com/kyoto/festival-feu-temple-kurama/25051, https://mikoro.jp/fr/events/kurama-fire-festival/2026, et https://www.japan-experience.com/fr/decouvrir/kyoto/evenements-festivals/kurama-no-hi-matsuri.

 

Merci et bonne fête du feu de Kurama !

mercredi 21 octobre 2026

Les histoires de fantômes ou comment se faire peur au Japon

Le premier ouvrage portant le nom de hyakumonogatari fut publié en 1677 et s'intitulait Shokoku Hyakumonogatari (Cent contes de nombreux pays). Bien que l'origine exacte de cette pratique soit incertaine, elle a été observée de l'époque de Kamakura (1185-1333) jusqu'à l'époque d'Edo (1603-1867), servant notamment aux familles de samouraïs de moyen pour mettre leur courage à l'épreuve. Comme son titre l'indique, il rassemblait des récits mystérieux provenant de divers pays, affirmant qu'ils étaient authentifiés par leurs auteurs. À l'instar du fantôme d'Oyuki, l' aspect «inspiré de faits réels» de ces recueils constituait un argument de vente majeur, séduisant le public avide de contes kaidan et yūrei authentiques comme Sara-yashiki (Le Manoir de l’assiette) le fantôme d’Okiku, Oiwa (Oiwa-san) le fantôme de la lanterne, Kohada Koheiji, le spectre de l’acteur de kabuki, Warai-hannya, la démone rieuse, et Shūnen (Obsession), l’Anniversaire du Souvenir.

 

Tous les kaidan-shu prétendaient être des histoires vraies, et l'existence du surnaturel ne faisait aucun doute pour les Japonais de l'époque d'Edo. Les récits de yūrei et de yōkai étaient pris au pied de la lettre. Nombre d'entre eux expliquaient un phénomène local, comme un rocher à la forme étrange ou un arbre menaçant près du sanctuaire local, qui refusait de plier ou de se balancer sous les vents violents. Les kaidan des recueils de kaidan-shu étaient souvent très courts, sans début ni fin, relatant simplement un événement étrange dont ils avaient été témoins ou dont ils avaient entendu parler. Après le Shokoku Hyakumonogatari, de nombreux ouvrages similaires virent le jour au XVIIIe siècle, tels que le Shokoku Shin Hyakumonogatari (Cent nouveaux contes de nombreux pays), l'Osogi Hyakumonogatari (Cent contes d'Osogi), le Taihei Hyakumonogatari ( Cent contes de la paix) et le Bansei Hyakumonogatari (Cent contes de l'éternité). Tous reprenaient le terme «hyakumonogatari» dans leur titre et espéraient tous tirer profit de la fascination et de l'engouement du public pour ce genre littéraire. Les écrivains parcouraient le Japon à la recherche de légendes et de contes populaires macabres, gravissant les plus hautes montagnes, traversant les forêts les plus sombres, explorant les villages les plus reculés en quête d'horreur, s'efforçant d'être les premiers à les publier. Les artistes de yūrei-e fournissaient les illustrations. Cet engouement a également conduit à la représentation des monstres issus de ces récits dans les nishiki-e (estampes polychromes). La grande majorité des histoires et images de yūrei et de yōkai connues aujourd'hui proviennent de cette période, et elles constituent encore l'épine dorsale du récit d'horreur japonais. Ce fut l'âge d'or du kaidan.

 

Vers le début de l'ère Tenpō (1831-1845), Katsushika Hokusai a réalisé des estampes ukiyo-e sur le thème du Hyaku-monogatari (les «Cent contes») en signant sous le nom d'«Iitsu». Bien que le concept implique cent récits, Hokusai a interrompu la série après seulement cinq œuvres. Sur ces illustrations se dessinent les personnages bien connus des amateurs de yōkai, ces esprits malins qui viennent hanter les vivants. Personnages incontournables des contes et légendes japonais, ils se déclinent en de multiples formes : animaux menaçant, monstres ou objets prenant vie à la nuit tombée. Hokusai représente par exemple Oiwa, une des plus célèbres histoires de fantômes de l’archipel. Cette femme, tuée par son mari qui souhaitait en épouser une plus jeune et séduisante, se réincarne, lors de la nuit de noces de son ancien époux, dans une lanterne de papier qui vient hanter le jeune couple. Ou encore l’histoire – basée sur un évènement réel – de Kohada Koheiji que l’on voit revenir d’entre les morts pour tourmenter sa femme et son nouvel amant, sous les couleurs du maître de l’estampe.. En 1865, l'artiste d'ukiyo-e Tsukioka Yoshitoshi (1839-1892) a publié le Wakan Hyaku-monogatari. Il s'agit d'un recueil d'histoires de fantômes inspirées de récits étranges issus du Japon, de la Chine et d'ailleurs.

 

Les histoires de fantômes continuent à travers les légendes urbaines qui occupent une place importante dans la culture populaire et prennent racine dans le folklore ancien et les croyances ancestrales. Ces histoires mystérieuses et souvent effrayantes continuent de fasciner, qu'elles soient racontées à voix basse entre amis ou partagées sur les réseaux sociaux. Parmi ces créatures féroces on trouve Hachishakusama, l'entité maléfique de 8 pieds de haut qui enlève les enfants, Teke Teke, la femme sans jambes qui reflète une peur de la mort brutale et inattendue qui peut survenir à tout moment, Rokurokubi, la femme au long cou, met en garde contre les apparences trompeuses et rappelle que tout le monde a un côté sombre, Hanako San, l'esprit des toilettes réputée pour hanter le troisième cabinet de toilette du troisième étage des écoles, ce qui correspond dans la plupart des cas, aux toilettes pour filles, l'enfer de Tomino, le poème qui tue qui met en avant la peur du pouvoir des mots et de la superstition, Ako Manto, le meurtrier à la cape rouge, Hitobashira, le sacrifice humain au château de Maruoka, reflète la croyance ancienne en la nécessité de sacrifices pour apaiser les dieux ou les esprits et sert également de rappel de l’histoire sombre et violente du Japon féodal, les Jinmenken, chiens à tête d’homme, ou encore Kuchisake Onna, la femme à la bouche fendue, une critique de la pression sociétale exercée sur les femmes pour qu’elles soient belles, et Okiku, la poupée aux cheveux qui poussent.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://dailygeekshow.com/japon-legendes-urbaines/, https://hyakumonogatari.com/what-is-hyakumonogatari/, https://melanyneveur.com/postit/histoires-de-fantomes/, https://pen-online.com/fr/arts/art-fine-arts/le-royaume-des-fantomes-de-hokusai/, https://ryojin.fr/blogs/japon/top-7-des-legendes-urbaines-japonaises-les-plus-effrayantes-et-mysterieuses, https://tenko.fr/blogs/infos/legendes-urbaines-japonaises-histoires-effrayantes-et-mysteres-sombres, et https://www.ndl.go.jp/en/imagebank/column/kimodameshi.

 

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dimanche 18 octobre 2026

Luc, de l’Évangile au Japon

La fête de saint Luc l'évangéliste est célébrée le 18 octobre, y compris au sein de l'Église catholique au Japon. La figure de Saint Luc fait l'objet de recherches approfondies, car il est traditionnellement considéré comme l'auteur du troisième Évangile et des Actes des Apôtres. Ces deux textes forment une œuvre monumentale (l'œuvre lucanienne) qui représente à elle seule près du quart du Nouveau Testament. Pour la science biblique, le personnage de Luc n'est pas le secrétaire de Paul (il ne l’a pas intimement connu, mais il a utilisé un journal de bord ou des récits de voyage préexistants pour écrire les Actes) ou le médecin de voyage que l'on imaginait autrefois (son vocabulaire est simplement celui d'un homme très cultivé). C'est un intellectuel brillant d'origine grecque très probablement un converti qui avant de devenir chrétien, était sans doute un «Craignant-Dieu», c'est-à-dire un païen fasciné par le judaïsme qui fréquentait les synagogues, cela explique sa connaissance encyclopédique de la Bible hébraïque (traduite en grec) et sa volonté constante de jeter des ponts entre la culture juive et l'Empire romain, un théologien de génie et le premier grand historien de la foi chrétienne, qui a su jeter un pont culturel entre le monde juif et l'Empire romain. Il n’est pas un simple compilateur, mais un théoricien qui réorganise l'histoire pour faire face au retard de la parousie (le retour du Christ), créant ainsi le concept d'«Histoire du Salut». Face au manque de preuves de martyre dans les écrits les plus anciens, la majorité des historiens de l'Église primitive (tels que Jérôme, Épiphane de Salamine, ou le Prologue anti-marcionite du IIe siècle) privilégie la thèse d'une fin de vie paisible. 

 

Ce n'est pas un jour férié. Elle est uniquement observée au sein des paroisses catholiques, des églises orthodoxes et des communautés anglicanes du pays à travers des messes ou des offices dédiés à la dimension de la guérison et du soin. Par ailleurs, dans le martyrologe romain, une autre figure portant ce prénom est commémorée au Japon : saint Luc-Alphonse Gorda, un prêtre dominicain martyr mis à mort à Nagasaki le 19 octobre 1634. Saint Luc étant le saint patron des médecins et des professions médicales, sa figure est particulièrement respectée au Japon à travers une institution de premier plan : l'Hôpital International Saint-Luc (Sei Ruka Kokusai Byōin), situé dans le quartier de Tsukiji à Tokyo. Fondé au début du XXe siècle par un missionnaire médical anglican américain, cet établissement est l'un des hôpitaux les plus prestigieux et modernes du Japon. Pour l'anecdote, le nom du saint y est prononcé "Sei Ruka" (Ruka étant la translittération japonaise de Luc). Dans l'Église orthodoxe du Japon : Luc y est vénéré avec ferveur comme le premier iconographe (peintre d'icônes). La cathédrale de la Résurrection de Tokyo (communément appelée le Nikolai-do) commémore également l'apôtre à cette date selon son propre rite.

 

Pour aller plus loin, je vous mets aujourd’hui ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Daniel Marguerat, LUC, pionnier de l'historiographie chrétienne, dans Pour une écriture théologique de l’histoire du christianisme : Recherches de Science Religieuse, Tome 92, Facultés Loyola de Paris, 2004/4, Pages 513 à 538,https://hospital.luke.ac.jp/eng/about/philosophy/index.html, https://www.levangileauquotidien.org/FR/display-saint/c1caee90-e156-4811-a623-ffd964944251, https://levangileauquotidien.org/FR/display-saint/b91e1e3e-af4b-457d-8902-1f2c210e1afb, https://saltalas.com/wp-content/uploads/2024/12/Salt2with_cover_for_web.pdf, et https://www.interbible.org/interBible/ecritures/exploration/2012/exp_120904.html.

 

Merci et bonne Saint Luc !

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