
Historiquement,
le cinéma
japonais
a intégré le fantastique de manière naturelle : les récits
de fantômes
(«kaidan») et
les créatures surnaturelles («yurei»
et «yokai»)
peuplent le folklore
et les contes
locaux,
et l’une des pièces les plus célèbres du théâtre
kabuki
(Yotsuya
Kaidan)
narre la vengeance d’un fantôme
sur une série de personnages
qu’il parvient à influencer. Autant de thèmes que l’on retrouve
dans les films
d’horreur nippons
des années 1940-1950, les «kaidan
eiga»
qui font la célébrité de Nobuo Nakagawa, le
Mario Bava
japonais (Le Manoir du chat fantôme,
1959).
Un classique se dégage Kwaïdan
(Masaki
Kobayashi,
1964) qui est un classique intemporel du film
à sketches fantastique
et folklorique.
Longtemps, ces films
de fantômes classiques
resteront cloisonnés dans leur pays d’origine : les seuls films d’horreur (physique ou psychologique) à
acquérir une réputation hors du Japon le sont d’abord pour leur
érotisme, qu’il s’agisse d’Onibaba en 1964 et
ses vrais-faux démons, ou de L’Empire des sens
dans les années 1970, qui voit une comédie horrifique
totalement psychédélique et expérimentale,
House
de Nobuhiko Ōbayashi
en 1977, devenir culte.

Une
Nouvelle Vague, commence en 1991 par une anthologie de Norio
Tsuruta : Histoires
Vraies
(Honto
ni atta kowai hanashi),
qui avaient dans le but de moderniser la figure du fantôme
japonais grâce à ces nouveaux kaidan
avec une
génération
de cinéastes autodidactes
qui émerge.
Tournant au départ de petits
films en Super-8,
puis des scènes érotiques, Hideo
Nakata
perce dans le monde entier avec Ring,
l’épouvantable histoire d’une image maudite qui tue tous ceux
qui la voient, sept jours plus tard. Son succès s’explique en
particulier par le mélange qu’il fait entre les effets du cinéma
d’horreur occidental
(jump-scare en particulier), les hantises
japonaises traditionnelles,
et surtout des trouvailles personnelles. Les plans
d’apparitions de personnages fantomatiques, quasi
subliminaux, auront une influence durable sur les films d’horreur
tournés à la suite. Lui-même, avec Dark Water,
produira un deuxième long-métrage reconnu pour son horreur, et
rendra aux histoires de fantômes un très bel hommage
avec Kaidan. À ceux-ci s’ajoutent Ju-on:
The Grudge
de Takashi
Shimizu
en 2002 sur une maison maudite et une malédiction implacable liée
à la violence domestique.

La
solitude, l’isolement dans un monde de gratte-ciel et de densité
urbaine, la santé mentale des jeunes générations… Les films
J-Horror
illustrent des thèmes
de société marquants
au Japon, souvent par le biais de cinéastes
marginaux
et punk,
équivalents d’écrivains
modernes
comme Ryu
Murakami.
Un auteur qu’adapte d’ailleurs Takashi
Miike,
cinéaste très prolifique et multigenre, en 1999 avec Audition,
film extrêmement marquant par son scénario et surtout par ses
dernières minutes, qui a influencé tout un pan du cinéma d’horreur
des années 2000, le torture-porn
– Miike
fera d’ailleurs un caméo dans le film Hostel,
d’Eli Roth.
Audition,
par son regard sur les hommes,
les femmes
et l’exploitation des corps, a gardé intact – à l’ère
post-MeToo
– son pouvoir d’édification. Volontairement destroy et pleine
d’humour noir, la filmographie de Miike,
qui comprend aussi le polar ultra-gore Ichi
the Killer, fait
le pont entre le film culte de la J-Horror
underground Tetsuo,
horrifique œuvre cyberpunk
sortie en 1989, et l’un des artisans actuels du genre au Japon,
Sono Sion,
autre bourreau de travail qui, depuis Suicide
Club
en
2001 (et son prequel Noriko’s
Dinner Table)
a montré que le cinéma d’horreur et de genre japonais parvenait à
mêler mise en scène virtuose et propos sociétaux marquants. À
cela s’ajoute Kairo
/ Pulse
(Kiyoshi
Kurosawa,
2000) avec une vision glaciale et mélancolique d'Internet
où les fantômes
envahissent le monde des vivants.

De
nos jours, Shiraishi Kōji
est surtout connu pour ses films avec acteurs adaptés de dessins
animés tels que Impossibility defense (2018) et Hell
Girl (2019), ou encore Sadako vs. Kayako
(2016), qui dressait l’une contre l’autre deux icônes de la
J-horror. Il est
aussi l’un des créateurs phares du label «J-horror».
Mais à l’origine, Shiraishi était une figure
de proue de la catégorie faux documentaire («mockumentary»
ou «found footage» [séquences trouvées]) du cinéma
d’horreur. Il a tourné plusieurs films, tels que Noroi :
The Curse (2005), Occult
(2009) et Cult (2013), qui ont été acclamés
par les fans de
l’horreur au Japon et à l’étranger. Shiraishi a
sorti neuf films dans la série Files entre
2012 et 2015 (la plupart directement en vidéo). Tout au long de la
série, l’intrigue tourne autour d’une équipe de tournage
qui enquête sur des phénomènes surnaturels bizarres liés aux
histoires de fantômes et au folklore japonais. À partir des années
2010, les maîtres de la J-Horror classique cherchent à
conclure ou à réinventer leurs thématiques (Cold Fish
en 2010 de Son Shiono), les
œuvres s'intéressent aussi aux traumatismes familiaux, au
harcèlement et au suicide des jeunes
en lien avec Internet (comme Kyōfu
/ The
Sylvian Experiments
en 2010). Et le
genre flirte volontiers avec la comédie
noire, le splatter
gore décomplexé
(Helldriver,
Mutant
Girl Squad)
ou le survival
inattendu comme le phénomène mondial Ne
coupez pas !
de
Shin'ichirô Ueda
(2017), et les productions récentes de la décennie
2020 s'éloignent des technologies maudites (cassettes VHS,
téléphones) pour explorer le malaise de la société
vieillissante du Japon et l'horreur folklorique avec Best
Wishes to All
(2023), le
premier film de Yūta
Shimotsu, Six
Singing Women
(2023) de Yoshimasa
Ishibashi, Dolhouse (2025) de Shinobu Yaguchi
et Never After Dark (2026) de Dave Boyle.
Pour
aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup
aidé :
https://japanization.org/le-top-10-des-films-dhorreur-thriller-japonais-par-mr-japanization/,
https://leclaireur.fnac.com/article/cp67157-j-horror-comment-le-japon-a-reinvente-le-cinema-dhorreur/,
https://www.allocine.fr/film/meilleurs/genre-13009/pays-5021/decennie-2010/,
https://www.aucoeurdelhorreur.com/histoire-j-horror-cinema-japonais/,
https://www.avoir-alire.com/le-cinema-japonais-au-surnaturel-les-spectres-de-la-j-horror,
https://www.guimet.fr/fr/activites-visites/journee-j-horror,
https://www.allocine.fr/film/meilleurs/genre-13009/pays-5021/decennie-2010/,
https://www.nippon.com/fr/japan-topics/c030232/,
et
https://www.journaldujapon.com/2016/05/17/j-horror-theatre-series-quand-tous-les-themes-de-lhorreur-nippone-se-rassemblent/.
Merci !