À l'occasion de la Journée internationale des droits des
femmes ce dimanche 8 mars, le président
Lee Jae Myung s'est engagé ce dimanche à déployer davantage d'efforts pour
promouvoir l'égalité de genre et instaurer une société plus inclusive. Le chef
de l'État a estimé que, dans ce domaine, la Corée du Sud a régressé sous le gouvernement précédent, qui prévoyait
de supprimer le ministère de l'Egalité
hommes-femmes et de la Famille. Toutefois, il a échoué à le faire. Lee a ainsi promis que son gouvernement
s'efforcerait de rétablir les politiques en faveur des femmes. Cette journée instituée en 1975 par les Nations Unies la date du 8 mars est pour
célébrer le pouvoir et les efforts des femmes
aux quatre coins du globe. Cette journée de ralliement des féministes du monde entier a mis en lumière le sexisme et la
misogynie, tout en amplifiant la voix des femmes
de toute la planète.
Ayant pris leur essor dans la Péninsule sous la dynastie
Joseon (1392-1910), les valeurs confucianistes constituent toujours la base
culturelle de la Corée contemporaine. Patriarcale et organisée autour de la
famille, la société de l’époque
croit en l’infériorité de la femme, représentée par l’expression «Nam-Jon-Yeo-Bi» : «l’homme est plus haut que la femme». Dans les années 1970, la
Corée, dirigée par le Général Park
Chung-hee, au pouvoir depuis le début des années 60, aspire à la démocratie. Et même si pendant cette
période l’égalité des genres devient une question récurrente, ce n’est qu’à la
fin des années 80, après la démocratisation du pays, que des mesures législatives sont prises
en ce sens. Bien plus tard, en 2001, le Ministère
de l’égalité des sexes et de la famille verra le jour. Puis en 2005 le Hoju, système patrilinéaire de registre familial,
discriminatoire pour les femmes à
bien des égards, sera enfin aboli. Cependant, en Corée, les femmes sont souvent contraintes
d'abandonner leur carrière après la naissance de leur enfant, et celles qui
travaillent à l'extérieur assument encore la majeure partie des tâches
ménagères et des soins aux enfants.
Les crimes sexuels contre les femmes,
notamment les violences sexuelles facilitées par la technologie, comme
l'utilisation de caméras espion pour filmer secrètement des femmes, sont monnaie courante dans les
sphères publiques et privées. Depuis la fin des années 2010, les Coréennes luttent avec une force sans
précédent contre la culture patriarcale
de leur pays. Grâce au mouvement #MeToo,
sans doute le plus important d'Asie, elles ont révélé les agissements sexuels
inappropriés de nombreux hommes
influents, y compris celui d'un candidat
à la présidence. Elles se sont battues avec vigueur pour obtenir des peines
plus sévères contre les crimes commis à l'aide de caméras espionnes. Elles ont
mené avec succès une campagne pour abolir l'interdiction de l'avortement en
vigueur depuis des décennies. Et des millions
d'entre elles ont fait le choix de rester célibataires et sans enfants,
dans le cadre d'une «grève de la
natalité» contre les coutumes
et traditions patriarcales, ce
qui a permis à la Corée du Sud d'atteindre le taux de fécondité le plus bas au
monde en 2022. Cette vague de militantisme
féministe a cependant déclenché une vive réaction de la part d'hommes qui estimaient que les femmes allaient trop loin, exigeaient
trop et, ce faisant, nuisaient à la société
coréenne. Les féministes ont
alors été vilipendées en ligne, qualifiées de «dérangées mentales» et adeptes d'une «idéologie antisociale». Ce ressentiment était particulièrement
palpable chez les jeunes hommes qui
percevaient les avancées féministes comme des pertes personnelles et sentaient
leur place dans la société menacée
(dans un sondage, par exemple, près de 80 % des Sud-Coréens d'une vingtaine d'années se déclaraient victimes de «discrimination sexiste»). Et pour la
première fois de son histoire, le mouvement
féministe en Corée du sud, en alliance avec des secteurs combatifs du mouvement ouvrier, ont réussi a organiser une
journée de grève nationale le 8 mars 2024. Et lors des
manifestations contre la déclaration de loi martiale du président sud-coréen, Yoon Suk Yeol, les adolescentes et les jeunes
femmes étaient les plus engagées contre un président qui a toujours méprisé
le féminisme et les minorités.
En Corée du Nord, la Journée internationale des droits
des femmes est un jour férié. Mais un jour qu'aucun fleuriste n'est prêt à chômer. En Corée du Nord, le rôle des femmes n'est pas différent de celui qui
est le leur dans les autres sociétés.
C'est sur elles qu'incombe beaucoup des taches domestiques, et elles jouent un
rôle crucial pour la cohésion au sein de la famille. Un jour, le fondateur du régime nord-coréen et grand-père du dirigeant actuel Kim Il Sung proclama : "Dans notre société, les femmes sont
responsables d'une des roues de la révolution." Dans les dictionnaires nord-coréens, on
trouve des expressions comme : "la
femme combattante révolutionnaire indomptable". Des phrases comme : "Si les femmes sont confinées à leur
domicile et tenues à l'écart du travail elles ne peuvent profiter de la
révolution." La société
nord-coréenne n'en demeure pas moins profondément conservatrice et
patriarcale, selon les spécialistes du
pays reclus. Et les stéréotypes relatifs aux rôles distincts des hommes et des femmes restent prégnants. Dans les faits, les Sud-Coréennes ont souvent une bien plus grande liberté de mouvement
que les Nord-Coréens dont
l'éventuelle absence sur le lieu de travail qui leur est assigné est
immédiatement notée. Conséquence : la plupart des commerçants que l'on trouve sur les marchés informels apparus ces dernières années sont des femmes. Et celles-ci contribuent de
façon très importante aux revenus de leurs familles.
Ce sont par ailleurs en majorité des femmes
qui tentent de fuir le pays et de gagner la Corée du Sud. Dans un rapport
publié en novembre, basé sur des entretiens avec 54 transfuges nord-coréens, l'organisation de défense des droits de
l'homme basée aux États-Unis Human
Rights Watch affirme que les femmes étaient les proies des policiers nord-coréens et autres représentants des services de l'État
qui leur infligent des abus sexuels dans une impunité quasi totale. HRW avait dépeint un sombre tableau des
viols et autres abus perpétrés par les personnels
de sécurité, tels que les gardes-frontières
mais aussi des civils en position
d'autorité.
Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://fr.yna.co.kr/view/AFR20260308000800884, https://www.aljazeera.com/opinions/2023/3/8/this-womens-day-there-is-little-to-celebrate-in-south-korea, https://www.challenges.fr/societe/en-coree-du-nord-la-journee-de-la-femme-est-feriee-mais-les-fleuristes-ne-choment-pas_646827, et https://www.revolutionpermanente.fr/Un-elan-important-contre-l-oppression-et-l-exploitation-des-femmes-Premiere-greve-du-8-mars-en.
Merci et bonne Journée internationale des droits des femmes !



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