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dimanche 8 mars 2026

La Journée internationale des droits des femmes en Corée, une journée aux motivations différentes au Sud et au Nord

À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes ce dimanche 8 mars, le président Lee Jae Myung s'est engagé ce dimanche à déployer davantage d'efforts pour promouvoir l'égalité de genre et instaurer une société plus inclusive. Le chef de l'État a estimé que, dans ce domaine, la Corée du Sud a régressé sous le gouvernement précédent, qui prévoyait de supprimer le ministère de l'Egalité hommes-femmes et de la Famille. Toutefois, il a échoué à le faire. Lee a ainsi promis que son gouvernement s'efforcerait de rétablir les politiques en faveur des femmes. Cette journée instituée en 1975 par les Nations Unies la date du 8 mars est pour célébrer le pouvoir et les efforts des femmes aux quatre coins du globe. Cette journée de ralliement des féministes du monde entier a mis en lumière le sexisme et la misogynie, tout en amplifiant la voix des femmes de toute la planète.

 

Ayant pris leur essor dans la Péninsule sous la dynastie Joseon (1392-1910), les valeurs confucianistes constituent toujours la base culturelle de la Corée contemporaine. Patriarcale et organisée autour de la famille, la société de l’époque croit en l’infériorité de la femme, représentée par l’expression «Nam-Jon-Yeo-Bi» : «l’homme est plus haut que la femme». Dans les années 1970, la Corée, dirigée par le Général Park Chung-hee, au pouvoir depuis le début des années 60, aspire à la démocratie. Et même si pendant cette période l’égalité des genres devient une question récurrente, ce n’est qu’à la fin des années 80, après la démocratisation du pays, que des mesures législatives sont prises en ce sens. Bien plus tard, en 2001, le Ministère de l’égalité des sexes et de la famille verra le jour. Puis en 2005 le Hoju, système patrilinéaire de registre familial, discriminatoire pour les femmes à bien des égards, sera enfin aboli. Cependant, en Corée, les femmes sont souvent contraintes d'abandonner leur carrière après la naissance de leur enfant, et celles qui travaillent à l'extérieur assument encore la majeure partie des tâches ménagères et des soins aux enfants. Les crimes sexuels contre les femmes, notamment les violences sexuelles facilitées par la technologie, comme l'utilisation de caméras espion pour filmer secrètement des femmes, sont monnaie courante dans les sphères publiques et privées. Depuis la fin des années 2010, les Coréennes luttent avec une force sans précédent contre la culture patriarcale de leur pays. Grâce au mouvement #MeToo, sans doute le plus important d'Asie, elles ont révélé les agissements sexuels inappropriés de nombreux hommes influents, y compris celui d'un candidat à la présidence. Elles se sont battues avec vigueur pour obtenir des peines plus sévères contre les crimes commis à l'aide de caméras espionnes. Elles ont mené avec succès une campagne pour abolir l'interdiction de l'avortement en vigueur depuis des décennies. Et des millions d'entre elles ont fait le choix de rester célibataires et sans enfants, dans le cadre d'une «grève de la natalité» contre les coutumes et traditions patriarcales, ce qui a permis à la Corée du Sud d'atteindre le taux de fécondité le plus bas au monde en 2022. Cette vague de militantisme féministe a cependant déclenché une vive réaction de la part d'hommes qui estimaient que les femmes allaient trop loin, exigeaient trop et, ce faisant, nuisaient à la société coréenne. Les féministes ont alors été vilipendées en ligne, qualifiées de «dérangées mentales» et adeptes d'une «idéologie antisociale». Ce ressentiment était particulièrement palpable chez les jeunes hommes qui percevaient les avancées féministes comme des pertes personnelles et sentaient leur place dans la société menacée (dans un sondage, par exemple, près de 80 % des Sud-Coréens d'une vingtaine d'années se déclaraient victimes de «discrimination sexiste»). Et pour la première fois de son histoire, le mouvement féministe en Corée du sud, en alliance avec des secteurs combatifs du mouvement ouvrier, ont réussi a organiser une journée de grève nationale le 8 mars 2024. Et lors des manifestations contre la déclaration de loi martiale du président sud-coréen, Yoon Suk Yeol, les adolescentes et les jeunes femmes étaient les plus engagées contre un président qui a toujours méprisé le féminisme et les minorités.

 

En Corée du Nord, la Journée internationale des droits des femmes est un jour férié. Mais un jour qu'aucun fleuriste n'est prêt à chômer. En Corée du Nord, le rôle des femmes n'est pas différent de celui qui est le leur dans les autres sociétés. C'est sur elles qu'incombe beaucoup des taches domestiques, et elles jouent un rôle crucial pour la cohésion au sein de la famille. Un jour, le fondateur du régime nord-coréen et grand-père du dirigeant actuel Kim Il Sung proclama : "Dans notre société, les femmes sont responsables d'une des roues de la révolution." Dans les dictionnaires nord-coréens, on trouve des expressions comme : "la femme combattante révolutionnaire indomptable". Des phrases comme : "Si les femmes sont confinées à leur domicile et tenues à l'écart du travail elles ne peuvent profiter de la révolution." La société nord-coréenne n'en demeure pas moins profondément conservatrice et patriarcale, selon les spécialistes du pays reclus. Et les stéréotypes relatifs aux rôles distincts des hommes et des femmes restent prégnants. Dans les faits, les Sud-Coréennes ont souvent une bien plus grande liberté de mouvement que les Nord-Coréens dont l'éventuelle absence sur le lieu de travail qui leur est assigné est immédiatement notée. Conséquence : la plupart des commerçants que l'on trouve sur les marchés informels apparus ces dernières années sont des femmes. Et celles-ci contribuent de façon très importante aux revenus de leurs familles. Ce sont par ailleurs en majorité des femmes qui tentent de fuir le pays et de gagner la Corée du Sud. Dans un rapport publié en novembre, basé sur des entretiens avec 54 transfuges nord-coréens, l'organisation de défense des droits de l'homme basée aux États-Unis Human Rights Watch affirme que les femmes étaient les proies des policiers nord-coréens et autres représentants des services de l'État qui leur infligent des abus sexuels dans une impunité quasi totale. HRW avait dépeint un sombre tableau des viols et autres abus perpétrés par les personnels de sécurité, tels que les gardes-frontières mais aussi des civils en position d'autorité.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://fr.yna.co.kr/view/AFR20260308000800884, https://www.aljazeera.com/opinions/2023/3/8/this-womens-day-there-is-little-to-celebrate-in-south-korea, https://www.challenges.fr/societe/en-coree-du-nord-la-journee-de-la-femme-est-feriee-mais-les-fleuristes-ne-choment-pas_646827, et https://www.revolutionpermanente.fr/Un-elan-important-contre-l-oppression-et-l-exploitation-des-femmes-Premiere-greve-du-8-mars-en

 

Merci et bonne Journée internationale des droits des femmes !

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