Galaxie
encore très méconnue en dehors du Japon, le manga
d’horreur est peu exploré par les lecteurs
francophones.
Pourtant, le genre, vieux de près d’un siècle, regorge de titres
à l’esthétique unique et aux récits captivants. Né dans les
années 30, le manga
d’horreur compte son lot d’auteurs
phares au talent impressionnant et ne démérite en rien face à ses
voisins d’étagères. L’inspiration
pour ces mangas
d’horreur remonte aux peintures
médiévales japonaises
et aux représentations
des Yōkai.
En effet, ces esprits,
généralement malveillants, issus du folklore
japonais, prennent
diverses formes. Ils peuvent apparaître sous forme de démons,
de fantômes ou même
de créatures cachées
dans les bains publics. Ainsi, ces éléments font partie intégrante
de la culture japonaise, de ses croyances,
traditions
et superstitions.
Parallèlement
au développement de la SF
et de la Fantasy,
des chefs-d’œuvre
du bizarre vont commencer à faire leur apparition. Shinpei
Noro, Yumeo Yumeda
et Bonten Yumeno sont
des auteurs de grand talent et précurseurs du style. Pourtant, très
peu de personnes
connaissent leurs mangas
aujourd’hui.
Il
existe des maîtres
incontestés
dans tous les genres du manga.
Et dans cette sélection d’horreur
et de thrillers
psychologiques,
on est servi. Dessins détaillés épouvantables, sang à gogo,
angoisse constante, noirceur omniprésente, on ne sort pas indemnes
de ces lectures… À
partir de 1959, le format des mangas
change drastiquement et passe du B6 à l’A5. Avec ce format plus
grand, le style prend lui aussi un virage. Les récits
enfantins vont petit
à petit laisser place à des histoires
plus réalistes. Les
gekigas,
ces mangas
destinés à un public plus mature,
inondent le marché et installent durablement l’horreur
dans les bibliothèques.
Il est impossible de parler d’horreur
en manga sans
mentionner Shigeru Mizuki.
En effet, il a débuté en écrivant des scénarios pour le
kamishibai,
considéré comme l’ancêtre de nos mangas
modernes. Par
conséquent, en 1960, il publie Gegege
no Kitaro, un grand
classique du manga
d’horreur, avec
Kitaro, un garçon né
dans un cimetière. En fait, il est le dernier survivant de la tribu
des fantômes, un type de
Yōkai.
En conséquence, Kitaro
se bat pour maintenir la paix entre les humains et les Yôkai.
De nombreuses adaptations en anime,
films
et jeux vidéo
en résultent.
Durant
les années 1960 et 1970, les mangas
d’horreur
gagnent en popularité au Japon. Cela inclut des mangas
de prêt
et le magazine Shōnen
Jump.
Parmi les auteurs marquants de cette époque, Kazuo
Umezu
se distingue. Il crée des œuvres cultes comme Hebi
Onna
ou La
Femme Serpent,
on suit Yumiko,
une jeune fille qui se fait poursuivre par une femme
serpent terrifiante, apparue
après la visite de sa mère hospitalisée,
ainsi
que La
Maison aux insectes,
Orochi
et L’École
emportée.
Ce dernier qui a
porté le manga
d’épouvante, mettant
en scène monstres et
fantômes,
vers l’horreur. Il fut le premier à dépeindre la laideur de l’âme
humaine
et à raconter des histoires
d’horreur
résolument psychologiques. Daijiro
Morohoshi
est connu à partir des années 1970 pour ses ambiances mystiques et
ses liens avec les contes
et Lovecraft.
Il y a aussi Suehiro
Maruo,
maître de l'ero-guro
(érotisme
grotesque),
célèbre pour La
Jeune Fille aux camélias
en 1984.
Junji Itō est
surtout connu pour son œuvre Tomie,
publiée entre 1987 et 2000. Ce manga
a vu le jour grâce à un concours organisé par un magazine. Il a
reçu une mention honorable avant d’être publié dans les
magazines Monthly
Halloween et Nemuki.
Tomie
est le mal incarné. Ses longs cheveux et son grain de beauté sous
l’œil gauche attisent les passions de tous les hommes
qui croisent son regard. Ses victimes
sombrent peu à peu dans la folie, jusqu’à commettre l’indicible
et l’assassiner dans d’atroces circonstances. Mais le monde ne
semble jamais pouvoir se débarrasser de Tomie.
Avec pas moins de neuf
films en prise de vue réelle tournés entre 1998 et
2011, Tomié est devenue un pilier de la pop culture
japonaise. Sans oublier Spirale
en 1998 dont H.P. Lovecraft est l’influence
majeure est la montée progressive de la malédiction qui reproduit
la mécanique lovecraftienne, adapté
en film dès 2000 (avant même la fin de sa publication), il a aussi
donné naissance en 2024 à un
anime en noir et blanc diffusé sur Max, salué
pour sa fidélité au matériau d’origine. La même période voit
aussi se faire un nom un autreur comme Hideshi Hino,
avec Panorama de l’Enfer
(2004),
ou encore la série La fillette
des Enfers (1982), des histoires d'horreur hantées par des
êtres difformes mettent souvent l'accent sur des peurs très
primaires .
Pendant
les années 1980-1990, marquées par la
crise économique au Japon,
les mangas d’horreur
connaissent un essor spectaculaire. De ce fait, ces mangas
deviennent alors un miroir de la société
de l’époque. Ils abordent des thèmes
de violence et de
déshumanisation. Autrice phare du manga
horrifique, Kanako
Inuki a
commencé sa carrière en 1987 avec l’histoire courte
Orusuban,
publiée chez l’éditeur Kodansha.
Alors qu’au Japon la culture de l’occulte
connaît un boom dans les années 70, porté par la sortie du film
L’Exorciste,
Kanako tente de
résister aux nombreuses demandes d’éditeurs
en quête de récits
de plus en plus gores afin de développer son propre style graphique.
La dessinatrice
élabore alors un dessin horrifique riche, original et nourri de
diverses sources
folkloriques.
Surnommée "la reine
de l’horreur",
elle deviendra notamment célèbre pour ses visages d’écolières
aux yeux écarquillés. Dans ses œuvres, l’autrice
ausculte les inquiétudes de l’enfance en mettant en scène des
personnages
ultra-expressifs. Extrêmement productive durant une décennie, elle
multipliera les collaborations avec les magazines
spécialisés. Elle sera
néanmoins contrainte de réaliser une longue pause professionnelle à
la suite d’un burn-out, avant de revenir sur la scène en 2021.
Un autre classique de cette période est Parasyte,
sorti en 1988, qui raconte l’histoire d’un virus
extraterrestre qui envahit les
cerveaux humains et
prend le contrôle des corps pour dévorer d’autres
humains. Ce manga
explore le body
horror. Écrit
par Hitoshi Iwaaki,
il est compilé en 10 volumes. De plus, il rencontre un immense
succès, avec des adaptations en série
d’animation et en film
en 2014.
Aujourd’hui,
les mangas d’horreur et
de dark fantasy
continuent d’évoluer. En effet, ils attirent un public toujours
plus large et diversifié. Les thèmes abordés touchent également à
des peurs plus modernes. Par exemple, on y trouve les angoisses
technologiques, les virus inconnus et même des cauchemars de
société. De nouveaux auteurs suivent les traces de pionniers comme
Shigeru Mizuki, Kazuo
Umezu et Junji Itō
comme Miyuki Etō
avec la Fille des Enfers
entre 2005 et 2008, Yoshiki
Tonagai avec Doubt
entre 2007 et 2009, un récit angoissant, se situant aisément
entre la saga cinématographique Saw et le roman Les
dix petits nègres d'Agatha Christie,
Shintaro
Kago,
spécialiste de l'horreur
corporelle
et surréaliste
avec Fraction
en 2009, Kengo
Hanazawa
qui est
Connu pour I
Am a Hero
entre 2009 et 2015, une vision unique, réaliste et profondément
angoissante de l'apocalypse
zombie
au Japon, centrée sur un antihéros,
Maasaki
Nakayama
avec PTSD
Radio
en 2010 qui s'empare d'un élément du quotidien et le tisse en une
série d'histoires
manga
à la fois glaçantes, énigmatiques, tortueuses, repoussantes et
fascinantes, qui révèlent bien plus que ce qu'elles paraissent au
premier abord, ou
encore
Suehiro Maruo qui continue avec Tomino la maudite
en 2014, où il y déploie ses obsessions : l’enfance souillée par
la brutalité des adultes, la marginalité, la rencontre entre
l’érotisme et le macabre, Hokazono Masaya et Taniguchi
Seima avec Pumpkin Night en 2017, un récit
sanguinaire pour
les amateurs de slasher
movie, Masaaki
Ninomiya
avec
Gannibal
en 2018 sur une horreur rurale où la communauté
entière se referme sur l’étranger comme un piège, et Shingo
Honda avec Happy Land en 2021 qui s'inspire
grandement de Squid Game ou Alice
in Borderland. En
conséquence, ils repoussent les limites de la narration et de
l’illustration. Ainsi, ils créent des œuvres
fascinantes et effrayantes.
Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://5livres.fr/manga-horreur/, https://gaak.fr/top-manga-dhorreur-les-recommandations-pour-halloween/, https://geekotheque.com/mangas-horreur/, https://leclaireur.fnac.com/selection/cp28260-les-meilleurs-mangas-dhorreur-et-thrillers-psychologiques/, https://www.gamesider.com/pop-culture/mangas/meilleurs-mangas-horreur_art41837.html, et https://www.rtbf.be/article/le-manga-d-horreur-un-siecle-d-epouvante-venue-tout-droit-du-japon-11590509.
Merci !





Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire