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jeudi 29 octobre 2026

Les mangas horrifiques, entre tradition et nouveauté

Galaxie encore très méconnue en dehors du Japon, le manga d’horreur est peu exploré par les lecteurs francophones. Pourtant, le genre, vieux de près d’un siècle, regorge de titres à l’esthétique unique et aux récits captivants. Né dans les années 30, le manga d’horreur compte son lot d’auteurs phares au talent impressionnant et ne démérite en rien face à ses voisins d’étagères. L’inspiration pour ces mangas d’horreur remonte aux peintures médiévales japonaises et aux représentations des Yōkai. En effet, ces esprits, généralement malveillants, issus du folklore japonais, prennent diverses formes. Ils peuvent apparaître sous forme de démons, de fantômes ou même de créatures cachées dans les bains publics. Ainsi, ces éléments font partie intégrante de la culture japonaise, de ses croyances, traditions et superstitions. Parallèlement au développement de la SF et de la Fantasy, des chefs-d’œuvre du bizarre vont commencer à faire leur apparition. Shinpei Noro, Yumeo Yumeda et Bonten Yumeno sont des auteurs de grand talent et précurseurs du style. Pourtant, très peu de personnes connaissent leurs mangas aujourd’hui.

 

Il existe des maîtres incontestés dans tous les genres du manga. Et dans cette sélection d’horreur et de thrillers psychologiques, on est servi. Dessins détaillés épouvantables, sang à gogo, angoisse constante, noirceur omniprésente, on ne sort pas indemnes de ces lectures… À partir de 1959, le format des mangas change drastiquement et passe du B6 à l’A5. Avec ce format plus grand, le style prend lui aussi un virage. Les récits enfantins vont petit à petit laisser place à des histoires plus réalistes. Les gekigas, ces mangas destinés à un public plus mature, inondent le marché et installent durablement l’horreur dans les bibliothèques. Il est impossible de parler d’horreur en manga sans mentionner Shigeru Mizuki. En effet, il a débuté en écrivant des scénarios pour le kamishibai, considéré comme l’ancêtre de nos mangas modernes. Par conséquent, en 1960, il publie Gegege no Kitaro, un grand classique du manga d’horreur, avec Kitaro, un garçon né dans un cimetière. En fait, il est le dernier survivant de la tribu des fantômes, un type de Yōkai. En conséquence, Kitaro se bat pour maintenir la paix entre les humains et les Yôkai. De nombreuses adaptations en anime, films et jeux vidéo en résultent.

 

Durant les années 1960 et 1970, les mangas d’horreur gagnent en popularité au Japon. Cela inclut des mangas de prêt et le magazine Shōnen Jump. Parmi les auteurs marquants de cette époque, Kazuo Umezu se distingue. Il crée des œuvres cultes comme Hebi Onna ou La Femme Serpent, on suit Yumiko, une jeune fille qui se fait poursuivre par une femme serpent terrifiante, apparue après la visite de sa mère hospitalisée, ainsi que La Maison aux insectes, Orochi et L’École emportée. Ce dernier qui a porté le manga d’épouvante, mettant en scène monstres et fantômes, vers l’horreur. Il fut le premier à dépeindre la laideur de l’âme humaine et à raconter des histoires d’horreur résolument psychologiques. Daijiro Morohoshi est connu à partir des années 1970 pour ses ambiances mystiques et ses liens avec les contes et Lovecraft. Il y a aussi Suehiro Maruo, maître de l'ero-guro (érotisme grotesque), célèbre pour La Jeune Fille aux camélias en 1984. Junji Itō est surtout connu pour son œuvre Tomie, publiée entre 1987 et 2000. Ce manga a vu le jour grâce à un concours organisé par un magazine. Il a reçu une mention honorable avant d’être publié dans les magazines Monthly Halloween et Nemuki. Tomie est le mal incarné. Ses longs cheveux et son grain de beauté sous l’œil gauche attisent les passions de tous les hommes qui croisent son regard. Ses victimes sombrent peu à peu dans la folie, jusqu’à commettre l’indicible et l’assassiner dans d’atroces circonstances. Mais le monde ne semble jamais pouvoir se débarrasser de Tomie. Avec pas moins de neuf films en prise de vue réelle tournés entre 1998 et 2011, Tomié est devenue un pilier de la pop culture japonaise. Sans oublier Spirale en 1998 dont H.P. Lovecraft est l’influence majeure est la montée progressive de la malédiction qui reproduit la mécanique lovecraftienne, adapté en film dès 2000 (avant même la fin de sa publication), il a aussi donné naissance en 2024 à un anime en noir et blanc diffusé sur Max, salué pour sa fidélité au matériau d’origine. La même période voit aussi se faire un nom un autreur comme Hideshi Hino, avec Panorama de l’Enfer (2004), ou encore la série La fillette des Enfers (1982), des histoires d'horreur hantées par des êtres difformes mettent souvent l'accent sur des peurs très primaires .

 

Pendant les années 1980-1990, marquées par la crise économique au Japon, les mangas d’horreur connaissent un essor spectaculaire. De ce fait, ces mangas deviennent alors un miroir de la société de l’époque. Ils abordent des thèmes de violence et de déshumanisation. Autrice phare du manga horrifique, Kanako Inuki a commencé sa carrière en 1987 avec l’histoire courte Orusuban, publiée chez l’éditeur Kodansha. Alors qu’au Japon la culture de l’occulte connaît un boom dans les années 70, porté par la sortie du film L’Exorciste, Kanako tente de résister aux nombreuses demandes d’éditeurs en quête de récits de plus en plus gores afin de développer son propre style graphique. La dessinatrice élabore alors un dessin horrifique riche, original et nourri de diverses sources folkloriques. Surnommée "la reine de l’horreur", elle deviendra notamment célèbre pour ses visages d’écolières aux yeux écarquillés. Dans ses œuvres, l’autrice ausculte les inquiétudes de l’enfance en mettant en scène des personnages ultra-expressifs. Extrêmement productive durant une décennie, elle multipliera les collaborations avec les magazines spécialisés. Elle sera néanmoins contrainte de réaliser une longue pause professionnelle à la suite d’un burn-out, avant de revenir sur la scène en 2021. Un autre classique de cette période est Parasyte, sorti en 1988, qui raconte l’histoire d’un virus extraterrestre qui envahit les cerveaux humains et prend le contrôle des corps pour dévorer d’autres humains. Ce manga explore le body horror. Écrit par Hitoshi Iwaaki, il est compilé en 10 volumes. De plus, il rencontre un immense succès, avec des adaptations en série d’animation et en film en 2014.

 

Aujourd’hui, les mangas d’horreur et de dark fantasy continuent d’évoluer. En effet, ils attirent un public toujours plus large et diversifié. Les thèmes abordés touchent également à des peurs plus modernes. Par exemple, on y trouve les angoisses technologiques, les virus inconnus et même des cauchemars de société. De nouveaux auteurs suivent les traces de pionniers comme Shigeru Mizuki, Kazuo Umezu et Junji Itō comme Miyuki Etō avec la Fille des Enfers entre 2005 et 2008, Yoshiki Tonagai avec Doubt entre 2007 et 2009, un récit angoissant, se situant aisément entre la saga cinématographique Saw et le roman Les dix petits nègres d'Agatha Christie, Shintaro Kago, spécialiste de l'horreur corporelle et surréaliste avec Fraction en 2009, Kengo Hanazawa qui est Connu pour I Am a Hero entre 2009 et 2015, une vision unique, réaliste et profondément angoissante de l'apocalypse zombie au Japon, centrée sur un antihéros, Maasaki Nakayama avec PTSD Radio en 2010 qui s'empare d'un élément du quotidien et le tisse en une série d'histoires manga à la fois glaçantes, énigmatiques, tortueuses, repoussantes et fascinantes, qui révèlent bien plus que ce qu'elles paraissent au premier abord, ou encore Suehiro Maruo qui continue avec Tomino la maudite en 2014, où il y déploie ses obsessions : l’enfance souillée par la brutalité des adultes, la marginalité, la rencontre entre l’érotisme et le macabre, Hokazono Masaya et Taniguchi Seima avec Pumpkin Night en 2017, un récit sanguinaire pour les amateurs de slasher movie, Masaaki Ninomiya avec Gannibal en 2018 sur une horreur rurale où la communauté entière se referme sur l’étranger comme un piège, et Shingo Honda avec Happy Land en 2021 qui s'inspire grandement de Squid Game ou Alice in Borderland. En conséquence, ils repoussent les limites de la narration et de l’illustration. Ainsi, ils créent des œuvres fascinantes et effrayantes.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://5livres.fr/manga-horreur/, https://gaak.fr/top-manga-dhorreur-les-recommandations-pour-halloween/, https://geekotheque.com/mangas-horreur/, https://leclaireur.fnac.com/selection/cp28260-les-meilleurs-mangas-dhorreur-et-thrillers-psychologiques/, https://www.gamesider.com/pop-culture/mangas/meilleurs-mangas-horreur_art41837.html, et https://www.rtbf.be/article/le-manga-d-horreur-un-siecle-d-epouvante-venue-tout-droit-du-japon-11590509.

 

Merci !

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