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mercredi 28 octobre 2026

Le 28 octobre au Japon : la fête des apôtres Saint Simon et Saint Jude, et de nombreux martyrs japonais

L'Église catholique célèbre la fête des saints Simon et Jude le 28 octobre, tandis que plusieurs bienheureux et martyrs chrétiens du Japon ont aussi trouvé la mort ou sont commémorés à cette date précise lors des grandes persécutions du XVIIe siècle.

 

Le 28 octobre marque la commémoration liturgique de ces deux apôtres de Jésus. Saint Simon est dit «le Zélote» ou le «Cananéen», et saint Jude (fils de Jacques) est également appelé Thaddée. Ils ne figurent que tous les deux dans la lite des apôtres, Simon recevant le qualificatif de ‘Cananéen’, c’est-à-dire le zélé chez Marc et Mathieu, mal traduit par Luc en ‘zélote’, sans doute «un zèle qui s’attachait aux tradition des Pères», il fut plus tard confondu avec le frère de Jésus, Simon et Siméon, fils de Clopas, avant de l’être avec Nathanaël de Cana, et Jude également appelé Thaddée, était le diminutif de plusieurs nom grecs, dont Theodoros ou Theodosios, un nom peu courant dans la Palestine du Ier siècle, Luc ne le connaît que sous le nom de ‘Jude, fils de Jacques’, ils sont totalement absent des récits évangéliques à l'exception d'une seule question posée par Jude lors de la Cène dans l'Évangile de Jean, on ne sait pas ce qu’ils ont fait après la Pentecôte, mais Jude fut confondu avec Thomas, puis Eusèbe de Césarée l’accola au IVe siècle à Edesse, puis aux Perses au Ve siècle comme Simon qui selon Basile de Césarée serait mort de vieillesse à Edesse, et l’Arménie tenta de le prendre comme évangélisateur à la même période avant que Barthélémy le remplace au VIIe siècle. En réalité, après la mort de Jésus, les apôtres les moins connus (le "deuxième cercle" des Douze dont faisaient partie Simon et Jude) sont restés un temps à Jérusalem avant de s'effacer de l'histoire. S'ils ont prêché, ce fut très probablement dans des communautés juives locales de Judée ou de Syrie proche. Après la dispersion de la première communauté chrétienne de Jérusalem (notamment lors de la guerre de 66-70 après J.-C.), ces disciples du «deuxième cercle» ont probablement continué à prêcher de manière très locale et discrète en Judée, en Samarie ou dans la Syrie proche. Les historiens estiment qu'ils sont très probablement morts de vieillesse ou de maladie, anonymes, au sein de petites communautés judéo-chrétiennes qui n'avaient pas les moyens de consigner leur histoire par écrit. 

 

L'histoire de l'Église au Japon compte des milliers de martyrs suppliciés pendant la période d'interdiction du christianisme. À partir des années 1630, chaque Japonais dut de plus en plus souvent s’enregistrer dans un temple bouddhiste afin de prouver qu’il n’était pas chrétien; au début du XVIIIe siècle, cela avait donné lieu à un recensement statistique exhaustif de la population dès la naissance. Cinq familles japonaises étaient regroupées en une seule unité au sein de laquelle elles devaient se surveiller mutuellement; si les autorités découvraient un chrétien dans un tel groupe sans qu’il ait été préalablement dénoncé par d’autres membres du groupe, l’ensemble du groupe était exécuté. Cela encourageait naturellement la surveillance mutuelle des personnes concernées. À cela s’ajoutaient des primes alléchantes offertes pour le démasquage des missionnaires et des chrétiens. De plus, les Japonais devaient piétiner, en présence d’enquêteurs, des images (fumi-e) comportant des symboles chrétiens; ceux qui refusaient ou hésitaient de manière ostensible étaient démasqués comme chrétiens (les premières traces de cette épreuve remontent à 1629 à Nagasaki). Les persécuteurs tenaient particulièrement à amener les missionnaires à l’apostasie par la torture. Les chrétiens japonais qui refusaient cet acte d’apostasie étaient eux aussi menacés de tortures cruelles et, en cas de refus persistant, de la mort. Les archives historiques répertorient le martyre de Jacobus Nakashima Kuhyōe (45 ans), de son épouse Agata et de leurs trois jeunes fils (Johannes, Michael et Ignatius), exécutés entre le 28 septembre et le 29 octobre 1630. Cet événement a notamment inspiré des œuvres théâtrales jésuites en Europe (comme la Christianomachia Iaponensis) visant à honorer le courage des martyrs. La Christianomachia Iaponensis se déroule à une époque où le christianisme japonais était en voie d’éradication. Et face à l'extrême violence des persécutions de 1630, les ordres missionnaires s'efforçaient de récupérer en secret les restes et les têtes des martyrs japonais pour les envoyer en Europe en tant que reliques sacrées.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lecture qui m’ont beaucoup aidé : Régis Burnet, Christianisme et ses marges : Figure des apôtres dans le premier christianisme, dans Annuaire de l'EPHE, section des Sciences religieuses (2009-2010), 118 | 2011, Hitomi Omata Rappon, La quête des reliques dans la mission du Japon (XVIᵉ-XVIIIᵉ siècle), dans Mondes juifs en mouvement : Frontières, porosités, circulations, dans Archives de sciences sociales des religions n° 177, Éditions de l'EHESS, 2017/1, Pages 257 à 282, Michel Lederer, et Tom Bissell, Apôtres : Sur les pas des Douze, Albin Michel, 2018, http://causa.sanctorum.free.fr/martyrs_du_japon_2.htm, https://www.stjosephsentul.org/japan-the-land-of-saints-and-martyrs/, et https://humanistica-helvetica.unifr.ch/fr/works/223.

 

Merci, bonne saint Simon et saint Jude !

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