L'Église
catholique
célèbre la fête des saints
Simon
et Jude
le 28
octobre,
tandis que plusieurs bienheureux et martyrs
chrétiens du Japon ont aussi trouvé la mort ou sont commémorés
à cette date précise lors des grandes persécutions du XVIIe
siècle.

Le
28 octobre marque la commémoration liturgique de ces deux
apôtres
de Jésus.
Saint
Simon
est dit «le
Zélote»
ou le «Cananéen»,
et saint
Jude
(fils de Jacques)
est également appelé Thaddée.
Ils ne figurent que tous les deux dans la lite des apôtres,
Simon
recevant le qualificatif de ‘Cananéen’,
c’est-à-dire le zélé chez Marc
et Mathieu,
mal traduit par Luc
en ‘zélote’,
sans doute «un
zèle qui s’attachait aux tradition des Pères»,
il fut plus tard confondu avec le frère de Jésus,
Simon
et Siméon,
fils de Clopas, avant de l’être avec
Nathanaël de Cana,
et Jude
également appelé Thaddée,
était le diminutif de plusieurs nom grecs, dont Theodoros
ou Theodosios,
un nom peu courant dans la Palestine du Ier
siècle, Luc
ne le connaît que sous le nom de ‘Jude,
fils de Jacques’,
ils sont totalement absent des récits
évangéliques
à l'exception d'une seule question posée par
Jude lors de la Cène dans l'Évangile de Jean,
on
ne sait pas ce qu’ils ont fait après la Pentecôte,
mais Jude
fut confondu avec Thomas,
puis Eusèbe
de Césarée
l’accola au IVe
siècle à Edesse, puis
aux
Perses
au Ve
siècle comme Simon
qui selon Basile
de Césarée
serait mort de vieillesse à Edesse, et l’Arménie tenta de le
prendre comme évangélisateur à la même période avant que
Barthélémy
le remplace au VIIe
siècle. En réalité, après la mort de Jésus,
les apôtres les moins connus (le "deuxième cercle"
des Douze dont faisaient partie Simon et Jude)
sont restés un temps à Jérusalem avant de s'effacer de l'histoire.
S'ils ont prêché, ce fut très probablement dans des communautés
juives locales de Judée ou de Syrie proche.
Après la dispersion de la première
communauté chrétienne de Jérusalem (notamment lors
de la guerre de 66-70 après J.-C.), ces disciples du
«deuxième cercle» ont probablement continué à prêcher de
manière très locale et discrète en Judée, en Samarie ou dans la
Syrie proche. Les
historiens
estiment qu'ils sont très
probablement morts de vieillesse ou de maladie,
anonymes, au sein de petites
communautés judéo-chrétiennes
qui n'avaient pas les moyens de consigner leur histoire par écrit.

L'histoire
de l'Église au Japon compte des milliers de martyrs
suppliciés pendant la période d'interdiction du christianisme. À partir des années 1630,
chaque Japonais
dut de plus en plus souvent s’enregistrer dans un temple
bouddhiste afin de
prouver qu’il n’était pas chrétien;
au début du XVIIIe
siècle, cela avait donné lieu à un recensement
statistique
exhaustif de la population
dès la naissance. Cinq
familles japonaises
étaient regroupées en une
seule unité au sein
de laquelle elles devaient se surveiller mutuellement; si les
autorités
découvraient un chrétien
dans un tel groupe
sans qu’il ait été préalablement dénoncé par d’autres
membres du groupe,
l’ensemble du
groupe était
exécuté. Cela encourageait naturellement la surveillance mutuelle
des personnes
concernées. À cela
s’ajoutaient des primes alléchantes offertes pour le démasquage
des missionnaires
et des chrétiens.
De plus, les Japonais
devaient piétiner, en présence d’enquêteurs,
des images (fumi-e)
comportant des symboles chrétiens; ceux
qui refusaient ou hésitaient de manière ostensible étaient
démasqués comme chrétiens
(les premières traces de cette épreuve remontent à 1629 à
Nagasaki). Les persécuteurs tenaient particulièrement
à amener les missionnaires à l’apostasie par la torture.
Les chrétiens japonais qui refusaient cet acte d’apostasie
étaient eux aussi menacés de tortures cruelles et, en cas de refus
persistant, de la mort. Les
archives
historiques
répertorient le martyre de Jacobus
Nakashima Kuhyōe
(45 ans), de son épouse Agata
et de leurs trois
jeunes fils
(Johannes,
Michael
et Ignatius),
exécutés entre le 28 septembre et le 29
octobre 1630.
Cet événement a notamment inspiré des œuvres
théâtrales jésuites
en Europe (comme la Christianomachia
Iaponensis)
visant à honorer le courage des martyrs. La Christianomachia
Iaponensis se déroule à une époque où le christianisme
japonais était en voie d’éradication. Et face à l'extrême
violence des persécutions de 1630, les ordres
missionnaires s'efforçaient de récupérer en secret les restes
et les têtes des martyrs japonais pour les envoyer en Europe
en tant que reliques sacrées.
Pour
aller plus loin, je vous conseille ces lecture qui m’ont beaucoup
aidé : Régis Burnet,
Christianisme et ses marges : Figure
des apôtres dans le premier christianisme, dans Annuaire
de l'EPHE, section des Sciences religieuses (2009-2010), 118 | 2011,
Hitomi Omata
Rappon,
La quête des reliques dans la mission du Japon (XVIᵉ-XVIIIᵉ
siècle), dans Mondes
juifs en mouvement : Frontières, porosités, circulations, dans
Archives de sciences sociales des
religions n° 177, Éditions de l'EHESS, 2017/1, Pages
257 à 282, Michel
Lederer,
et Tom
Bissell,
Apôtres :
Sur les pas des Douze,
Albin Michel, 2018,
http://causa.sanctorum.free.fr/martyrs_du_japon_2.htm,
https://www.stjosephsentul.org/japan-the-land-of-saints-and-martyrs/,
et
https://humanistica-helvetica.unifr.ch/fr/works/223.
Merci,
bonne saint Simon et saint Jude !
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