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vendredi 26 juin 2026

Le harcèlement scolaire en Corée du Sud, un problème récurrent

En 2023, plus de 60 000 élèves sud-coréens ont été victimes de harcèlement scolaire, deux fois plus qu’il y a cinq ans. Cette même année, Pyo Ye-rim décide de briser le silence : sur les réseaux sociaux, elle raconte douze années de violences subies à l’école (laçage de punaises dans ses chaussures, on plonge sa tête dans la cuvette des toilettes ou encore on la frappait au ventre). C’est seule que Pyo Ye-rim dit avoir souffert de ces violences scolaires, ignorées des années durant par des enseignants qui l’invitaient à «être plus gentille» avec ses harceleurs La jeune femme avait alors été contrainte de se déscolariser et suivre une formation professionnelle, renonçant à ses projets d’études supérieures. Elle a finalement choisi d’accuser publiquement ses anciens oppresseurs. Depuis, l’un d’eux a perdu son emploi. La jeune femme milite pour une véritable évolution de la législation. Son témoignage bouleverse le pays, déclenche une vague de soutien et fait naître le hashtag #balancetonharceleur. Devenue le visage de la lutte, elle dénonce un système éducatif ultra-compétitif qui laisse les victimes sans recours, dans un pays au taux de suicide scolaire record. Elle souhaite l’abandon de la prescription pour les faits de violence scolaire et un changement de la loi sur la diffamation pour protéger davantage les victimes. Harcelée de nouveau en ligne, Pyo Ye-rim met fin à ses jours, laissant une vidéo où elle exprime un souhait unique : que la loi change.

 

Selon les experts, le harcèlement scolaire est courant dans ce pays obsédé par l’éducation et où les enfants étudient jusqu’à 16 heures par jour dans des écoles ou instituts privés. Ce système éducatif ultra-compétitif peine à protéger les harcelés, souvent livrés à eux-mêmes. Beaucoup voient alors le suicide comme l’unique solution pour mettre un terme à leur calvaire, faisant de la Corée du Sud le pays où le taux de suicide lié au harcèlement scolaire est le plus élevé. Les autorités ont engagé des actions pour l’éradiquer mais selon les militants, il reste encore souvent impuni au moment des faits et la prescription complique le dépôt de plainte des victimes se signalant des années après. La série Netflix «The Glory», qui narre la vengeance minutieusement planifiée d’une ancienne victime de violences scolaires, a relancé le débat sur le harcèlement en Corée du Sud. Il inspire d’un cas réel. En 2006, une étudiante fréquentait un collège pour filles à Cheongju, en Corée du Sud, et était régulièrement agressée par un groupe de camarades de classe, dirigé par une fille surnommée "K". Un jour, cette dernière a brûlé le bras de sa camarade avec un fer à friser, lui a griffé la poitrine avec une épingle à cheveux et lui a volé son argent. En réponse à ce harcèlement, le district de Cheongju a émis un mandat d’arrêt contre l’auteure des faits. Preuve paradoxale de l’ampleur du phénomène, son réalisateur, Ahn Gil-ho, a lui-même été accusé de harcèlement commis durant son adolescence et contraint à présenter ses excuses. La série a donné lieu au phénomène, baptisé Hakpok #MeToo (hakpok signifie "violence en milieu scolaire" en coréen), qui s'est emparé du pays, où des victimes ont investi les réseaux sociaux pour y dénoncer publiquement et des années plus tard leurs bourreaux, et réclamer un changement en profondeur de la législation, étrillant aussi bien des icônes de la K-pop que des joueurs de baseball, depuis la sortie sur Netflix fin 2022 de la série sud-coréenne "The Glory". La présidence sud-coréenne a également annulé la nomination d'un haut responsable de la police dont il est apparu que le fils avait persécuté des camarades de classe. Bénéficiant d'une opinion publique compatissante et pouvant briser des carrières, ces accusations sont souvent formulées par des victimes anonymes. En 2025, la chanteuse Jeon Somi parla aussi de son expérience du harcèlement scolaire. Pire encore, pour avoir dénoncé en 2023 le harcèlement sexuel subi par des collégiennes, la professeure Ji Hye-bok a été mise au ban du système éducatif sud-coréen, car le rectorat a par la suite émis un ordre de mutation à l'encontre de Ji en décembre 2023, prenant effet en mars 2024, invoquant la nécessité de réduire le personnel enseignant en raison de la baisse du nombre d'élèves, puis elle a ensuite été licenciée de son poste en septembre 2024 pour avoir pris de multiples absences non autorisées après avoir mené une action de protestation solitaire devant le rectorat de Séoul à partir de janvier 2024. L’affaire montre le conservatisme de l’institution, qui peine à mettre en place un programme de sensibilisation aux violences sexuelles. Finalement en janvier 2026, un juge a statué en faveur de l'enseignante Ji Hye-bok, annulant un ordre de mutation émis par le bureau de district de Jungbu du Bureau métropolitain de l'éducation de Séoul et la réintégrant dans ses fonctions d'instructrice.

 

Dans la dernière étude du ministère de l’Éducation, près de 3% des enfants reconnaissent qu’ils sont victimes de harcèlement. Mais les experts pensent que c’est beaucoup plus. Ce sont des insultes régulières, parfois des maltraitances physiques ou du cyberharcèlement. Un problème qui pousse le gouvernement à chercher des solutions. Une violence qui s’inscrit dans un système : celui des inégalités sociales qui soumettent les uns et protègent les autres. Depuis plusieurs années, des accusations de hakpok (violences scolaires) visant des acteurs, chanteurs ou sportifs ont régulièrement défrayé la chronique, parfois sur la base de faits remontant à l'adolescence. Selon des experts, il serait bien meilleur de mettre les écoles dans la boucle pour faire en sorte que les brimades, souvent ignorées dans les établissements scolaires, y soient combattues dès qu'elles se produisent. En 2025, plusieurs universités sud-coréennes parmi les plus prestigieuses du pays ont refusé l’admission de candidats dont les dossiers mentionnaient des accusations de violence scolaire. Cependant au mois de juin 2025, une affaire de harcèlement scolaire d’une gravité extrême à Cheongyang, en Corée du Sud, a secoué le pays. Rappelant tragiquement la série The Glory, la victime a subi des violences physiques et psychologiques (agressions physiques, humiliations et intimidations) pendant près de quatre ans, tandis que l’établissement scolaire a tardé à réagir, provoquant une vague d’indignation nationale et le lancement d’enquêtes officielles. Depuis 2026, les antécédents de violence scolaire sont même pris en compte dans les admissions des universités prestigieuses. Pour les défenseurs de la mesure, il s’agit de responsabiliser les élèves; pour ses détracteurs, cela instaure une peine sociale indélébile. Ce changement est soutenu par le système éducatif, mais les directeurs d’établissement affirment que l'on risque d’assister à une judiciarisation des affaires de harcèlement scolaire. C’est-à-dire que les familles dont les enfants sont accusés d’agressions vont engager des avocats pour empêcher, à tout prix, les écoles d’enregistrer formellement les harcèlements. Il existe d'ailleurs déjà des bras de fer de ce genre dans les tribunaux des grandes villes du pays. Comment protéger les victimes sans condamner définitivement les coupables ? D'autant que ces mécanismes ne s'arrêtent pas aux portes du lycée. La Corée du Sud débat de plus en plus du gapjil, ce terme qui désigne les abus de pouvoir et les humiliations publiques exercés par les supérieurs hiérarchiques dans le monde du travail. C’est pour cela qu’une partie des élus de la majorité voudraient aller plus loin, et que ces actes de violence soient aussi communiqués aux futurs employeurs des harceleurs. Lors d’un entretien d’embauche, les ressources humaines verraient ainsi ce passé de harceleur du candidat. Mais pour l’instant, cette idée n’a pas été retenue par le gouvernement.  

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://altselection.ouest-france.fr/un-calvaire-digne-de-the-glory-la-coree-secouee-par-un-nouveau-scandale-de-harcelement-scolaire/, https://blogs.mediapart.fr/eleonore-bassop/blog/200626/coree-du-sud-quand-les-series-revelent-les-fragilites-d-une-societe, https://www.20minutes.fr/by-the-web/4038853-20230529-coree-sud-hakpok-metoo-libere-parole-victimes-harcelement-scolaire, https://www.arte.tv/fr/videos/119893-000-A/coree-du-sud-le-combat-de-pyo-ye-rim/, https://www.challenges.fr/societe/gangrenee-par-le-harcelement-scolaire-la-coree-du-sud-voit-la-parole-se-liberer_856853, https://www.courrierinternational.com/video/video-en-coree-du-sud-des-universites-rejettent-les-candidats-impliques-dans-des-faits-de-harcelement-scolaire_238381, https://www.figra.fr/le-combat-de-pyo-ye-rim/, https://www.franceinfo.fr/replay-radio/bientot-chez-vous/en-coree-du-sud-les-eleves-harceleurs-vont-bientot-etre-penalises-voire-carrement-prives-d-acces-a-l-universite_7567843.html, https://www.konbini.com/popculture/glory-vengeance-coreenne/, et https://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/bientot-chez-vous/la-coree-du-sud-declare-la-guerre-au-harcelement-scolaire-5398631.

 

Merci !

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