
En 2023, plus de 60 000 élèves sud-coréens ont été
victimes de harcèlement scolaire, deux fois plus qu’il y a cinq
ans. Cette même année, Pyo Ye-rim décide de briser le
silence : sur les réseaux sociaux, elle raconte douze années
de violences subies à l’école (laçage de punaises dans ses
chaussures, on plonge sa tête dans la cuvette des toilettes ou
encore on la frappait au ventre). C’est seule que Pyo Ye-rim
dit avoir souffert de ces violences scolaires, ignorées des années
durant par des enseignants qui l’invitaient à «être
plus gentille» avec ses harceleurs La jeune femme
avait alors été contrainte de se déscolariser et suivre une
formation professionnelle, renonçant à ses projets d’études
supérieures. Elle a finalement choisi d’accuser publiquement ses
anciens oppresseurs. Depuis, l’un d’eux a perdu son
emploi. La jeune femme milite pour une véritable évolution
de la législation. Son témoignage bouleverse le pays,
déclenche une vague de soutien et fait naître le hashtag
#balancetonharceleur. Devenue le visage de la lutte, elle
dénonce un système éducatif ultra-compétitif qui laisse
les victimes sans recours, dans un pays au taux de suicide
scolaire record. Elle souhaite l’abandon de la prescription pour
les faits de violence scolaire et un changement de la loi sur la
diffamation pour protéger davantage les victimes. Harcelée de
nouveau en ligne, Pyo Ye-rim met fin à ses jours, laissant
une vidéo où elle exprime un souhait unique : que la loi change.

Selon
les experts, le harcèlement scolaire est courant dans ce pays
obsédé par l’éducation et où les enfants étudient
jusqu’à 16 heures par jour dans des écoles ou instituts
privés. Ce système éducatif ultra-compétitif peine à
protéger les harcelés, souvent livrés à eux-mêmes.
Beaucoup voient alors le suicide comme l’unique solution pour
mettre un terme à leur calvaire, faisant de la Corée du Sud le pays
où le taux de suicide lié au harcèlement scolaire est le plus
élevé. Les autorités ont engagé des actions pour
l’éradiquer mais selon les militants, il reste encore
souvent impuni au moment des faits et la prescription complique le
dépôt de plainte des victimes se signalant des années
après. La série Netflix «The Glory», qui
narre la vengeance minutieusement planifiée d’une ancienne
victime de violences scolaires, a relancé le débat sur le
harcèlement en Corée du Sud. Il inspire d’un cas réel. En 2006,
une étudiante fréquentait un collège pour filles à
Cheongju, en Corée du Sud, et était régulièrement agressée par
un groupe de camarades de classe, dirigé par une fille
surnommée "K". Un jour, cette dernière a
brûlé le bras de sa camarade avec un fer à friser, lui a griffé
la poitrine avec une épingle à cheveux et lui a volé son argent.
En réponse à ce harcèlement, le district de Cheongju a émis un
mandat d’arrêt contre l’auteure des faits.
Preuve paradoxale de l’ampleur du phénomène, son réalisateur,
Ahn Gil-ho, a lui-même été accusé de harcèlement commis
durant son adolescence et contraint à présenter ses excuses. La
série a donné lieu au phénomène, baptisé Hakpok #MeToo
(hakpok signifie "violence en milieu scolaire"
en coréen), qui s'est emparé du pays, où des victimes ont
investi les réseaux sociaux pour y dénoncer publiquement et
des années plus tard leurs bourreaux, et réclamer un
changement en profondeur de la législation, étrillant
aussi bien des icônes de la K-pop que des joueurs de
baseball, depuis la sortie sur Netflix fin 2022 de la
série sud-coréenne "The Glory". La
présidence sud-coréenne a également annulé la nomination
d'un haut responsable de la police dont il est apparu que le
fils avait persécuté des camarades de classe.
Bénéficiant d'une opinion publique compatissante et pouvant
briser des carrières, ces accusations sont souvent formulées par
des victimes anonymes. En 2025, la chanteuse Jeon Somi
parla aussi de son expérience du harcèlement scolaire. Pire encore,
pour avoir dénoncé en 2023 le harcèlement sexuel subi par des
collégiennes, la professeure Ji Hye-bok a été mise
au ban du système éducatif sud-coréen, car le rectorat
a par la suite émis un ordre de mutation à l'encontre de Ji
en décembre 2023, prenant effet en mars 2024, invoquant la nécessité
de réduire le personnel enseignant en raison de la baisse du
nombre d'élèves, puis elle a ensuite été licenciée de son
poste en septembre 2024 pour avoir pris de multiples absences non
autorisées après avoir mené une action de protestation solitaire
devant le rectorat de Séoul à partir de janvier 2024.
L’affaire montre le conservatisme de l’institution,
qui peine à mettre en place un programme de sensibilisation aux
violences sexuelles. Finalement en janvier 2026, un juge a
statué en faveur de l'enseignante Ji Hye-bok, annulant un
ordre de mutation émis par le bureau de district de Jungbu du
Bureau métropolitain de l'éducation de Séoul et la réintégrant
dans ses fonctions d'instructrice.

Dans
la dernière étude du ministère de l’Éducation,
près de 3% des enfants reconnaissent qu’ils sont victimes
de harcèlement. Mais les experts pensent que c’est beaucoup
plus. Ce sont des insultes régulières, parfois des maltraitances
physiques ou du cyberharcèlement. Un problème qui pousse le
gouvernement à chercher des solutions. Une violence qui
s’inscrit dans un système : celui des inégalités sociales
qui soumettent les uns et protègent les autres. Depuis
plusieurs années, des accusations de hakpok (violences
scolaires) visant des acteurs, chanteurs ou
sportifs ont régulièrement défrayé la chronique,
parfois sur la base de faits remontant à l'adolescence. Selon des
experts, il serait bien meilleur de mettre les écoles
dans la boucle pour faire en sorte que les brimades, souvent ignorées
dans les établissements scolaires, y soient combattues dès
qu'elles se produisent. En 2025, plusieurs universités
sud-coréennes parmi les plus prestigieuses du pays ont refusé
l’admission de candidats dont les dossiers
mentionnaient des accusations de violence scolaire. Cependant au mois
de juin 2025, une affaire de harcèlement scolaire d’une gravité
extrême à Cheongyang, en Corée du Sud, a secoué le pays.
Rappelant tragiquement la série The Glory, la victime
a subi des violences physiques et psychologiques (agressions
physiques, humiliations et intimidations) pendant près de quatre
ans, tandis que l’établissement scolaire a tardé à
réagir, provoquant une vague d’indignation nationale et le
lancement d’enquêtes officielles. Depuis 2026, les
antécédents de violence scolaire sont même pris en compte dans les
admissions des universités prestigieuses. Pour les défenseurs
de la mesure, il s’agit de responsabiliser les élèves;
pour ses détracteurs, cela instaure une peine sociale
indélébile. Ce changement est soutenu par le système éducatif,
mais les directeurs d’établissement affirment que l'on
risque d’assister à une judiciarisation des affaires de
harcèlement scolaire. C’est-à-dire que les familles dont
les enfants sont accusés d’agressions vont engager des
avocats pour empêcher, à tout prix, les écoles
d’enregistrer formellement les harcèlements. Il existe d'ailleurs
déjà des bras de fer de ce genre dans les tribunaux des grandes
villes du pays. Comment protéger les victimes sans
condamner définitivement les coupables ? D'autant que ces mécanismes
ne s'arrêtent pas aux portes du lycée. La Corée du Sud
débat de plus en plus du gapjil, ce terme qui désigne les
abus de pouvoir et les humiliations publiques exercés par les
supérieurs hiérarchiques dans le monde du travail.
C’est pour cela qu’une partie des élus de la majorité
voudraient aller plus loin, et que ces actes de violence soient aussi
communiqués aux futurs employeurs des harceleurs. Lors
d’un entretien d’embauche, les ressources humaines
verraient ainsi ce passé de harceleur du candidat.
Mais pour l’instant, cette idée n’a pas été retenue par le
gouvernement.
Pour
aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup
aidé :
https://altselection.ouest-france.fr/un-calvaire-digne-de-the-glory-la-coree-secouee-par-un-nouveau-scandale-de-harcelement-scolaire/,
https://blogs.mediapart.fr/eleonore-bassop/blog/200626/coree-du-sud-quand-les-series-revelent-les-fragilites-d-une-societe,
https://www.20minutes.fr/by-the-web/4038853-20230529-coree-sud-hakpok-metoo-libere-parole-victimes-harcelement-scolaire,
https://www.arte.tv/fr/videos/119893-000-A/coree-du-sud-le-combat-de-pyo-ye-rim/,
https://www.challenges.fr/societe/gangrenee-par-le-harcelement-scolaire-la-coree-du-sud-voit-la-parole-se-liberer_856853,
https://www.courrierinternational.com/video/video-en-coree-du-sud-des-universites-rejettent-les-candidats-impliques-dans-des-faits-de-harcelement-scolaire_238381,
https://www.figra.fr/le-combat-de-pyo-ye-rim/,
https://www.franceinfo.fr/replay-radio/bientot-chez-vous/en-coree-du-sud-les-eleves-harceleurs-vont-bientot-etre-penalises-voire-carrement-prives-d-acces-a-l-universite_7567843.html,
https://www.konbini.com/popculture/glory-vengeance-coreenne/,
et
https://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/bientot-chez-vous/la-coree-du-sud-declare-la-guerre-au-harcelement-scolaire-5398631.
Merci !
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