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mercredi 21 octobre 2026

Les histoires de fantômes ou comment se faire peur au Japon

Le premier ouvrage portant le nom de hyakumonogatari fut publié en 1677 et s'intitulait Shokoku Hyakumonogatari (Cent contes de nombreux pays). Bien que l'origine exacte de cette pratique soit incertaine, elle a été observée de l'époque de Kamakura (1185-1333) jusqu'à l'époque d'Edo (1603-1867), servant notamment aux familles de samouraïs de moyen pour mettre leur courage à l'épreuve. Comme son titre l'indique, il rassemblait des récits mystérieux provenant de divers pays, affirmant qu'ils étaient authentifiés par leurs auteurs. À l'instar du fantôme d'Oyuki, l' aspect «inspiré de faits réels» de ces recueils constituait un argument de vente majeur, séduisant le public avide de contes kaidan et yūrei authentiques comme Sara-yashiki (Le Manoir de l’assiette) le fantôme d’Okiku, Oiwa (Oiwa-san) le fantôme de la lanterne, Kohada Koheiji, le spectre de l’acteur de kabuki, Warai-hannya, la démone rieuse, et Shūnen (Obsession), l’Anniversaire du Souvenir.

 

Tous les kaidan-shu prétendaient être des histoires vraies, et l'existence du surnaturel ne faisait aucun doute pour les Japonais de l'époque d'Edo. Les récits de yūrei et de yōkai étaient pris au pied de la lettre. Nombre d'entre eux expliquaient un phénomène local, comme un rocher à la forme étrange ou un arbre menaçant près du sanctuaire local, qui refusait de plier ou de se balancer sous les vents violents. Les kaidan des recueils de kaidan-shu étaient souvent très courts, sans début ni fin, relatant simplement un événement étrange dont ils avaient été témoins ou dont ils avaient entendu parler. Après le Shokoku Hyakumonogatari, de nombreux ouvrages similaires virent le jour au XVIIIe siècle, tels que le Shokoku Shin Hyakumonogatari (Cent nouveaux contes de nombreux pays), l'Osogi Hyakumonogatari (Cent contes d'Osogi), le Taihei Hyakumonogatari ( Cent contes de la paix) et le Bansei Hyakumonogatari (Cent contes de l'éternité). Tous reprenaient le terme «hyakumonogatari» dans leur titre et espéraient tous tirer profit de la fascination et de l'engouement du public pour ce genre littéraire. Les écrivains parcouraient le Japon à la recherche de légendes et de contes populaires macabres, gravissant les plus hautes montagnes, traversant les forêts les plus sombres, explorant les villages les plus reculés en quête d'horreur, s'efforçant d'être les premiers à les publier. Les artistes de yūrei-e fournissaient les illustrations. Cet engouement a également conduit à la représentation des monstres issus de ces récits dans les nishiki-e (estampes polychromes). La grande majorité des histoires et images de yūrei et de yōkai connues aujourd'hui proviennent de cette période, et elles constituent encore l'épine dorsale du récit d'horreur japonais. Ce fut l'âge d'or du kaidan.

 

Vers le début de l'ère Tenpō (1831-1845), Katsushika Hokusai a réalisé des estampes ukiyo-e sur le thème du Hyaku-monogatari (les «Cent contes») en signant sous le nom d'«Iitsu». Bien que le concept implique cent récits, Hokusai a interrompu la série après seulement cinq œuvres. Sur ces illustrations se dessinent les personnages bien connus des amateurs de yōkai, ces esprits malins qui viennent hanter les vivants. Personnages incontournables des contes et légendes japonais, ils se déclinent en de multiples formes : animaux menaçant, monstres ou objets prenant vie à la nuit tombée. Hokusai représente par exemple Oiwa, une des plus célèbres histoires de fantômes de l’archipel. Cette femme, tuée par son mari qui souhaitait en épouser une plus jeune et séduisante, se réincarne, lors de la nuit de noces de son ancien époux, dans une lanterne de papier qui vient hanter le jeune couple. Ou encore l’histoire – basée sur un évènement réel – de Kohada Koheiji que l’on voit revenir d’entre les morts pour tourmenter sa femme et son nouvel amant, sous les couleurs du maître de l’estampe.. En 1865, l'artiste d'ukiyo-e Tsukioka Yoshitoshi (1839-1892) a publié le Wakan Hyaku-monogatari. Il s'agit d'un recueil d'histoires de fantômes inspirées de récits étranges issus du Japon, de la Chine et d'ailleurs.

 

Les histoires de fantômes continuent à travers les légendes urbaines qui occupent une place importante dans la culture populaire et prennent racine dans le folklore ancien et les croyances ancestrales. Ces histoires mystérieuses et souvent effrayantes continuent de fasciner, qu'elles soient racontées à voix basse entre amis ou partagées sur les réseaux sociaux. Parmi ces créatures féroces on trouve Hachishakusama, l'entité maléfique de 8 pieds de haut qui enlève les enfants, Teke Teke, la femme sans jambes qui reflète une peur de la mort brutale et inattendue qui peut survenir à tout moment, Rokurokubi, la femme au long cou, met en garde contre les apparences trompeuses et rappelle que tout le monde a un côté sombre, Hanako San, l'esprit des toilettes réputée pour hanter le troisième cabinet de toilette du troisième étage des écoles, ce qui correspond dans la plupart des cas, aux toilettes pour filles, l'enfer de Tomino, le poème qui tue qui met en avant la peur du pouvoir des mots et de la superstition, Ako Manto, le meurtrier à la cape rouge, Hitobashira, le sacrifice humain au château de Maruoka, reflète la croyance ancienne en la nécessité de sacrifices pour apaiser les dieux ou les esprits et sert également de rappel de l’histoire sombre et violente du Japon féodal, les Jinmenken, chiens à tête d’homme, ou encore Kuchisake Onna, la femme à la bouche fendue, une critique de la pression sociétale exercée sur les femmes pour qu’elles soient belles, et Okiku, la poupée aux cheveux qui poussent.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://dailygeekshow.com/japon-legendes-urbaines/, https://hyakumonogatari.com/what-is-hyakumonogatari/, https://melanyneveur.com/postit/histoires-de-fantomes/, https://pen-online.com/fr/arts/art-fine-arts/le-royaume-des-fantomes-de-hokusai/, https://ryojin.fr/blogs/japon/top-7-des-legendes-urbaines-japonaises-les-plus-effrayantes-et-mysterieuses, https://tenko.fr/blogs/infos/legendes-urbaines-japonaises-histoires-effrayantes-et-mysteres-sombres, et https://www.ndl.go.jp/en/imagebank/column/kimodameshi.

 

Merci !

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