Le
premier ouvrage portant le nom de hyakumonogatari
fut publié en 1677 et s'intitulait Shokoku
Hyakumonogatari
(Cent
contes de nombreux pays).
Bien que l'origine exacte de cette
pratique soit incertaine, elle a été observée de l'époque de
Kamakura (1185-1333) jusqu'à l'époque d'Edo (1603-1867), servant
notamment aux familles de samouraïs de moyen pour mettre leur
courage à l'épreuve. Comme
son titre l'indique, il rassemblait des récits mystérieux provenant
de divers pays, affirmant qu'ils étaient authentifiés par leurs
auteurs. À l'instar du
fantôme
d'Oyuki,
l' aspect «inspiré
de faits réels»
de ces recueils constituait un argument de vente majeur, séduisant
le public avide de contes
kaidan
et yūrei
authentiques comme Sara-yashiki
(Le Manoir de
l’assiette)
le fantôme
d’Okiku,
Oiwa
(Oiwa-san)
le fantôme de la lanterne, Kohada
Koheiji,
le spectre de l’acteur de kabuki,
Warai-hannya,
la démone rieuse, et Shūnen
(Obsession),
l’Anniversaire du Souvenir.
Tous
les kaidan-shu prétendaient être des histoires
vraies, et l'existence du surnaturel ne faisait aucun doute
pour les Japonais de l'époque d'Edo. Les récits de
yūrei et de yōkai étaient pris au pied de la lettre.
Nombre d'entre eux expliquaient un phénomène local, comme un rocher
à la forme étrange ou un arbre menaçant près du sanctuaire local,
qui refusait de plier ou de se balancer sous les vents violents. Les
kaidan des recueils de kaidan-shu étaient
souvent très courts, sans début ni fin, relatant simplement un
événement étrange dont ils avaient été témoins ou dont ils
avaient entendu parler. Après le Shokoku Hyakumonogatari,
de nombreux ouvrages similaires virent le jour au XVIIIe siècle,
tels que le Shokoku Shin Hyakumonogatari (Cent
nouveaux contes de nombreux pays), l'Osogi
Hyakumonogatari (Cent contes d'Osogi), le
Taihei Hyakumonogatari ( Cent contes de la
paix) et le Bansei Hyakumonogatari (Cent contes
de l'éternité). Tous reprenaient le terme «hyakumonogatari»
dans leur titre et espéraient tous tirer profit de la fascination et
de l'engouement du public pour ce genre littéraire. Les écrivains
parcouraient le Japon à la recherche de légendes et
de contes populaires macabres, gravissant les plus
hautes montagnes, traversant les forêts les plus sombres, explorant
les villages les plus reculés en quête d'horreur, s'efforçant
d'être les premiers à les publier. Les artistes de yūrei-e
fournissaient les illustrations. Cet engouement a
également conduit à la représentation des monstres issus de ces
récits dans les nishiki-e (estampes polychromes). La grande
majorité des histoires et images de yūrei et de yōkai
connues aujourd'hui proviennent de cette période, et elles
constituent encore l'épine dorsale du récit d'horreur japonais. Ce
fut l'âge d'or du kaidan.
Vers
le début de l'ère Tenpō
(1831-1845), Katsushika Hokusai
a réalisé des estampes ukiyo-e
sur le thème du Hyaku-monogatari
(les «Cent contes»)
en signant sous le nom d'«Iitsu».
Bien que le concept implique cent récits, Hokusai
a interrompu la série après seulement cinq œuvres. Sur
ces illustrations
se dessinent les personnages
bien connus des amateurs
de yōkai, ces
esprits malins qui
viennent hanter les vivants. Personnages
incontournables des contes
et légendes japonais,
ils se déclinent en de multiples formes : animaux
menaçant, monstres
ou objets prenant vie
à la nuit tombée. Hokusai
représente par exemple Oiwa,
une des plus célèbres histoires de fantômes
de l’archipel. Cette femme,
tuée par son mari
qui souhaitait en épouser une plus jeune et séduisante, se
réincarne, lors de la
nuit de noces de son
ancien époux, dans
une lanterne de papier qui vient hanter le jeune couple.
Ou encore l’histoire – basée sur un évènement réel – de
Kohada Koheiji que
l’on voit revenir d’entre les morts pour tourmenter sa femme et
son nouvel amant, sous les couleurs du maître de l’estampe..
En 1865, l'artiste d'ukiyo-e
Tsukioka Yoshitoshi
(1839-1892) a publié le Wakan
Hyaku-monogatari. Il s'agit d'un
recueil d'histoires de fantômes
inspirées de récits étranges issus du Japon, de la Chine et
d'ailleurs.
Les
histoires
de fantômes
continuent à travers les légendes urbaines qui
occupent une place importante dans la culture populaire et prennent
racine dans le folklore
ancien
et les croyances
ancestrales. Ces histoires
mystérieuses et souvent effrayantes continuent de fasciner, qu'elles
soient racontées à voix basse entre amis ou partagées sur
les réseaux sociaux. Parmi ces créatures féroces on trouve
Hachishakusama,
l'entité maléfique de 8 pieds de haut qui enlève les enfants, Teke
Teke, la femme sans
jambes qui reflète une peur de la mort brutale et inattendue
qui peut survenir à tout moment,
Rokurokubi,
la femme au long cou, met en garde contre les apparences
trompeuses et rappelle que tout le monde a un côté sombre,
Hanako San,
l'esprit des toilettes réputée pour hanter le troisième
cabinet de toilette du troisième étage des écoles,
ce qui correspond dans la plupart des cas, aux toilettes pour filles,
l'enfer
de Tomino, le
poème qui tue qui met en avant la peur du pouvoir des mots et
de la superstition, Ako
Manto, le meurtrier
à la cape rouge,
Hitobashira,
le sacrifice humain au château de Maruoka, reflète la
croyance ancienne en la nécessité de sacrifices pour apaiser les
dieux ou les esprits et sert également de rappel de
l’histoire sombre et violente du Japon féodal,
les
Jinmenken,
chiens à tête d’homme, ou
encore Kuchisake
Onna, la femme à la
bouche fendue, une critique
de la pression sociétale exercée
sur les femmes pour qu’elles soient belles,
et Okiku, la poupée aux cheveux qui poussent.
Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://dailygeekshow.com/japon-legendes-urbaines/, https://hyakumonogatari.com/what-is-hyakumonogatari/, https://melanyneveur.com/postit/histoires-de-fantomes/, https://pen-online.com/fr/arts/art-fine-arts/le-royaume-des-fantomes-de-hokusai/, https://ryojin.fr/blogs/japon/top-7-des-legendes-urbaines-japonaises-les-plus-effrayantes-et-mysterieuses, https://tenko.fr/blogs/infos/legendes-urbaines-japonaises-histoires-effrayantes-et-mysteres-sombres, et https://www.ndl.go.jp/en/imagebank/column/kimodameshi.
Merci !




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