La
représentation des yokai
ne se limite néanmoins pas à des récits
littéraires
et populaires :
les créatures surnaturelles occupent une place de choix dans le
théâtre
japonais,
d’abord le théâtre
nō,
mêlant la culture folklorique japonaise du surnaturel
à la croyance shintoïste en l'omniprésence des esprits qui utilise
des masques fixes et une mise en scène minimaliste pour évoquer un
effroi psychologique profond,
puis le théâtre
kabuki
dès le XVIIIe
siècle qui mettent en scène des histoires de
revenants transformait les histoires de fantômes
en un divertissement estival spectaculaire et misait sur des effets
spéciaux spectaculaires, du maquillage outrancier et une action
dynamique pour choquer et divertir son public. Ils captivent depuis
longtemps le public par leurs représentations du monde surnaturel
et des esprits tourmentés.
L’une des histoires de fantôme japonais les plus connues vient
ainsi du théâtre kabuki : Yotsuya
kaidan, Histoire du fantôme de Yotsuya
(1825) de Nanboku
Tsuruya IV,
qui met en scène la malheureuse Oiwa,
défigurée et assassinée par son mari,
et revenue d’entre les morts pour le hanter. "On
va au théâtre kabuki pour se faire peur. Les pièces finissent
souvent par la violence et par un féminicide. C'est un théâtre de
l’horreur avant tout.",
explique François
Lachaud.
Puis,
dans les années entre la restauration de Meiji
en 1868 et la fin de l'ère Taisho en 1926, la société
japonaise a connu une transformation rapide durant ces décennies,
l'urbanisation rassemblant des populations diverses issues de
différentes régions. La technologie a connecté les
individus comme jamais auparavant, et cette nation insulaire,
autrefois isolée, a connu un contact transformateur et durable avec
l'Occident. Durant ces années de bouleversements culturels et
sociaux généralisés, le public s'est passionné pour
le surnaturel; les fantômes étaient perçus comme des explications
commodes aux complexités de la vie moderne. Le théâtre nō
et le kabuki, qui s'est développé en parallèle – un style
de théâtre et de danse aujourd'hui surtout connu du
public occidental pour le maquillage blanc distinctif de ses acteurs
– ont tous deux utilisé des fantômes dans leurs
productions, le nō
s'adressant à un public plus élitiste tandis que le kabuki était
conçu comme un divertissement de masse.
Et
en été, de nombreux
théâtres de kabuki
adaptent des pièces
horrifiques
pour le plus grand plaisir des amateurs
du genre. Appelées Suzumi
Shibai (littéralement
«pièces pour se
rafraîchir»), ces
représentations
s’inspirent du folklore
traditionnel.
Parmi les plus célèbres, on trouve Yotsuya
Kaidan, une
histoire de fantôme sur fond de trahison conjugale (oui, encore une
!) qui se serait déroulée dans le quartier tranquille de Yotsuya, à
Tokyo.
Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://universdujapon.com/blogs/japon/yurei, https://www.japan-experience.com/fr/preparer-voyage/savoir/comprendre-le-japon/ete-japon-yokai-folklore, https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/yurei-yokai-mononoke-inquietantes-creatures-japonaises-6489639, et https://www.thebulwark.com/p/gory-glory-of-japanese-ghost-tales-kabuki-noh.
Merci !



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