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samedi 15 août 2026

La journée nationale de la libération de Corée et l’Assomption, des fêtes qui coïncide en Corée

Le 15 août est un jour férié dans de nombreux pays. En Corée du Sud, il symbolise le jour de l'indépendance (Gwangbokjeol) qui célèbre la victoire sur le Japon qui a libéré la Corée de 35 ans de domination coloniale japonaise le 15 août 1945 et le retour à la démocratie du pays du matin calme avec l'indépendance de la République de Corée, dont la capitale est Séoul, est proclamée le 15 août 1948 en présence de Syngman Rhee et du général Douglas MacArthur.

 

Le 15 août 1945, la nation fut libérée, mais ce ne fut pas un moment de joie absolue. Les deux bombes atomiques ayant précipité la défaite du Japon, la nation perdit l'occasion d'accéder à son indépendance. Les résistants coréens, se préparant à la bataille finale, tant sur le plan intérieur qu'extérieur, furent libérés sans avoir la possibilité de contribuer à la guerre mondiale. Par conséquent, les Coréens devaient se battre à nouveau pour achever l'indépendance nationale et l'unification de la péninsule coréenne divisée, éradiquer les vestiges de l'impérialisme et du féodalisme japonais et établir une nation démocratique. Le répit fut pourtant de courte durée. Après trente-cinq ans d’occupation, l’opposition entre Washington et Moscou va se substituer à la domination japonaise avant même la capitulation de l’Empire, le 2 septembre 1945. Dès le mois d’août, le General Order No. 1, approuvé par le président américain, Harry Truman, contraint les troupes japonaises de la partie septentrionale de la péninsule coréenne, au nord du 38e parallèle, à remettre leurs armes aux forces soviétiques, et celles de la partie méridionale aux forces américaines. À la colonisation succéda la partition et les querelles idéologiques. Après l’échec de la transition vers une péninsule unifiée – pourtant officiellement proposée lors de la conférence de Moscou de 1945, qui la prévoyait après un protectorat conjoint de quatre puissances durant cinq ans (États-Unis, Union soviétique, Chine et Royaume-Uni) – et face à l’incapacité de Moscou et de Washington à se mettre d’accord, la division de la péninsule s’institutionnalise. Les Coréens étaient extrêmement divisés entre la droite, partis nationaliste et démocrate, et la gauche, partis communiste et socialiste. Dès 1946, les maladresses de l’administration d’occupation américaine, permettent d’observer des violences internes en Corée du Sud. Fin août 1947, les États-Unis soumirent la question coréenne à l’ONU. En septembre, l’Assemblée générale (AGNU) inscrivit cette question à son ordre du jour. L’URSS demanda le retrait simultané des forces soviétiques et américaines; les États-Unis répliquèrent en proposant la tenue d’élections générales au nord comme au sud. La proposition américaine l’emporta. 

 

En 1947 et surtout en 1948, des révoltes, en partie d’inspiration communiste, furent réprimées sévèrement par les forces de sécurité sud-coréennes et une police qui n’avait jamais été purgée de ses éléments pro-japonais. Avec la constitution de foyers de guérillas au sud, puis avec la guerre de Corée, des dizaines de milliers de Coréens, suspectés d’appartenir à la guérilla ou d’entretenir des sympathies pour la Corée du Nord, furent exécutés sommairement. Les partisans communistes et l’armée populaire du nord commirent également leur part d’exactions contre certains sudistes réputés «ennemis de classe» ou «ennemis du peuple». En avril 1948, une insurrection agita la grande île de Cheju-do à la suite d’une série d’incidents marqués par l’opposition entre forces de gauche et de droite, sur fond de crise économique et de «bavures» répétées commises par des forces de police, où les violences policières firent entre 30 000 et 80 000 morts sur 300 000 habitants pour arriver à pacifier l’île en 1949. En novembre, l’AGNU confia à une commission de huit États membres (Australie, Canada, Chine, France, Inde, Philippines, Salvador, Syrie) le soin d’organiser des élections dans toute la Corée, d’ici au 31 mars 1948. Mais l’URSS refusa à la «Commission temporaire des Nations unies pour la Corée» l’accès en zone soviétique, si bien que les élections, sous contrôle international, ne purent se tenir qu’en zone américaine, le 9 mai 1948. L’Assemblée élue se réunit le 31 mai; elle adopta une Constitution le 12 juillet; la République de Corée fut proclamée le 15 août, avec Syngman Rhee à sa tête. La République de Corée est proclamée le 15 août 1948, avec pour capitale Séoul, et la République populaire démocratique de Corée est quant à elle proclamée le 9 septembre 1948, avec pour capitale Pyongyang. Pour la première fois depuis des siècles, la péninsule coréenne est divisée.

 

La plupart des musées et lieux publics sont ouverts gratuitement aux descendants de militants indépendantistes pendant les vacances, mais ils peuvent également voyager gratuitement dans les transports publics et les trains interurbains. Certains parents coréens nomment même leurs fils «Gwangbok» lorsqu'ils naissent ce jour-là. Les rues de tout le pays sont recouvertes de drapeaux. L'allocution présidentielle est suivie de défilés militaires et civils. En Corée du Nord, la fête est souvent célébrée par un défilé militaire sur la place Kim Il-sung les années de jubilé (ex: 25e, 40e, 50e, 60e, 70e anniversaire) avec la présence du président de la Commission des affaires d'État et du commandant en chef des forces armées. Le premier défilé a eu lieu en 1949 devant la gare de Pyongyang. Il a été réitéré en 1953, puis organisé chaque année jusqu'en 1960, puis n’a plus eu lieu jusqu'au début des années 2000.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Laurent Quisefit, Guerre civile et violences idéologiques en Corée, 1945-1953, dans La violence : Regards croisés sur une réalité plurielle sous la direction de Lucien Faggion et Christophe Régina, CNRS Éditions, 2010, p. 231-244, David Cumin, Retour sur la guerre de Corée, dans Géopolitique de la péninsule coréenne, dans Hérodote n° 141, La Découverte, 2011/2, Pages 47 à 56, Jo Han-seong, Trois ans après la Libération : La bataille finale pour l'établissement de la nation, Saeng-gagjeong-won, 2015, et https://product.kyobobook.co.kr/detail/S000001861372, Antoine Bondaz, La péninsule coréenne, entre autonomie et dépendance, dans Les deux Corées, dans Pouvoirs N° 167 Le Seuil, 2018/4, Pages 95 à 106, https://lepetitjournal.com/seoul/jour-ferie-celebre-15aout-coree-391160, https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve/21, https://www.bibliomonde.fr/lalmanach/15-aout-coree-jour-de-l-independance-1945-gwangbokjeol, et https://www.routard.com/guide_agenda_detail/10019/jour_de_l_independance_(de_la_liberation)_en_coree_du_sud.htm

 

La fête de l’Assomption en ce jeudi 15 août coïncide en Corée du Sud avec le jour de la libération nationale. Comme le Jour de la Libération et le Jour de la Fondation nationale de la République de Corée coïncidaient avec la fête de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, la croyance s'est répandue parmi les croyants que ces réalisations étaient dues à l'aide de la Vierge Marie, sainte patronne de l'Église coréenne, et la dévotion à la Vierge Marie s'est encore développée. C’est un moment qui doit être vécu avec beaucoup de spiritualité et de dévotion par les fidèles. La fête permet aussi à l’archevêque de Séoul d’appeler au dialogue et à la paix entre la Corée du Nord et la Corée du Sud à l’occasion. Avec la fête de l’Assomption on se demande : Qu'est-il advenu de Marie, la mère de Jésus, après la Pentecôte, où les Actes des apôtres mentionnent sa présence avec les disciples ? Aucun écrit canonique ne le rapporte, mais à partir les conciles d'Éphèse (431) et de Chalcédoine (451), on voit naître en Orient comme en Occident toute une littérature dite «apocryphe» parlant du Transitus Mariae (= «transfert de Marie», c'est-à-dire son sort final), et s’inspirent à l'origine des fêtes commémorant la Dormition une fête au VIe siècle de la Mémoire de la Théotokos, célébrant la maternité divine de Marie, puis vinrent celles de la Dormition (Marie qui s’est «endormie» dans la mort) au VIe siècle en Orient à partir de traditions littéraires entre le Ve et VIIe siècle arrivée en Occident au VIIe siècle, devenue celle de l’Assomption (la mort et de l’enlèvement du corps et de l’âme de la Marie) en Occident au VIIIe siècle.

 

En décembre 1838, l'évêque Imbert Beom, deuxième évêque du diocèse de Joseon, demanda au Vatican de désigner la «Bienheureuse Vierge Marie, conçue sans péché originel» comme sainte patronne de l'Église de Joseon. Jusqu'alors, l'Église de Joseon vénérait saint Joseph, patron du diocèse de Pékin, comme son saint patron. Le pape Grégoire XVI approuva cette demande en août 1841, à condition que saint Joseph soit également vénéré comme saint patron. Les saints patrons de l'Église coréenne sont saint Joseph et la Vierge Marie. Cependant, depuis lors, la dévotion à la Vierge Marie est devenue plus courante que celle à saint Joseph dans l'Église coréenne, et ce jusqu'à nos jours. La cathédrale de Myeongdong, qui représente aujourd'hui l'Église coréenne, a également été consacrée à l'Immaculée Conception en 1898. Plus tard, pendant la période coloniale japonaise, les cathédrales de Yongsan (1926), de Janghowon (1930) et de Gongju (1937) ont également été consacrées à la Vierge Marie. Par ailleurs, le premier ordre religieux de Corée, la Congrégation de Notre-Dame du Perpétuel Secours, a été fondé en 1932 avec Notre-Dame du Perpétuel Secours comme sainte patronne.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Simon Claude Mimouni, Dormition et Assomption de Marie. Histoire des traditions anciennes, Éditions Beauchesne, 1995, https://www.archivioradiovaticana.va/storico/2013/08/14/un_15_ao%C3%BBt_plac%C3%A9_sous_le_signe_de_la_paix_en_cor%C3%A9e/fr1-719676, https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2024-08/assomption-message-paix-esperance.html, https://www.la-croix.com/Religion/Larcheveque-Seoul-lance-appel-dialogue-entre-deux-Corees-15-aout-2020-08-13-1201109015, et http://www.maria21.net/?document_srl=5930&ckattempt=1.

 

Merci, bonne journée nationale de la libération de Corée et fête l’Assomption ! 

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