Le 15 août est un jour férié dans de nombreux pays. En Corée du
Sud, il symbolise le jour de l'indépendance (Gwangbokjeol)
qui célèbre la victoire sur le Japon qui a libéré la Corée de
35 ans de domination coloniale japonaise le 15 août 1945 et le
retour à la démocratie du pays du matin calme avec
l'indépendance de la République de Corée,
dont la capitale est Séoul, est proclamée le 15 août 1948 en
présence de Syngman Rhee et du général Douglas
MacArthur.

Le
15 août 1945, la nation fut libérée, mais ce ne fut pas un moment
de joie absolue. Les deux bombes atomiques ayant précipité
la défaite du Japon, la nation perdit l'occasion d'accéder à son
indépendance. Les résistants coréens, se préparant à la
bataille finale, tant sur le plan intérieur qu'extérieur, furent
libérés sans avoir la possibilité de contribuer à la guerre
mondiale. Par conséquent, les Coréens devaient se battre
à nouveau pour achever l'indépendance nationale et l'unification de
la péninsule coréenne divisée, éradiquer les vestiges de
l'impérialisme et du féodalisme japonais et établir
une nation démocratique. Le répit fut pourtant de courte durée.
Après trente-cinq ans d’occupation, l’opposition entre
Washington et Moscou va se substituer à la domination
japonaise avant même la capitulation de l’Empire, le
2 septembre 1945. Dès le mois d’août, le General
Order No. 1, approuvé par le
président américain, Harry Truman, contraint les troupes
japonaises de la partie septentrionale de la péninsule coréenne,
au nord du 38e parallèle, à remettre leurs armes
aux forces soviétiques, et celles de la partie méridionale
aux forces américaines. À la colonisation succéda la
partition et les querelles idéologiques. Après
l’échec de la transition vers une péninsule
unifiée – pourtant officiellement proposée lors de la
conférence de Moscou de 1945, qui la prévoyait après un
protectorat conjoint de quatre puissances durant cinq ans
(États-Unis, Union soviétique, Chine et Royaume-Uni) – et
face à l’incapacité de Moscou et de Washington à se mettre
d’accord, la division de la péninsule s’institutionnalise. Les
Coréens étaient extrêmement divisés entre la droite,
partis nationaliste et démocrate, et la gauche,
partis communiste et socialiste. Dès 1946, les
maladresses de l’administration d’occupation américaine,
permettent d’observer des violences internes en Corée du Sud. Fin
août 1947, les États-Unis soumirent la question coréenne
à l’ONU. En septembre, l’Assemblée générale
(AGNU) inscrivit cette question à son ordre
du jour. L’URSS demanda le retrait simultané des forces
soviétiques et américaines; les États-Unis répliquèrent
en proposant la tenue d’élections générales au nord comme
au sud. La proposition américaine l’emporta.

En 1947
et surtout en 1948, des révoltes, en partie
d’inspiration communiste, furent réprimées sévèrement
par les forces de sécurité sud-coréennes et une police
qui n’avait jamais été purgée de ses éléments pro-japonais.
Avec la constitution de foyers de guérillas au sud, puis avec
la guerre de Corée, des dizaines de milliers de Coréens,
suspectés d’appartenir à la guérilla ou d’entretenir
des sympathies pour la Corée du Nord, furent exécutés
sommairement. Les partisans communistes et l’armée
populaire du nord commirent également leur part d’exactions
contre certains sudistes réputés «ennemis de classe»
ou «ennemis du peuple». En avril 1948, une
insurrection agita la grande île de Cheju-do à la suite d’une
série d’incidents marqués par l’opposition entre forces
de gauche et de droite, sur fond de
crise économique et de «bavures» répétées
commises par des forces de police, où les
violences policières firent entre 30 000 et
80 000 morts sur 300 000 habitants pour
arriver à pacifier l’île en 1949. En novembre, l’AGNU
confia à une commission de huit États membres (Australie,
Canada, Chine, France, Inde, Philippines, Salvador, Syrie) le soin
d’organiser des élections dans toute la Corée, d’ici
au 31 mars 1948. Mais l’URSS refusa à la
«Commission temporaire des Nations unies pour la Corée»
l’accès en zone soviétique, si bien que les élections,
sous contrôle international, ne purent se tenir qu’en zone
américaine, le 9 mai 1948. L’Assemblée élue se
réunit le 31 mai; elle adopta une Constitution
le 12 juillet; la République de Corée fut
proclamée le 15 août, avec Syngman Rhee à sa
tête. La République de Corée est proclamée le 15 août
1948, avec pour capitale Séoul, et la République populaire
démocratique de Corée est quant à elle proclamée le
9 septembre 1948, avec pour capitale Pyongyang. Pour la première
fois depuis des siècles, la péninsule coréenne est divisée.

La
plupart des musées et lieux publics sont ouverts
gratuitement aux descendants de militants indépendantistes
pendant les vacances, mais ils peuvent également voyager
gratuitement dans les transports publics et les trains
interurbains. Certains parents coréens nomment même
leurs fils «Gwangbok» lorsqu'ils naissent ce jour-là.
Les rues de tout le pays sont recouvertes de drapeaux. L'allocution
présidentielle est suivie de défilés militaires et
civils. En Corée du Nord, la fête est souvent célébrée
par un défilé militaire sur la place Kim Il-sung les années
de jubilé (ex: 25e, 40e,
50e, 60e, 70e
anniversaire) avec la présence du président de la Commission
des affaires d'État et du commandant en chef des forces
armées. Le premier défilé a eu lieu en 1949 devant la
gare de Pyongyang. Il a été réitéré en 1953, puis organisé
chaque année jusqu'en 1960, puis n’a plus eu lieu jusqu'au début
des années 2000.
Pour
aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup
aidé : Laurent Quisefit, Guerre civile et violences
idéologiques en Corée, 1945-1953, dans La violence :
Regards croisés sur une réalité plurielle sous la direction de
Lucien Faggion et Christophe Régina, CNRS Éditions,
2010, p. 231-244, David Cumin, Retour sur la guerre de Corée,
dans Géopolitique de la péninsule coréenne, dans Hérodote
n° 141, La Découverte, 2011/2, Pages 47 à 56, Jo
Han-seong, Trois ans après la Libération : La
bataille finale pour l'établissement de la nation,
Saeng-gagjeong-won, 2015, et
https://product.kyobobook.co.kr/detail/S000001861372,
Antoine Bondaz, La péninsule coréenne, entre autonomie et
dépendance, dans Les deux Corées, dans Pouvoirs N° 167
Le Seuil, 2018/4, Pages 95 à 106,
https://lepetitjournal.com/seoul/jour-ferie-celebre-15aout-coree-391160,
https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve/21,
https://www.bibliomonde.fr/lalmanach/15-aout-coree-jour-de-l-independance-1945-gwangbokjeol,
et
https://www.routard.com/guide_agenda_detail/10019/jour_de_l_independance_(de_la_liberation)_en_coree_du_sud.htm.

La
fête de l’Assomption en ce jeudi 15 août coïncide en
Corée du Sud avec le jour de la libération nationale. Comme
le Jour de la Libération et le Jour de la Fondation
nationale de la République de Corée coïncidaient
avec la fête de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge
Marie, la croyance s'est répandue parmi les croyants
que ces réalisations étaient dues à l'aide de la Vierge Marie,
sainte patronne de l'Église coréenne, et la dévotion à la
Vierge Marie s'est encore développée. C’est un moment qui
doit être vécu avec beaucoup de spiritualité et de dévotion par
les fidèles. La fête permet aussi à l’archevêque de
Séoul d’appeler au dialogue et à la paix entre la Corée
du Nord et la Corée du Sud à l’occasion. Avec la fête
de l’Assomption on se demande : Qu'est-il advenu de
Marie, la mère de Jésus, après la Pentecôte,
où les Actes des apôtres mentionnent sa présence
avec les disciples ? Aucun écrit canonique ne
le rapporte, mais à partir les conciles d'Éphèse (431) et
de Chalcédoine (451), on voit naître en Orient comme en
Occident toute une littérature dite «apocryphe»
parlant du Transitus Mariae (= «transfert de
Marie», c'est-à-dire son sort final), et s’inspirent à
l'origine des fêtes commémorant la Dormition une fête
au VIe siècle de la Mémoire de la Théotokos,
célébrant la maternité divine de Marie, puis vinrent celles
de la Dormition (Marie qui s’est «endormie»
dans la mort) au VIe siècle en Orient à partir de
traditions littéraires entre le Ve et VIIe
siècle arrivée en Occident au VIIe siècle, devenue
celle de l’Assomption (la mort et de l’enlèvement du
corps et de l’âme de la Marie) en Occident au VIIIe
siècle.

En
décembre 1838, l'évêque Imbert Beom, deuxième évêque du
diocèse de Joseon, demanda au Vatican de désigner la
«Bienheureuse Vierge Marie, conçue sans péché originel»
comme sainte patronne de l'Église de Joseon.
Jusqu'alors, l'Église de Joseon vénérait
saint Joseph, patron du diocèse de Pékin, comme son
saint patron. Le pape Grégoire XVI approuva cette demande en
août 1841, à condition que saint Joseph soit également
vénéré comme saint patron. Les saints patrons de l'Église
coréenne sont saint Joseph et la Vierge Marie.
Cependant, depuis lors, la dévotion à la Vierge Marie est
devenue plus courante que celle à saint Joseph dans l'Église
coréenne, et ce jusqu'à nos jours. La cathédrale de
Myeongdong, qui représente aujourd'hui l'Église coréenne, a
également été consacrée à l'Immaculée Conception
en 1898. Plus tard, pendant la période coloniale japonaise,
les cathédrales de Yongsan (1926), de Janghowon (1930) et de Gongju
(1937) ont également été consacrées à la Vierge Marie.
Par ailleurs, le premier ordre religieux de Corée, la Congrégation
de Notre-Dame du Perpétuel Secours, a été fondé en 1932 avec
Notre-Dame du Perpétuel Secours comme sainte patronne.
Pour
aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup
aidé : Simon Claude Mimouni, Dormition et
Assomption de Marie. Histoire des traditions anciennes,
Éditions Beauchesne, 1995,
https://www.archivioradiovaticana.va/storico/2013/08/14/un_15_ao%C3%BBt_plac%C3%A9_sous_le_signe_de_la_paix_en_cor%C3%A9e/fr1-719676,
https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2024-08/assomption-message-paix-esperance.html,
https://www.la-croix.com/Religion/Larcheveque-Seoul-lance-appel-dialogue-entre-deux-Corees-15-aout-2020-08-13-1201109015,
et http://www.maria21.net/?document_srl=5930&ckattempt=1.
Merci,
bonne journée nationale de la libération de Corée et fête
l’Assomption !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire