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mardi 7 juillet 2026

Enseigner en Corée, la croix et la bannière

En 2023, après la mort d’une enseignante de 23 ans sur son lieu de travail qui selon les syndicats, aurait été victime du harcèlement des parents d’un élève accusé de violence, qui l’appelaient sans cesse sur son numéro personnel, mais malgré ces témoignages, l’enquête a conclu qu’aucune preuve ne pouvait démontrer la responsabilité des parents dans cette affaire, ce qui poussa les professeurs sud-coréens a manifesté durant l’été pour réclamer d’être protégés face au harcèlement des parents d’élèves, d’autant plus que deux autres suicides de professeurs, sont venus nourrir l’inquiétude de la profession. Près de 200 000 personnes avaient alors participé à un rassemblement pour rendre hommage à la victime. Ces enseignants rencontrés lors des manifestations avaient si peur d’être punis par leur établissement, ou de subir les foudres des parents d’élèves, qu’ils refusaient de donner leur nom. Cet événement a aussi profondément marqué les jeunes enseignants et les a poussés à réfléchir sur leur avenir dans l’enseignement, provoquant une forte baisse de leur volonté de rester dans le métier jusqu’à la retraite.

 

L’injonction à la réussite scolaire, qui passe notamment par les instituts privés, exerce une «pression folle» et coûteuse sur les Sud-Coréens, où il faut absolument performer. Les parents investissent énormément d'argent dans l'éducation de leurs enfants. Il faut payer la meilleure école, les meilleurs cours du soir, les meilleurs cours particuliers le week-end et ils ne tolèrent donc plus que l'on réprimande leur progéniture ou que l'on lui mette une mauvaise note. Donc ils se plaignent des enseignants. Parfois, ils en viennent aux mains ou les harcèlent chez eux, au téléphone la nuit. Beaucoup de familles portent même plainte pour "abus émotionnels" sur leur enfant. Ces sacrifices financiers ou personnels ont créé un environnement de stress pour les parents et les élèves et cela semble s’être traduit par la maltraitance des enseignants. Les syndicats se fâchent en particulier contre une loi de 2014 sur la protection de l'enfance qui stipule que les professeurs accusés de maltraitance d'enfants sont automatiquement suspendus. Les parents d'élèves mécontents en abusent. Un enseignant a ainsi fait l'objet d'une plainte après avoir refusé de réveiller un enfant réfractaire en lui téléphonant tous les matins, raconte encore la BBC. Un autre a été dénoncé pour "violence psychologique" après avoir retiré des autocollants de récompense à un garçon qui avait coupé son camarade de classe avec des ciseaux. Ou encore, Kim Su Jin, enseignante en école primaire, qui a fait l'objet d'un signalement pour être intervenue alors qu'un élève en colère s'en prenait à ses camarades de classe. Selon Kwon, jeune prof gréviste lors des manifestations de 2023, cette course à la réussite perturbe profondément les élèves : «Ils ne savent pas comment relâcher la pression, alors ils finissent par se faire mal les uns aux autres.»

 

Historiquement, la figure du professeur était très respectée et les règles envers les élèves très strictes. Ces derniers ont même longtemps subi des châtiments corporels de la part de leurs enseignants. Mais depuis une vingtaine d’années, plusieurs réformes ont été mises en place pour protéger les enfants. Celles-ci sont allées trop loin, d’après les enseignants. Ils sont désormais tétanisés par la possibilité de faire l’objet d’une plainte de parents d’élèves pour "contrainte émotionnelle" et d’être immédiatement mis à pied. Durant l’été 2024, des milliers de professeurs ont démissionné, créant des manques de personnel dans de nombreux établissements. Les enseignants se plaignent notamment du manque de valorisation de leur travail au travers des salaires trop faible. Comme le souligne le Korea Herald dans une étude publiée en 2024, 20 professeurs en moyenne mettent fin à leurs jours chaque année en Corée du Sud. 168 enseignants se sont suicidés entre 2015 et 2024, et 86 d’entre eux (soit 51,2%) étaient des enseignants issus d’écoles primaires. L’agence de presse Yonhap, qui cite des données d’une enquête datant de décembre 2025, révèle que "les actes d'atteinte classés comme blessures, agressions et violences sexuelles à l'encontre des enseignants" ont augmenté chaque année en Corée, passant de 144 cas en 2020 à 389 cas rien que pour le premier semestre de 2025. La Fédération des syndicats enseignants coréens a également publié une enquête au printemps 2026, dévoilant que 49,6% des 7180 enseignants interrogés ont subi une violation de leurs droits d'enseignement de la part des élèves, et 47,7% de la part de tuteurs.

 

Face à la grogne des professeurs, le gouvernement a fini par réagir et a pris une série de mesures afin de les protéger. Mais aucune réforme globale du système scolaire visant à alléger la pression générale ne semble être dans les tuyaux. En 2026, le K-drama Que ça vous serve de leçon, malgré les critiques entourant le webtoon, a fait beaucoup parler en s’intéressant à l’insécurité dans le milieu scolaire, et présente différentes "affaires" liées à des élèves turbulents ou violents. … et inspire même les politiques. Une organisation similaire au Bureau de défense des droits éducatifs, mis en scène dans la fiction, pourrait même voir le jour au pays du matin calme, plusieurs élus issus de différentes provinces de Corée du Sud ont proposé la création d’un bureau de protection des enseignants, en partie inspiré de celui vu dans la série Netflix. Évidemment, ce potentiel bureau ne sera pas totalement similaire à celui vu dans Que ça vous serve de leçon. Ce projet devrait "davantage fonctionner comme une structure de coordination". En Corée du Sud, un comité est déjà en place pour protéger les droits des enseignants, comme le souligne le média coréen Chosun. Le "Comité régional de protection des droits des enseignants" a été créé en 2024, après le décès d’une enseignante, tragédie ayant inspiré l’épisode 5 de Que ça vous serve de leçon. Il permet aux enseignants de signaler des cas d’atteinte aux activités éducatives. 

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://altselection.ouest-france.fr/en-coree-de-plus-en-plus-de-jeunes-enseignants-quittent-la-profession-apres-le-drame-de-2023/, https://www.franceinfo.fr/replay-radio/bientot-chez-vous/coree-du-sud-le-ministere-de-l-education-souhaite-proteger-les-enseignants-du-harcelement-des-parents-d-eleves_6047225.html, https://www.franceinfo.fr/replay-radio/le-club-des-correspondants/enseignants-les-bons-salaires-en-suede-ou-en-coree-du-sud-n-empechent-pas-des-situations-de-maltraitance_6284832.html, https://www.lessentiel.lu/fr/story/coree-du-sud-profs-276635761915, https://www.liberation.fr/international/asie-pacifique/en-coree-du-sud-des-profs-a-bout-dans-un-pays-obsede-par-leducation-20230902_YY2TF5KG6BHGHM6TIAE4FFHUUM/, https://www.nzz.ch/english/teacher-suicides-reveal-troubles-in-koreas-stellar-school-system-ld.1772387, https://www.programme-tv.net/news/series-tv/403573-que-ca-vous-serve-de-lecon-netflix-lepisode-5-est-inspire-dune-tragique-histoire-vraie/, https://www.programme-tv.net/news/series-tv/404211-que-ca-vous-serve-de-lecon-le-bureau-de-defense-des-droits-educatifs-vu-dans-la-serie-netflix-pourrait-devenir-realite-en-coree-du-sud/, https://www.rfi.fr/fr/podcasts/%C3%A0-la-une-en-asie/20240911-la-rentr%C3%A9e-scolaire-en-cor%C3%A9e-du-sud-marqu%C3%A9e-par-le-manque-de-personnel-et-les-cas-de-harc%C3%A8lement, et https://www.rts.ch/info/monde/14289932-en-coree-du-sud-les-enseignants-en-colere-apres-une-vague-de-suicides.html.

 

Merci !

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