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jeudi 17 juillet 2025

La guerre de Sécession, ou les États désunis d’Amérique

La guerre de Sécession demeure méconnue du public français. Sans doute parce qu'elle est la principale tragédie de l'histoire des États-Unis, et qu'elle contredit ainsi l'idée familière selon laquelle l'expérience américaine aurait été essentiellement paisible et heureuse. Elle l'a été jusqu'au milieu du XIXe siècle, quand, bouleversée par l'afflux des immigrants, l'éveil du nationalisme et des extrémismes, la remise en cause de l'esclavage, l'Union découvre soudain sa fragilité. Les compromis qu’à trois reprises (Compromis du Missouri en 1819, Compris de 1850, et Acte du Kansas-Nebraska en 1854), auxquels le gouvernement fédéral a recouru et qui ont marqué sa naissance en 1776 n’ont apporté qu’un équilibre précaire ne résistent pas à un triple conflit : politique, entre l'autorité fédérale et celle des États; idéologique, entre esclavagistes et antiesclavagistes; économique et social, entre deux civilisations : le Nord, industriel, antiesclavagiste et fidèle à l'autorité fédérale, et le Sud, agricole, esclavagiste et attaché aux droits des États, clivage qui n’a fait que s’accentuer au fil des années car il existait entre eux un antagonisme de mœurs, d’instincts, mais aussi d’intérêts. Sur le plan économique, les divergences étaient nettes entre le protectionnisme préconisé par le Nord et le libre-échange réclamé par le Sud pour favoriser ses exportations de coton, et les tensions se sont cristallisées autour de la question de l’esclavage, car au-delà du débat moral, celle-ci est devenue peu à peu un problème politique à mesure que s’est développé le mouvement d’expansion vers l’Ouest. Très vite, les planteurs du Sud et les fermiers libres du Nord se sont disputés la possession de ces terres réputées riches et fertiles, que l'élection de Lincoln, en 1860, cet avocat, élu de l’Illinois, s’est déclaré abolitionniste dès 1837, précipite dans un sanglant affrontement qui ne prendra fin qu'avec la reddition complète du Sud en 1865. Soucieux de préserver coûte que coûte l’unité du pays – et conscient que le prolétariat du Nord n’est guère enclin à voir arriver en masse des Noirs sous-payés dans leurs usines… –, Lincoln ne fait pas de l’abolition pure et simple de l’esclavage une priorité absolue. Mais les affrontements qui débutent en 1854 dans le Kansas, qui se prolongent jusqu’en 1860 préfigurent la guerre à suivre et sont une autre raison du conflit. Le 24 décembre 1860, la Caroline du Sud déclare l’union des Etats américains dissoute et adopte une ordonnance qui dénonce «l’hostilité croissante de la part des non-esclavagistes». Elle est le premier État à faire sécession. Entre janvier et février, La Caroline du Sud est rejointe par six autres Etats désirant faire sécession : le Mississippi, la Floride, l’Alabama, la Géorgie, la Louisiane et le Texas. En février 1861, lorsque la Confédération prend forme, elle compte déjà sept états. Au total, elle en rassemblera onze début mai, de la Virginie au Texas avec la Virginie, l’Arkansas, le Tennessee et la Caroline du Nord. Mais, contrairement à une idée reçue, les Américains espéraient éviter de recourir aux armes. Une conférence de la paix s’est d’abord tenue le 4 février, sans succès, à Washington. Jefferson Davis, le président des États confédérés, a répété que les sudistes désiraient avant tout que le gouvernement fédéral les «laisse en paix». De son côté, Lincoln a lancé des paroles d’apaisement, de conciliation et des appels à la fraternité lors de son discours inaugural. Mais aucun terrain d’entente n’était possible… Quatre années pendant lesquelles un peuple encore mal soudé, miné par ses contradictions, d'un peu plus de 30 millions d'âmes dont 4 millions d'esclaves noirs, s'est affronté en continu, divisé en deux camps inégaux, invoquant chacun sa propre définition de la liberté, et ce sur un territoire plus vaste que l'Europe. Une guerre mobilisant 3 millions de combattants, voyant plus de 10 000 engagements militaires distincts.
 
En 1861, la guerre de Sécession éclate aux États-Unis. La jeune nation américaine, puissance en devenir, ne parvient plus à contenir les antagonismes qui opposent les États du Nord et ceux du Sud. Entre le Nord abolitionniste et le Sud esclavagiste, rien ne va plus. La Guerre de Sécession, est la première guerre industrielle et funeste annonciatrice de la guerre de 14-18…. Au début des hostilités, le mouvement sécessionniste n’a pas réussi à gagner ces états frontaliers, notamment le Kentucky et le Missouri, où l’esclavage était légal. Le Kansas, tout près, n’avait pas encore le statut d’état fédéré, mais les mêmes divisions y avaient cours. Ces territoires sont restés fidèles à l’Union, mais une partie de la population n’a pas caché ses sympathies pour la cause rebelle, si bien que les deux camps y recrutaient des volontaires. De plus, les routes y étaient rares et peu sûres, tout comme les villes. Le déclenchement de la guerre de Sécession a exacerbé les divergences politiques entre les cinq tribus amérindiennes et a conduit les Choctaws et les Chickasaws à fournir des hommes à la Confédération, tandis que les Séminoles à l'Union. Les Creeks étaient divisés entre l'Union et la Confédération, tandis que la guerre civile divisait la nation Cherokee, principalement entre ceux qui soutenaient Stand Watie, général de brigade de l'armée confédérée, et John Ross, qui soutenait majoritairement la cause de l'Union. Commencée dans l'improvisation, quand la guerre éclate le 12 avril 1861 avec le bombardement par les confédérés du fort Sumter en baie de Charleston, en Caroline du Sud, les États-Unis n’ont que 16 000 soldats, et il va falloir improviser deux armées, cette lutte fratricide entraîne vite la mobilisation totale des hommes puisque le Nord avec 20,7 millions d’habitants va former une armée de 700 00 hommes et le Sud avec 9,15 millions d’habitants, mais 3,65 millions d’esclaves noirs, va en former une de 400 000 hommes, et des ressources, avec des conséquences particulièrement meurtrières avec la démocratisation de la balle Minié, inventée quelques années plus tôt par un ingénieur et officier de l'armée française, qui rend les fusils des belligérants beaucoup plus efficaces, permettant ainsi un tir très précis sur près d'un demi-kilomètre de distance, elle fracasse les os et contraint très souvent les chirurgiens à l'amputation, et dès le départ l’Union a un avantage net : sa supériorité dans les mers où serpentent de véritables forteresses flottantes bardées de bouches dévastatrices. Sur les mers, les belligérants mettent au point les premiers cuirassés et sous-marins qui stupéfient le monde et bouleverse l’ordre diplomatique. Il pourra imposer un blocus maritime le 19 avril sur les côtes du Sud, même si 12 bateaux confédérés attaqueront comme coursiers, le plus célèbre, l’Alabama fera 64 prises d’août 1862 à juin 1864, avant de couler au large de Cherbourg. Les confédérés inventeront un sous-marin, le Hunley qui coulera l’USS Housatonic avant de sombrer en Février 1864. Tout cela vient du chef des armées de l’Union, le général Scott, qui met au point un plan d’encerclement de la Confédération, dit «Anaconda», passant par un blocus naval et le contrôle de l’axe du Mississippi. Pendant quelques mois, les deux camps entretiennent l’illusion qu’une simple bataille à l’ancienne réglera le différend. Du côté de l’Union, le dessinateur Alfred Waud, le reporter Sam Wilkerson du New York Times, les photographes George N. Barnard, James F. Gibson, le célèbre Mathew Brady du Harper’s Weekly ou Timothy O’Sullivan vont permettre de s’informer sur le conflit et les soldats sudistes se laissent photographier par les photographes nordistes. Et comme l’Américaine Clara Barton, et «Dragon Dix», surnom de l’impitoyable surveillante en chef des infirmières nordistes Dorothea Dix, durant la guerre de Sécession (1861–1865), les femmes investissent le champ des secours médicaux. Diplomatiquement, Le tsar Alexandre II et Bismarck soutenaient tous les deux le Nord. Les Russes voyaient les États-Unis comme un contrepoids essentiel à la Grande-Bretagne et à la France (la Russie avait récemment combattu contre ces pays lors de la guerre de Crimée). Face à la rébellion de la Pologne en 1863-1865, la Russie soutint davantage l’Union. La Prusse considérait également les États-Unis comme un contrepoids utile, mais, engagée dans un processus d’unification des États germaniques en un seul empire, elle avait également des bonnes raisons d’approuver l’usage de la force par Lincoln pour le maintien de l’Union. La Suisse, qui vécut sa propre guerre civile en 1847, n’était pas non plus inclinée à soutenir la sécession sudiste. Giuseppe Garibaldi, à qui Lincoln proposa un poste de général, soutenait le Nord à cause de l’esclavage. La Grande-Bretagne et la France étaient cependant les deux pays déterminants, car leur intervention aux côtés du Sud aurait certainement assuré l’indépendance de la Confédération. Cependant, la rébellion en Pologne (1863-1865) et la guerre prusso-danoise (1864) préoccupèrent davantage la majorité des pays européens (et leurs habitants).

 

Sur le plan terrestre : il y a 3 phases. Cela est visible à travers les guerres de tranchées, les sièges en règle des villes et leurs destructions systématiques, le harcèlement des civils, et la malaria, la variole, la fièvre typhoïde, la rougeole et la dysenterie qui emportent les hommes plus sûrement que le feu des canons. Des brevets de canons toujours plus puissants et mobiles fusionnent avec les nouveaux systèmes de propulsion vapeurs et les innovations sidérurgiques. Il y aura des incidents diplomatiques, le plus grave, celui dit du Trent, fin 1861, étant même à deux doigts de provoquer une guerre anglo-américaine. De 1861 à 1862, ces sont les victoires sudistes grâce à de brillants stratèges, tels que Lee, Jackson, Stuart, Longstreet et Beauregard venant à bout des armées de l’Union à la première bataille de Bull Run (juillet 1861) après que le général McDowell dut lancer une offensive prématurée en Virginie du Nord avec des troupes mal préparées, cette défaite conduit ainsi l’Union à bâtir un véritable outil militaire, dont la mission est confiée au général George McClellan, qui se révèle un organisateur hors pair et fait du mélange de ses volontaires et des régiments professionnels une véritable armée, et il pense alors que cela suffira à dissuader le Sud d’entrer dans un conflit plus intense, qu’il ne souhaite pas, mais ses hésitations incessantes, qui agacent Lincoln, l’empêchent d’utiliser son avantage numérique et matériel, aux batailles des sept jours (25 juin-1er juillet 1862), du fait qu’il ne parvient pas à se décider suffisamment vite et laisse l’initiative au nouveau général sudiste de l’armée de Virginie, Robert Lee aidé par la cavalerie de «Stonewall» Jackson qui contraint ses forces à se replier vers le nord, ce qui décide Lincoln à remplacer le général George par le major John Pope qui lors de la seconde bataille de Bull (29-30 août 1862) fut lourdement vaincu par Lee, cela marqua le retour de McClellan, et le Sud subit une seule défaite majeure à Antietam (17 septembre 1862) lorsqu’il tenta d’envahir le Maryland dans l’espoir de prendre Washington après la campagne malheureuse menée par le général nordiste McClellan en Virginie, mais ce dernier, une fois de plus, ne cherche pas à profiter de son avantage, alors que et Lee l’emporte à nouveau à Fredericksburg (13 décembre 1862), où Ambrose Burnside perd 15 000 hommes,. La guerre a donne lieu à des règlements de comptes entre voisins entre 1861 et 1865 au Kansas. Des bandes de partisans ont vu le jour. Dans le Missouri, en particulier, une terrible guérilla a fait rage entre les Bushwackers, ces francs-tireurs confédérés chez lesquels le jeune Jesse James fait ses premières armes, et les Jayhawkers, ces sympathisants de l’Union tout aussi enclin à la maraude et au pillage. Une véritable école pratique de banditisme pour nombre de futurs hors-la-loi… En avril 1862 dans le Missouri, l’Union les déclare hors-la-loi William Quantrill, Franck James (frère de Jesse James, qui rejoindra la bande fin 1863), ainsi que leurs cousins, Cole et Jim Younger, et William Anderson (dit Bloody Bill) que poursuivent les troupes de l’Union. Ces batailles balaient progressivement toutes les illusions d’une guerre courte et peu meurtrière. De plus, 500 000 esclaves fuient les plantations et 180000 hommes se portent volontaires dans l’armée de l’Union. L’année 1862 voit le Nord commencer à recruter des Noirs, dans des régiments ségrégués, en août 1862, mais aussi un affaiblissement de la Confédération sur le front de l’Ouest même si les chefs de l'armée sudiste multiplient les coups d'éclat, tandis qu’à l’est les deux forces se tiennent en respect. La situation du front de l’Ouest était différente. L’Union l’emportait, prenant contrôle du territoire au nord du fleuve de Mississipi grâce au général Ulysses S. Grant, tenace et moins bravache que McClellan, parvient à briser les lignes de défense confédérées dans le Kentucky et le Tennessee, une position maintenue après la bataille de Shiloh (6-7 avril), où Grant fait fuir Johnston et Beauregard, ainsi qu’au sud après la conquête de la Nouvelle Orléans (28 mai 1862) par le contre-amiral David Farragut. Les divisions au Sud étaient profondes. Le président Jefferson Davis se brouilla avec son vice-président qui le dénonça publiquement, et la violence régnait souvent lors des débats du Congrès de la Confédération. À la fin de 1862, les progrès réalisés aussi bien dans l'armement que dans la tactique changent le visage de ce conflit. Le télégraphe comme les chemins de fer y sont pour la première fois largement employés. La troupe commence à être dotée de la carabine rayée (équipée d'un chargeur de 7 cartouches logées dans la crosse) et de la mitrailleuse, inventée par R. J. Gatling à Chicago. C'est cependant dans la marine que sont réalisés les progrès les plus spectaculaires : les bateaux, surtout ceux du Mississippi, sont bardés de plaques de fer. Et le manque de victoire des nordistes s’explique par la difficulté pour le Nord de trouver un leader militaire. En effet McClellan est relevé de son commandement en novembre 1862, Burnside en janvier 1863, au moment où les circonstances de la guerre devaient ensuite amener Lincoln à proclamer l’abolition, moins pour des principes moraux que pour affaiblir le Sud, militairement supérieur jusque-là, et Hooker en juin 1863. Les autorités de l'Union et de la Confédération ont exploité les divisions au sein des tribus amérindiennes pour servir leurs propres objectifs stratégiques en enrôlant des hommes, en signant des traités, en encourageant les effusions de sang et même en utilisant la force de la guerre pour en tirer profit. Opothleyahola, le chef des Creeks, et ses hommes devenus bleus menèrent une série d’attaques éclairs dans l’Arkansas et dans les Territoires indiens. Leurs cibles : Fort Wayne, en octobre 1862, et surtout Cabin Creek, en juillet 1863, où ils se distinguèrent en partant à la rescousse d’un train d’approvisionnement capturé par les troupes de Stand Watie. Les régiments cherokees participèrent à plusieurs batailles pendant la guerre de Sécession, notamment à Pea Ridge en mars 1862, en Arkansas. Les Creeks fidèles à l’Union, malgré la mort de leur chef Opothleyahola, en mars 1863 continuèrent leurs raids victorieux. Les troupes Keetoowah n'étaient pas motivées à combattre aux côtés des rebelles, mais qu'elles ont combattu vaillamment lorsqu'elles ont changé d'allégeance pour le Nord. 

 

En 1863, des émeutes contre les Noirs avaient régulièrement lieu dans certaines parties du Nord dès le mois de juin, celles de New York étant dirigées tout autant contre les Noirs que contre le gouvernement fédéral. Un des raisons était l’introduction de la conscription en 1863 qui fut très impopulaire dans l’Union et occasionna des émeutes importantes et violentes à New York, qui purent être réprimées uniquement par les troupes et l’artillerie. Tandis qu’au Sud, avec le blocus le stockage et la spéculation sur les produits essentiels posaient sérieusement problème, ainsi que les émeutes pour la nourriture lorsque les produits de base du Sud vinrent à manquer. On s’échange aussi des prisonniers en grand nombre en 1862-1863, ce qui permet d’éviter les frais de garde et de renvoyer des milliers d’hommes dans les rangs. La crise économique provoquée par le tarissement des exportations de coton du Sud est bien réelle en Europe mais la conduit finalement à se tourner vers d'autres marchés émergents pour compenser : l'Égypte, les Indes et même le Nord des États-Unis, via les territoires occupés, ce qui rend la seule arme économique internationale confédérée inopérante. C’est aussi le tournant de la guerre même si sur le front de l’Est, le Sud gagna la bataille de Chancellorsville (2 mai 1863) voit Hooker perdre, mais Lee perd Stonewall Jackson, sa seconde invasion du Nord pour permettre à la Virginie de «respirer» après deux années de ravages, mais sans doute aussi toujours dans la perspective floue d’influencer le moral du Nord, se solda par un désastre avec Gettysburg du 1er au 3 juillet, l’une des plus meurtrières, au cours de laquelle l’armée confédérée du général Lee a été défaite pat celle du général Meade, mais cette dernière n’est pas décisive, tout en laissant plus de 50 000 tués, blessés et disparus, les officiers ont également payé un lourd prix avec notamment la perte d’une dizaine de généraux; et Vicksburg le 4 juillet où l’Union acheva de contrôler totalement le fleuve Mississipi, et où les tentatives de Grant pour prendre la ville par un siège furent longtemps stoppées, a un plus gros impact en coupant la Confédération en deux, tandis que Quantrill décide de mener le plus audacieux de ses raids, sur la ville de Lawrence au Missouri commettant un massacre le 20 et 21 juin 1863, ce qui lui vaut d’être traqué par l’Union. À partir de ces deux victoires de l’Union, le front de l’Ouest se solde par les victoires de l’Union à la bataille de Honey Springs (également connue sous le nom d'Affaire d'Elk Creek), le 17 juillet 1863, fut un engagement et une victoire importante pour les forces de l'Union dans leurs efforts pour prendre le contrôle du Territoire indien, à Chickamauga (18-20 septembre 1863) et à Chattanooga au Tennessee (24-25 novembre 1863), c’est le moment que les États hésitants de l'Ouest, le Texas et la Louisiane, abandonnent la confédération, malgré que le chef de cavalerie confédéré Nathan Bedford Forrest commença ses opérations dans l'ouest du Tennessee avec une petite unité, mais il réussit à recruter plusieurs milliers de volontaires, dont un certain nombre de soldats vétérans, et il les forma afin qu'ils soient prêts au combat avant leur première confrontation, et le général Sherman ordonna à plusieurs reprises à ses commandants de Memphis d'attraper «ce diable de Forrest», mettant ainsi une prime sur sa tête, et après avoir mené une offensive indépendante pendant plusieurs mois, le 12 avril 1864, des unités de la cavalerie de Forrest encerclèrent Fort Pillow sur le Mississippi, au nord de Memphis qui fut submergée par une force confédérée plus importante, et le massacre aveugle de soldats de l'Union, en particulier afro-américains, fit du massacre de Fort Pillow l'un des massacres les plus horribles de la guerre de Sécession, rivalisant avec d'autres exemples de brutalité de la guerre de Sécession, ainsi que par la prise d’Atlanta en Géorgie (3 septembre 1864) qui contribue à la réélection de Lincoln, loin d’être acquise à l’origine face à son ancien général en chef George McClellan, même si Napoléon III profite de la crise pour prendre pied au Mexique, ce qui inquiète fortement Lincoln et a même des répercussions sur les opérations militaires du Nord en 1863-1864, alors que Quantrill commet un massacre à Fort Baxter dans le Kansas le 6 octobre 1863, mais traqué par les forces de l’Union, Quantrill et sa bande se réfugient au Texas, où ils poursuivent leurs rapines échappant à la capture, puis la bande se disperse en décembre 1863. 

 

Pour l’Union suite à ses succès s’enclenche alors l’invasion du Sud et la défaite en 1864/1865 au moment, où le service est d’une durée indéfinie et on enrôle même les adolescents de 17 ans et les hommes de plus de 50 ans pour servir de garnison et de réserve, le Sud n’est pas non plus monolithique et, commence à se faire à l’idée de se débarrasser de l’esclavage à condition que ça lui permette de préserver son indépendance, cependant la fin de la pratique des échanges de prisonniers en 1863, amena le Sud à ne reconnaitre plus aucune différence de traitement entre prisonniers de guerre noirs et blancs, ce qui expliqua la construction de la prison d'Andersonville, elle fut généralement surpeuplée à partir de février 1864 en raison de la fin de ce système et la mortalité y est élevée, à cause des conditions d’hygiènes, de la faim, comme la maladie, alors qu’en mars 1864 Ulysse Grant s’impose comme général en chef. Sur le front de l’Est, les batailles de la Wilderness (5-7 mai 1864) qui cause des pertes énormes dans les deux camps sans apporter d'issue décisive, de Spotsylvania (8-12 mai 1864) et de Cold Harbor (1-3 juin 1864) se soldent par les victoires de l’Union, même si Forrest dans l'été, remporta l'une de ses plus grandes victoires à Brice's Cross Roads au Tennesse, vainquant une armée deux fois plus nombreuse que la sienne. En Virginie, la cavalerie de Sheridan a mené d’importantes opérations de harcèlement pour détruire les communications adverses lors des campagnes de la vallée de Shenandoah (mai-octobre 1864), tandis le général de division Sterling Price qui conduisit une expédition vers le Missouri se retrouve face aux forces de l’Union la bataille des Marais des Cygnes qui eut lieu dans le comté de Linn, au Kansas et dut se retirer. C'est à l'ouest que la décision se précise. Elle est marquée d'abord par la capture de la flotte sudiste à Mobile le 5 août 1864 et surtout le fameux raid qu'effectue le général William T. Sherman, chargé par Grant de la conduite des opérations à l'ouest. Parti de Chattanooga au début de mai 1864, il arrive après quatre mois de marche et de combats à Atlanta, capitale de la Géorgie, où il livre le 2 septembre une très dure bataille aux sudistes. Tecumseh Sherman après avoir pris Atlanta fait la «Marche à la Mer» d’octobre à décembre 1864 jusqu’à la prise de Savannah le 21 décembre Désormais, les États du Sud sont coupés en deux, et les possibilités de résistance diminuent de jour en jour. Les généraux sudistes conservent toutefois un moral à toute épreuve, et Sherman est obligé de continuer la lutte. Il repart en janvier 1865 pour donner la main au général Grant, qui continue d'exercer une forte pression sur Lee dans le nord de la Virginie. Le 31 janvier 1865, le Congrès adopte le 13e  amendement de la Constitution qui abolit définitivement l’esclavage sur l’ensemble du territoire américain. Dans le Sud, le général Lee est nommé commandant en chef des armées des États confédérés d’Amérique également le 31. Cependant, après s'être emparé de Columbia le 17 février et profitant de la chute de Charleston le 18, Sherman est vainqueur du général sudiste Johnston à Bentonville le 25 mars. Le 1er avril, les forces de l’Union s’emparent de Mobile, Selma et Montgomery, en Alabama. Alors qu’à l’ouest, les victoires du général Grant s’enchainent, il réussit à prendre Petersburg et Richmond, le 2 avril, et c’est une division noire qui occupe la première la capitale confédérée, tout cela grâce à ses principaux lieutenants ont été aussi à la hauteur de la situation pour inverser la tendance et tirer plein avantage de la supériorité de leurs moyens humains et matériels. Le conflit prend fin avec la reddition des restes de la principale armée sudiste, commandée par le général Lee à Appotomax Couthouse, en Virginie, le 9 avril 1865. La capture du reste du gouvernement confédéré le 10 mai 1865, et de Quantrill dans le Kentucky, ce dernier touché à la colonne vertébrale, meurt en prison le 6 juin, et ses comparses, les frères James et Cole, vont longtemps continuer leurs activités criminelles et former le plus célèbre gang de l’après-guerre, ou encore la reddition de la dernière armée confédérée le 26 mai 1865 mettent fin définitivement à cette guerre, alors que le 23 juin 1865, le général de brigade confédéré Stand Watie fut le dernier officier à rendre son commandement. Les Noirs représentaient alors dix pour cent des troupes de l’Union. L’assassinat de Lincoln 5 jours après la reddition de Lee à Appomattox, assombrit la fin de la guerre, le 14 avril 1865. Plus rien ne s’oppose donc à la libération des Afro-Américains. Le 13e amendement à la Constitution fédérale, qui abolit définitivement l’esclavage sur l’ensemble du territoire américain sera approuvé le 18 décembre, provoquant l’affranchissement de quatre millions d'esclaves. Sur le plan politique, il faut attendre la déclaration officielle de la fin de la guerre civile par le président Andrew Johnson le 20 août 1866.

 

La guerre de sécession a fait plus de victimes militaires à elle seule – 620 000 dont 360 000 nordistes - que tous les autres conflits (Viêt-Nam compris) dans lesquels les États-Unis se sont engagés depuis 1776. Une société nouvelle émergea de la guerre, très différente de celle qui avait vu le jour avec l'Indépendance. De même, La période de «reconstruction» qui suit la guerre elle-même est marquée d’hostilités se prolongeant jusqu’en 1877, notamment du fait des violences meurtrières du Ku Klux Klan. Pour veiller au maintien de l’ordre et garantir aux Noirs leurs nouveaux droits, le gouvernement fédéral a écarté les anciens dirigeants rebelles des affaires publiques et appliqué la loi martiale, au grand dam des sudistes, rendus amers par le poids de la défaite et la suppression de l’esclavage, institution sur lequel reposait tout leur édifice socio-économique. Entre 1865 et 1877, les États-Unis eurent la double tâche de réunifier politiquement la nation et de fournir au moins une justice minimale pour les esclaves nouvellement libérés. Peu de sudistes étaient préparés à accepter les Noirs comme leurs égaux sur le plan politique ou social. D’un autre côté, et de manière compréhensible, ces derniers ne pouvaient se contenter que d’une citoyenneté complète, avec tous les droits et les privilèges assimilés. En fin de compte, malgré un Congrès dominé par les Républicains radicaux, qui vota une procédure de destitution (impeachment) du successeur de Lincoln, le président Andrew Johnson, accusé d’être trop clément envers les sudistes blancs tout en ne faisant pas grand-chose pour les anciens esclaves, le besoin de regagner la loyauté de la population blanche l’emporta sur la nécessité d’accorder aux Noirs leurs droits politiques complets. Après le retrait des dernières troupes fédérales en 1877, les États du sud, avec une souveraineté intérieure retrouvée, introduisirent la ségrégation et privèrent les Noirs progressivement du droit de vote (entraînant un exode hors des États du Sud). La rancœur est restée vive. Ce n’est qu’en 1941, pour vous donner un exemple, que les habitants de Vicksburg, dans le Mississippi, hissent à nouveau la bannière étoilée pour les festivités du 4 juillet. Cette situation ne devait pas être sérieusement contestée avant le mouvement des droits civiques des années 1950 et 1960. À la fin du conflit, les soldats et les tribus amérindiennes perdirent des terres au profit des États-Unis, provoquant la division entre sang pur et sang métis. Les terres furent administrées par le ministère de l'Intérieur, et celles où les Cinq Tribus s'installèrent furent désorganisées et en ruines. De cette mutation, qui s'apparente à une révolution, cette guerre a provoqué 160 ans de débats et de polémiques, comme un écho lointain mais toujours bien présent. La guerre de Sécession a longtemps donné une vision idéalisée du vaincu, de la «cause perdue», dont les grands capitaines ont été «quasiment sanctifiés», notamment Lee et Jackson. Aucune des grandes figures du Sud n’a été jugée ni condamnée, par crainte d’ouvrir à nouveau des plaies à peines refermées. L’ensemble donnant une vision romantique du «Vieux Sud», «occultant la centralité […] de l’esclavage comme toile de fond». En effet, il ne faut pas oublier que la Confédération sudiste avait provoqué la guerre civile «en cherchant à préserver par l’indépendance son modèle de société» basé sur l’esclavage des populations noires. Au travers de Naissance d’une Nation de D.W.Griffith comme d’Autant en emporte le vent ou même jusqu’aux années 90 du splendide Gettysburg et du moins réussi Gods and Generals de R. Maxwell, c’est plutôt la geste confédérée qui a tenu le devant la scène, largement embellie et magnifiée, au point de chercher à noyer voire à effacer la centralité de l’esclavage dans le projet sécessionniste.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Ken Burns, The Civil War, 7 épisodes, PBS, 1990 (documentaire), et https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/01/22/la-guerre-de-secession-1861-1865-sur-arte-tv-la-repetition-generale-des-conflits-du-xx-siecle_6510416_3246.html, James M. McPherson, La guerre de Sécession 1861-1865, Éditions Bouquins, 1991, Farid Ameur, La Guerre de Sécession, Que Sais-Je ?, n° 914, PUF, 2004, et La Guerre de Sécession. Images d’une Amérique déchirée, François Bourin Éditeur, 2011, et https://www.agentsdentretiens.com/entretiens/histoire/farid-ameur/, Duncan Andrew Campbell, La guerre de Sécession, La Restauration revisitée - Les formes de la protestation - Une histoire de l'Etat : Lectures, note critique, dans La Revue d’histoire du XIXe siècle, 35 | 2007, p. 141-159, John Keegan, La guerre de Sécession, Editions Perrin, 2013, et https://clio-cr.clionautes.org/la-guerre-de-secession.html, Bruce Tap, The Fort Pillow Massacre : North, South, and the Status of African Americans in the Civil War Era, Routledge, 2013, Blood and Glory: The Civil War in Color, History Channel, 2015 (documentaire), et https://jfladeve.wordpress.com/2016/08/25/la-guerre-de-secession-en-couleurs/, Clint Crowe, Caught in the Maelstrom: The Indian Nations in the Civil War, 1861-1865, Savas Beatie, 2019, et https://emergingcivilwar.com/2020/02/11/book-review-caught-in-the-maelstrom-the-indian-nations-in-the-civil-war-1861-1865/, Vincent Bernard, La guerre de Sécession, la grande guerre américaine, Passes Composes, 2022, https://clio-cr.clionautes.org/la-guerre-de-secession-la-grande-guerre-americaine-1861-1865.html, https://www.breizh-info.com/2022/01/16/177899/guerre-secession-vincent-bernard/, https://www.lefigaro.fr/vox/histoire/la-guerre-de-secession-est-le-miroir-de-la-societe-americaine-d-aujourd-hui-20220311, et https://www.nonfiction.fr/article-11223-la-guerre-de-secession-un-point-de-bascule-dans-lhistoire.htm, https://lelephant-larevue.fr/thematiques/la-guerre-de-secession-des-etats-desunis-en-guerre-civile/, https://www.geo.fr/histoire/les-grandes-etapes-de-la-guerre-de-secession-201481, https://www.geo.fr/histoire/chronologie-de-la-guerre-de-secession-la-civil-war-en-44-dates-203314, https://www.geo.fr/histoire/guerre-de-secession-des-peaux-rouges-dans-un-conflit-de-blancs-203336, https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/guerre_de_S%C3%A9cession/143727, https://www.lhistoire.fr/carte/la-guerre-de-s%C3%A9cession-1861-1865, https://www.slate.fr/story/129416/trump-election-fantomes-esclavagistes-kansas, et https://www.slate.fr/story/266636/drogue-guerre-de-secession-etats-unis-soldats-traitement-blessures-opioides-crise-addiction-overdose-histoire

 

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lundi 14 juillet 2025

1789-1792, la révolution entre réussites, malentendus et crise

En ce 14 juillet, nous allons voir une histoire de la Révolution française, qui  a bouleversé la société française, ainsi que le monde entier, agitées par de profondes mutations, ont transformé les choses existantes en symboles. C'est ainsi que la grande politique est à même de changer un pays.

 

Le royaume de France sort affaibli (économiquement et territorialement) des règnes de Louis XIV et de Louis XV. Durant le règne de Louis XVI, la misère et les injustices vécues par la majorité des Français contrastent avec la grande vie menée à la Cour. C’est dans ce contexte que la monarchie français doit faire face à deux défis : le soutien à la révolte des 13 colonies anglaises d’Amérique, qui grève considérablement les caisses de l’État et le «mouvement des Lumières», qui remet en question la monarchie absolue, et plusieurs années de récoltes médiocres ou franchement mauvaises ont enfin fragilisé les couches les plus pauvres de la société française mais aussi la petite bourgeoisie des métiers qui redoute le déclassement. En ville et dans les campagnes, les tensions et rébellions se multiplient entre janvier et avril 1789, dont 105 en avril (en Provence, en Île-de-France et Normandie); conflits du travail où le monde des journaliers entre en conflit avec les fermiers dans les riches terres d’Île-de-France (les «bacchanals»), le plus bel exemple est l’émeute à la manufacture Réveillon entre le 26 et 28 avril 1789. L’État monarchique, gangréné par une situation financière dramatique, et qui se heurte à l’impossibilité de toute réforme fiscale, ne peut répondre alors aux envies de changements, du fait que plusieurs ministres se succèdent – Turgot, Necker, Calonne – et tentent de supprimer les avantages fiscaux, et son image est assombrie par plusieurs affaires, comme celle du Collier de la reine en 1785, par les libelles mettant en cause la reine, ses favoris et ses dépenses. En 1789, la situation n’est plus tenable pour le roi, la monarchie, incapable de se réformer, l’aristocratie, attachée à ses privilèges, la bourgeoisie, enrichie par la prospérité économique de la veille et enhardie par les Lumières au point de vouloir gouverner, et les éclats inattendus, anciens dans beaucoup de leurs traits, nouveaux dans d’autres, du prolétariat des villes et des campagnes subitement poussé à de brutales et massives initiatives. Face à l’échec des tentatives de réformes, il doit faire appel aux États généraux après l’échec de la réunion des Notables pour sauver le pays de la banqueroute en février 1787 et que l’aristocratie parlementaire met en échec le «despotisme ministériel» de Calonne puis de Brienne en 1788 après que les élites éclairées du Tiers ont défendu avec véhémence et violences la «cause parlementaire» à Paris, Pau, surtout Rennes et Grenoble, obligeant le roi à rappeler Jacques Necker le 25 août 1788, que tout le monde, des parlements au peuple, semble réclamer, en même temps qu’il demande aux Français de noter leurs revendications dans des cahiers des doléances. Cet espace de liberté d’expression débouche sur un «horizon d’attente inouïe» au moment des États-généraux. Mais ce consensus apparent se brise sur la question de l’organisation de l’Assemblée : doublement ou non du Tiers ? Vote pas tête ou par ordre ? Bien aidé durant l’automne 1788 par la Société des Trente, le Club des enragés, les Amis des Noirs... qui voit en même temps que les  journaux, les brochures et libelles, les sociétés de pensée se multiplier, où de jeunes nobles libéraux se réunissent avec d'autres hommes, sans souci des rangs ni des origines. Ils lisent les philosophes, Montesquieu, Rousseau, et ils sont animés de la même conviction : "Le Tiers État n'est point un ordre, il est la nation". Les élections aux États-généraux en mars 1789 dans les provinces se déroulent dans une improvisation totale faute d’instructions du pouvoir et voient onze nobles élus au sein du tiers état comme le baron Malouet, Antonelle, André Cottin, le comte Roederer, Le Chapelier et Mirabeau, plébiscité par de véritables émeutes à Marseille, et trois membres du clergé comme l’abbé de Sièyes, qui devient célèbre dès 1788 par son Essai sur les privilèges, encore plus par sa brochure de 1789 Qu'est-ce que le Tiers-État ?, dans lequel on compte environ 200 avocats, une centaine de commerçants, d'industriels et de banquiers parmi lesquels se trouvent Bailly, Camille Desmoulins, Mounier, Barnave, Lanjuinais, Robespierre qui publie à L'adresse à la Nation Artésienne, Pétion, Touret rendu célèbre par son Avis aux Bons Normands, Buzot, le pasteur Rabaut Saint-Étienne, au sein de la noblesse, on trouve des hommes favorables aux réformes comme Duport, le duc d’Orléans, La Fayette, La Rochefoucauld, le vicomte de Noailles, les frères Lameth, ou le duc d’Aiguillon, comme dans le clergé, l’abbé Grégoire et Talleyrand-Périgord, même s’ils ne sont pas élus, Condorcet et Brissot, auteur du journal Le Patriote Français, appuient à travers leurs écrits ceux qui souhaitent réformer le royaume, ce sont ces derniers formaient le «Parti patriote», mais les élus du clergé parmi eux l’archevêque de Bordeaux, Champion de Cicé, Anne Antoine Jules de Clermont-Tonnerre, évêque de Châlons-sur-Marne, et l’abbé Maury, et de la noblesse parmi eux l’officier Stanislas Marie Adélaïde, comte de Clermont-Tonnerre, dans leur grande majorité ne voulaient aucun changement et formaient le «Parti aristocratique», et, associée à la nécessité de rédiger des doléances qui le furent, en toute liberté, le plus souvent à la fin de l’hiver 1788 et au début du printemps 1789, génèrent une ambiance électrique entre espoirs et tensions. Ils proviennent de tous les coins du pays et incarnent la France des villages et des campagnes mais aussi des grandes villes. L’impôt pour tous, l’abolition des taxes sur les produits de première nécessité, une même justice pour tous, le mariage des prêtres, l’encadrement des loyers à Paris : des revendications d’une étonnante contemporanéité. Mais la situation échappe au roi : c’est le début de la «révolte». C’est portés par l’enthousiasme et l’attente suscités par ces élections associées à la légitimé qu’elles leur apportent que les députés du tiers arrivent à Versailles au début du mois de mai 1789. Le 4 mai 1789, la grande messe et procession d'ouverture des états généraux a lieu en présence du roi. Le sermon donné par l’évêque La Fare avait pris à partie les réformateurs trop avancés avec les dépenses exagérées de la Cour. Les députés du Tiers sont humiliés avec le port de l’habit noir, la présentation en masse au roi dans la «Chambre» et non dans le «Cabinet» plus intime, l’organisation de la procession, le Tiers en tête, loin du roi donc. Les dissensions éclatent au grand jour au moment de vérifier les pouvoirs des députés le 5 mai 1789 à Versailles et alimentent un climat de défiance à l’égard du pouvoir, laissant libre cours aux rumeurs de complots. Mais très vite l’absence de directives comme de consignes de vote de la part de la monarchie crée une situation de flottement et d’inaction propice à la prise d’initiative (et de risque) de quelques députés du tiers. L’action concertée de quelques uns essayant d’entraîner les autres vers l’action, à l’image du Club breton véritable groupe de pression, et de l’intransigeance de la noblesse à refuser de se réunir au tiers pour la vérification des pouvoirs va amener un conflit. Le tiers demande en vain que ce travail se fasse en commun. Pendant plus d'un mois, la situation stagne. Dès le 8 mai, plusieurs députés affirment qu’il faut profiter de ces longues heures passées ensemble pour commencer à débattre de sujets plus larges. Pendant ce temps, la majorité de l’assemblée de la noblesse, occupée à se constituer, refuse d’écouter les dissidents du Dauphiné, qui proposent de négocier avec le Tiers : «Le temps n’est pas venu», affirme d’Antraigues, révélant combien son ordre bloque systématiquement toutes les revendications du Tiers. Le 11 mai, la Noblesse est constituée. Le 13, les choses s’accélèrent. Prenant la parole, Le Chapelier, un des Bretons les plus radicaux, place subtilement les privilégiés devant leurs contradictions en les dénonçant comme les principaux responsables du blocage des États généraux. Théroigne de Méricourt a regagné Paris en mai 1789 pour ne rien rater des États généraux réunis à Versailles. Elle commence à scruter les brochures politiques et s'implique plus que n'importe quelle autre femme au débat public. Elle se rend très souvent dans les tribunes de la salle des Menus-Plaisirs où siègent les États généraux. Le 18 mai, Mirabeau, s’opposant aux Bretons, va encore plus loin. Les députés modérés réussissent à obtenir qu’à partir du 23 mai des conférences soient organisées pour que les trois ordres puissent trouver un terrain d’entente. Mais il est déjà trop tard. Dans l’assemblée du clergé, les prélats conservateurs, habitués aux grandes assemblées de l’Église, manient la tactique de l’obstruction avec talent pour empêcher les curés de parler, ce qui, par contrecoup, augmente la radicalisation des patriotes. Le 27 mai, plusieurs députés proposent de valider la proposition de Le Chapelier afin de devancer une éventuelle intervention autoritaire du roi. Pour Mirabeau, le temps de l’immobilité est passé, le Tiers a «besoin de faire et d’agir». Le 28 mai, le roi fait lire une lettre. Condamnant l’«inaction» de l’Assemblée qui, précise-t‑il, menace directement ses projets et la «prospérité de l’État», il exige que les conférences reprennent. Au sein de la noblesse, les plus libéraux contestent la stratégie de l’intransigeance. Le 29, Lally-Tollendal tente de convaincre les députés nobles qu’ils ne sont plus en position de force et qu’ils ont eux-mêmes intérêt à négocier pour ne pas tout perdre. De leur côté, les députés du Tiers acceptent, mais sous conditions. La mort du Dauphin le 4 juin 1789 transforme Louis XVI considérablement, il devient pacifique et cherche d'abord une entente avec la Révolution. Enfin, le 10 juin, les membres du tiers, impatientés, décident de procéder seuls aux vérifications. Le 11 juin, l'abbé Sieyès, auteur de l'essai fondateur Qu'est-ce que le Tiers état ?, invite les députés des deux autres ordres à rejoindre les «députés des Communes». Aucun ne répond à cette nouvelle invitation; aussi, le Tiers état commence la validation des pouvoirs le 12. Le 12 juin, alors que tout s’accélère, que Sieyès a réussi à lancer un ultimatum aux privilégiés, Bailly ne peut informer le roi de la situation, car celui-ci continue d’aller à la chasse. Pour le tiers état, le ralliement progressif de quelques curés à partir du 12 juin, comme Claude Marolles, curé de Saint-Quentin, joue un rôle décisif. Le 13 juin, les premiers députés du clergé arrivent enfin dans la Grande Salle, bientôt suivis par d’autres. Bien avant que les députés du Tiers ne se proclament Assemblée nationale, un grand nombre de députés présents à Versailles savent qu’une rupture se dessine. L'abbé Sieyès le 15 juin peut présenter sa motion sur la constitution des Communes en «Assemblée des représentants connus et vérifiés de la Nation française». Sieyès prévient toute contestation sur la légitimité de la future Assemblée : les députés alors présents représentent les «quatre-vingt-seizièmes de la Nation». L’entrée en révolution se fait avec la transformation des États généraux en assemblée nationale le 17 juin sur l’initiative de Sieyès, se ralliant à la proposition d'un avocat d'un bailliage du Berry, Jérôme Legrand, et l’affirmation de la souveraineté nationale. L’astronome Jean Sylvain Bailly (1736-1793) fut élu président de l'Assemblée. Le 19, le clergé décide de se joindre à lui. Avec le serment du Jeu de Paume le samedi 20 juin, la nouvelle assemblée nationale s’engage à ne pas se séparer avant d’avoir rédigé la Constitution, et le mardi 23 juin, ils envoient promener le roi, sa Cour et ses soldats. «Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes» réplique Mirabeau. Mais les premiers comptes-rendus n’évoquent point de «baïonnettes». C’est donc Mirabeau lui-même qui réécrit ses propres paroles du 23 juin dans son journal, le 26 juin. Le 24 juin, le Tiers reprenait ses séances et le clergé en majorité le rejoignait. Le 25 juin, 47 gentilshommes avec à leur tête le Duc d'Orléans les rejoignirent, à partir de là ce fut la débandade. Et le roi cède le 27 juin, il demande aux députés de la noblesse et du clergé de se joindre à ceux du tiers-état, pour former une seule assemblée. Le tiers état gagne son bras de fer contre le roi. Avec l’appui du clergé, il forme la première Assemblée nationale le 9 juillet. Les premiers pas des États généraux devenant Assemblée nationale constituante étaient apparus aux contemporains comme quasi miraculeux tant ils étaient à la fois attendus et improbables. Ces événements conduisent aussi à l’instauration de la Commune de Paris. 

 

En juillet 1789, Marat écrit une lettre à l’Assemblée nationale, pour lui faire profiter de son expérience des vices de la Constitution anglaise. Il s’intéresse donc très tôt aux nouvelles instances politiques et surveille de près leur action. Mais, Louis XVI fait appel à 20 000 soldats, en partie allemands et suisses. La réunion de troupes au Champ-de-Mars échauffe les esprits. Le 8 juillet, Mirabeau avait déjà demandé à Louis XVI le retrait des troupes royales disposées dans Paris et à Versailles. C’est le début de l’engrenage. Le 11 juillet, Louis XVI destitue Necker, dont la faveur était immense parmi le peuple et fit grouper autour de Paris des régiments étrangers de l’armée royale. Camille Desmoulins lance, le 12 juillet 1789, la fameuse «Saint-Barthélemy des Patriotes». Il invite la foule à porter une «cocarde» verte. Une charge de cavalerie déchaîne l’émeute. Le 13 juillet, les barricades et les tranchées fleurissent dans les rues de Paris. Les Gardes Françaises n’obéissent plus à Louis XVI et se mettent à la disposition des parisiens. Le Comité des électeurs du Tiers, réuni à l’Hôtel de Ville, s’empara des pouvoirs municipaux et organise une milice civique, la proximité des régiments étrangers entretenait une atmosphère d’inquiétude et de menace dans la capitale. Le 14 juillet 1789, la prise de la Bastille se décida en quelques heures puisqu’il s’agissait de trouver rapidement de la poudre pour les fusils qui venaient d’être saisis aux Invalides. Le peuple de Paris parmi lequel se trouve Pauline Léon, Catherine Pochetat, et la toute nouvelle garde créée par la Commune de Paris affrontent alors les troupes royales et fait tomber la Bastille, grâce aux gardes-françaises se joignirent au peuple des faubourgs. La prise de la Bastille entraine la mort du gouverneur de Launay et du prévôt des marchands, Flesselles qui refuse de livrer les armes de l’Hôtel de Ville. Les observateurs éclairés parlent de la menace permanente d’un nouveau soulèvement. La prise de la Bastille étant la première des journées révolutionnaires, elle frappa d’étonnement les contemporains, et jusque dans certains pays étrangers. L’émigration est  alors inaugurée par le départ au lendemain même du 14 juillet 1789 des principaux opposants au déroulement des événements, notamment le comte d’Artois, frère du roi, et le prince de Condé qui quittent la France pour préparer leur retour à la tête d’armées qui auraient eu la mission de rétablir l’ordre troublé, à leurs yeux, dès 1787, novation que 1789 a consacrée. Dans la nuit du 15 au 16 juillet, à la tête d’une patrouille, Danton, un avocat de la section des Cordeliers, se rend à la Bastille pour en faire arrêter le nouveau gouverneur, un certain Soulès. Cette première action est un échec puisque l’homme est libéré dès le lendemain sur l’intervention de La Fayette. Et le 16 juillet, Mirabeau après avoir demandé le renvoi des ministres, vient en personne participer à la démolition de la Bastille. Ses conséquences furent importantes. Le roi doit renoncer à son pouvoir absolu. Cédant en rappelant Necker, en acceptant la cocarde tricolore, insigne de la milice parisienne qui prit le nom de Garde Nationale et, fut commandé par La Fayette, et en renvoyant les régiments étrangers, le roi perçoit le poids du mécontentement acceptant le 17 juillet de se rendre à Paris accompagné d’une délégation de 300 députés, où fut reçu par Bailly, chef de la municipalité nouvelle; il accepta la cocarde tricolore. Toutes les villes eurent à l’exemple de Paris leurs municipalités nouvelles et leurs Gardes Nationales. Ainsi, Louis XVI sanctionne la disparition de la société d’ordre et du régime féodal. Suivent le meurtre de Berthier et Foulon le 22 juillet accusés de spéculation et pendus, qui marque la distinction entre violence des révoltes populaires et celle des révolutions politique. Le 23 juillet 1789, Barnave se fait remarquer pour l’une de ses apostrophes en pleine séance de l’Assemblée; il s’exclame, à propos de l’assassinat de Foulon, contrôleur des Finances, et de son gendre Berthier : «ce sang était-il donc si pur ?». En se proclamant Théâtre de la Nation, la Comédie-Française ne fait que s'adapter aux circonstances. Dans un climat de crise frumentaire et de rumeurs de coups de force royal, le peuple n’hésite pas à recourir à la violence, c’est le début du soulèvement populaire qui s’est propagé dans toute la France, très vite, le peuple se soulève dans tout le pays, soutenu par les artisans et la bourgeoisie. Cette violence qui explose au cours de l’été 89 dans un royaume complètement livré à lui-même, sans justice ni maintient de l’ordre. Face aux révoltes populaires de l’été où les paysans mène une des jacqueries les plus importantes que l’histoire ait connu  connues sous le nom de ‘Grande Peur’ s’en prenant aux symboles de l’autorité que sont le château, le seigneur, l’administrateur local, et ils réclame une réforme agraire antiféodale, mais aussi opposée à la concentration des grandes exploitations, qui prive la paysannerie de l’accès à la terre, la nouvelle Assemblée vote la fin des privilèges entre le 4 août et le 11 août, en réalité, les droits féodaux ne furent pas complètement abolis par les arrêtés du 4 août : les principaux, ceux qui étaient de véritables impôts, furent déclarés seulement rachetables, au grand mécontentement des paysans, cependant jurandes et maîtrises, vénalité des offices, privilèges de naissance, privilèges provinciaux, tout l’ancien régime fut aboli. La Révolution semblait faite dans un élan de générosité et d’union, le 26 août, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, rédigé par Mirabeau, avec l’évêque de Langres, La Luzerne, Desmeuniers, Tronchet et Redon au sein du Comité des cinq, et Mirabeau fut nommé rapporteur du texte présenté à l’Assemblée le 17 août. Malgré ses prétentions égalitaires, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen exclut opportunément les revendications féministes et le théâtre reste soumis à une censure municipale. Au sein de cette Assemblée, certains propriétaires commencent à avoir peur et vont chercher un compromis avec la monarchie contre le peuple. C’est après le vote de la Déclaration des droits de l’homme le 26 août 1789, que le clivage entre «côté gauche» et «côté droit» va se préciser. Le «côté droit» voulait éluder les principes de la Déclaration, le «côté gauche» voulait les mettre en pratique. Méfiant, Marat publie en août La Constitution ou projet de déclaration des droits de l’homme et du citoyen, suivi d’un Plan de Constitution juste, sage et libre. Quant à Théroigne de Méricourt, elle assiste à de nombreuses séances de l'Assemblée nationale constituante, et n'hésite pas à réclamer avec panache l'égalité politique des femmes au même que les hommes. En août 1789 aussi, un début d'insurrection a été sévèrement réprimée en Martinique. La répression des colons et des autorités en place a été implacable. En septembre, de nouveaux soulèvements se sont multipliés sur les habitations et dans les bourgs. Le 11 septembre 1789, deux semaines après la lecture de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, les députés votent l'attribution d'un droit de veto royal permettant au roi de refuser de signer des lois votées par l'Assemblée. Pour faciliter le décompte des voix, les uns, favorables à la mise en place d'un veto partiel ou «veto suspensif», se placent à gauche du président de l'Assemblée. Les autres, préférant un veto absolu en faveur de Louis XVI, se placent à sa droite. À l'issue de ce vote, la mise en place d'un veto suspensif l'emporte, à 673 voix contre 325. Le clivage droite-gauche apparaît pour la première fois. Cette disposition s'enracine à partir du mois d'octobre 1789, lorsque l'Assemblée s'installe à Paris dans la salle du Manège des Tuileries. Les députés qui y délibèrent reproduisent le même schéma : ceux favorables à la Révolution s'assoient à gauche du président de l'Assemblée, appelé aussi le «côté du Palais Royal»; ceux hostiles à la Révolution se placent à droite du président, du «côté de la reine». L’Assemblée se divise entre les noirs ou «aristocrates», de la couleur de la reine, centrés autour de l’abbé Maury, Cazalès, et Eprémesnil, et les constitutionnels, les partisans d’une monarchie constitutionnelle, qu’on appellera bientôt les fayettistes; la gauche ou les ou «patriotes» autour du triumvirat Barnave, Duport, et Alexandre de Lameth, et d’une minuscule gauche revendicative avec Buzot, Grégoire, Pétion et son ami le député d’Arras, Robespierre. Le monarchiens ou ce qu’il en reste autour de Jean-Joseph Mounier, avocat et figure de proue de la droite française, prend la tête des partisans de l'ordre ancien, il se distingue nettement de la droite aristocratique; il a pour modèle la monarchie limitée de la Grande-Bretagne, tandis que le marquis de Mirabeau guide le groupe des «patriotes». Les symboles de la rupture avec l’Ancien Régime s’accumulent. Les pierres et maquettes de la Bastille, vendues par l’entrepreneur Palloy, deviennent des reliques révolutionnaires. Les parasols brandis par les femmes signalent leur prise de place dans l’espace public, tandis que les piques des sans-culottes incarnent la montée en puissance du peuple en colère. La cocarde tricolore remplace progressivement les atours de la cour, et même les assiettes se métamorphosent en supports de propagande, capturant l’effervescence idéologique du moment. Paris devient un laboratoire de la démocratie. Dans les sections parisiennes, on débat avec passion. L’avènement de la liberté de la presse permet qu’en 1789 se créé 140 journaux à Paris, il y a alors 200 journaux dans la capitale, le double l’année suivante. Les aristocrates ne sont pas les derniers à se faire entendre. La presse des «amis du roi» bénéficie des feuilles déjà en place comme Le Mercure de France ou La Gazette de France. Rivarol ou l’abbé Royou en sont les publicistes de talent. Les fonds royaux soudoient Le Courrier de Versailles. L’opinion contre-révolutionnaire, souvent agressive mais d’une audience plus limitée s’exprime aussi dans Les Amis du Roi, Les Actes des Apôtres, ou Le Petit Gauthier. Ces journaux conservateurs ont une cible favorite, puisque le féminisme d'avant-garde de Théroigne de Méricourt ne manque pas d'être conspuée par cette presse réactionnaire qui la dépeint comme une femme pervertie. La presse «centriste», de caractère semi-officiel est plus répandue. L Moniteur qui publie les textes législatifs, ou Le Logographe bénéficient de subsides ministériels. La Feuille Villageoise ou le Journal de Paris sont plus une presse d’information que d’opinion. Au départ la plupart de ces journaux comme celui de Brissot, déjà cité, ou de Mirabeau, le Journal de Provence, se veulent ou se disent patriotes. Mérite surtout ce qualificatif, la presse sans compromis comme les Révolutions de Paris de Loustalot, qui mène campagne pour le suffrage universel, ou Les Révolutions de France et de Brabant de Camille Desmoulins, ou L’orateur du Peuple de Fréron, ou bien sûr L’ami du Peuple de Marat qui dénonce avec virulence les cliques et complots contre-révolutionnaires et appelle sans cesse à la mobilisation du peuple, ou encore Le Père Duchesne d’Hébert, porte-parole des masses parisiennes, surtout très populaire dès 1792, et Louise De Keralio, elle aussi du côté «patriote» publie Le Journal d’État et du citoyen compte, du 13 août au 27 décembre 1789, qui est devenu le Mercure national. Les constitutionnels vont à la Société de 89, fondée par Sieyès, qui tient ses séances dans un luxueux local du Palais-Royal. Le droit d’entrée élevé en fait un club restreint à la bonne société. On y rencontre dans de grands dîners d’apparat tout ce qui compte parmi les révolutionnaires modérés, Lafayette et Bailly, Mirabeau et Condorcet, et des financiers comme Clavière ou le fermier général Lavoisier. Le côté gauche, lui, se rassemble dans le club des Jacobins dans lequel figurent des Constituants bretons (Lanjuinais, Le Chapelier), auxquels s'adjoignirent des députés d'autres provinces et des hommes politiques en vue (duc d'Aiguillon, Pétion, l'abbé Grégoire, Robespierre, Sieyès, Barnave et les Lameth), réfléchissant aux droits civiques et aux libertés nouvelles. Le district des Cordeliers, correspondant à l'actuel Odéon, était habité par de nombreux journalistes et intellectuels patriotes aux fortes personnalités comme son président Georges Danton mais aussi Jean-Paul Marat, Camille Desmoulins, Antoine François Momoro, Léonard Bourdon... L’Assemblée nationale constituante traite en plusieurs débats du cas des auteurs, des comédiens et des théâtres. La presse et les clubs s’interrogent sur le patriotisme en art, sur la moralité des scènes. Le modèle de la Comédie-Française paraît absolu; le poids de l’institution est capital dans les débats. Ils sont nourris des préjugés religieux et des préconisations de Rousseau. Dès 1789 pourtant, le théâtre apparaît comme un outil éducatif majeur, une possible école de vertu. Sur le plan économique, il doit s’émanciper des privilèges d’Ancien Régime. La passion pour le théâtre explose à la faveur des nouvelles libertés, mais aussi sous la pression de l’opinion avide de voir mis en scène les événements qu’ils étaient en train de vivre : le théâtre joue alors un peu le rôle des «dazibaos» pendant la Révolution culturelle chinoise, sorte de journal spontané et très libre de l’actualité immédiate. Les pièces, à l’époque, étaient écrites très vite, en un jour ou deux, parfois le jour même pour le soir, ce qui leur permettait de coller à l’actualité. Dans Le triomphe du Tiers-État, écrite en 1789, on voit des attaques, somme toute bon enfant, contre le clergé régulier, Nicodème dans la lune et Le réveil d’Épimènide en 1790, prône la réforme de la monarchie

 

À droite de l’Assemblée, le «parti noir» multiplie les incidents de séance afin de ralentir les réformes. En septembre, Mirabeau défendit les projets financiers de Necker, et entraîna le vote de l'Assemblée, par l'éloquente évocation de la banqueroute. Les idées circulent, c’est l’effervescence. Un changement social et politique de grande ampleur est en train d’opérer. Mais, la pénurie de pain, la famine et les désillusions provoquent à nouveau la colère du peuple. Le 7 septembre 1789, vingt-deux femmes accompagnées d’un porte-parole masculin viennent offrir leurs bijoux à l’Assemblée constituante pour acquitter la dette publique. Ce sont des femmes artistes et des femmes d’artistes reconnus, mais aussi une négociante, sans doute d’objets d’art. Ce sont des femmes très lettrées et elles prennent exemple sur les femmes romaines qui avaient offert leurs bijoux au Sénat. Le 1er octobre 1789, le député Guillotin demandait l’abolition des peines infamantes. Dès octobre 1789, le couple royal s’efforce de composer avec l’Assemblée nationale pour regagner sa confiance. Pourtant au même moment, Louis XVI envoie au roi d’Espagne une protestation solennelle contre tous les actes contraires à l’autorité royale. D’emblée, il installe dans un double jeu. À Paris, le nombre des chômeurs augmentait, la crise du ravitaillement se prolongeait et le bruit se répandait parmi le peuple parisien que le roi, la reine et les contre-révolutionnaires voulaient réduire la capitale à la famine pour triompher de sa résistance. À l’opéra du château de Versailles, le roi accompagné de la reine et du dauphin se rend à un banquet traditionnel, où les esprits s’échauffent et crient : Vive la monarchie ! Cet événement anecdotique induit les journées d’octobre. Finalement, les 5 et 6 octobre, une marche d'une cinquantaine de femmes est organisée sur Versailles, parmi lesquelles se trouvent Pauline Léon, et la «Reine Audu», populaire marchande de la Halle. Elles vont réclamer aux députés de l’Assemblée constituante du pain et des droits, et Mirabeau essaye de répondre à la demande des femmes en appuyant une ordonnance qui prescrit à toutes les municipalités voisines de laisser passer librement les blés et farines destinées à l’approvisionnement de Paris. Par la suite, la foule brisa les grilles du palais, envahit la résidence de Versailles et exige le transfert de la famille royale au Palais des Tuileries, en plein centre de Paris, et l’Assemblée obtient du roi la signature des premiers articles de la Constitution et de la Déclaration des droits de l'homme et du Citoyen promulguée le 26 août 1789. Les positions modérées d’Olympe de Gouges se dressent contre elle tant chez les royalistes que les révolutionnaires (ou «patriotes»). Lors de la «marche des femmes» sur Versailles, le 5 octobre 1789, des hommes de main font irruption chez elle et l’accusent de revendications populaires et d’offenses à la famille royale. Les perdants d’octobre sont les modérés, les monarchiens : leur projet de Constitution à l’anglaise a été rejeté et ils sont terrifiés par le mouvement populaire. Dès le 8 octobre, Mounier, leur chef de file, démissionne de la présidence de l’Assemblée pour raisons de santé et rejoint son Dauphiné, d’où il ne tardera pas à émigrer en Savoie. Dans les jours qui suivent, près de deux cents représentants du peuple demandent un passeport pour émigrer ou se réfugier dans leur province, tant est grande leur peur de venir siéger à Paris. Le 10 octobre, Louis XVI, sur un décret de l’Assemblée, devient «roi des Français». Le 12 octobre, le roi accepte de quitter Versailles avec sa famille pour le palais des Tuileries, à Paris. D’ailleurs, l’Assemblée hésite à suivre le roi. Elle ne quitte Versailles que le 19 octobre et s'installe dans le manège des Tuileries. Avec l’installation à Paris de la famille royale et de l’Assemblée, les perspectives d’une reprise en main monarchique par la force deviennent aléatoires. Avec la proximité physique de la Révolution parisienne, les perspectives d’un compromis au sommet entre notables deviennent, elle aussi, bien hasardeuses. Le «côté droit» de l’Assemblée va obtenir une série de violation des droits déclarés en imposant une monarchie constitutionnelle bien aidé par La Fayette qui est devenu l'idole des partisans d'une révolution bourgeoise tendant à mettre en place une monarchie constitutionnelle fait face au duc d'Orléans qui convoite toujours le trône et Mirabeau qui se voit lui aussi Premier ministre, et dès le 20 octobre l’Assemblée adopte le suffrage censitaire, un suffrage réservé aux mâles riches – et la première exclusion des femmes des instances électives héritées du Moyen-âge –, une politique économique de «liberté» illimitée du droit de propriété des propriétaires. Un député se fait remarquer, car dès le mois d’octobre 1789, Robespierre protesta contre la distinction des Français en citoyens actifs, seuls pourvus du droit de vote parce que seuls en état de payer des impôts déterminés, et en citoyens passifs, exclus de la cité parce qu’ils ne possédaient que leur travail. Ses discours contre le marc d’argent, c’est-à-dire contre la somme d’impôt fixée pour être éligible, furent réimprimés dans toute la France. Nulle campagne ne le popularisa davantage. La société des indigents amis de la Constitution lui vota des félicitations enthousiastes. L’Assemblée réserva la garde nationale à la seule bourgeoisie. Mais Robespierre réclama des armes pour le peuple. Il voulut ouvrir à tous les citoyens cette garde nationale qui était l’armée de la Révolution. L’Assemblée tremble et vote la loi martiale à l’automne 1789 pour réprimer les troubles provoqués par le haut prix des subsistances après le massacre le 21 octobre du boulanger François, trahissant les principes républicains de 1789, Robespierre s’était efforcé d’empêcher la bourgeoisie de se servir de ses armes contre le peuple affamé et désarmé qui demandait du pain, et le 2 novembre met les biens du clergé à disposition de la nation. Alors que le futur Philippe Egalité sera rapidement écarté. La Fayette l'incitera à partir pour Londres suite aux soupçons qui pèsent sur lui et sur sa responsabilité lors des émeutes de Versailles. Ce dernier reviendra en juillet 1790. Reste Mirabeau homme d'une toute autre trempe. À l'issue d'âpres discussions et manœuvres politiciennes Mirabeau se voit fermer les portes du premier ministère par le décret du 7 novembre 1789 interdisant à tout membre de l'Assemblée Nationale d'occuper une fonction ministérielle pendant toute la durée de la session. Le 21 novembre 1789, lorsque Charles-François Bouche, avocat au Parlement d’Aix, représentant les députés de Provence, renouvelle sa motion pour la restitution de l’État d’Avignon et du Comtat-Venaissin, l’Assemblée nationale ne fait qu’autoriser l’impression de son mémoire. Le 23 novembre, l’Assemblée substitua aux impôts d’Ancien Régime, une contribution foncière pesant sur l’ensemble des propriétés. Le 30 novembre 1789, la réunion de la Corse à la France est décrétée. Les citoyens de l’île acquièrent les mêmes droits que leurs homologues du continent. En novembre, Mirabeau s'éleva aussi avec une remarquable compétence contre la centralisation de la banque (Caisse d'escompte) à Paris : «Nous avons aboli les privilèges et vous voulez en créer un...» Entérinée par les lois du 14 décembre 1789 et du 21 juin 1790, la révolution communaliste débouche sur la constitution d’entités politiques ayant de larges pouvoirs en matière de justice, de police, de ravitaillement (fixation des prix et des salaires), d’assistance aux indigentsateliers de secours et mise en culture des terrains vagues. «Âmes de la révolution populaire», les communes populaires doivent selon les sans-culottes avoir les mêmes droits que les citoyens et incarnent la démocratie directe chère aux libertaires des XIXe et XXe siècles, avec droit de pétition et d’insurrection. Durant l'hiver 1789, à la Comédie-Française, la bataille ne fait que commencer entre Rouges révolutionnaires et Noirs prudents. Depuis que le jeune Talma a créé Charles IX, attaquant de front l'Église et son alliée monarchique, la troupe est en émoi. Mais le spectacle ne se joue plus seulement sur scène. Il envahit la salle, où l'émeute permet à chaque camp de se compter. Le spectacle est aussi à l'Assemblée, où les orateurs rivalisent d'éloquence; et se déverse dans la rue que la foule a durablement investie, d'insurrections plus ou moins spontanées en fêtes grandioses orchestrées par des artistes députés. Pendant ce temps, de mai 1789 à l’insurrection d’août 1791, ce sont les colons blancs autonomistes et esclavagistes qui se présentent comme des victimes du «despotisme» et certains de leurs représentants à Paris participent activement à la Société des Amis de la Constitution (les Jacobins). On peut donc être «révolutionnaire» en métropole et «esclavagiste» dans les colonies. En décembre 1789, le débat bat son plein sur l’accès à la citoyenneté de ceux que le catholicisme triomphant en avait écartés (juifs, protestants), leur refusant leur propre état-civil et l’exercice de nombreuses professions. Les nombreuses réformes imposées par Joseph II suscitèrent de vives oppositions dans la population des Pays-Bas autrichiens, fort attachée à ses privilèges et à ses coutumes. À la fin de l'année 1789, le pays se souleva, provoquant la retraite des Autrichiens qui ne conservèrent que le Luxembourg.

 

L’année 1790 apparaît ainsi comme l’année des malentendus : la recherche parfois maladroite du compromis politique provoque aigreur et suspicion. L'indépendance des États-Belgiques-Unis (Brabant) fut proclamée en janvier 1790. Le 20 janvier, le député Guillotin propose à l’Assemblée que toute condamnation capitale se réduise désormais à une décapitation par une machine, et dans une pièce de théâtre, nécessité du divorce, Olympes de Gouges demanda l'instauration du divorce, tandis que le 21 février, des émeutes éclatent en Martinique. Les boutons militaires portent désormais les inscriptions d’un régime en mutation, la carte des 83 départements dessine une France redéfinie, et les arbres de la liberté s’élèvent comme des totems républicains. Pendant ce temps, les assignats peinent à stabiliser l’économie naissante et le journal du Père Duchesne, dirigé par Hébert, distille une colère populaire brute, entre pamphlet et diatribe incendiaire. L'Assemblée commence alors ses travaux à Paris : , la division du royaume en 83 départements qui remplacent les 34 généralités ou provinces en vigueur sous l’Ancien Régime (décret du 15 janvier 1790), les Juifs dits «portugais» et «espagnols» sont maintenus dans leurs droits et déclarés citoyens à part entière le 20 janvier 1790, le 26 février, les tentatives centralisatrices pour limiter les pouvoirs des communes populaires (loi des 27 mai-27 juin 1790), le 8 mars, les assemblées coloniales sont reconnues, le 15 mars, les conditions du rachat des redevances seigneuriales sont définies, le 14 mai, les députés votèrent la vente des biens du clergé, le décret du 21 mai organise la municipalité parisienne, fixant le mode de désignation du maire et du conseil municipal, et la capitale est divisée en 48 sections, le 12 juin 1790, les députés invitent les habitants d’Avignon à se prononcer par référendum sur le projet de rattacher leur territoire au royaume de France, dont les deux tiers des électeurs se prononcent "pour", malgré les protestations du pape, le décret des 16-24 août déclare que la justice est l’apanage des nations souveraines, après que les Parlements sont dissous le 6 septembre, les lettre de cachets supprimées et les personnes incarcérées pour motifs arbitraires libérés, le 24 octobre, le drapeau tricolore est adopté, il remplace le drapeau blanc à fleurs de lys comme emblème de la France, son origine vient d’une grève de marins à Brest en septembre 1790 et des 85 colons de Saint-Domingue ayant débarqué dans le port et qui ne veulent pas que l'Assemblée constituante donne des droits civiques aux libres de couleur tout en cachant leurs désirs autonomistes, ils jouent alors double-jeu et mettent de leur côté les marins brestois qui réclament un nouveau pavillon que l’on trouve sur leur bateau ressemblant à celui des Hollandais sans doute inspiré du pavillon des colons mutinés qui arboraient les couleurs de la Révolution le bleu, blanc, rouge, et l’Assemblée répond à leur demande tout en arrêtant les colons insurgés, le 27 novembre, un Tribunal de cassation composé de juges élus est chargé de veiller à la bonne application des lois par les juridictions... Le printemps 1790 est également marqué par les premiers échecs de l’alliance formée par la haute bourgeoisie et la partie libérale de la noblesse et du haut clergé en vue d’orienter la Révolution dans le sens d’une monarchie tempérée à l’anglaise ou de la démocratie à l’américaine. Les sociétés parisiennes et en particulier le club des Jacobins essaiment à travers le territoire. Les sociétés autonomes ou affiliées à une société mère se multiplient et constituent un réseau de relais politiques locaux qui œuvrent à l’information des citoyens et à leur formation politique. Des comités de surveillance locaux apparaissent pour défendre la Révolution. Le district des Cordeliers avait été capable, le 22 janvier 1790, groupé derrière Danton, son président, d'empêcher tout un bataillon des miliciens de La Fayette de parvenir à s'assurer de la personne de Marat. Les clubs sont protégés par la Constituante : ainsi, la société de Dax ayant été dissoute autoritairement par la municipalité, un décret du 13 novembre 1790 la rétablit. Les artistes se forment en Commune des arts qui ont le dessin pour base, réunie pour la première fois le 27 septembre 1790. Ainsi, le 28 juin 1790, aux artistes venus en députation à l'Assemblée nationale proposer un moyen de conserver les quatre statues enchaînées de Desjardins au pied de la statue de Louis XIV, place des Victoires (David, Restout et Pasquier faisaient partie de la députation), le président Le Peletier de Saint-Fargeau répond qu’ils devront se consacrer à des «sujets nationaux». Mais toujours pas de droits pour les femmes. Bien qu’exclues des assemblées, les femmes se mirent à pétitionner, elles créèrent des clubs à Paris, dont certains furent mixtes. Louise de Keralio organisa un cercle républicain. Théroigne de Méricourt fonde le club des Amis de la Loi. Au mois de janvier 1790, sous l’impulsion de Malouet, le club des Impartiaux se constitue. Il se réunit régulièrement afin de concurrencer celui des Jacobins, jusqu’à la fin de la Constituante, à l’été 1791. Il incarne une «troisième force», capable d’imprimer une dynamique nouvelle à la Révolution. Ses partisans s’arc-boutent sur une idéologie du juste milieu, de la défense de la propriété et de l’autorité suprême, garante d’un ordre public qu’il incombe par-dessus tout de défendre par tous les moyens et surtout par le biais de la loi martiale. Le «triumvirat» Duport-Barnave-Lameth, qui était à gauche à l’Assemblée rallia, dès mars 1790, les théories du côté droit sur la question des colonies, alors que précédemment Barnave avait défendu la liberté comme membre du comité des colonies. Or, il se trouva qu’accompagné de quelques autres, ils orientèrent définitivement la politique suivie par l’Assemblée dans ce domaine. Dès lors, Robespierre n’hésita pas à rompre avec eux et dénonce dès lors leurs trahisons avec une vigueur admirable. Le 27 avril 1790, Danton rejoint le club des Cordeliers, qui vient juste d’être créé, et où ses discours percutants l’érigent rapidement en leader. Les femmes pouvaient assister aux séances et prendre part aux discussions. Parmi ses membres on trouvait des avocats comme Danton et Camille Desmoulins, des journalistes comme Fréron, Robert ou Chaumette, des imprimeurs comme Momoro et Brune, mais aussi beaucoup de commerçants, petits et gros – le boucher Legendre, le brasseur Santerre, le limonadier Berger… Après diverses brochures, Jacques René Hébert lance en 1790 (juin-juillet) un journal qui le rend célèbre, Le Père Duchesne. Il s'y montre, au début, maladroit, attaquant Marat notamment. Mais ses «grandes colères» et ses «fureurs» retiennent l'attention des sans-culottes. Le ton reste encore modéré, en 1790, à l'égard du roi. Lafayette, qui gagne apparemment la confiance de Louis XVI, cherche à lui faire accepter l’idée d’une monarchie constitutionnelle et le roi, sur un mémoire remis le 15 avril 1790, écrira de sa main qu’il met sa confiance en lui. Le 22 mai 1790, quant un conflit oppose l’Espagne et la Grande-Bretagne en Amérique lié à un incident durant l’été 1789, connu sous le nom de «crise de Nootka», du fait que les Espagnols capturent quatre navires anglais, emprisonnent les équipages britanniques et prennent officiellement possession au nom de l’Espagne de toute la côte nord-ouest, pousse la Grande-Bretagne a demandé réparation, l’Espagne refuse et la guerre se profile entre les deux pays, l’Assemblée proclame alors qu’elle ne fera pas partie d’une guerre de conquête et n’emploiera pas la force contre la souveraineté des peuples. Certes, les tensions ne manquent pas lors de l’abolition des droits seigneuriaux qui lèsent des princes allemands possédant des terres en Alsace. Mais des indemnités sont versées aux contempteurs. Sur le droit de paix et de guerre à attribuer au roi ou à l'Assemblée, Mirabeau obtint, après une lutte mémorable, que le droit resterait au roi, sauf à l'exercer conjointement avec l'Assemblée. Ce fut alors que le parti avancé l'accusa de trahison, d'être vendu à la cour, et fit crier par les rues la grande trahison de Mirabeau. Mirabeau s'était en effet rapproché de la cour, car, «tribun par calcul et aristocrate par goût», selon le mot de Necker, il avait bien voulu, au début, essayer sur la royauté la puissance de ses coups, mais ses préférences secrètes et avouée étaient pour une monarchie constitutionnelle, dont il aurait été le premier ministre et le tuteur nécessaire. Ce fut ce qui l'entraîna dans le parti de la résistance bien plus que l'argent dont la Cour soldait ses services : «Je suis payé, disait-il, mais je ne suis pas vendu.» Il défendit donc énergiquement la sanction royale : «J'ai voulu, disait-il, délivrer les Français de la superstition de la monarchie pour y substituer le culte.» Il s'éleva contre la loi contre les émigrés, «jurant de lui désobéir». L'ardeur de sa colère dominait l'Assemblée, et Barnave lui-même, son digne adversaire, n'osait protester, quand Mirabeau jetait à la gauche murmurante la dédaigneuse apostrophe : «Silence aux trente voix !». Le roi connaissant un regain de popularité vient à l’Assemblée le 4 février, dire son attachement à la Constitution, alors en rédaction. Pour les monarchiens, sa présence est la garantie du succès de ce qu'ils promeuvent, une monarchie où le pouvoir royal s'exerce dans un cadre constitutionnel. Il faut que le peuple retrouve ou garde sa confiance dans le roi : quand il paraît en public, celui-ci ne donne pas toujours les meilleures garanties d'amour pour la nation nouvelle. Ainsi, même certains partisans d'un pouvoir royal fort, comme le comte de Montlosier, qui a laissé des souvenirs remarquablement intelligents, sont convaincus de la nécessité de sa présence à Paris. 1790, est aussi une année de radicalisation des tensions. Les affrontements religieux font leur réapparition, sans lien avec les antagonismes protestants-catholiques qui sont pourtant au cœur des antagonismes des Français de l’époque, malgré la proposition rejetée à l’Assemblée du député patriote, le chartreux Dom Gerle de déclarer le 12 avril 1790 la religion catholique religion d’État et le vote par les députés de la Constitution civile du clergé le 12 juillet dont le texte est approuvé par le roi le 24 août, les évêques se montrent au départ conciliant attendant l’approbation du pape, l’opposition du clergé vient du fait que le 27 novembre que l’Assemblée radicalise la question avec un décret qui impose le serment civique à tous les ecclésiastiques, et la noblesse voit les paysans se dresser aux premières semaines de l’année contre leurs anciens seigneurs et refuser de payer les redevances sur leur terre, la distribution des tribunaux seigneuriaux y aida beaucoup menant à des mouvement antifiscaux, des attaques contres des gardes forestiers ou des manifestations visant à demander des augmentations des salaires agricole, de nombreux châteaux furent incendiés ou détruits, et plusieurs villes furent concernées, ce qui poussa Lyon à proclamer la loi martiale, et de nombreuses mutineries marquent les annales militaires du fait que des officiers nobles restent en activité et voient des questions de discipline ou de solde les opposent à leurs troupes, tant dans la marine (Brest, Toulon…), que dans l’armée de terre (Hesdin, Nancy…), celles-ci s’apaisent après la brutale répression de la mutinerie de Nancy à l’été 1790, et diverses mesures pour améliorer le sort des soldats, tandis que la fin de l’année est marquée par l’écrasement autrichien de la révolution du Brabant le 2 décembre, car trop divisés, les insurgés des États-Belgiques-Unis ne purent s'opposer au retour de l'armée autrichienne en novembre 1790. Quant à la fête de la Fédération le 14 juillet qui réunit selon Marat «les bons Parisiens afin de posséder enfin leur roi», il n’y a pas de caractère unanime, puisque viennent des critiques adressées à l’époque par certains vis-à-vis de Louis XVI ou Lafayette, accusé de se placer au-dessus du peuple et de ses représentants. Cependant, cette gigantesque fête de l’unité nationale mobilise l’Assemblée constituante, des représentations des districts et de nombreuses unités militaires. Les corps constitués, la famille royale, une immense foule couvrant le coteau de Passy et la colline de Chaillot, 50 000 hommes défilent devant la monarchie. Talleyrand, évêque d’Autun, officie sur l’autel de la patrie, dressé au milieu du Champ-de-Mars, puis bénit les drapeaux. Lafayette, promu major général de la fédération, prononce le serment civique «à la nation, au roi, et à la loi». Après plus de vingt ans d'exil en Grande Bretagne, le général Paoli revient le 14 juillet 1790 sur l'île de beauté. Il épouse les valeurs de la Révolution, jure obéissance et fidélité au peuple français. Il est nommé commandant de l'île par Louis XVI et souhaite la reconnaissance d'un «statuto corso». Cependant, un décret des 29-30 septembre limite l’existence politique des clubs : ils ne peuvent agir sur les pouvoirs publics, pétitionner en nom collectif, ou former des députations. La Constituante souhaitait ainsi clairement freiner leur expansion, et ainsi achever la Révolution. Le rôle fondamental des questions religieuses va permettre la montée des antagonismes. Le conflit entre catholiques réfractaires et révolutionnaires mène la France au bord de la guerre civile, car l'application de la constitution civile et la condamnation du pape de la constitution civile du clergé le 10 mars 1791 entraîna des troubles religieux dès 1790-1791 dans les villes et les villages à l’occasion du serment exigé des prêtres. De graves troubles agitèrent Montauban, Uzès et Nîmes, où une guerre civile qui sévit entre le 13 et 15 juin, qui se conclue par plus de 300 morts, sont compris comme la «bagarre de Nîmes», fait local, quasiment ordinaire dans un sud-est au tempérament bouillant. Deux mois plus tard, se constitua le premier camp de Jalès, regroupant des milliers de catholiques armés et laissant craindre l’émergence d’une véritable contre-révolution. La politique extérieure de la France dépend aussi de sa puissance militaire. Une grande prudence s’impose en raison des troubles dans les armées privées de leur chef et composées de soldats acquis aux idées révolutionnaires. Le 4 septembre, Necker démissionne et prend la direction de la Suisse, assistant, impuissant, à l'écroulement de l'Ancien Régime, se battant en vain contre l'anarchie des finances publiques. L'attitude de plus en plus trouble du roi, qui joue la carte Mirabeau dans l'espoir de recouvrer son pouvoir, l'hostilité que lui vouent à présent les députés, lassés par ces constantes mises en garde, et les surenchères de toutes sortes achèvent de décourager. Les colons sont des ségrégationnistes convaincus qui refusent d’admettre les «libres de couleur» au sein des assembles coloniales malgré leur demande comme dans l’Île Maurice le 5 mai même s’ils obtiennent le vote dans les assemblées primaires en septembre, et face à cette situation, les Noirs et Métis libres de Saint-Domingue qui a vu la dissolution de son Assemblée coloniale entre le 31 juillet et le 7 août déclenchent plusieurs révoltes, dont celle de Vincent Ogé qui finira avec lui roué vif le 25 février 1791, à la fin de l’année 1790, est demeurée la plus emblématique, ou encore celle des esclaves en Guyane qui demandent la liberté générale entre le 4 et le 6 décembre, ou la guerre civile après le massacre des mulâtres lors de la Fête-Dieu du 3 juin 1790 à Saint-Pierre en Martinique.

 

En 1791, les sociétés se développent considérablement dans les premiers mois de l'année 1791, à Paris en particulier où elles forment avec la plus importante d'entre elles, le Club des Cordeliers, un comité central. C’est dans ces sociétés, sans cesse soutenues par Marat et tous les démocrates, que se fit l’éducation politique du peuple parisien, de ceux qui s’appelleront bientôt les sans-culottes. Le bonnet rouge s’impose comme le signe distinctif des révolutionnaires. C’est une année difficile, la Révolution semble régresser dans un éparpillement progressif de ses forces. Dès janvier 1791, Barnave défend le club jacobin contre le club monarchique qu'il considère comme «un ramas de factieux». Dans la rue, le peuple ne fait plus confiance à une garde nationale tenue par les nobles, à l’assemblée, on vote aussi des lois impopulaires comme le décret d’Allarde qui supprime les corporations, les maîtrises, et les jurandes (2 mars), et la loi Le Chapelier qui interdit les «coalitions» des salariés et des patrons (14 mai) qui déchainent la colère alors les conditions de travail des ouvrières et ouvriers se dégradent avec les premières machines. Au conflit de deux libertés, la liberté d’association contre la liberté du travail, l’arbitrage de la Constituante fait prévaloir celle qui est la plus favorable à la bourgeoisie, la loi proscrit donc la reformation des corporations. Le décret d’Allarde et à la loi Le Chapelier, a favorisé la liberté de commerce et d’industrie. Cependant, le 7 mai 1791, Robespierre parvint à empêcher l’Assemblée d’enlever aux citoyens passifs le droit de pétition. Les triumvirs Barnave, Duport et Duport se rapprochèrent secret avec la Cour et, pour y couper court, Robespierre fit voter, le 16 mai 1791, l’exclusion de tous les Constituants de l’Assemblée suivante. Les triumvirs ne lui pardonnèrent pas ce coup terrible. Face à l’agitation ouvrière persistante, le maire de Paris, Jean-Sylvain Bailly, adressa un «Avis aux ouvriers» le 26 avril 1791 : «Le corps municipal est instruit que des ouvriers de quelques professions se réunissent journellement en très grand nombre, se coalisent au lieu d’employer leur temps au travail, délibèrent et font des arrêtés par lesquels ils taxent arbitrairement le prix de leurs journées». Il faut dire que le club des Cordeliers à agit en faveur des ouvriers charpentiers contre leurs employeurs dans le long affrontement social qui va conduire à la loi Le Chapelier. Les compromissions, les divisions éclatent au grand jour. La violence explose, qu'on le veuille ou non. Du 23 au 28 février 1791, dans une atmosphère particulièrement trouble : craintes éveillées par l'intention prêtée à Monsieur de quitter Paris, par le départ de Mesdames Tantes, par l'activité (supposée ?) du Club monarchique, par la marche d'habitants du Faubourg Saint-Antoine sur le donjon de Vincennes pendant que se faufilent aux Tuileries de prétendus «chevaliers du poignard», par l'altercation enfin, au sein de l'Assemblée, entre Mirabeau et le triumvirat dans la discussion d'une loi contre les émigrés. Malgré tous les décrets, les paysans dans leurs campagnes, travaillent toujours sous le joug de leurs anciens maîtres. Les femmes ont aussi leur part dans la Révolution, dans les ateliers de confections, dans la rue etc., et libelles et journaux de tous bords volettent dans toute la France diffusant bonnes et mauvaises informations sans qu’on sache vraiment les distinguer, le peuple découvre L’Ami du Peuple de Marat ou Le Père Duchesne de Hébert, alors que les Révolutions de Paris privilégient l’anti-royalisme et la question sociale, celles de France et de Brabant le contrôle du peuple sur ses élus et les institutions, et Le Patriote français, pour sa part, se limite à souhaiter l’élection de meilleurs députés à la prochaine législature et à terme que le peuple soit assez éclairé pour qu’une convention prochaine puisse réformer les abus dans la constitution de 1791, dont la royauté héréditaire.... Mais il y aussi des acquis. L'émancipation des Juifs est adoptée sans discussion le 27 janvier. Le 13 novembre, Louis XVI ratifie la loi déclarant les Juifs citoyens français. L’Assemblée Nationale, le 13 janvier 1791, supprime le privilège royal, libère le Théâtre et reconnaît, au rang des droits de l’homme, les droits de l’auteur, passés à la trappe le 4 Août 1789, en même temps que les autres privilèges. À la suite de la proclamation de la libération des théâtres, en janvier 1791, Talma quitta la Comédie-Française et rejoignit une salle construite rue de Richelieu, les Variétés Amusantes, qui deviendra par la suite Théâtre de la République. Cette séparation entraîna la querelle des rouges (les révolutionnaires) contre les noirs (les monarchistes). Devenus citoyens, les artistes s’engagent en politique, portent les armes, multiplient les dons et bouleversent parfois leur répertoire. Cette période (1791-1792) de grande liberté du théâtre ne dura pas, car le pouvoir révolutionnaire ne tolérait pas davantage que le pouvoir royal, la liberté complète d’expression et les critiques à son égard. Des demandes répétées des artistes auprès de l'Assemblée nationale pour réclamer l'ouverture du Salon à tous les artistes, la soumission à des concours publics des travaux donnés par la Nation, et même, dès avril 1791, la suppression de l'Académie. Par leurs pressions et grâce à l'appui de David, les artistes obtiendront d'abord l'ouverture du premier Salon libre en 1791, puis un premier concours pour la distribution des prix d'encouragement. L’Assemblée institue également une égalité successorale entre garçons et filles en avril 1791. La garde nationale, sorte d'armée populaire, constituée de citoyens qui paient l'impôt est traversée par ces divisions et voit la levée des volontaire nationaux parmi eux (13 juin), Lafayette à sa tête en est le meilleur exemple, dans son attachement à la monarchie, conservateur, et manœuvrier. Autour du Roi, on intrigue et on complote. En parallèle, Louis XVI initie une politique secrète car il a le sentiment de perdre une grande part de son autorité. Le roi s’appuie donc sur d’anciens ministres comme le comte de Breteuil, Bouillé, ou même Mirabeau. Il a ses gardes suisses, une cour, où nombreux sont les aristocrates infiniment dévoués au roi de France et navrés qu'il ne soit plus que le roi des Français, comme Breteuil ou Bonneuil. Parmi eux, Axel de Fersen, aristocrate suédois dont la proximité avec la reine a fait l'objet de nombreuses spéculations. Hors même de la cour, tout un appareil politique existe, qui déplore la fin de la monarchie de droit divin : Les Actes des apôtres, d'Antoine de Rivarol, ou L'Ami du roi, de l'abbé Royou, par exemple, sont des périodiques fort lus. À l'étranger, dans les provinces, à Paris, et à la cour même, existent des forces importantes qui encouragent la famille royale à opter pour la fuite, jugée salutaire pour la monarchie absolue. Une correspondance active relie les Tuileries aux capitales de l'Europe, où un Calonne, un Molleville parviennent à constituer des réseaux aux moyens financiers et politiques remarquables. La mort de Mirabeau, le 2 avril 1791 prive néanmoins le roi d’un conseiller précieux. Il est panthéonisé le 4. La Constitution civile du clergé inquiète ce pieu catholique, plus encore lorsqu’elle est condamnée par le pape Pie VI (en mars et avril 1791). La volonté de la famille royale de faire leurs Pâques au château de Saint-Cloud le 18 avril, entraîne une radicalisation des clubs et de la presse populaire. Des femmes contre-révolutionnaires, ou suspectées de l’être, vont même recevoir des «fessées patriotiques» à Nantes et à Paris entre le 10 et 17 avril 1791, actes symboliques de leur infantilisation. En avril également, la situation se dégrade en Corse. La constitution civile du clergé par les émeutes contre-révolutionnaires qu’elle génère à Bastia, constitue une mise à l’épreuve pour Paoli, chargé de la répression alors qu’il serait plutôt partisan de la modération. La foule est versatile et suit les rumeurs surtout le petit peuple de Paris au cœur des quartiers parisiens quadrillés en sections, avec des figures féminines au premier plan. Le roi les abandonne. À l’Assemblée, les discussions se radicalisent entre partisans et adversaires de la monarchie, cette dernière Sans oublier les insurrections qui ont lieu dans les colonies même si en mars 1791, l’arrivée du nouveau gouverneur Behague en Martinique met fin à la guerre civile. C’est le tournant de la Révolution. Alors la monarchie elle-même est remise en question. La Russie est en guerre contre la Suède (en 1790), contre la Turquie (jusqu’en 1791) et tournée vers l’occupation de la Pologne. L’Angleterre ne pense pas intervenir, pour rétablir le statu quo, dans l’immédiat. Léopold II diffère la solidarité dynastique pour régler les affaires instantes, jusqu’à la fuite de juin 1791, qui «déchire le voile». L’Autriche et la Prusse mettent un terme à leurs différents en signant une paix conjoncturelle, le 4 août 1791.Réunis en exil, les comtes de Provence et d'Artois n'ont désormais qu'un but, soulever l'Europe afin de sauver la monarchie française et leur frère aîné, le roi Louis XVI. Or les souverains européens sont difficiles à convaincre. L'entrevue de Léopold II et du comte d'Artois à Mantoue, le 17 mai, échoue, ce qui explique les réticences de la déclaration de Pillnitz entre le 25 et 27 aout 1791, qui est une invitation, le 27 août 1791, à rétablir l’ordre en France, comme il l’avait été jusque-là dans tous les espaces troublés par des forces révolutionnaires (Hollande, Brabant). En Autriche, Théroigne de Méricourt, dont les idées révolutionnaires sont jugées dangereuses, a été arrêtée puis incarcérée. Plus rapidement qu’en France, le 3 mai 1791, la Pologne réalisait le rêve des Lumières et se dotait d’une loi fondamentale destinée à moderniser son système politique. La structure politique de la République n’est pas bouleversée : un roi, une noblesse, un Parlement composé d’un Sénat et d’une Chambre. La Pologne évite de devenir un absolutisme comme la Prusse ou la Russie. Cependant, le pouvoir du roi est renforcé, tandis que la règle du «liberum veto» (veto bloquant de n’importe quel député) est abrogée. Par ailleurs, la Constitution met en application le principe de séparation des pouvoirs de l’État : l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Elle restaure aussi l’hérédité de la monarchie, disparue avec le dernier Jagellon en 1572. Le rôle de la bourgeoisie est reconnu, ses représentants pouvant désormais siéger à la Diète. La condition des paysans s’améliore, avec une première étape vers l’abolition du servage. La tolérance religieuse, particularité polonaise depuis 400 ans, est maintenue. La Russie, exerçant un protectorat sur la Pologne-Lituanie, voit d’un mauvais œil cette volonté réformatrice de la Pologne.

 

En secret, le roi et sa famille fuient à Varennes dans la nuit du 20 au 21 juin 1791. Le roi compte sur ses troupes pour renverser l'Assemblée constituante, mettre fin à la Révolution et restaurer ses prérogatives de souverain absolu. Hésitations, bévues, découragement, fatalisme, mauvaise appréciation ont conduit et stoppé le carrosse à Varennes. Reconnu dans un relais de poste, il est reconduit dans une capitale silencieuse le 25 juin. Pour le peuple, c’est une trahison. Le roi les abandonne. Alors la monarchie elle-même est remise en question. Après la fuite de Varennes, l’Autriche et la Prusse s’inquiètent. L’empereur pousse les cours européennes à sauver la famille royale française. L’Assemblée constituante le suspend, puis le rétablit dans ses prérogatives le 15 juillet, cette attitude achève de diviser le parti patriote, majoritaire à l'Assemblée : d'un côté, ceux qui, les plus nombreux, veulent s'en tenir à une monarchie constitutionnelle, de l'autre, ceux qui, républicains ou non, veulent la déchéance de Louis XVI. Mais les députés vont jusqu’à inventer la fiction de son enlèvement, Louis XVI se serait ainsi enfui contre son gré. Une version mise en doute par le club des Cordeliers dès le 21 juin qui demande le 22 un conseil de Régence, proposition que partage le club des Jacobins. Des pétitions organisées par le club des Cordeliers circulent le 15, et le 16 juillet alors pour exiger la déchéance du roi, et la proclamation d’une République que demande Condorcet le 8 juillet, Brissot le 11, mais Robespierre se montre plus prudent le 13, ce qui pousse le club des Cordeliers à modérer ses propos, alors que les fédérations révolutionnaires du 14 juillet 1791 sont divisées, tandis que Barnave, du côté des Constitutionnels souhaite le 15 la consolidation de la monarchie constitutionnelle et défend ardemment l'inviolabilité du roi. Le 16 juillet, des membres du club rédigent une pétition, inspirée par Choderlos de Laclos, demandant la mise en accusation de Louis XVI et son remplacement par tous les «moyens constitutionnels» (en fait, Laclos songe au duc d'Orléans). En désaccord avec ce texte, un nombre important de députés jusque-là inscrits au club, comme Antoine Barnave, le marquis de La Fayette et l'abbé Sieyès, décide de quitter les Jacobins pour créer un nouveau club dans l'ancien couvent des feuillants. Les Jacobins par prudence ne vont pas participer au rassemblement prévu le 17. Le 17 juillet 1791, alors que des Parisiens viennent en famille sur le Champ-de-Mars signer une pétition écrite par Louise de Kéralio et son mari pour demander l’abdication du roi, la Garde nationale sur les ordres du général Lafayette tire sur la foule. C’est le tournant de la Révolution. De nombreuses arrestations viennent compléter la répression. Le club des Cordeliers est fermé. Fréron, Brune, Momoro, Saint-Félix, Desmoulins, Hébert, Santerre, etc., sont poursuivis. Danton et Marat, prudents, s’enfuient en Angleterre, Robespierre ne rentre pas chez lui. Après la séparation de l'Assemblée constituante, Barnave, critiqué pour ses prises de position et surnommé Monsieur Double-Visage, se retirera à Grenoble. Puis dans la nuit du 22 au 23 août 1791, les esclaves noirs révoltés entrent dans la lutte pour la «liberté générale» à Saint-Domingue. Afin d’éviter que l’Assemblée nationale ne mette fin au «préjugé de couleur» (la ségrégation au sein des «libres») pour tenter d’apaiser les troubles, les colons entretiennent la désinformation sur la nature de la guerre civile. Les troubles révolutionnaires gagnent Sainte-Lucie en septembre 1791. La Constitution est officiellement votée le 3 septembre 1791 et accepté par Louis XVI le 13. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 lui sert de préambule. Elle consacre les «droits barrières» qui ont pour objectif d’assurer la protection des citoyens contre l’emprise étatique. La Constitution est excessivement rigide. La révision est impossible au cours des trois premières législatures. Le caractère extrêmement formaliste de la procédure mise en place empêchait en fait toute révision. Louis XVI, rétabli dans ses pouvoirs, prête serment, et le 30, l'Assemblée nationale constituante se sépare après avoir déclaré «sa mission remplie». En septembre 1791, comme les Avignonnais (dès novembre 1790) et les Alsaciens manifestent le désir d’être français mais sont déboutés en mai 1791, sont finalement satisfaits en septembre 1791, tandis que les étrangers résidant en France – Belges, Suisses, Savoyards, Corses, Niçois – en conçoivent des espoirs accrus, et l'Assemblée constituante établit une politique d'encouragement aux artistes; l'Assemblée législative confirmera par un décret du 3 décembre une somme de cent mille livres pour subventionner les œuvres réalisées par les artistes choisis par un jury, la condition étant d'avoir exposé au dernier Salon ouvert pour la première fois à «tous les artistes Français ou étrangers». Il est significatif, par exemple, que David, qui n'avait que deux œuvres nouvelles au Salon de 1791, le dessin du Serment du Jeu de paume (n° 132) et le portrait de Mme Sorcy de Thélusson (n° 719) ait obtenu le premier prix de la peinture d'histoire. Et les textes d’Olympe de Gouges, le Divorce, en 1790, et Le Couvent, ou les Vœux forcés, en 1791, et sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne le 5 septembre 1791, qu’elle dédie à Marie-Antoinette, “la première des femmes”, montraient les barrières et les freins qui empêchaient les femmes elles-mêmes de construire leur émancipation. Dès le lendemain, 1er octobre, l'Assemblée législative tient sa première séance. Ses membres, élus le 25 août par les assemblées primaires, sont pour la plupart des inconnus, les constituants s'étant déclarés inéligibles. On retrouve avec l’Assemblée législative une assemblée plus «patriote» que la Constituante : aucun partisan de l’ancienne droite ne siège plus. Siègent, à droite, 264 députés inscrits au Club des feuillants, ils suivent les triumvirs et La Fayette, à gauche, 136 députés inscrits au Club des jacobins, quelques élus dirigent cette tendance comme Brissot, Condorcet, Vergniaud, Guadet, Gensonné, et au centre, quelque 300 députés résolus à défendre l'œuvre de la Révolution. Tous se disent monarchistes et constitutionnels, mais les députés jacobins ne cachent pas leur méfiance à l'égard du roi notamment Brissot et Condorcet, quelques Jacobins et Cordeliers : ils sont prêts à le déposer s'il tente de violer la Constitution. Le roi, pour sa part, persuadé que ce nouveau régime n'est pas viable, mène la politique du pire et choisit un ministère choisit par les Feuillants. Le peuple ardemment patriote est déçu par la Constitution censitaire de 1791, choqué par l'amnistie de l'automne 1791, préoccupé par la hausse des prix du blé et scandalisé par la décision du roi de mettre son veto sur les décrets contre les émigrés et les prêtres réfractaires, crut d'abord qu'il pouvait infléchir le cours de l'histoire en adressant des pétitions à ses représentants. Vain espoir. À Avignon, a lieu le massacre du 16 octobre 179160 partisans du Pape ont été exécutés sommairement pour avoir tenté de faire triompher les défenseurs du "non". La guillotine - du nom de son créateur, le député et médecin Joseph Ignace Guillotin - est aussi adoptée par l'Assemblée constituante en octobre 1791, elle est à sa création, perçue comme une œuvre humanitaire. La guillotine annonce un immense progrès. Non seulement parce qu'elle permet d'éviter d'ajouter à la mort donnée, la violence de la cruauté sur les corps. Mais aussi et parce qu'elle parvient à régler le problème des exécutions sommaires qui étaient souvent encore données jusqu'alors sous la torture. Adieu donc les décapitations à la hache ou l'épée. Dorénavant, les condamnés seront tous égaux devant la mort. À l’automne 1791, les Brissotins font campagne en faveur de la guerre pour, disent-ils, «étouffer les germes de nos divisions intestines» et «consommer la Révolution», autrement dit pour y mettre un terme. Le roi compte notamment sur l'intervention des armées étrangères pour l'aider à retrouver la plénitude de son autorité. Des intérêts privés entraînent le souverain vers cette escalade internationale. Il semble que Louis XVI ait pensé pouvoir être un médiateur entre l’Assemblée et les têtes couronnées. C’est pour cela que Danton qui regagne Paris, où il est amnistié en septembre 1791, est élu, avec l'aide de la cour, qui pratique alors la politique du pire, substitut du procureur de la Commune (8 décembre). Bon nombre de députés feuillants, Lafayette en tête, sont d'ailleurs partisans d'une guerre limitée, qui permettrait de «briser les factieux»; de nombreux députés jacobins, Brissot et Roland en tête, souhaitent aussi la guerre, mais pour des raisons fort différentes : ils voient dans une grande croisade contre «les despotes européens» un moyen de galvaniser la nation, d'exporter la Révolution au-delà des frontières, de démasquer les intrigues royales et contre-révolutionnaires et, pour mieux faire face à la situation, de proclamer la république. Les Jacobins s’unissent à la droite pour faire voter des décrets qui sont autant de provocations : le comte de Provence a deux mois pour revenir en France sous peine d’être déchu de ses droits (31 octobre), les biens des émigrés non rentrés au 1er janvier sont confisqués (9 novembre), et un nouveau serment est exigé des prêtres et demande est faite aux pays étrangers de disperser les émigrés (29 novembre). Même si le roi émet son véto sur le décret contre les émigrés le 11 novembre et les réfractaires le 19 décembre, il n’est pas contre une guerre qui lui permettrait de retrouver son pouvoir. Le 14 novembre 1791, le Jacobin Pétion est élu pour succéder à Bailly, transformant de fait la Commune de Paris en contre-pouvoir. Revenu dans la capitale, Robespierre, qui n'est plus député, mais domine le Club des jacobins dont il a pris la tête en novembre 1791, combat farouchement la politique de Brissot depuis la tribune du club demande de remettre de l’ordre avant de faire la guerre le 2 janvier 1792, et dénonce les dangers de la politique belliciste, notamment une éventuelle dictature militaire, et reproche à Brissot de vouloir hâter l'installation de la république, qui ne lui apparaît nullement comme une urgence.

 

L’empereur sort de sa réserve et donne des prétextes pour la marche à la guerre. Chaque puissance y va de sa proposition. La mort de l’empereur Léopold II, le 1er mars 1792, accélère la marche vers la guerre. Son fils, François II, s’avère très hostile aux idées révolutionnaires. L’alliance entre la Prusse et l’Autriche laisse Catherine de Russie libre d’intervenir en Pologne. On espère une guerre courte contre la France pour rétablir l’autorité en Europe. Très secrètement, en février 1792, Fersen rencontre Marie-Antoinette et Louis XVI aux Tuileries. Celui-ci refuse catégoriquement tout nouveau projet d’évasion, mais il demande de faire savoir aux puissances européennes, qu’il n’est plus libre de ses déclarations officielles. Marie-Antoinette, ayant des informations sur les préparatifs militaires, les transmet à Vienne. Elle fait passer au comte suédois des notes sur des discussions aux Tuileries. La reine se risque ainsi à une forme de trahison. Officiellement, Louis XVI acceptait d’envoyer à l’électeur de Trèves une sommation d’avoir à disperser l’armée des émigrés. Secrètement, il négociait l’intervention étrangère. Les Girondins s’en doutaient : Brissot, Vergniaud, et Isnard tinrent à l’Assemblée des discours de plus en plus menaçants pour la Cour; le ministre des affaires étrangères fut décrété d’accusation. Louis XVI effrayé céda une fois de plus et constitua un ministère girondin dont les principaux membres furent Dumouriez et Rolland (12 mars 1792). Les Girondins étaient partisans de la guerre contre l’Autriche pour mettre la royauté à l’épreuve et en finir avec les intrigues contre-révolutionnaires. Au printemps 1792, les Français s’apprêtent à vivre à la fois un miracle démocratique et l'une des périodes les plus sanglantes de leur histoire, et les femmes processionnent dans le pays contre la Constitution civile du clergé et la révolution. Le 27 mars 1792, Pascal Paoli, critique la radicalité des Jacobins, les accusant de «faire la ruine de la Corse». Alors que la loi du 4 avril 1792 reconnaît l'égalité politique des mulâtres mais les propriétaires répugnent toujours à appliquer la loi. La France entre en guerre contre l’Empire d’Autriche-Hongrie. La Prusse, liée par son traité avec l’Autriche, déclare la guerre à la France et le roi de Piémont-Sardaigne se prépare à combattre. La France est menacée du Nord au Sud. Dumouriez part diriger les opérations. Il suppose que la campagne sera facile. Dans ce contexte de la guerre contre les armées prussienne et autrichienne qui débute le 20 avril 1792, l’hostilité du peuple à l’encontre de Louis XVI grandit. La psychose de la trahison contre-révolutionnaire s’empare de l’opinion. En effet, la guerre débute mal pour la France. Non seulement la Prusse se range aux côtés de l'Autriche dès le mois de mai, mais l'offensive française contre les Pays-Bas autrichiens échoue. Ces premiers revers excitent la population parisienne qui y voit le résultat des intrigues du roi ou de Lafayette. La faiblesse de l’exécutif laisse les administrateurs libres d’interpréter la loi à leur guise. Le 25 avril 1792, c’est la naissance de la Marseillaise, car Rouget de Lisle entonne, devant le maire de Strasbourg, le Chant de guerre pour l’armée du Rhin. Dès avril 1792, la moitié des directoires départementaux avait ainsi adopté une position dure face aux réfractaires. Le mécontentement enfle un peu plus de jour en jour, aucune loi nouvelle ne vient l'apaiser. "Le jour de la colère du peuple est arrivé", avaient affirmé des Marseillais le 6 juin 1792. Le 12 juin, Louis XVI oppose son veto à deux décrets de l'Assemblée; il renvoie Roland, ministre de l'Intérieur, et deux autres ministres, et les remplace par des feuillants. Son attitude est violemment dénoncée dans les sociétés populaires parisiennes et provinciales, notamment par Robespierre au Club des Jacobins. "Le peuple est debout, il attend dans le silence une réponse enfin digne de sa souveraineté", proclamait une pétition le 20 juin. Le 20 juin, une pétition protestant contre le veto royal, le renvoi des «ministres patriotes» et «l'inaction des armées» est portée par des milliers d'hommes et de femmes venues des faubourgs parisiens armes à la main d'abord à l'Assemblée en intimidant les Feuillants puis se dirigea ensuite vers le palais des Tuileries dont les gardes nationaux cédèrent le passage. Si le roi ne fut pas menacé physiquement, l’épisode suscita de vifs débats dans le royaume les semaines suivantes et l’Assemblée, submergée de lettres, vit sa bipolarisation s’accentuer entre Montagnards et Feuillants. Les Girondins voyaient alors leur position fragilisée et espéraient encore de convaincre le roi de revenir sur ses vetos. Les gardes nationaux arrivés de toute la France à Paris et les nombreuses pétitions des clubs jacobins du pays demandent à l’Assemblée la destitution du roi. Sous la pression du peuple, l’Assemblée se décida, malgré l’opposition des Feuillants et l’indécision des Girondins, à examiner la question. Mais elle fut reportée et le cas Lafayette qui avait menacé l’Assemblée le 18 juin, fut classé sans suite. Les Gouverneurs en place empêchent le débarquement de Collot en Guadeloupe en juin et de Rochambeau en Martinique en septembre, ils doivent partir sur Saint Domingue, où Rochambeau devient gouverneur par intérim. La majorité des sans-culottes et des gardes nationaux de Marseille et d’ailleurs souhaitaient un règlement pacifique de la question du roi. Au début de la période (été 1792), le fait dominant est la division de l'Église de France entre constitutionnels et réfractaires. Personne ne met plus en doute la sincérité de beaucoup d'assermentés. Le 11 juillet, la patrie en danger est proclamée en danger poussée par Danton. Pour protéger Paris, les députés font appel à 20 000 fédérés venus de tout le pays. Des femmes se dirigent aussi vers des actions collectives concertées. Théroigne de Méricourt appelle les femmes à former un «corps armé». Pendant que les Girondins, à la veille même de l’insurrection, négociaient encore avec la Cour, Brissot, le 25 juillet, menaçait, à la tribune de l’Assemblée, les républicains du glaive de la loi, pendant qu’Isnard et Brissot demandaient, à la réunion des députés girondins, que Robespierre fût traduit devant la Haute Cour. Le 26 juillet 1792, des banquets sont offerts aux Fédérés sur la place de la Bastille. Lorsque le 30 juillet 1792, les fédérés de Marseille entrent dans la capitale, en chantant «la Marseillaise», ils n’ont qu’une idée en tête, faire tomber le roi. C’est un manifeste, signé par le duc de Brunswick le 25 juillet et publié à Paris le 3 août, qui met le feu aux poudres. Le chef des armées prussiennes menace de détruire Paris si les Français s’en prennent à Louis XVI. Mais, à l'instigation de Robespierre, 47 sections parisiennes sur 48 exigent de l'Assemblée la déchéance du roi et menacent de passer aux actes si elle n'obtempère pas avant le 9. "Le peuple se lasse", déclara à nouveau un Parisien à la barre de l'Assemblée le 6 août. Autant de menaces qui, faute d'avoir été prises au sérieux par les législateurs, finirent par émousser la "longue patience du peuple" au point de légitimer un "terrible droit de résistance à l'oppression". C'est bien ce "silence des lois", autrement dit l'"incapacité" des représentants à "recevoir la voix du peuple" et à la "transmuter en lois justes", qui explique le choix de l'insurrection, le 10 août 1792. Pétion se rend chez Robespierre, le 7 août, pour l’inviter à empêcher l’insurrection, alors que Danton quittait Paris pour Arcis-sur-Aube et ne rentrait dans la capitale que le 9 août au soir après avoir lui aussi préparé l'assaut contre les Tuileries. Sachant qu’une attaque révolutionnaire se prépare, la défense du château s’organise et environ 200 gardes sous les ordres du maréchal de Mailly, 400 gardes nationaux encore fidèles au roi, 900 gardes suisses, protègent les Tuileries. Le 10 août 1792, est préparée par les sections parisiennes encadrées par les Jacobins et les Cordeliers dont la figure la plus emblématique est Danton. Ce dernier appelle la garde nationale à massacrer la garde suisse encore fidèle à la famille royale. Les sections parisiennes, des milliers de sans-culottes et de volontaires marseillais et bretons, parmi lesquels figurent Théroigne de Méricourt, Claire Lacombe, et Catherine Pochetat, arrivent devant le Palais-Royal. Une bataille impitoyable éclate. La victoire de la commune insurrectionnelle de Paris est totale. Le 10 août est avant tout un coup de force de groupes militants. Le roi est suspendu de ses fonctions, et l’Assemblée nationale, dissoute, est remplacée par une Convention nationale élue au suffrage universel masculin pour établir une nouvelle constitution. Les élections qui s’en suivent alors pour la future Convention, avec un mode de scrutin toutefois assez complexe, à deux degrés, avec un corps électoral qui reste inaccessible aux femmes, aux domestiques et aux chômeurs, où l’abstention frise les 90 % des inscrits, particulièrement élevé dans les campagnes, un scrutin compliqué qui implique une longueur et des opérations étalées sur plusieurs jours, De plus, la situation du pays, en guerre, est explosive, dressent le portrait des forces en présence et annonce une assemblée, otage de la guerre des factions : les Montagnards avec les représentants de la Commune, et ceux des Jacobins et des Cordeliers, autour de Robespierre Danton, et Marat, avec lesquels siègent Desmoulins, Saint-Just, Fouché, Couthon, Collot d'Herbois, le duc d'Orléans, Billaud-Varenne, Fabre d'Églantine, Legendre, Le Bas, Hébert, Jacques Roux, et le reste, venant de la province autour des Girondins, conduits par Brissot, Vergniaud, Guadet, Pétion, Roland, Isnard et Buzot, au centre, on trouve la Plaine ou le Marais groupée autour de Sieyès, Cambacérès, et Boissy d'Anglas. Danton se voit nommé ministre de la Justice dans le Conseil exécutif provisoire, lequel constitue alors le véritable gouvernement de la France. Grâce à l'appui de la Commune de Paris, grâce aussi à l'effacement de ses collègues du ministère, Danton se trouve en fait maître du pouvoir exécutif, dont il use pour faire adopter la révolution du 10 août dans tout le pays et surtout pour stopper l'invasion étrangère. Le 10 août 1792 restaure la souveraineté populaire et le droit de vote, selon les formes des États généraux, où la pratique populaire rétablit spontanément la participation des femmes. Le roi et sa famille sont transférés dans la prison du Temple. La commune de Paris «impose» à l’assemblée moribonde l’instauration d’une politique de Salut Public. À l’inverse, les esclaves révoltés se tournent vers le roi d’Espagne (qui possède la partie orientale de l’île d’Hispaniola) et se proclament royalistes contre les républicains blancs après la chute de la monarchie en France le 10 août 1792, alors que le 11 Août 1792, la prime accordée à la Traite des Noirs est supprimée par l’Assemblée appelée Convention. Le 28 août 1792, l’autorité paternelle est abolie. Le 30 août 1792, les Prussiens assiègent Verdun, ce qui mène à des arrestations massives de suspects à Paris. Et le 2 et 3 septembre 1792, Verdun capitule. L’armée prussienne envahit tout l’est de la France. C’est encore le «silence des lois» et les armées étrangères entrent en France qui explique le déchaînement des massacres de septembre. Le peuple démocrate est alors acculé à la violence. Le 2 septembre, l’annonce de la chute de Longwy puis de Verdun poussèrent la Commune et les sections à mobiliser le peuple pour la défense de la ville. Exaltée par les proclamations de Marat et de Danton, la population parisienne se trouvait dans un état d’excitation extraordinaire. Les massacres de septembre 1792 semble spontanés et attisés par cette lourde atmosphère de défaites militaires, rumeurs d’évasion de détenus, d’attitude hostile de l’Assemblée à l’égard de la Commune de Paris… C’est alors un déchaînement incontrôlé et incontrôlable des pulsions de haine : les opinions politiques président alors à la violence. Contrôler cette violence devient alors l’enjeu de la suite des évènements. Cette mobilisation se dirigea, telle une sorte d’exutoire, vers les prisons au hasard d’un convoi de prisonniers transféré à la prison de l’Abbaye. Les quatre jours suivants, la plupart des prisons parisiennes furent vidés de leurs occupants et on dénombra entre 1100 et 1400 exécutions. Des bandes armées se portèrent alors vers les prisons. Après avoir comparu devant une sorte de tribunal populaire des détenus sont massacrés, parmi eux la princesse de Lamballe, dont la tête fut hissée sur une pique et promenée jusque sous les fenêtres de la souveraine, emprisonnée au Temple. Les tentatives d’enrayer le massacre par les autorités, députation envoyée par la Législative et garde nationale se révélèrent inefficaces. Poussée par un peuple mobilisé, et susceptible à ses yeux de nouvelles actions incontrôlées, la Convention fait de l’armée révolutionnaire l’outil principal de la pacification. Alors que la situation se tend dans la capitale, Danton parvient à éviter la panique et prononce son célèbre discours à l’Assemblée le 2 septembre et cette phrase qui fit date : "Le tocsin qu'on va sonner n'est point un signal d'alarme, c'est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, messieurs, il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, et la France est sauvée". Et le recul des Prussiens à Valmy le 20 septembre, modeste avancée militaire, constitue une grande victoire morale. Les volontaires, peu nombreux alors, ont montré leur attachement à la Révolution. La France saura se défendre. 

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Annette Graczyk, Le théâtre de la Révolution française, média de masses entre 1789 et 1794, dans Montesquieu et la Révolution, dans  Dix-Huitième Siècle n° 21, 1989,  pp. 395-409, Michel Vovelle, La Chute de la monarchie 1787-1792, Nouvelle histoire de la France volumes 1, Editions du Seuil, 1999 (3éd.), et https://www.persee.fr/doc/rhmc_0048-8003_1973_num_20_3_2261_t1_0489_0000_1, Thierry de Montbrial (dir.), Réformes-révolutions : Le cas de la France, PUF, 2003, et https://clio-cr.clionautes.org/reformes-revolutions-le-cas-de-la-france.html, Michel Winock, 1789, l’année sans pareille, Paris, Éditions Perrin, 2004, Jean-Clément Martin, Violence et Révolution. Essai sur la naissance d'un mythe national, Seuil, 2006, et  Nouvelle histoire de la Révolution française, Perrin, 2012, et https://journals.openedition.org/ahrf/13008, Emilie Brémond-Poulle, La dénonciation chez Marat (1789-1791), Révolution Française.net Editions, 2006, Souad Degachi, Barnave, rapporteur du comité des colonies (1789-1791), Révolution Française.net Editions, 2007, Sophie Wahnich, La longue patience du peuple. 1792. Naissance de la République,  Payot, 2008, Pierre Kropotkine, La grande Révolution (1789-1793). Une lecture originale de la Révolution française, Editions du Sextant, 2011, et https://clio-cr.clionautes.org/la-grande-revolution-1789-1793-une-lecture-originale-de-la-revolution-francaise.html, Jeremy Popkin, La presse de la Révolution – journaux et journalistes (1789-1799), Odile Jacob, 2011, et https://clio-cr.clionautes.org/la-presse-de-la-revolution-journaux-et-journalistes-1789-1799.html, Annie Jourdan, Nouvelle histoire de la Révolution, Flammarion, 2018, https://clio-cr.clionautes.org/nouvelle-histoire-de-la-revolution.html, et https://dissidences.hypotheses.org/12635, Albert Mathiez, Robespierre et la république sociale, Éditions Critiques, 2018, Pierre Schoeller, Un peuple et son roi, Archipel 35 / Archipel 33, 2018 (film), et https://www.cineclubdecaen.com/realisateur/schoeller/unpeupleetsonroi.htm, Timothy Tackett, Anatomie de la Terreur, Le Seuil, 2018, et https://clio-cr.clionautes.org/anatomie-de-la-terreur.html, Christine Le Bozec, Les Femmes et la Révolution : 1770-1830, Passes Composes, 2019, Pierre-Yves Beaurepaire, et Silvia Marzagalli, Atlas de la Révolution Française, Autrement, 3e édition, 2020, et https://clio-cr.clionautes.org/atlas-de-la-revolution-francaise.html, Emmanuel de Waresquiel, Sept jours, 17-23 juin 1789, La France entre en révolution, Tallandier, 2020, et https://clio-cr.clionautes.org/sept-jours-17-23-juin-1789-la-france-entre-en-revolution.html, Hervé Leuwers, La Révolution française, Paris, 2020, Jean-Claude Zarka, Constitutions de la France (7e édition), Gualino, 2020, Hugues Nancy, et Jacques Malaterre, Révolution ! : Épisode 1 : Entre peur et espérance (1789-1791) et Révolution !  Épisode 2 De l’ardeur à l’effroi (1792-1795), Nilaya Productions / CuriosityStream / France Télévisions / Toute l'Histoire / Région Nouvelle-Aquitaine / Département de la Dordogne / Département de la Charente / Département de la Charente-Maritime / Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), 2021 (documentaire), Loris Chavanette, Le 14 juillet de Mirabeau : La revanche du prisonnier, Tallandier, 2023, Isabelle Aristide-Hastir (Direction), Jean-Christian Petitfils, et Emmanuel de Waresquiel, Louis XVI, Marie-Antoinette et la Révolution – La famille royale aux Tuileries (1789-1792), Gallimard, 2023, et https://clio-cr.clionautes.org/louis-xvi-marie-antoinette-et-la-revolution-la-famille-royale-aux-tuileries-1789-1792.html, Aux armes, citoyennes ! 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