Amis

jeudi 27 août 2026

La natalité et le mariage en Corée, malgré un boom récent l’inquiétude

Partout, les États dépensent des fortunes pour enrayer la chute des naissances, souvent en vain. La Corée du Sud, longtemps lanterne rouge de la fécondité, voit pourtant ses berceaux se remplir. Un tel redressement défie la réputation du pays, longtemps le plus stérile de la planète malgré des centaines de milliards de wons investis pour relancer la fécondité. Ce rebond de la natalité coréenne doit peut-être moins aux aides publiques qu'à un héritage du passé. La natalité coréenne intrigue d'autant plus que sa remontée pourrait tenir à une génération née dans les années 1990, aujourd'hui en âge d'avoir des enfants, plus qu'aux politiques familiales. Cette hausse s'explique aussi en partie par un rattrapage après la pandémie. "Les mariages repartent et la perception de la parentalité s'est légèrement améliorée", explique-t-elle. Les naissances hors mariage, longtemps très mal vues, elles aussi progressent. Elles représentent désormais 5,8 % des naissances, contre 4,7 % l'année précédente. En Corée du Sud, avoir un enfant hors-mariage devient de plus en plus accepté. Une petite révolution dans cette société très conservatrice où le mariage était jusque-là un prérequis pour fonder une famille. Le moteur de ce changement : le coût important des mariages qui freine les envies matrimoniales des jeunes couples. Les origines sur cette baisse des mariage et de la natalité trouvent d’autre origines. D'après un rapport du Fonds des Nations unies pour la population de 2025, 58 % des Sud-Coréens interrogés indiquaient par ailleurs que des "limitations financières" faisaient partie des facteurs les conduisant à avoir moins d'enfants que souhaités. Se rajoutent à ces contraintes une forte compétition scolaire engendrant de nombreux coûts ainsi que des inégalités de genre marquées, diminuant d'autant plus la volonté des femmes d'avoir des enfants

 

Il faut dire que la Corée du Sud est confrontée à l'une des crises démographiques les plus sévères au monde, avec une population qui vieillit rapidement et commence à décliner. Le vieillissement pèse déjà lourd sur l'économie, les retraites et le système de santé dans un pays où le nombre de décès dépasse celui des naissances depuis 2020. D'après la Banque mondiale, le pays affichait encore en 2023 le taux de fécondité le plus bas de la planète. Donc, la récente hausse des mariages en Corée du Sud, est lueur d’espoir dans un pays au moral sapé par le plus faible taux de natalité de l’OCDE (0,8 enfant par femme en 2025). L’an passé, les unions ont augmenté pour la troisième année consécutive, de 8,1 %, après un bond à plus de 14 % en 2024. La courbe des naissances suit, et reprend un peu de vigueur. Cependant, la durabilité de cette hausse reste incertaine, une politique migratoire pourrait être nécessaire pour maintenir la population à long terme. Ainsi, même si le taux de fécondité remontait à 1,27, comme l'espère le gouvernement, la population totale pourrait chuter de 10 millions d'habitants d'ici 2067. Le gouvernement a mis en place une batterie de mesures pronatalistes pour inciter ses citoyens et augmenter le taux de natalité : aides financières mensuelles pour les parents, certaines municipalités offrent même des bonus supplémentaires pour un deuxième ou un troisième enfant, des déductions fiscales, allocations mensuelles pour les nourrissons, ainsi que des chèques dédiés aux frais de garde, congés parentaux élargis, incitant davantage les pères à les prendre, développement des crèches publiques, soutien au logement et à la procréation médicalement assistée… Si ces mesures ne suffisent pas à inverser totalement la tendance démographique, elles semblent toutefois contribuer au léger rebond observé depuis deux ans.

 

Enfin, il y aussi comme au Japon, une épidémie de solitude et cela peut aider. C'est particulièrement vrai dans les grandes villes comme Séoul. À Séoul, quatre logements sur dix sont habités par une personne seule, soit près de 1,7 million d'adultes, et ce chiffre n'arrête pas d'augmenter. Cette solitude concerne beaucoup de personnes âgées, bien sûr, mais aussi de plus en plus de jeunes qui vivent en retrait de la société. Il y a trois ans, une étude, commandée par la ville, avait montré que plus de 130 000 jeunes adultes, âgés de 19 à 39 ans, vivaient presque totalement reclus. La mairie est donc contrainte de multiplier les services publics dédiés à ces millions de personnes qui peinent parfois à affronter le quotidien comme la location d’une sorte d'assistant personnel pour quelques heures. Cela peut être pour une visite à l'hôpital, une séance chez le kinésithérapeute ou des examens dans un laboratoire. Un peu comme le ferait un ami ou un membre de la famille, l'assistant prend la personne en charge devant chez elle et l'aide tout au long de son parcours, parler avec le médecin, remplir les papiers d'assurance ou récupérer les médicaments. S’y ajoute aussi l'accompagnement au déménagement.

 


La trajectoire démographique du pays reste inlassablement négative. En cause, un désamour de la parentalité. La précarité de l'emploi, le coût élevé du logement, la concentration urbaine et la pression sociale poussent les jeunes à retarder, voire à renoncer, au mariage et aux enfants. Sans changement structurel, préviennent les experts, la Corée du Sud devra s'adapter à une société plus âgée, plus petite, et sans doute plus ouverte à l'immigration. Heureusement que ce n’est pas la Corée du Nord, cette dernière ne fait pas exception au phénomène de baisse des naissances, qui touche les pays d'Asie de l'Est. Pour tenter d'inverser cette tendance, le régime de Kim Jong-un a trouvé une méthode radicale. Les couples qui divorcent sont maintenant envoyés en camp de travail pour être rééduqués. Le divorce n’était jusqu’ici pas techniquement interdit en Corée du Nord. Mais, pour divorcer, il fallait absolument obtenir le consentement de l’État devant un tribunal. Et souvent, le tribunal refusait de valider la séparation du couple, car c’était vu comme un acte anti-socialiste, donc hostile à la nation.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://www.bfmtv.com/economie/international/la-coree-du-sud-est-elle-en-train-de-gagner-la-bataille-de-la-natalite-le-pays-le-moins-fecond-au-monde-enregistre-un-rebond-des-naissances-depuis-deux-ans-et-ce-n-est-pas-seulement-une-question-d-argent_AN-202602260553.html, https://www.franceinfo.fr/replay-radio/bientot-chez-vous/pour-lutter-contre-la-baisse-des-naissances-la-coree-du-nord-expedie-les-couples-qui-divorcent-en-camp-de-travail_6951662.html, https://www.franceinfo.fr/replay-radio/bientot-chez-vous/a-seoul-face-a-l-isolement-des-assistants-municipaux-accompagnent-les-personnes-seules_7907882.html, https://www.geo.fr/geopolitique/la-demographie-coreenne-est-en-chute-libre-alors-pourquoi-les-cliniques-de-fertilite-sont-prises-d-assaut-227575, https://www.geo.fr/geopolitique/demographie-la-natalite-remonte-legerement-en-coree-du-sud-mais-cela-ne-sera-pas-suffisant-231067, https://www.liberation.fr/international/asie-pacifique/echo-boomers-rattrapage-post-covid-envie-dune-famille-pourquoi-les-sud-coreens-se-marient-beaucoup-plus-depuis-trois-ans-20260418_2QH3EEH5VFBDTND6AUKI2IOUYE/, https://www.rfi.fr/fr/podcasts/%C3%A0-la-une-en-asie/20250528-cor%C3%A9e-du-sud-le-co%C3%Bbt-exponentiel-des-mariages-ralentit-les-d%C3%A9sirs-matrimoniaux-des-jeunes-couples, et https://www.science-et-vie.com/societe/hausse-des-naissances-depuis-20-mois-la-coree-du-sud-est-elle-en-train-de-vaincre-son-effondrement-demographique-253627.html.

 

Merci !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Qu'allons nous voir ici ?

Ce blog s'intéressera avant tout à la question de l'historicité du roi Arthur durant les Dark Ages, une période de grands changeme...