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vendredi 17 juillet 2026

La très longue histoire de la Corée (partie 4)

Le 17 juillet, la Corée célèbre sa constitution. En 1919, avec le mouvement pour l’indépendance, la Corée du Sud avait tenté de proclamer sa première constitution, avec un gouvernement provisoire, en vain, en raison de l’occupation japonaise. C’est donc sous la présidence de Syngman Rhee que la constitution de 1948 s’est établie. Mais la Constitution de la République de Corée n’a pas échappé à quelques révisions. C’est en 1952, toujours sous Syngman Rhee qu’elle connaît sa première modification. Pas très nette, cette première modification a toutefois encouragé le pays à adopter un modèle plus capitaliste et à revoir le nombre possible de réélections présidentielles. C’est quelques années après le conflit que la deuxième république de Corée, en 1960 est inaugurée. Toutefois, avec le coup d’État de Park Chung Hee en 1961 et son assassinat en 1979, la Corée du Sud connaît un nombre croissant de changements de politiques. C’est en 1988 que la sixième république de Corée voit le jour, plus démocratique, sous Roh Tae Woo, à partir d’un référendum populaire. La Corée du Sud a eu un régime autoritaire jusqu'au début des années 1990 ce qui ne l'a pas empêché de toujours célébrer sa constitution démocratique promulguée le 17 juillet 1948, soit trois ans après sa libération de l'occupation japonaise. Depuis 2008, le 17 juillet, Jour de la constitution ou Jeheonjeol n’est plus un jour chômé, ce qui signifie que les bureaux du gouvernement et les entreprises ne ferment plus pour l'occasion, mais il reste une fête nationale (la seule à ne pas être chômé), les Coréens sont néanmoins très attachés à leur régime démocratique, même si celui-ci a été quelque peu chahuté, par un président souhaitant renouer avec la dictature. Ce dernier a fini par être destitué. Depuis, de nombreux députés militent pour que le 17 juillet soit de nouveau chômé.

Pour aller plus loin , je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé :https://fr.yna.co.kr/view/AFR20250717002800884, https://www.bibliomonde.fr/lalmanach/17-juillet-la-coree-du-sud-la-constitution-jeheonjeol, et https://www.c-k-jpopnews.fr/2019/07/17/culture-le-jeheonjeol-lorsque-la-coree-du-sud-voit-enfin-le-jour-le-17-juillet-1948/.

La population coréenne a farouchement résisté à la colonisation japonaise, la mort de Gojong en 1919 et de Sunjong en 1926, ont été accompagnés de plusieurs rumeurs d'empoisonnement déclenchèrent le mouvement du 1er mars 1919 commencées à Pyongyang et Séoul qui s’étendirent dans tout le pays, mais aussi aux Coréens résistants en Mandchourie, aux provinces maritimes de la Sibérie, aux États-Unis, en Europe et même au Japon, et prirent une telle ampleur que la répression japonaise fut impitoyable avec 7500 morts et 46 000 arrestations, et du 10 juin 1926, mené par des militants de gauche dans un mouvement par l’indépendance échoue à cause de l’étroite surveillance des autorités japonaises, mais la mort de Sunjong laissa trois fils et une fille lui survécurent : Yi Un qui épousa la princesse Masako de Nashimoto, plus tard connue sous le nom de Yi Bangja, membre de la famille des Shinnōke (branche cadette de la maison impériale du Japon), Yi Kang, dont les activités étaient limités par les Japonais, et la princesse Tokhye dont la vie est visible dans The Last Princess (2016), épousa en 1931 le seigneur de Tsushima, So Takeshi, puis elle retourna en Corée en 1962, cinq autres fils et une fille moururent en bas âge. Les princes de la famille impériale coréenne servirent comme officiers dans l'armée impériale japonaise, ce qui leur fit du tort. À cela s’ajoute l’exemple de Yu Gwan Sun, participante à la manifestation du 1er mars 1919 pour l’indépendance de la Corée, qui organise le soulèvement populaire de Byeongcheon avant d’être arrêtée, emprisonnée puis assassinée le 28 septembre 1920. Cela poussa dans les années 1920, le gouvernement japonais réagissant aux critiques concernant sa domination sévère en Corée à assouplir certaines de ses politiques restrictives, en autorisant la publication de livres et de magazines en coréen et a commencé à investir dans l'éducation, les routes et les bâtiments gouvernementaux, ainsi les Japonais prétendaient moderniser la Corée et offrir des opportunités commerciales. Face à la répression, les militants des Lumières changèrent leur méthode de mouvement par la Fondation de la Société d’étude de la langue coréenne en 1921, l’Association des femmes coréennes en 1924, le Mouvement pour l'indépendance des étudiants de Gwangju entre 1929 et 1930 qui déclenche des manifestions et des grèves scolaires dans cette ville et ailleurs dans le pays, l’immigration des Coréens dont la vie était difficile ont immigré dans des endroits comme Gando, où les Japonais commirent un massacre en 1920, et Hawaï, où s’établirent également des rebelles à la domination japonaise, l’instauration par des jeunes motivés qui ont choisi Shanghai comme scène du mouvement d'indépendance en 1919 où s’est formé le gouvernement provisoire avec Syngman Rhee à leur tête qui plaide la cause de son pays à la SDN en 1932 et Kim Ku, et le Parti communiste coréen (PCK) a été fondé à Séoul en 1925, des insurrections qui forcèrent les Japonais à mener des campagnes anti-insurrectionnelles meurtrières mais efficaces fit tomber à quelques milliers au milieu des années 1930 les forces nationalistes et communistes, et des «armées indépendantistes» opérant depuis la Mandchourie voisine à partir de 1931 lorsque le Japon a envahi la Mandchourie voisine en 1931, les guérilleros coréens et chinois ont uni leurs forces pour combattre l'ennemi commun, où les principaux dirigeants communistes ont été dominés par un groupe central ayant combattu les Japonais et l’un des chefs de la guérilla était Kim Il-sung (1912-1994), que les Japonais considéraient comme l'un des plus efficaces et des plus dangereux formant une unité spéciale de contre-insurrection pour traquer Kim et y intégrer des Coréens dans le cadre de leur tactique de division pour mieux régner, menant des batailles victorieuses contre le Japon à Qingshanli en 1920, et à Pochonbo en 1937, en Chine, ainsi que depuis la Russie où un petit nombre d'unités militaires coréennes sous contrôle soviétique furent organisées à Irkoutsk dès 1921 comme le montre les dramas Inspiring Generation (2014), The Hymn of Death (2018), et Song of the Bandits (2023), et les film Far Away : Les soldats de l'espoir (2011) et The Age of Shadows (2016), puis le gouvernement provisoire déménagea en 1932 à Hangzhou, puis à Zhenjiang, après les attentats menés par les résistants Yi Bong-chang et Yun Bong-gil du Groupe des patriotes coréens puis à partir de 1937 à Changsha, Canton, Liuzhou et Qijiang, et jusqu'en 1939, plusieurs petits groupes militaires nationalistes et communistes utilisaient des tactiques de guérilla pour harceler les Japonais en Corée et en Mandchourie (nom donné au nord-est de la Chine à l'époque).

Face à cela dans les années 1930 visibles dans Capital Scandal (2007), et Bridal Mask (2012), le gouvernement japonais de plus en plus sous le contrôle de l'armée, profita de l'assassinat de fonctionnaires modérés, tant en Corée qu'au Japon, pour chasser ceux qui prônaient des mesures clémentes en Corée, et alors que le Japon entamait sa conquête de la Mandchourie et de la Chine, il percevait de plus en plus l'indépendance coréenne comme une menace, ainsi les Coréens, proclamait le gouvernement, faisaient partie de l'empire japonais; leur langue, leur religion et leur culture devaient donc être identiques à celles des Japonais, il furent bien aidés par des centaines de milliers de Coréens qui ont travaillé pour le colonisateur, comme fonctionnaires, soldats, enseignants ou policiers, certains des plus gros conglomérats du Sud furent fondés pendant l'ère coloniale, et 76 hommes politiques et responsables reçurent divers des titres de noblesse ainsi que des pensions de retraite valant l'équivalent de millions d'euros, puis durant la période allant 1937 à 1945 visible le drama Chicago Typewriter (2017), Tale of the Nine Tailed 1938 (2023), et Gyeongseong Creature (2023- ?), ou les films ou Battleship Island (2017), et Mal-Mo-E: The Secret Mission (2019), le Japon a employé des Coréens dans ses efforts militaires et les a enrôlés dans son armée ou contraints de travailler dans des conditions dangereuses, proches de l'esclavage, des milliers de jeunes filles et de femmes coréennes sont enlevées et on les a forcées à servir comme «femmes de réconfort», violées par les soldats japonais, et ce n’est qu’en mai 1940, au terme de huit années d’errance à travers la Chine, que le gouvernement provisoire put s’établir et demeurer à Chongqing pour y former l’Armée de libération de la Corée en septembre, alors que le Japon impose en 1940, une japonisation des noms de famille et des prénoms à tous les Coréens, tandis que cette période vit Chun Bong Joon un révolutionnaire et modernisateur coréen tenter de renverser le féodalisme et de résister à la colonisation japonaise. Cependant, fin 1940, l'armée impériale japonaise avait anéanti la majeure partie de la résistance organisée le long de la frontière coréenne avec la Chine, et de nombreux communistes coréens ayant appartenu à ces groupes rejoignirent l'Armée révolutionnaire populaire du Nord-Est du Parti communiste chinois. Mais un retournement de situation s’opère en 1941, lorsque le Japon a attaqué la base navale américaine de Pearl Harbor le 8 décembre, le gouvernement provisoire a déclaré la guerre au Japon deux jours plus tard, cherchant à participer à la guerre en tant que pays allié et ce, afin d’obtenir plus tard le statut de pays vainqueur, avec la publication des principes généraux pour la fondation de l'État coréen s'appuyant sur les trois principes d’égalité (samgyun juui) de Jo So-an, il envoya des hommes au front en Inde et au Myanmar pour se battre aux côtés des forces alliées, certains jeunes Coréens reçurent même une formation spéciale d'une unité militaire spéciale des États-Unis afin de mieux les préparer à l'attaque des forces japonaises en Corée, tandis qu’en octobre 1942, c’est l’affaire de la Société de la langue coréenne (Joseoneo hakhoe), avec l’arrestation de 33 de ses membres qui sont jugés pour haute trahison, et en 1943 pousse plus loin sa colonisation avec la suppression des cours de coréen et l’intégration d'un entraînement militaire dans le cursus scolaire, puis en août 1943, c’est l’application du système de conscription après la révision de la loi relative à la Défense nationale avec laquelle plus de 184 000 jeunes Coréens sont incorporés dans l’armée japonaise et mobilisés lors de la guerre du Pacifique, tandis qu’en novembre 1943 avec la conférence du Caire qui est la première reconnaissance de l'indépendance de la Corée, et en le 15 août 1945, lorsque le Japon a capitulé et que la Corée a enfin été libérée, les membres du gouvernement provisoire ont décidé de retourner en Corée, ce qu’ils ont pu accomplir en novembre 1945. Mais entre 1945 et 1948, ce fut l’installation des gouvernements militaires américain et soviétique en Corée, séparés par le 38e parallèle.

Au début de 1949, l’URSS et les États-Unis retirent leurs troupes. Au Nord, le régime de Kim Il Sung, soutenu par Moscou, procéda à des exécutions massives de collaborateurs. Au Sud, le gouvernement de Syngman Rhee, soutenu par les États-Unis, a recruté de nombreux officiers et responsables de l'ère coloniale, afin de s'appuyer sur leur expertise pour diriger le pays. La Corée est divisée arbitrairement en deux moitiés opposées en 1945 avec la fixation de la frontière au 38e parallèle dans un état de grande improvisation, le Nord, et le Sud, où le refus des autorités américaines en 1950 de tenir compte des aspirations du peuple coréen crée un régime démocratique représentatif des partis politiques existants en Corée du Sud, après la Seconde Guerre mondiale, et depuis juillet 1953, tout cela après un conflit dévastateur inspirant des dramas comme The Legend of Patriots (2010) et des films comme Memoory of War (2016), La Bataille de Jangsari (2019), ou Heroes - The Battle at Lake Changjin (2022), démarré en 1950, lorsque le Sud est envahi par le Nord armé et équipé par l'Union soviétique, prenant Séoul et repoussant les troupes américaines et sud-coréennes qui leur faisaient face sur place et les menaçant d'une défaite totale ce qui conduit à l'intervention des États-Unis et de l'ONU pour aider le premier, avant que les forces chinoises n'interviennent pour aider le second repoussant les forces de l'ONU dirigées par le général américain Douglas MacArthur jusqu'à Séoul après une riposte spectaculaire menée par les débarquements américains à Inchon qui a repoussé les envahisseurs au-delà du 38e parallèle, les forces des Nations Unies étant à leurs trousses, et les Nord-Coréens s'étaient retirés presque jusqu'au fleuve Yalu, conduisant à l'escalade rapide au point de considérer l'utilisation d'armes nucléaires. Le conflit dura trois ans même si en juin 1951, le front est stabilisé non loin du 38e parallèle, là où se trouve l'actuelle Zone démilitarisée (DMZ), jusqu'à l'armistice de juillet 1953 après deux ans de pourparlers et 158 réunions, et les tensions restent vives aujourd'hui. Après la perte de millions de Coréens, le résultat final fut l'officialisation de la frontière et un état de détente précaire entre les deux Corées qui perdure encore aujourd'hui. 

La Corée du Sud connaît le clientélisme de Syngman Rhee (président de 1948 à 1960), qui autorise l’autoritarisme pour se maintenir au pouvoir (1952-1960), et cette période se termine par des manifestations généralisées, la révolte étudiante de 1960, et un an de flottement politique du cabinet Chang Myŏn, qui voit venir en 1961, le coup d’État du général Park Chung-hee (1917-1979), ancien collaborateur des autorités japonaises occupantes, qui ouvre un processus de modernisation de la Corée du Sud. Le régime militaire est animé par des idéaux de réforme et de lutte contre la corruption. Pourtant, anti-communisme et routine aidant, cette réforme forcée aboutit à la mise en place d’un régime conservateur reproduisant les vices du système de Syngman Rhee comme le montre le film L’Homme du président (2020) amenant les étudiants et les citoyens à s’engager dans un mouvement de démocratisation. Malgré la perte des libertés individuelles, le volontarisme économique du général Park crée les bases du «miracle économique» coréen. Aussi, les sentiments à l’égard de cette dictature sont-ils ambivalents : rejet viscéral par les intellectuels citadins, quasi adulation dans certains milieux modestes ou ruraux. Freiné par les chocs pétroliers, le développement économique et la modernisation des campagnes, qui fondent la puissance économique de la Corée d’aujourd’hui, dessinent le bilan ambivalent d’une dictature parfois féroce, dont le contexte de guerre froide explique certains travers. Dans le long terme, la dictature militaire qui continuait avec Chun Doo-hwan (1979-) qui tenta de museler de force l’opposition dont l’exemple le plus notable est quand la population, manifestant en masse à Gwangju en 1980 pour la démocratie, s'est heurtée à la répression des parachutistes déployés sur les ordres de ce dernier comme le montre le drama You of May (2021), ne prend fin qu’en 1987 avec l'adoption de réformes démocratiques et avec en 1988 une nouvelle Constitution, approuvée par référendum. Encore faut-il attendre 1993 pour voir élu le premier président civil. Le modèle démocratique sud-coréen persiste au fil des ans, malgré des scandales comme celui entraînant la destitution de la présidente Park Geun-hye en mars 2017, et les manifestants déferlant sur les places du pays avaient alors démontré au monde entier la puissance de la démocratie en Corée du Sud. En 2024, la proclamation de la loi martiale par le président conservateur Yoon Suk-yeol, en décembre, a entraîné une vaste mobilisation populaire qui a permis de sauvegarder la démocratie, ce dernier a fini par être destitué par le parlement en avril 2025. Mais cet épisode révèle les errements d’un système social qui n’a pas su entendre la voix de tous. Le dirigeant de centre gauche Lee Jae-myung a confortablement gagné la présidentielle du mardi 3 juin 2025 en Corée du Sud, marquée par une participation massive des électeurs désireux de tourner la page après six mois de chaos politique consécutifs à l’éphémère proclamation de la loi martiale. Le nouveau président devra faire face à une crise économique qui s’aggrave, tandis que le taux de natalité reste l’un des plus bas au monde et que le coût de la vie augmente

Tandis que les règnes de Kim Jong-il, Kim Il-sung et Kim Jong-un, qui, depuis 1945, se sont succédé de père en fils à la tête de la République démocratique populaire de Corée, ont engendré ce paradoxe inouï : la transformation d'un système communiste en monarchie absolue avec une culture dynastique, comparable avec ce que les historiens appellent “l’Ancien Régime”, avec un mélange de nationalisme coréen et de marxisme dans sa lecture léniniste, voire stalinienne. Fondée sur le juche«un mélange d’idéologie et de religion» –, «l’idée, c’est que les gens doivent regarder tous les Kim comme des dieux». Imposant leur idéologie et leur volonté à la Corée du Nord, les trois Kim ont mis en place un des régimes les plus impitoyables de la planète, bâti sur un nationalisme exacerbé, un culte du chef frénétique et l'usage systématique de la terreur concentrationnaire, sans oublier une économie chancelante dont les rendements ne suffisent pas à satisfaire les besoins essentiels de la population amenant une famine dévastatrice qui sévit notamment au cours des années 1990. Kim Il-Sung visible dans le drama de propagande nord-Coréen «Nation et Destin» (1992-2002), s’impose en 1945 avec le soutien des Soviétiques pour devenir le nouveau leader du pays en 1948. Immédiatement, il s’est attaché à renforcer son leadership dictatorial sur tout le pays. Mais, à la chute de l’URSS en 1991, la Corée du Nord a décidé de devenir autonome. Visible dans le film Spy Gone North (2018),Kim Jong-Il au pouvoir en 1994, en plus de subir une crise économique, fait face à une série de catastrophes climatiques et à une importante famine et doit aussi beaucoup à la chute de l’URSS. Pour réduire la pauvreté de son pays coupé du monde, il autorise la création d’une économie de marché. Pendant que leurs maris continuent à travailler dans des usines, des Coréennes peuvent soutenir leur famille en important des denrées de Chine. Au pouvoir depuis 2011, Kim Jong-un a succédé à son père Kim Jong-il pour asseoir son pouvoir il fait arrêter et exécuter son oncle Jang Song-thaek, en décembre 2013 et assassiner son demi-frère, Kim Jong-nam, en février 2017. Celui-ci a une volonté de moderniser le pays, de l’ouvrir aux nouvelles technologies. Chef du dernier régime stalinien du monde, il brandit régulièrement la menace de l’arme nucléaire, provoquant de vives tensions, notamment avec les États-Unis, tout en continuant de menacer la Corée du Sud, enchaînant les tirs de missiles et les essais nucléaires, qui amènent l’ONU à durcir un peu plus les sanctions imposées à la Corée du Nord. Dernier exemple en date le 5 janvier 2024, avec le lancement par la Corée du Nord de plus de 200 obus en mer jaune, près des îles sud-coréennes de Yeonpyeong et Baengnyeong.

Aujourd'hui, les deux Corées sont radicalement différentes : la Corée du Nord, nation fermée au monde, en proie à une dictature héréditaire qui condamne son peuple au sous-développement, alors que le taux de croissance fut dans les années 50-60 nettement plus favorable à la Corée du Nord avant de s’essouffler, et la Corée du Sud, puissance économique et créative parmi les économies les plus avancées de la planète et centre de la démocratie asiatique, dont le démarrage fut plus capricieux, et malgré des débuts difficiles, elle est devenue l’une des économies les plus dynamiques du monde, portée par des conglomérats comme Samsung ou Hyundai, et son soft power, la musique K-pop, son cinéma ou ses séries. Son développement spectaculaire s’accompagne toutefois d’une pression sociale intense : surmenage, crise du logement, taux de natalité en chute libre et taux de suicide élevé, notamment chez les jeunes, les avancées des droits des femmes et leur rejet des hiérarchies traditionnelles se heurtent aux résistances d’une frange «masculiniste» plus ou moins soutenue jusqu’au sommet de l’État, 50 % des personnes LGBT+ en Corée du Sud sont victimes de discrimination en raison de leur sexualité, cette culture est marquée par l’ordre, le devoir et une quête de perfection, dans une société à la fois conservatrice et tournée vers la performance. Cette société compétitrice reçoit des critiques dans les films Dernier Train pour Busan (2016), Default (2018), Black Money (2019) Parasite (2019), et No Other Choice (2025), et le drama Squid Game (2021), et le féminisme touche aussi les dramas coréens comme Search WWW (2019) Hyena (2020), et Extraordinary Attorney Woo (2022), tout comme les questions LGBT dans Life is Beautiful (2010), Where Your Eyes Linger (2020), To My Star (2021), Nevertheless (2021), et Semantic Error (2022). Des rapprochements entre les deux Corées sont esquissés au cours des années 70, et elles joignent les rangs de l'ONU en 1991, suscitant des espoirs d'unification, cependant des tensions durables continuent tout de même avec la Corée du Nord, alimentant même les inquiétudes quant à un éventuel conflit entre les voisins de la péninsule, malgré des tentatives de dialogue entre les gouvernements de Séoul et de Pyongyang qui ont toutefois été menés, aboutissant notamment à une rencontre historique, le 27 avril 2018, entre le président sud-coréen Moon Jae-in et le leader communiste nord-coréen Kim Jong-un. Un rapprochement qui peut expliquer la création de dramas comme Crash on Landing You (2019). Endoctrinement fanatique à Pyongyang, libéralisme triomphant à Séoul; aujourd’hui, on ne parle plus de la Corée qu’au superlatif : modèle ou repoussoir, miracle ou tragédie.

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé à faire ces 4 parties : Michel Klen, Le jeu trouble de la Corée du Nord, Études, 2004/3, Tome 400, mars 2004, Pages 309 à 318, et https://shs.cairn.info/revue-etudes-2004-3-page-309?lang=fr, Michel Soutif, Chapitre 18. La Corée, dans Fondements des civilisations de l'Asie : Science et Culture, EDP Sciences, 2009, Pages 329 à 340, et https://stm.cairn.info/fondements-des-civilisations-de-l-asie--9782759803378-page-329?lang=fr, Andrea De Benedittis, Corée du Nord, Corée du Sud : la guerre sans la guerre, L’Esprit du temps : Atlas géopolitique des royaumes coréens, Outre-Terre n° 39, février 2014, Pages 29 à 34, et https://shs.cairn.info/revue-outre-terre2-2014-2?lang=fr, Jacopo Bassi, Carlos Hudson et Matteo Tomasoni, Le dittature militari: fisionomia ed eredità politica, dans Diacronie n° 24, avril 2015, Pascal Dayez-Burgeon, La dynastie rouge, Perrin, 2016, Pascal Dayez-Burgeon, Histoire de la Corée. Des origines à nos jours, Tallandier, 2019, et https://www.campus.uliege.be/cms/c_10068622/en/pascal-dayez-burgeon-histoire-de-la-coree-des-origines-a-nos-jours, Michael J. Seth, A Brief History of Korea: Isolation, War, Despotism and Revival: the Fascinating Story of a Resilient but Divided People, Tuttle Publishing, 2019, Juliette Morillot, Le renouveau religieux en Corée du Nord, dans Le capitalisme est-il réformable ?, dans Études 2021/3 Mars, pages 7 à 18, Pascal Boniface, La guerre de Corée (1950-1953), dans Atlas des relations internationales : 100 cartes pour comprendre le monde de 1945 à nos jours, Armand Colin, 2022, page 67, Romain Icard, Corée du Nord : la dynastie nucléaire, Production Tohubohu, 2022 (documentaire), Eugene Y. Park, Corée : une histoire, Stanford University Press, 2022, https://asianreviewofbooks.com/korea-a-history-by-eugene-y-park/, et https://pacificaffairs.ubc.ca/book-reviews/korea-a-new-history-of-south-and-north-by-victor-d-cha-and-ramon-pacheco-pardo/, https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/aujourd-hui-l-histoire/segments/entrevue/57233/kim-il-sung-kim-jong-il-kim-jong-un-dynastie-coree-du-nord-juliette-morillot, https://irfa.paris/presence-des-missions-etrangeres-en-coree-1836-1990-reperes-historiques/, https://jejudo.fr/mariage-gay-coree-du-sud/, https://jhm.fr/la-coree-une-histoire-brillante-et-tragique-en-conference/, https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMPays/KOR (la poltique intérieure de Corée du Sud), https://www.cernuschi.paris.fr/fr/collections/collections-coreennes (Histoire de la Corée depuis le néolithique jusau’aux années 1980), https://www.challenges.fr/monde/l-ombre-de-la-collaboration-avec-le-japon-plane-sur-la-coree-du-sud_646583, https://www.coree-culture.org/IMG/pdf/catalogue_memoire_de_1919_wep_xs.pdf, https://www.courrierinternational.com/article/analyse-la-crise-politique-en-coree-du-sud-revele-les-failles-d-un-systeme-social-a-bout-de-souffle_226134, https://www.focus.it/cultura/storia/storia-della-corea-del-nord-e-della-corea-del-sud, https://www.geo.fr/histoire/les-moments-cles-de-la-guerre-de-coree-un-conflit-inacheve-201029, https://www.koreasociety.org/images/pdf/KoreanStudies/Monographs_LessonPlans/High_School/5%20The%20Japanese%20Occupation%20of%20Korea%201910-1945.pdf, https://www.lemonde.fr/international/article/2024/08/28/en-coree-du-sud-la-guerre-des-sexes-bat-son-plein_6297326_3210.html, https://www.lemonde.fr/international/article/2025/06/03/presidentielle-en-coree-du-sud-lee-jae-myung-le-candidat-progressiste-remporte-le-scrutin-selon-de-premieres-estimations_6610358_3210.html, https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20241027-cor%C3%A9e-du-sud-une-messe-chr%C3%A9tienne-g%C3%A9ante-organis%C3%A9e-contre-les-droits-des-personnes-lgbt, et https://www.roots.gov.sg/stories-landing/stories/the-legacy-of-joseon-korea/story.
 
Merci et bonne fête de la Constitution !

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