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lundi 29 décembre 2025

La maison de David, de David à Jésus, et le crash du vol Jeju Air 2216, une période de deuil en Corée

Le roi David est aussi célébré en Corée, mais ce n’est pas une mémoire officielle, et la liturgie ne porte pas souvent sur lui, et il est concurrencé par la mémoire de Thomas Becket. Ainsi, tant l’ancien «Martyrologe romain» qui signale que David a été roi et prophète, que le «Martyrologe romain» révisé et publié en 2001 avec quelques corrections et ajouts en 2004, mentionnent dans la liste du 29 décembre qu’il a régné sur le peuple d’Israël en tant que roi et prophète, qu’il a porté l’Arche d’Alliance à la ville de Jérusalem et que la prophétie selon laquelle un sauveur viendrait de sa descendance s’est accomplie en Jésus-Christ

 

Le roi David aurait été un mercenaire au service du roi d’Israël, Saül qui a réussit à résister à la domination philistine, il aurait cherché à devenir roi à sa place, mais découvert, il déserta vivant de rapines, puis devint un mercenaire au service des Philistins, et s’est retrouvé impliqué dans la mort de Saül puisqu’il servait le roi philistin de Lakish, puis il a régné à force de conquête s’impose comme l’homme fort de Juda capable de rassembler sous son nom, éleveurs et agriculteurs, et d’assassinats envers Ishbaal qui a succédé à son père sur Israël et Abner, général d'Ishbaal, sur un territoire limité entre 1010 et 970 av. J.-C. de quelques villages de Judée, peu peuplé, comparé à son voisin du nord, Israël, dix fois plus peuplé à l’économie florissante, à la manière d’un chef de clan qui avait un pouvoir administratif local sur un territoire montagneux avec pour capitales, tout d’abord Hébron, puis Jérusalem, deux gros villages, puis s’assure du contrôle d’Israël en gardant en otage Meribaal et s’assurant ainsi l’appui de Philistins gouvernant la région pour l’Égypte qui voyait d’un mauvais œil la montée en puissance du puissant royaume guerrier et agricole d’Israël, il fut coupable d’adultère avec Bethsabée, dont il fit tuer son mari Urie pour la posséder, et de conflits familiaux le tout aboutissant à une fin de règne crépusculaire avec ses deux fils aînés, Amnon et Absalom, qui trouvèrent tous deux une fin tragique en tentant de succéder à leur père dont les révoltes furent appuyées par le royaume d’Israël, menant à l’imposition de Salomon sur le trône par son clan avant sa mort.

 

Après David, Salomon (970-931 av. J.-C.) continue de gouverner la «Maison de David» au centre d’un minuscule royaume du Sud, la Judée, dominé culturellement et politiquement par son grand voisin du nord, et placé sous la protection de l’Égypte, Juda ne présente aucun signe de construction monumentale, de production industrielle organisée, en particulier dans le domaine de la céramique, pas de hiérarchisation des sites et pas de peuplement suffisant pour fournir les ressources humaines à un royaume, tandis que sa capitale n’est qu’un bourg insignifiant, ce qui explique qu’il ne fut pas touché par le raid de Sheshonq en 936 av. J.-C., Roboam (931–914 av. J.-C.) continua cette alliance avec l’Egypte contre le royaume d’Israël, mais son fils Abija (914-911 av. J.-C.) fit des tentatives infructueuses pour soumettre ce dernier pour l’Égypte, et au IXe siècle cette «chefferie» est sous influence du royaume omride du nord suite au rapprochement du roi Joram avec celui-ci, et voit les premiers signes d’une architecture monumentale, y compris la construction de fortifications, apparaissent à ce moment-là dans la Shefelah à l’ouest, la vallée de Beersheba au sud et peut être aussi au nord de Jérusalem, ces sites en question servaient de centres administratifs régionaux du Royaume de Juda à l’époque de Roboam, Abija, et Asa (911–870 av. J.-C.), tout en tirant profit de l’ascension des rois araméens de Damas pour se protéger des convoitises nordistes que son développement suscitait même si Josaphat (870–845 av. J.-C.) préféra s’allier au royaume d’Israël combattant aux côtés d'Achab d'Israël lors de la bataille décisive de Ramoth en Galaad (853 av. J.-C.), confirmée par le mariage de son successeur Joram (845-843 av. J.-C.) en épousant Athalie, fille d'Achab, mais ce dernier fut tué par Jéhu, roi d’Israël (845 av. J.-C.), son fils Ochozias (843-842 av. J.-C.) hérite du trône, mais il est assassiné, et suite à la mort de son fils, Athalie s'empare du pouvoir violemment après avoir massacré tous les membres de la Maison royale de Juda le mais se fait assassiner suite à un coup d’État après sept ans de règne (842–835 av. J.-C.) qui place Joas (835-805 av. J.-C.) sur le trône qui vit Hazaël de Damas ravager tout le pays jusqu'à Jérusalem (835 av. J.-C.), suivent Amazias (805–776 av. J.-C.) qui crut se mesurer à Israël mais connut la défaite, son successeur Ozias (776-758 av J.-C.) fut plus heureux étendant son royaume sur une grande partie du territoire philistin et exerçant même, un temps, la suzeraineté sur Moab, il fut suivi de Jotham (758–742 av. J.-C.). 

 

Puis l’incorporation de Juda en tant que vassal dans la sphère d’influence assyrienne en 732 av. J.-C. avec son roi Achaz (742–726 av. J.-C.), lui permet d’entrer dans l’économie globale de l’empire assyrien, et la disparition du Royaume du Nord en 720 av J.-C. et la diffusion du modèle phénicien favorisa le développement économique de Juda, ainsi que sa démographie avec l’arrivée de réfugiés en provenance du royaume d’Israël détruit, son urbanisme et son activité scripturaire et elle provoqua une réflexion sur son rôle historique au sein du peuple hébreu. Le roi Ezéchias de Juda (726–697 av. J.-C.) lance alors une réforme religieuse dans laquelle le Temple de Jérusalem joue un rôle central, sans doute la base d’une première version de la construction du temple par Salomon. Ce dernier écrasé par les Assyriens en 701 avant notre ère, transforme sa défaite en victoire, alors qu’il a dû néanmoins verser un lourd tribut et de nombreuses villes de la région furent détruites. Une histoire officielle est d’ailleurs compilée qui cherche à unifier les traditions du Nord et du Sud et dans laquelle l’on fait relever les événements de la volonté divine. Juda devient une sorte de monarchie unifiée à l’intérieur du territoire de Juda. Les rois de la dynastie davidique s’attachèrent donc à donner une nouvelle forme à l’identité du royaume en absorbant certes la population déplacée et en incorporant ses traditions, mais en prenant garde de promouvoir aussi ses propres intérêts. Une chronologie fait se succéder Saül et David – deux rois choisis par Yahwé – mais celle-ci, écrite à travers un prisme judéen, donne la meilleure part à David à qui a été donné par Dieu, les grands palais et écuries construites au VIIIe siècle – aussi bien au Nord avant sa disparition, qu’au Sud – sont, dans la Bible, tous attribués à Salomon, et l’administration royale et des circuits commerciaux mis en place au VIIe siècle par Manassé de Juda (697-642 av. J.-C.) sont aussi attribués à Salomon. Amon (642-640 av. J.-C.) succède à Manassé, mais il est assassiné après deux ans de règne.

 

À la fin du VIIe siècle, sous Josias (640-609), le royaume de Juda se sent appelé à un grand destin. On unifie une mémoire nationale qui explique la légitimité davidique par l’impiété de l’ancienne dynastie nordiste. On centralise le culte pour mieux étendre le contrôle territorial, ce qui débouche à terme sur le monothéisme et les récits des premiers rois d’Israël sont retouchés en fonction de l’idéologie religieuse deutéronomiste qui émerge. De ce roi prometteur de la fin du VIIe siècle, un passage biblique nous apprend très laconiquement qu’il est mis à mort à Megiddo par le pharaon Neko II lors d’un ultime sursaut de l’Egypte de la Basse-époque. Catastrophique au vu de l’espoir suscité, la mort de Josias à Megiddo est à l’origine de l’expression «Armageddon» (Har Megiddo). Joaiquin lui succède qui a succédé Joachaz monté sur le trône en 609 tué par Neko II suite à une bataille et placé sur le trône par ce dernier en et obligé de faire une alliance malheureuse avec lui en 607 contre la monarchie babylonienne à laquelle il se retrouve soumis trois ans après la défaite de l’Égypte à Karkemish en 605, puis après l’échec de la campagne en Égypte en 600 du roi de Babylone, il refuse de payer le tribut et lorsque ce dernier marche sur Jérusalem, il se fait assassiner par ses hommes en 598. En 597 av J.-C., le jeune roi Joachin (598- 597 av J.-C.), se rend, évitant ainsi la destruction de la ville. Néanmoins, la famille royale et une partie de la population jérusalémite sont déportées à Babylone. Sédécias (597-586 av. J.-C.), installé par les Babyloniens, cherche une alliance avec le pharaon Psammétique III, ce qui provoque en 587 la prise de Jérusalem et la chute de Juda. Suite à ces événements, une deuxième déportation a lieu. Avec la période postexilique, qui suit l’annexion de Juda par Babylone et la déportation des élites judéennes sur les bords du Tigre, durant laquelle la révision deutéronomiste se poursuit en exil avec l’insertion d’annonces prophétiques, lesquelles promettent en consolation le retour d’un descendant de David sur le trône d’Israël, commence le temps de Yehoud, province babylonienne puis perse, hellénistique et enfin romaine. Plus tard, bien après le retour des exilés en terre de Judée (fin du VIe siècle avant notre ère), les livres des Chroniques sont rédigés (IVe siècle avant notre ère), ils revisitent l’histoire d’Israël et de sa monarchie en omettant toutes traces de faiblesses chez David et Salomon. La prédominance de la dynastie davidique y survit, non comme programme politique mais comme élément purement religieux. En témoigne entre autre l’importance pour les Evangélistes du rattachement de Jésus à David via Joseph et la naissance à Bethléem. Le Jésus historique ne saurait être accepté sans la dimension davidique. D’autres sauveurs de l’époque sont tous présentés comme liés à David. C’est le cas d’Athrongaeus, qui émerge à la faveur des troubles qui suivent la mort d’Hérode vers 4 avant notre ère, de Theudas (vers 40), qui prétend séparer les eaux du Jourdain, ou de «L’Egyptien» qui prétend un peu plus tard ébranler les murs de Jérusalem.

 

Mais ce 29 décembre est aussi une période de deuil en Corée du Sud. Il y a un an, un Boeing 737-800 de la compagnie à bas-coût Jeju Air transportant 181 passagers en provenance de la capitale thaïlandaise avait atterri sur le ventre à l'aéroport international de Muan, avant de se fracasser contre un mur en bout de piste et de prendre feu. Une hôtesse et un steward, assis à l'arrière de l'avion, avaient survécu et 179 personnes avaient été tuées. Un rapport gouvernemental préliminaire datant de juillet, brocardé par des familles et le syndicat de pilotes, a conclu qu'une collision avec un oiseau avait endommagé le moteur droit de l'avion, mais que le pilote avait coupé par mégarde le moteur gauche. C'est donc le scénario d'un choc avec un volatile, suivi d'une erreur de pilotage, qui est privilégié. Même si la possibilité que le train d'atterrissage ait été défectueux est également envisagée. Le rapport final est attendu en juin. Des familles endeuillées tempêtent contre la manière dont l'enquête a été menée. Elles s'insurgent aussi contre ce mur en béton érigé en bout de piste, en violation de toutes les règles de sécurité de l'aviation civile. L'aéroport de Muan, fermé aux vols commerciaux depuis l'accident, accueille nombre de familles de victimes qui passent des jours et des nuits sous des tentes dressées dans le hall des départs au second étage du terminal. Les lieux sont décorés de rubans bleus et de lettres en souvenir des personnes disparues.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Israël Finkelstein, et Neil Asher Silberman, Les rois sacrés de la Bible – À la recherche de David et Salomon, Bayard, 2006, Steven L. McKenzie, Le roi David, le roman d'une vie, Labor et Fides, 2006, Israël Finkelstein, Communication : l’archéologie et l’histoire de Jérusalem (1000-700 AV. J.-C.), dans CRAI 2012, II (avril-juin), p. 827-858, Thierry Petit, L’origine des cités-royaumes cypriotes et des royaumes d’Israël et de Juda. Simultanéité et similitudes, dans Théologiques, 21, 2013, p. 23-49, Thomas Römer, Déportations, exils et découverte du Dieu unique, dans Le Monde de la Bible, 27 juillet 2022, Christian Elleboode, Le roi David dans la Bible revisitée, Le Lys Bleu Éditions, 2023, https://information.tv5monde.com/international/un-apres-le-pire-crash-en-coree-du-sud-des-familles-exigent-des-reponses-2802637, https://maria.catholic.or.kr/sa_ho/list/view.asp?menugubun=saint&ctxtSaintId=5662, https://www.archeobiblion.fr/la-fin-des-deux-royaumes/, https://www.jewishencyclopedia.com/articles/8955-judah-kingdom-of, https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-essai-et-la-revue-du-jour-14-15/le-royaume-biblique-oublie-revue-politique-etrangere-7480564, et https://www.reforme.net/religion/histoire/bible-le-roi-david-a-t-il-reellement-existe/

 

Merci et bonne Saint David ! 

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