Amis

mardi 30 décembre 2025

Brigitte Bardot, une actrice controversée

Née en 1934 dans les beaux quartiers de Paris, fille d'industriel, Brigitte Bardot est avant tout une petite fille mal aimée dont sa sœur cadette Mijanou, est la préférée de ses parents, qui ne tenait pas spécialement à faire du cinéma, une jeune bourgeoise devenue une star à son corps défendant, qui se destinait à être danseuse, est encouragée à devenir mannequin, avant que l'amour l'entraîne au cinéma suite à la rencontre adolescente avec Roger Vadim, dont elle devient la muse, l’amante, l’épouse en 1952 avec l’acceptation de son père “à contrecœur”, et l’actrice qui à 17 ans, elle décroche son premier rôle dans Le Trou normand, aux côtés de Bourvil, prêtant son image à Manina, La fille sans voiles (1952) de Willy Rozier, paraît dans Si Versailles m'était conté (1953) de Sacha Guitry, mettant au supplice Raymond Pellegrin dans La lumière d'en face (1955) de Georges Lacombe en lui offrant la vue de ses charmes exposés à la tentation du voisin, jouant aussi la délicieuse Lucie qui réplique à Yves Robert dans Les grandes manœuvres (1955) de René Clair, et menant au scandale de Et Dieu créa… la femme du même Vadim en 1956, qui crée précisément le mythe Bardot. La liberté du ton érotique qui y est employé bouleverse les conventions cinématographiques. Brigitte Bardot incarne la femme-enfant sans complexe, débarrassée du carcan de l'éducation bourgeoise, libre de disposer de son corps comme elle l'entend. L'actrice se retrouve bientôt prisonnière de ce registre. Bardot part ensuite tourner en Italie, notamment deux péplums : Les Week-ends de Néron réalisé par Steno en 1956, qui la place aux côtés d'Alberto Sordi et Vittorio De Sica et Hélène de Troie de Robert Wise. Sa beauté fait des miracles, elle est propulsée star, et les propositions pleuvent. Et 1958, BB, ses initiales, sont l'incarnation de la femme libre. Toute une génération s'habille, se coiffe et se maquille comme elle. Elle devient une icône, déchaînant les passions comme les haines, l’amour et  pression la mène aux tentatives de suicide (en 1956, à cause de ses parents, et en 1960 à cause de son couple et des journalistes). Elle devient aussi une comédienne aux sommets stupéfiants, éblouissant les foules, face à Jean Gabin dans le film En cas de malheur en 1957, elle va enfin révéler tous ses talents de comédienne, puis drapée dans de longs châles frangés, elle offre le spectacle de son profil nu qui donne le frisson dans La femme et le pantin (1958) de Julien Duvivier, apparemment plus raisonnable, elle se pare de tresses qui la rendent dangereusement candide dans Babette s'en va-t-en guerre (1959) de Christian-Jaque, et en 1960, elle tourne son film préféré, La vérité, récit d'un crime passionnel, mis en scène par Clouzot, le film, applaudi par la critique, conduit même l’équipe jusqu’aux Oscars pour tenter de remporter la statuette du meilleur film en langue étrangère en 1961. Femme libre, elle perturbe les mœurs, avec son divorce avec Vadim en 1957, et ses amants et/ou maris célèbres (Trintignant en 1956, Gilbert Bécaud en 1957, Sacha Distel en 1958, Jacques Charrier qui s’est marié avec elle en 1959 et divorce en 1963 non sans lui avoir donné un fils unique non désiré qu’elle voulait avorter en 1960 et néglige, Samy Frey entre 1960 et 1963 raison de son divorce, Gainsbourg en 1967, et Günter Sachs qui l’épouse en 1966 lui offre lui offre sa fortune et la stabilité jusqu’à son divorce en 1969), et c’est son incursion dans la Nouvelle Vague, avec Jean-Luc Godard et Michel Piccoli va enfin séduire les cinéphiles notamment dans Une vie privée (1962) de Louis Malle qui revient en détail sur le calvaire vécu par la jeune femme harcelée par un public fanatique et une presse à scandales omniprésente, et c’est également à l’occasion de ce film que Bardot commence à chanter, et dans Le Mépris (1963) de Jean-Luc Godard. Dans les années 60, Brigitte Bardot devient aussi une star de la chanson. Serge Gainsbourg lui écrit des titres sur mesure (Bonnie and Clyde, Harley Davidson, Je t’aime moi non plus). Par la suite, elle continue à chanter et à sortir quelques disques. 

 

Sans le vouloir, elle incarne une révolution féminine avant l'heure plutôt des années 60, 70. Sans pancartes ni slogans, la tornade Bardot bouleverse les représentations des femmes au cinéma. Sa vie est auscultée sous tous les détails à travers la fiesta sur les tables le soir sur la Côte d’Azur, les paparazzis qui la harcèlent sans cesse, cette période est également marquée par des refus retentissants de l'actrice : elle ne sera ni une James Bond girl (on lui proposait Au service secret de Sa Majesté), ni une star hollywoodienne (elle est remplacée par Faye Dunaway dans L'Affaire Thomas Crown avec Steve McQueen), et d'autres fois, c'est Brigitte Bardot qui doit essuyer les fins de non-recevoir des cinéastes : lorsqu'elle apprend la préparation du tournage de La Sirène du Mississipi, le prochain film de François Truffaut, elle se bat pour obtenir le premier rôle féminin qui reviendra à Catherine Deneuve, provoquant l'ire de Bardot. Devenue la Marianne de tous les Français en 1971, Brigitte Bardot enchaîne les rôles dans les années 1960 et 1970, elle tourne une palanquée de films dont la plupart sont médiocres comme avec Louis Malle dans un western guilleret avec Jeanne Moreau, Viva Maria !, drôle mais pas génial, elle fume le cigarillo dans Histoires extraordinaires (1967) de Louis Malle, tire sur les Indiens du Far West dans Shalako (1968) d'Edward Dmytryk, en 1970, L’Ours et la poupée, avec Jean-Pierre Cassel, de Michel Deville, distrayant lui aussi, en nonne dans Les Novices avec Annie Girardot en 1970 ou en femme fatale dans Les Pétroleuses avec Claudia Cardinale en 1971, et elle joue une séduisante starlette des années 20 face au bourru Lino Ventura dans la comédie d'aventure Boulevard du rhum, qui sort en 1971. Au creux de la décennie 1970, l'actrice refuse, entre autres : Les Parapluies de Cherbourg puis Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy (qui la rêvait aux côtés d’Audrey Hepburn) ou L'Étranger de Luchino Visconti - effrayée, commentera-t-elle, par “le côté intellectuel” d’une adaptation de Camus. Pour autant, elle se dénude une fois de plus dans Don Juan (1972) de Roger Vadim, ce film où Bardot endosse le rôle du mythique séducteur et met, entre autres, Jane Birkin dans son lit, après l'échec de ce film, vient le dégoût du cinéma après L’'Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise, sorti en 1973, qui sera son dernier film, méli-mélo théâtral et champêtre réalisé par Francis Huster, le retrait du monde à Saint-Tropez dans sa “bicoque” de pêcheurs, La Madrague, qu’elle a même chantée. Sa carrière au cinéma n’aura duré que 20 ans. C'est son amour des animaux qui lui font subitement quitter l'univers du cinéma à l'âge de 39 ans et guide sa seconde vie, pasionaria de leur cause, devenue porte parole de la SPA, elle lance des appels pour adopter les chiens abandonnés, s’engage dans une croisade contre la chasse aux bébés phoques en menant une campagne médiatique l'interdiction de l'importation de peaux de phoques en France signifiée par le président Valéry Giscard d'Estaing, rend même visite au ministre de l’intérieur pour lui demander l'interdiction de l’abattage sans étourdissement., et à tous ceux qu'elle recueille et défend à travers sa fondation, La Fondation Brigitte Bardot, qui voit le jour en 1986. Et dès 1973, Brigitte Bardot s'exprime régulièrement en désaccord avec les mouvements de libération des femmes montrant un antiféminisme affiché. 

 

Élevée dans la tradition gaulliste, Bardot n’a cessé de basculer vers la droite en vieillissant. En témoigne son dernier mariage, en 1992, avec l’homme d’affaires Bernard d’Ormale, “ami proche de Jean-Marie Le Pen”, et certaines de ses prises de position se sont avérées polémiques car elle fut condamnée à cinq reprises entre 1997 et 2008 à des amendes pour incitation à la haine raciale pour ses propos islamophobes et pour homophobie, mais aussi celles sur les chasseurs qui “détruisent des vies” ou le mouvement #MeToo, “qualifiant les accusations de harcèlement portées par les actrices d’‘hypocrites, ridicules et sans intérêt’. L'actrice est également condamnée en 2021 pour ses propos sur les Réunionnais, qu'elle traite de "population de dégénérés" dans une lettre ouverte en 2019 où elle dénonce leur traitement des animaux. Brigitte Bardot est alors condamnée en première instance à 20 000 euros d'amende pour "injures publiques à caractère racial". En 2012, B.B. appelait les maires de France à apporter leurs parrainages à Marine Le Pen, alors candidate à la présidentielle. Elle annonce par ailleurs voter pour cette "femme admirable". En 2013, elle va jusqu'à menacer de prendre la nationalité russe, afin de sauver deux éléphantes, destinées à être euthanasiées car malades. Brigitte Bardot ne cache pas son admiration pour Vladimir Poutine qui, selon elle, a fait plus pour la cause animale que les présidents français. Lors de la présidentielle de 2017, elle appelle à faire barrage à Emmanuel Macron, fustigeant son programme concernant la cause animale. Si elle ne précise pas si elle vote FN, elle considère toutefois Marine Le Pen comme "la Jeanne d'Arc du XXIe siècle". Brigitte Bardot soutient ensuite Eric Zemmour, au début de la campagne présidentielle de 2022. Mais ses propos sur la chasse la déçoivent et elle se tourne finalement vers Nicolas Dupont-Aignan. Elle publie ses mémoires en 1996 : Initiales BB et d’autres ouvrages : Un cri dans le silence (2003), Pourquoi ? (2006). Dans une interview à Gala, le 6 janvier 2022, elle révèle qu'elle refuse de se faire vacciner contre la Covid-19. Le 16 octobre 2025, Var Matin révèle que l'actrice est hospitalisée depuis trois semaines suite à une intervention chirurgicale dans le cadre d’une maladie grave. Mi-novembre 2025, l'actrice est de nouveau hospitalisée. Brigitte Bardot meurt le 28 décembre 2025, à l'âge de 91 ans.

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Yves Bigot, Brigitte Bardot, la femme la plus belle et la plus scandaleuse au monde,Don Quichotte éditions, 2014, Baptiste Vignol, Brigitte Bardot : la dernière icône, Gründ, 2022, Marie-Dominique Lelievre, Brigitte Bardot, plein la vue, Flammarion, 2022, http://cinema.encyclopedie.personnalites.bifi.fr/index.php?pk=33661, https://cinedweller.com/celebrity/brigitte-bardot/, https://www.allocine.fr/personne/fichepersonne-67548/biographie/, https://www.courrierinternational.com/article/vu-de-l-etranger-mort-de-brigitte-bardot-de-toute-evidence-le-mythe-bb-ne-pourra-pas-disparaitre_238804, https://www.franceinfo.fr/culture/cinema/brigitte-bardot/propos-homophobes-et-islamophobes-admiration-pour-jean-marie-le-pen-et-vladimir-poutine-quand-b-b-creait-la-polemique_7706845.html, https://www.franceinfo.fr/culture/cinema/brigitte-bardot/mort-de-brigitte-bardot-du-cinema-a-la-musique-une-icone-francaise_7706941.html, https://www.franceinfo.fr/culture/cinema/brigitte-bardot/mort-de-brigitte-bardot-une-inspiration-pour-les-femmes_7707229.html, https://www.lesinrocks.com/cinema/brigitte-bardot-est-morte-evaporation-dun-mythe-controverse-627088-28-12-2025/, https://www.voici.fr/bios-people/brigitte-bardot, et https://www.vogue.fr/article/brigitte-bardot-mort-vie-carriere.  

 

Merci !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Qu'allons nous voir ici ?

Ce blog s'intéressera avant tout à la question de l'historicité du roi Arthur durant les Dark Ages, une période de grands changeme...