Amis

mercredi 13 mai 2026

Les apparitions de Fatima, entre message sympathique, manipulations, doutes et diffusion en Corée

Le 13 mai 1917, trois enfants, Lucia Dos Santos, 10 ans, à l’imagination débordante qui racontait beaucoup d'histoires religieuses, et ses cousins Francisco, 9 ans, et Jacinta Marto, 7 ans, influencés par elle, annoncèrent avoir vu la Vierge Marie dans les champs escarpés de Fatima, une terre inhospitalière parsemée de quelques petites maisons, ces apparitions culminèrent jusqu’au 13 octobre, avec toujours le même message, des demandes d’oraisons, le sauvetage des âmes et la fin de la Première guerre mondiale à laquelle participait le Portugal, auquel s’ajourait une révélation exceptionnelle reçue le 13 juin qu’ils ne pouvaient pas dévoiler. De plus, la Dame n’a pas demandé de mortifications, elle ne leur a pas non plus montré l’enfer, contrairement à ce que dira plus tard la visionnaire survivante. Cet événement, survenu dans le contexte de la Première Guerre mondiale et du conflit entre la jeune République et l'Église, prit une ampleur considérable. Les autorités portugaises, méfiantes pour toute l’affaire, firent interroger les enfants et les retinrent un moment dans la commune d’Ourén. Dès lors, les enfants ne purent se rendre à l’apparition du 13 août. Mais l’intérêt ne fit que croître. Les journaux de la République crient au «canular», tandis que c'est grâce au journal «O Século» que le phénomène de Fatima «s'est rapidement diffusé et s'est transformé d'un événement local en un événement national puis international». La déception vint très vite, car la Vierge Marie avait dit le 13 octobre que «La guerre se termine aujourd’hui et attendez ici vos soldats très bientôt», mais la guerre ne prit fin que le 11 novembre 1918, et le «miracle du Soleil», fut un phénomène naturel, exagéré par ceux qui voulaient y voir un miracle, alors que des journalistes et des photographes n’ont rien vu. Quant au petit chêne vert des apparitions, il fut emporté par les Carbonari de Santarém le 24 octobre 1917. Ce n’est pas un hasard si l'Église tarda à enquêter et si, avant même de le faire, elle commença à acquérir des terres et à planifier la construction d'un vaste sanctuaire. La chapelle originelle de Fatima, construite entre le 28 avril et le 15 juin 1919, grâce aux dons des fidèles, fut la cible d'un attentat à la dynamite en 1922. De même, la commission pour le début du processus diocésain de certification de la crédibilité des apparitions entre 1920 et 1922, qui était composée de plusieurs prêtres, dont le chanoine Manuel Formigão, un thuriféraire des apparitions de Fatima, et le remplacement du curé de Fatima par un du même nom, n’était pas là pour donner un point de vue critique mais pour créer un Lourdes portugais qui va permettre son affirmation progressive au Portugal, même si le processus canonique diocésain, initié en 1922, progresse lentement, dans l'attente du rapport final du Dr Formigão, et sa reconnaissance par l'évêque de Leiria, D. José Alves Correia da Silva en 1930 disant un peu trop rapidement que «les visions des enfants de Cova da Iria, paroisse de Fátima, dans ce diocèse [Leiria], du 13 mai à octobre 1917, dignes de foi et autorisant officiellement «le culte de Notre-Dame de Fátima», bien aidé par la distribution par le pape Pie XI de quelques estampes et images pieuses aux étudiants du Collège portugais de Rome en 1929, et par la mort la même année du cardinal Mendes Belo, alors patriarche de Lisbonne et peu enthousiaste à l'égard de Fatima.

 

Deux des enfants décédant prématurément victimes de la grippe espagnole en 1919 et 1920, une mort prédite par la Vierge seulement en 1927, et le troisième étant placé dans un couvent à partir de 1921 chez les Sœurs de Sainte-Dorothée, à Porto, le message initial de la «Dame» fut altéré par des visions soit disant vues par Lúcia en Galice présente au Carmel depuis 1925, en 1929 et 1930, dans lesquelles elle fait référence pour la première fois à la Russie et à sa conversion, et l’écriture de ses Mémoires en réponse à des demandes extérieures, et le récit des «apparitions» remanié à cause de la montée du communisme et suite à la guerre d’Espagne (1936-1939), du fait que les catholiques conservateurs manipulèrent Lúcia, craignant de voir le communisme s’étendre sur le territoire portugais et affaiblir à nouveau l’Église, aidés par le fameux secret de Fatima augmenté en trois et qui au rythme de l'évolution du contexte historique mondial, a toujours évolué de concert, commençant par une position anticommuniste, puis la prédiction d'une Seconde Guerre mondiale, alors qu'elle était déjà en cours, et, ces dernières années, le propos s'est recentré sur la paix. Malgré tout, le phénomène prit de l'ampleur comme un haut lieu de diffusion de la propagande anticommuniste, encouragé et alimenté par le régime de l'Estado Novo d'António de Oliveira Salazar bien aidé par la vision sacrificielle du catholicisme, fondée sur une théologie de la douleur, omniprésente à Fatima que partageait ce dernier, mais aussi par Lucia qui affirma dans une lettre que Salazar avait été choisi par Dieu pour gouverner le pays, et soutenu par la foi de millions de croyants aux apparitions de Cova da Iria, et à partir de 1940, Rome ira dans le sens de Fatima, dont l’exemple le plupart parlant est lorsque «l’image de Notre-Dame de Fatima a été couronnée Reine du Monde et Reine de la Paix, et qu’un légat pontifical du pape Pie XII s’est rendu» au Sanctuaire en 1946, ce qui amène dans les années 1950 le rayonnement international de Fatima qui a débuté, à travers les pèlerinages de la Vierge, ainsi que l'organisation de grands pèlerinages au sanctuaire et de congrès promouvant le catholicisme portugais avec une récupération anticommuniste s'est accompagnée d'une dévotion accrue envers Notre-Dame de Fatima, perçue comme une garante de la paix, cependant le pape Paul VI qui s’est rendu à Fatima en 1967, ce qui a permis à une partie de l'opposition politique, en particulier celle liée à Mário Soares, à saisir l'occasion pour souligner la distance instaurée par Paul VI vis-à-vis de Salazar, et en a fait un symbole de résistance au régime, tandis que les fidèles dans les années 1960 venaient à Fatima pour demander la fin de la guerre et l'arrêt de la mobilisation des soldats, alors que les soldats mobilisés et ceux blessés et mutilés viennent y protester contre la guerre coloniale, et la voyante survivante revenu en 1948, à 42 ans, au sein du carmel de Coimbra, ne fut pas non plus contre l’indépendance des colonies portugaises et appuya profondément pour la paix durant la guerre froide, ce qui peut expliquer qu’à partir de 1974 Fatima adhère à la République. Le dernier grand acte fut, le 13 mai 2000, la béatification de Francisco et de Jacinta et la révélation du «troisième secret» par Jean-Paul II. Lucia les rejoint, elle meurt le 13 février 2005, et elle est déclarée vénérable en 2021. Depuis, Fatima demeure un sujet de controverse, et plusieurs courants de l'Église s'opposent au message de Fatima, jugé très rudimentaire et fondé sur la punition et la pénitence, ainsi qu'à la commercialisation de Fatima, devenue une source de profit. 

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : Moisés Martins et Luís Cunha, Salazar et Fatima : entre politique et religion, dans La fabrique des héros sous la direction de Pierre Centlivres, Daniel Fabre et Françoise Zonabend, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Ministère de la culture, 1999, p. 137-147, Paul Christopher Manuel, The Marian Apparitions in Fátima as Political Reality: Religion and Politics in Twentieth-Century Portugal, Center for European Studies, Working Paper No. 88, 2001, Patrícia Carvalho, Fátima - Milagre ou construção?, Ideias de Ler, 2017, et https://www.record.com.br/fatima-milagre-ou-construcao-de-patricia-carvalho/, https://funchalnoticias.net/2017/05/10/fatima/, https://mediotejo.net/o-misterioso-roubo-da-azinheira-das-aparicoes-de-fatima/, https://noticias.cancaonova.com/mundo/184938/, et https://omirante.pt/sociedade/2024-04-15-maior-desenvolvimento-de-fatima-no-pos-25-de-abril-desmente-ligacao-ao-estado-novo-6f03f0f4.

 

Et l’Apostolat mondial de Fatima en Corée a débuté en 1953, vers la fin de la guerre de Corée. Cette année-là, le père M.J. Stramski, alors aumônier du 1er corps de Marines de l’armée américaine stationné en Corée, demanda au siège international de l’Apostolat mondial de Fatima d’envoyer une statue de Notre-Dame de Fatima en Corée, pays ravagé par la guerre. Mgr José Correia da Silva, évêque du diocèse de Leiria, où se situe Fatima, envoya alors en Corée une statue de pèlerinage bénie sur le lieu des apparitions. Le 5 avril 1953, la statue de pèlerinage de Notre-Dame de Fatima fut consacrée sur une place près de Panmunjom par Mgr Noh Ki-nam, évêque du diocèse de Séoul, marquant ainsi le début du pèlerinage. Mgr Noh devint le premier membre de l’Armée bleue coréenne. La statue de pèlerinage de Notre-Dame de Fatima est partie de la ligne de démarcation militaire, sur le front, et a fait étape à Séoul, Chuncheon, Daegu, Busan et Masan. Le 26 juillet, en plein pèlerinage, la guerre de Corée a été suspendue par l'armistice, et le père Strumski est rentré en Corée, interrompant temporairement l'œuvre apostolique mondiale de Fatima. En 1964, Monseigneur allemand A. Trauner (Ha Antonio) a repris son œuvre. Aujourd'hui, l'apostolat mondial de Fatima en Corée œuvre pour la paix dans la péninsule coréenne par la prière, et en mai 2015, le «Sanctuaire de la Paix de Fatima» a été inauguré à Paju, dans la province de Gyeonggi. En 2017, le siège coréen de l'Apostolat mondial de Fatima (directeur : Monseigneur Ha Antonio) a célébré une «Messe commémorant le 100e anniversaire des apparitions de Fatima et la prière pour l'unification pacifique à Imjingak» au Imjingak Peace Nuri Outdoor Performance Hall de Paju, dans la province de Gyeonggi, le 11 mai. Environ 10 000 fidèles venus de tout le pays ont assisté à la messe. L’évêque Lee Han-taek (ancien évêque du diocèse d’Uijeongbu), qui a présidé la messe, a exhorté l’assemblée à «prier pour la paix dans le monde, l’unification de notre pays et la stabilité politique et sociale de la société coréenne». Il a poursuivi : «Les trois bergers qui ont été témoins des apparitions de Notre-Dame de Fatima ont mis en pratique, avec des cœurs simples et purs, le souhait de la Vierge Marie de prier le Rosaire pour la paix dans le monde», soulignant que «le chemin de la sainteté ne passe pas par l’accumulation de grands mérites, mais par la prière simple, le sacrifice et la dévotion».

 

Pour aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup aidé : https://www.catholictimes.org/article/201704300190602, et https://www.catholictimes.org/article/201705160191652.

 

Merci et bonne Notre-Dame de Fatima ! 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Qu'allons nous voir ici ?

Ce blog s'intéressera avant tout à la question de l'historicité du roi Arthur durant les Dark Ages, une période de grands changeme...