
Le 13 mai 1917, trois enfants, Lucia Dos Santos, 10 ans, à
l’imagination débordante qui racontait beaucoup d'histoires
religieuses, et ses cousins Francisco, 9 ans, et Jacinta
Marto, 7 ans, influencés par elle, annoncèrent avoir vu la
Vierge Marie dans les champs escarpés de Fatima, une terre
inhospitalière parsemée de quelques petites maisons, ces
apparitions culminèrent jusqu’au 13 octobre, avec toujours le même
message, des demandes d’oraisons, le sauvetage des âmes et la fin
de la Première guerre mondiale à laquelle participait le
Portugal, auquel s’ajourait une révélation exceptionnelle reçue
le 13 juin qu’ils ne pouvaient pas dévoiler. De plus, la Dame n’a
pas demandé de mortifications, elle ne leur a pas non plus montré
l’enfer, contrairement à ce que dira plus tard la visionnaire
survivante. Cet événement, survenu dans le contexte de la
Première Guerre mondiale et du conflit entre la jeune
République et l'Église, prit une ampleur considérable.
Les autorités portugaises, méfiantes pour toute l’affaire,
firent interroger les enfants et les retinrent un moment dans
la commune d’Ourén. Dès lors, les enfants ne purent se
rendre à l’apparition du 13 août. Mais l’intérêt ne fit que
croître. Les journaux de la République crient au «canular»,
tandis que c'est grâce au journal «O Século» que le
phénomène de Fatima «s'est rapidement diffusé et s'est
transformé d'un événement local en un événement national puis
international». La déception vint très vite, car la Vierge
Marie avait dit le 13 octobre que «La guerre se termine
aujourd’hui et attendez ici vos soldats très bientôt», mais la
guerre ne prit fin que le 11 novembre 1918, et le «miracle du
Soleil», fut un phénomène naturel, exagéré par ceux qui
voulaient y voir un miracle, alors que des journalistes et des
photographes n’ont rien vu. Quant au petit chêne vert des
apparitions, il fut emporté par les Carbonari de Santarém le
24 octobre 1917. Ce n’est pas un hasard si l'Église tarda à
enquêter et si, avant même de le faire, elle commença à acquérir
des terres et à planifier la construction d'un vaste sanctuaire. La
chapelle originelle de Fatima, construite entre le 28 avril et le 15
juin 1919, grâce aux dons des fidèles, fut la cible d'un
attentat à la dynamite en 1922. De même, la commission pour
le début du processus diocésain de certification de la crédibilité
des apparitions entre 1920 et 1922, qui était composée de plusieurs
prêtres, dont le chanoine Manuel Formigão, un
thuriféraire des apparitions de Fatima, et le remplacement du curé
de Fatima par un du même nom, n’était pas là pour
donner un point de vue critique mais pour créer un Lourdes portugais
qui va permettre son affirmation progressive au Portugal, même si le
processus canonique diocésain, initié en 1922, progresse lentement,
dans l'attente du rapport final du Dr Formigão,
et sa reconnaissance par l'évêque de Leiria, D. José Alves
Correia da Silva en 1930 disant un peu trop rapidement que «les
visions des enfants de Cova da Iria, paroisse de Fátima, dans ce
diocèse [Leiria], du 13 mai à octobre 1917, dignes de foi et
autorisant officiellement «le culte de Notre-Dame de Fátima»,
bien aidé par la distribution par le pape Pie XI de quelques
estampes et images pieuses aux étudiants du Collège
portugais de Rome en 1929, et par la mort la même année du
cardinal Mendes Belo, alors patriarche de Lisbonne et peu
enthousiaste à l'égard de Fatima.

Deux
des enfants
décédant prématurément victimes de la grippe espagnole en 1919 et
1920, une mort prédite par la Vierge
seulement en 1927, et le troisième
étant placé dans un couvent à partir de 1921 chez
les Sœurs
de Sainte-Dorothée,
à Porto,
le message initial de la «Dame» fut
altéré par des visions soit disant vues par Lúcia en Galice
présente au Carmel depuis 1925, en 1929 et 1930, dans
lesquelles elle fait référence pour la première fois à la Russie
et à sa conversion, et l’écriture de ses Mémoires
en réponse à des demandes extérieures, et le récit des
«apparitions» remanié à cause de la montée du communisme
et suite à la guerre d’Espagne (1936-1939), du fait que les
catholiques conservateurs manipulèrent Lúcia,
craignant de voir le communisme s’étendre sur le territoire
portugais et affaiblir à nouveau l’Église, aidés par le
fameux secret de Fatima augmenté en trois et qui au rythme de
l'évolution du contexte historique mondial, a toujours évolué de
concert, commençant par une position anticommuniste, puis la
prédiction d'une Seconde Guerre mondiale, alors qu'elle était
déjà en cours, et, ces dernières années, le propos s'est recentré
sur la paix. Malgré tout, le phénomène prit de l'ampleur comme un
haut lieu de diffusion de la propagande anticommuniste, encouragé et
alimenté par le régime de l'Estado Novo d'António de
Oliveira Salazar bien aidé par la vision sacrificielle du
catholicisme, fondée sur une théologie de la douleur,
omniprésente à Fatima que partageait ce dernier, mais aussi par
Lucia qui affirma dans une lettre que Salazar avait été
choisi par Dieu pour gouverner le pays, et soutenu par la foi
de millions de croyants aux apparitions de Cova da Iria, et à
partir de 1940, Rome ira dans le sens de Fatima, dont l’exemple le
plupart parlant est lorsque «l’image de Notre-Dame de Fatima a
été couronnée Reine du Monde et Reine de la Paix, et qu’un légat
pontifical du pape Pie XII s’est rendu» au Sanctuaire en 1946,
ce qui amène dans les années 1950 le rayonnement international de
Fatima qui a débuté, à travers les pèlerinages de la Vierge,
ainsi que l'organisation de grands pèlerinages au sanctuaire et de
congrès promouvant le catholicisme portugais avec une
récupération anticommuniste s'est accompagnée d'une dévotion
accrue envers Notre-Dame de Fatima, perçue comme une garante
de la paix, cependant le pape
Paul VI qui s’est
rendu à Fatima en 1967, ce qui a permis à une partie de
l'opposition
politique, en
particulier celle liée à Mário
Soares, à saisir
l'occasion pour souligner la distance instaurée par Paul
VI vis-à-vis de
Salazar,
et en
a fait un symbole de résistance au régime,
tandis que les fidèles
dans les années 1960 venaient à Fatima pour demander la fin de la
guerre
et l'arrêt de la mobilisation des soldats,
alors que les soldats
mobilisés
et ceux
blessés et mutilés
viennent y protester contre la
guerre coloniale,
et la voyante
survivante revenu en
1948, à 42 ans, au sein du carmel
de Coimbra, ne
fut pas non plus contre l’indépendance des colonies portugaises et
appuya profondément pour la paix durant la guerre froide, ce
qui peut expliquer qu’à partir de 1974 Fatima adhère à la
République. Le dernier grand acte fut, le 13 mai 2000, la
béatification de Francisco et de Jacinta et la
révélation du «troisième secret» par Jean-Paul II.
Lucia les rejoint, elle
meurt le 13 février 2005, et elle est déclarée vénérable en
2021. Depuis, Fatima demeure un sujet de controverse, et
plusieurs courants de l'Église s'opposent au message de
Fatima, jugé très rudimentaire et fondé sur la punition et la
pénitence, ainsi qu'à la commercialisation de Fatima, devenue une
source de profit.
Pour
aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup
aidé : Moisés Martins et Luís Cunha,
Salazar et Fatima : entre politique et religion, dans La
fabrique des héros sous la direction
de Pierre Centlivres,
Daniel Fabre et Françoise Zonabend, Éditions
de la Maison des sciences de l’homme, Ministère de la culture,
1999, p. 137-147, Paul Christopher Manuel, The Marian
Apparitions in Fátima as Political Reality: Religion and Politics in
Twentieth-Century Portugal, Center for European Studies,
Working Paper No. 88, 2001, Patrícia
Carvalho,
Fátima
- Milagre ou construção?,
Ideias de Ler, 2017, et
https://www.record.com.br/fatima-milagre-ou-construcao-de-patricia-carvalho/,
https://funchalnoticias.net/2017/05/10/fatima/,
https://mediotejo.net/o-misterioso-roubo-da-azinheira-das-aparicoes-de-fatima/,
https://noticias.cancaonova.com/mundo/184938/,
et
https://omirante.pt/sociedade/2024-04-15-maior-desenvolvimento-de-fatima-no-pos-25-de-abril-desmente-ligacao-ao-estado-novo-6f03f0f4.

Et
l’Apostolat mondial de Fatima en Corée a débuté en 1953,
vers la fin de la guerre de Corée. Cette année-là, le père
M.J. Stramski, alors aumônier du 1er
corps de Marines de l’armée américaine stationné en Corée,
demanda au siège international de l’Apostolat mondial de
Fatima d’envoyer une statue de Notre-Dame de Fatima en
Corée, pays ravagé par la guerre. Mgr José Correia da Silva,
évêque du diocèse de Leiria, où se situe Fatima, envoya alors en
Corée une statue de pèlerinage bénie sur le lieu des apparitions.
Le 5 avril 1953, la statue de pèlerinage de Notre-Dame de Fatima fut
consacrée sur une place près de Panmunjom par Mgr Noh Ki-nam,
évêque du diocèse de Séoul, marquant ainsi le début du
pèlerinage. Mgr Noh devint le premier membre de l’Armée
bleue coréenne. La statue de pèlerinage de Notre-Dame de Fatima
est partie de la ligne de démarcation militaire, sur le front, et a
fait étape à Séoul, Chuncheon, Daegu, Busan et Masan. Le 26
juillet, en plein pèlerinage, la guerre de Corée a été
suspendue par l'armistice, et le père Strumski est rentré en
Corée, interrompant temporairement l'œuvre apostolique mondiale
de Fatima. En 1964, Monseigneur allemand A. Trauner (Ha
Antonio) a repris son œuvre. Aujourd'hui, l'apostolat mondial
de Fatima en Corée œuvre pour la paix dans la péninsule
coréenne par la prière, et en mai 2015, le «Sanctuaire de la
Paix de Fatima» a été inauguré à Paju, dans la province de
Gyeonggi. En 2017, le siège coréen de l'Apostolat mondial
de Fatima (directeur : Monseigneur Ha Antonio) a célébré
une «Messe commémorant le 100e
anniversaire des apparitions de Fatima et la prière pour
l'unification pacifique à Imjingak» au Imjingak Peace Nuri
Outdoor Performance Hall de Paju, dans la province de Gyeonggi, le 11
mai. Environ 10 000 fidèles venus de tout le pays ont assisté
à la messe. L’évêque Lee Han-taek (ancien évêque du
diocèse d’Uijeongbu), qui a présidé la messe, a exhorté
l’assemblée à «prier pour la paix dans le monde,
l’unification de notre pays et la stabilité politique et sociale
de la société coréenne». Il a poursuivi : «Les trois
bergers qui ont été témoins des apparitions de Notre-Dame de
Fatima ont mis en pratique, avec des cœurs simples et purs, le
souhait de la Vierge Marie de prier le Rosaire pour la paix dans le
monde», soulignant que «le chemin de la sainteté ne passe
pas par l’accumulation de grands mérites, mais par la prière
simple, le sacrifice et la dévotion».
Pour
aller plus loin, je vous conseille ces lectures qui m’ont beaucoup
aidé : https://www.catholictimes.org/article/201704300190602,
et https://www.catholictimes.org/article/201705160191652.
Merci
et bonne Notre-Dame de Fatima !
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